‹ Histoire de la philosophie [microforme]Chapitre 39 sur 137 · EE · texte numérisé non relu

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pouvons done, à notre gré, arranger notre vie de manière à arriver à ce bonheur exempt de toute souffrance.

Mais nous sommes assiégés par une foule de désirs qui nous tiraillent en tous sens. Devons-nous les satisfaire tous? Non, parce que, nécessairement, il s'ensuivrait des déceptions amères et, partant, de la douleur, Le sage discernera entre ces différents désirs. Selon Epicure, il y a d'abord les désirs naturels et nécessaires, comme la faim et la soif. Ceux-là, il faut les apaiser, et d’ailleurs, c'est fort facile : “n'est-ce pas, en effet, un ragoüt admirable que le pain et l'eau, quand on en trouve dans les temps de sa faim et de sa soif"? 11 y a les désirs naturels et non nécessaires : les affections de famille. Il faut s'en affranchir autant que possible, car ils pourraient nous causer bien des ennuis. Ainsi, ie mariage et la paternité donnent tant de soucis qu'il est prudent de les éviter. Eafin, il y a les désirs ni n‘turels, ni nécessaires ; ce sont les superflus, core le désir des richesses, des honneurs, etc. Que le sage se garde bien d'en chercher la satisfaction.

En maîtrisant ses désirs, le sage pratiquera la vertu; mais, étant donné aue le plaisir est la loi suprême de la vie, la vertu n'a qu'une valeur relative. “Toutes les vertus prises ensemble, dit Plutarque, si on les sépare du plaisir, ne valent pas un jeton de cuivre.” Les vertus ne sont que des moyens ; comme on étudie la médecine non pour elle-même, mais pour la santé qu'elle procure, on doit aussi pratiquer la vertu non pour elle-même, mais pour le bonheur qu'elle nous apporte.

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La morale épicurienne n st donc pas, comme on le croit parfois, la recherche exclusive du plaisir sensuel. Elle lui préfère le plaisir intelle. tuel, propre à l'esprit. Toutefois, chez elle, le plaisir des sens n'est pas complètement ostracisé, il est tempéré par la raison pour qu'il puisse, le plus p' sible, procurer ce bonheur qui est fait d'un plaisir calme, exempt de toute contrainte, de toute inquiétude et de tout trouble, On ne peut pas imaginer morale plus voluptueuse, plus déprim.te et plus triste que cet ascétisme sensualiste.

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