‹ Histoire de la philosophie [microforme]Chapitre 35 sur 137 · ÉCOLE SCEPTIQUE · texte numérisé non relu

ÉCOLE SCEPTIQUE

84. Pyrrhon.— Contemporain d'Alexandre, Pyrrhon (360-270) avait pris part à l'expédition d'Asie. Frappé de l'indifférence et de l’impassibilité des prêtres de l'Inde, de retour à Elis, son pays, il ouvrit une école et enseigna que le bonheur consistait dans l’atararie (repos absolu). Et pour y arriver, l'homme doit s'abstenir de toutes spéculations métaphysiques, lesquelles seraient de nature à le troubler. Conséquemment, celui qui veut être heureux doit le plus possible suspendre son jugement, se tenir dans un.juste milieu entre les dogmatistes qui affirment la possibilité absolue d'arriver à la certitude et les sophistes qui en proclament l’impossibilité. Tout n’est qu’apparences et illusion, Ne rien affirmer et ne rien nier catégoriquement, voilà l'infaillible moyen d'arriver à l’ataraxie et, partant, au bonheur. Comme on le voit, Pyrrhon est, à juste titre, considéré comme le Père du scepticisme. Êt sa doctrine est une réaction contre le dogmatisme péripatéticien.

85. La Nouvelle Académie—Est appelée Académie nouvelle une école qui prétendait garder l'esprit philosophique de l'Ancienne fondée par Platon, mais qui, en réalité, dépend et propage les idées de Pyrrhon. Elle est représentée par Arcésilas et Carnéade.

86. Arcésilas vécut au troisième siècle av. J.-C. Il avait pour but de combattre le dogmatisme des stoiciens, et pour devise, cette parole répétée souvent par Socrate : “ Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien. ” Les sens ne nous révèlent pas les choses elles-mêmes, mais seulement les impressions qu’elles font sur nous. Il n’y a pas de règle infaillible au vrai. Que faire alors ? C'est de suspendre son jugement. Voilà pour la théorie, En pratique, il faut s'en tenir au vraisemblable, au plus probable. Telle doit être la conduite du sage. C’est la doctrine du probabilisme.

87. Jarr fade, au deuxième siècle, fut un habile philosophe. (Comme son prédécesseur Arcésilas, Carnéade combattit le stoïcisme, et ses coups portèrent plus particulièrement sur Chrysippe, si bien qu’il avait coutume de dire lui-même : “ Si Chrysippe n'exis . pas, je n'existerais pas. ” Il ne se contenta pas de dire qu’en pratique le sage doit se contenter du vraisemblable, du probable, mais il donna une théorie que l’on appelle les ‘‘degrés de la probabilité ”. C’est en cela que consiste son mérite. Le premier degré de la probabilité est celui des représentations qui, en elles-mêmes, sont vraisemblables ; le deuxième degré concerne les représentations vraisemblables en elles-mêmes, et qui, rap-

prochées de: autres, ne sont pas contredites par elles ; appartiennent au troisième degré les représentations vraisemblables en elles-mêmes, mais qui, rapprochées des autres, non seulement ne sont pas contredites, mais sont confirmées par elles. C'est l'acheminement vers la certitude.

88. Nouveau scept.. me. — Ce qui caractérise cette nouvelle forme de scepticisme, c'est son empirisme sensualiste. Arcésilas et Carnéade étaient des théoriciens. La dialectique leur offrait des charme. Ænésidème, Agrippa et Sextus Empiricus sont plus empiriques, ils font appel à l'expérience sensible.

89. Ænésidème. — Ce philosophe vécut au commencement de notre ère et enseigna à Alexandrie. Pour lui, le vrai n'existe pas. Dans un de ses ouvrages qui avait pour titre : Discours pyrrhonniens, il expose les dix tropes ou arguments que Pyrrhon apportait en faveur de sa théorie. Æinésidème est précurseur de Hume et de Kant, parce qu'il critique la notion du principe de causalité dont il rejette la valeur objective.

90. Agrippa qui vécut au 11° siècle après J.-C. réduisit à cinq les arguments favorables au doute. C'est la contradiction, le regressus in infinitum, la relativité, l'hypothèse et le cercle vicieux.

91. Sextus Empiricus, au 11l° siècle de notre ère, proclama l'incertitude de toutes les sciences, voire de l’arithmétique et de la géométrie. C'est du scepticisme radical. Ces négations extrêmes et catégoriques de Sextus Empiricus sont aussi condamnables que les affirmations gratuites et

sans preuves. N'est-ce pas, en quelque sorte, du dogmatisme à rebours ? Aussi bien, les Pyrrhonniens faisaient ce reproche aux nouveaux scepttques, et Soutenaient que le véritable scepticisme consiste dans l'abstention de tout jugement par trop catégorique.

Page 1