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ÉCOLE STOÏCIENNE

97. Quelques Stoïciens. — Zénon de Cittium, (340-263), fut le chef de l'école stoïcienne. Après avoir erré vingt années durant d'école en école, il finit, vers l'an 300, par s'installer au Portique du Pécile, où il enseigna. C'est pourquoi on appela ses disciples, stoïciens, et son école, école stoïcienne, école du Portique. Il se suicida. Son successeur immédiat fut Cléanthe (331-323). 11 composa un hymne célèbre en l'honneur de Jupiter. Chrysippe (280-207), disciple de Cléanthe, a été surnommé le second fondateur de l'école stoïcienne. A vrai dire, il contribua largement à fixer le stoïicisme, et le défendit contre les Académiciens et surtout contre Carnéade.

Il y eut d’autres stoiciens, comme Panaetius et Posidonius chez les Rhodiens. Cicéron — en morale du moins — Sénèque, Epictète, Marc-Aurèle, furent

les principaux stoiciens parmi les latins. (Voir Philosophie latine).

98. Caractère de la Philosophie Stoïcienne.—La philosophie stoicienne est 1° philantropique: son but est de porter remède aux maux dont souffre l’homme. 2° Morale: tout chez elle est subordonnée à une grande et unique préoccupation qui est le ‘bonheur. 3° Militante: le stoïcien résiste, lutte, se redresse contre le mal. Pour lui, le bonheur consiste dans la tension et l'effort, Hercule est son modèle. 4° Sensualiste : rien n'existe qui ne soit sensible ; l'immatériel, l’incorporel, sont de pures abstractions. 5° Panthéiste : tout. est Dieu. Force corporelle et raisonnahle, Dieu pénètre l'univers et fait avec li un être unique. 6° Dynamiste : le monde est la matière animée par la force. 7° Cosmopolite : au dire de Sénèque, les stoiciens sont les fondateurs des droits du genre humain. Ils semblent avoir hérité de l'esprit universel qui animait le grand Alexandre dans ses conquêtes.

99. Logique Stoïcienne. — Les stoïciens font entrer dans la Logique, certaines questions qui, actuellement, ressortissent à la Psychologie. Ainsi la canonique stoicienne traite de la théorie de la connaissance. Pour les stoïciens, comme pour les épicuriens, la connaissance vient des sens. Mais il ne faut pas confondre. Tandis que les disciples d’Epicure n’attribuent à l'esprit humain qu’un rôle purement passif, les stoïciens se plaisent à proclamer et à reconnaître l'énergie active de la raison. Pour ces derniers, notre connaissance est, pour ainsi

dire, formée de deux éléments qui sont la matière et la forme. La sensation joue le rôle de la matié’e, la réaction de l’âme remplit la fonction de la forme. À l'origine l'âme est comme une table rase, un feuillet blanc, sur lequel rien n'est écrit. L'objet extérieur fait sur l'âme une empreinte, comme le cachet sur la cire. C'est l’image de l’objet, c'est une simple rcprésentation. C'est un phénomène passif. Mais à cette phase première succède la phase active proprement appelée connaissance et qui est le résultat de la réaction de l'âme, de l'exercice de son activité sur la représentation sensible. L'empreinte de l’objet dans l'âme provoque une tension de la volonté que l’on appelle assentiment. Seules les perceptions faciles à comprendre, ou mieux, les Derceptions compréhensives, doivent mériter notre assentiment, parce que seules, elles sont de nature à nous faire connaître et elles-mêmes et la cause qui les produit en nous. Mais comment pouvons-nous connaître ces perceptions compréhensives ? À la force du choc que l’objet extérieur produit en notre âme. A son tour, la force du choc aura pour mesure le degré d'énergie avec lequel la volonté répond à l'impulsion venue du dehors. Cette troisième phase de la connaissance est appelée la compréhension. Plusieurs perceptions compréhensives, réunies ensemble, forment l'idée générale qui nous permet d'anticiper l'avenir. Enfin la coordination systématique des idées générales nous donne la science qui est la quatrième et la dernière phase. Zénon exprimait d'une façon typique la ligne de démarcation exis-

tant entre les différents degrés de la connaissance. I1 compare la simple représentation à la main ouverte, l'assentiment à la main demi-fermée, la compréhension à la main fermée, la science à la main fermée et serrée fortement par l’autre main.

Quant à la certitude, elle existe pour les stoïciens. Toujours, ils l'ont défendue contre les sceptiques. Leur argument décisif contre le doute est le besoin pratique de représentations vraies auxquelles doit se conformer notre conduite. Quel est le critère de certitude ? Il est tout subjectif. C’est la force de conviction inhérente à une représentation, ou bien ce prisilège qui rend une connaissance apte à provoquer notre adhésion invincible.

100. Physique Stoïcienne, — Comme il le fait pour la logique, Zénon traite en physique des questions qui concernent la méthaphysique. Les deux traits caractéristiques de sa physique, c'est le panthéisme et le matérialisme.

L'univers est la matière animée par la force. L'une ne peut pas exister sans l'autre. Pas de matière sans force, pas de force sans matière. La matière est passive, la force est active et prend le nom de Providence, de Destin. Ces deux éléments sont identiques dans leur essence. Or la force — corporelle et raisonnable — c'est Dieu. Dieu est donc un corps. Il est un feu subtil, éthéré qui pénètre tout. C'est un feu intelligent qui engendre tout avec ordre et méthode. Cette force corporelle, bien que raisonnable, se confond avec la fatalité et le destin. Chez les stoïciens, fatalité et destin sont

synonymes. Ce destin est l'opposé du hasard, c’est une suite nécessaire de causes, dit Plutarque. Cependant, les stoïciens affranchissent la volonté humaine du joug de la nécessité.

Le monde n'est que la série successive des transformations de Dieu, l'univers n’est que le dévelopment de Dieu même qui est l’âme du monde. A la fin, le monde sera tout entier absorbé dans le feu général qui forme l'essence de Dieu. Mais Dieu est essentiellement actif ; de son sein nécessairemenr fécond, il tirera un monde nouveau qui parcourra les mêmes évolutions, et les choses se renouvelleront ainsi perpétuellement. C'est une palingénésie périodique.

Dans ces conditions, l'âme humaine est nécessairement une parcelle ou une détermination particulière de l’âme universelle dont le feu constitue l’essence. Au dire des stoiciens, les âmes sont un souffle chaud, un air chaud, où une évaporation. L'âme est donc un corps comme le feu général dont elle émane, mais un corps actif.

L'immortalité de l'âme est-elle un dogme pour les stoïciens ? L'âme de chaque individu, «lans l'incendie général qui, un jour, doit consumer le monde, s'évanouira pour être absorbée dans l'âme universelle qui seule ne peut pas périr. Continuera-t-elle à vivre ? Sur cette question les stoïciens sont loin d’être d'accord. Les uns se déclarent pour l'immortalité, les autres la nient.

101. Morale Stoïcienne. — Le stoïcisme est avant tout une philosophie morale. C'est à ce titre qu'il a

mérité les hommages à peu près unanimes de la postérité. Pour les stoïciens, la question fondamentale, en morale, est celle du souverain bien ou du bonheur suprême de l'homme. Quelle est la fin de l’homme sur cette terre ? Par quels moyens peut-il y arriver ? C'est ce qu'il s'agit de chercher.

Le but de la vie ou le souverain bien consiste à suivre la nature, à vivre conformément à la nature. Or la nature, c'est Dieu qui est la raison du monde. Suivre la nature, c’est imiter Dieu, c'est se conformer à la raison. Telle est la définition de la vertu. Celle-ci est donc le but ultime et dernier de la vie. Dans la vertu seule, réside le souverain bien. Elle seule est l'honnête; et mérite le nom de bien ellemême ou tout ce qui en participe. Puisque la vertu est le souverain bien, elle se confond avec le bonheur. Cette théorie de la vertu a donné lieu à des conséquences, appelées par les philosophes, les barodores stoïciens. Enumérons les principaux : 1° La vertu doit être bratiquée pour elle-même £ étant le bien souverain, la fin ultime. elle ne peut être subordonnée à un autre bien. 2° // ne faut pas se bréoccuper des actes; selon les stoïciens, il n’y a pas de fin supérieure à la vertu et différente d’ellemême. Donc, inutile de se préoccuper pour voir s1 tel acte est ordonné ou non à la fin ultime. Conséquemment, la valeur morale d'un acte est indépendante de sa nature ou de ses résultats. C'est l'intention, c'est la volonté de l'age” qui fait tout, “Notre bien et notre mal, dit Epictète, ne sont que dans notre volonté, ” 3 Tout, hors la vertu,

est indifférent, Tille est l'unique bien. La vie, ta maladie, la santé, la mort, la richesse, ne sont ni des biens ni des maux. Rien n'est bon que la vertu, seul le vice est mauvais. 4" La vertu est une eë indiensible. Le souverain bien n'admet pas de degrés, La vertu est comme la ligne droite, et une ligne est droite ou ne l'est pas. Donc pas de milieu entre le vice et la sertu. C'est dire que le sage a toute la vertu. Qui n'est pas vertueux est vicieux, qui n'est PAS Sage est insensé. Aussi bien, faut-il dire que le vice ne souffre pas de degrés. Toutes les fautes sont égales. 5° Le sage possède le bonheur barfait, puisqu'il est vertueux, et que la vertu, c'est le bonheur.

Si le sage est nécessairement heureux, il doit être exempt de toute Passion, de toute perturbation, et les choses du dehors n'ont pas d'empire sur lui, Car, au dire de Zénon, la passion “ est un mouvement irraisonnable et anti-naturel de l'âme, ou encore, un appétit immodéré ”. Et le sage est étranger à ces mouvements désordonnés de l'âme.

Comment peut-il en être autrement? Le sage vit conformément à la nature, à la raison, Or la nature lui donne l'exemple de l'unité, de l’ordre. I1 doit donc réaliser l'harmonie dans ses pensées, dans ses paroles et dans ses actions. Pour cela — et c’est ici que l’on rencontre un trait caractéristique du stoïcisme — ;] lui faut dompter ses passions, ne pas se laisser vaincre, ni par les séductions, ni par les menaces du dehors, bref, il doit être maître de soi,

Après avoir réalisé l’ordre et l’unité en lui-même,

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le sage s'appliquera à vivre en harmonie avec ses semblables. Le sequi naturam l'exige. Les hommes sont tous frères et égaux: homo res homini sacra. L'esclavage est donc une injustice.

Enfin, le sequi naturam demande encore que le sage vive en harmonie avec la nature tout entière Et c'est pourquoi il doit se soumeïtre aux lois immuables et nécessaires qui la régissent. Il faut qu'il en accepte le joug.

102. Conclusion. — Ia morale stoïcienne a eu et a encore de l'influence sur certaines âmes avides de s'affranchir du joug des passions grossières. Mais qu’on n’aille pas la comparer à la morale évangélique. Celle-ci ne propose pas à l’homme un idéal impossible à atteindre ; et cet idéal, pour y arriver, elle lui donne les moyens suffisants. De plus, la morale stoicienne a le grave inconvénient de renfermer la destinée de l’homme dans les étroites limites de Ta vie présente. Elle fait de l'homme un égoiste qui ne dépend que de lui, qui se concentre fièrement en lui-même, et qui, souvent, dans la réalité de la vie, est le jouet des plus viles passions.

Faut-il ajouter que le bonheur ne réside pas untquement et complètement dans la vertu ? Il implique le bon état et la joie de l’être: Ce bon état, cette ; ie peuvent être le résultat, l’effet de la vertu, mais ils ne la constituent pas. De plus, sous prétexte de chasser tout ce qui est de nature à troubler la paix de l’âme, le stoïcisme b.ime tout sentiment de pitié pour le malheur d'autrui. A l’en croire, la pitié est une sorte de tristesse et la tristesse est mauvaise,

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103. Epicurisme et Stoïcisme.—I. Leurs ressemblances. 1° Ce sont deux systèmes de morale, surtout. 2° Tous deux se sont préoccupés presque uniquement de rendre l'homme heureux, mais par des inoyens différents.

Il. Leurs différences. 1° Épicure place le bonheur dans le repos, la détente du corps et de l'âme, Zénon le trouve dans la tension et l'effort. 2° Pour l'épicurisme, la nature signifie l’inclination au plaisir, pour le stoïcisme, c'est la raison. 3° Tandis qu'Epicure atcribue à l’inclinaison des atomes la cause de l’ordre du monde, Zénon explique la nécessité inéluctable des événements en faisant appel à la raison divine. 4° Pour l’épicurisme, les dieux occupent des espaces vides appelés intermondes ; pour le stoïcisme, Dieu est intérieur, consubstantiel aux choses mêmes. ,

En résumé, le stoicisme et l’épicurisme, par des voies différentes, aboutissent au même état d'âme : l’apathie. “ L'apathie épicurienne et l’apathie stoïque expriment toutes les deux un fait, la décadance politique de la Grèce, mais elles l’expriment diffé-

.remment. L'une s’abandonne elle-même «ct cède

mollement aux circonstances pour n’en être pas fatiguée. L'autre y résiste avec énergie et fait un effort désespéré pour sauver la dignité de l’homme dans le naufrage de celle du citoyen et de l'Etat : .”

1. Denis, Histoire des théories et des idées morales dans l'antiquité, t. 1, p. 308.

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