SAINT AUGUSTIN
126. Vie et œuvres de saint Augustin — Saint Augustin naquit à Thagaste, en Numidie, d'une mére très chrétienne qui lui donna une édu-
1, Malebranche, 4 /a recherche de la vérité.
cation morale des plus soignées. Mais, cédant à la fougue de ses passions, et attiré par l'esprit nouveau, pendant quelques années, il vécut d'un: façon moins qu'édifiante, et embrassa les erreurs du manichéisme. Carthage, Rome et Milan applaudirent à ses succès, car il fut succesivement professeur de rhétorique dans ces trois villes. Après le manichéisme, le platonisme et le scepticisme eurent tour à tour ses préférences. Les supplications de sa mère, sainte Monique, les bons exemples et les exhortations de saint Ambroise, évêque de Milan, le ramenèrent à la foi catholique dont il se fit l'intrépide défenseur, quarante-trois ans durant (387-430). 11 mourut évêque d'Hippone.
Ses principaux ouvrages de philosophie sont : Confessionum, libri lIIT; Contra ÆAcademicos, libri IT; De beata vita: Soliloquiorum, libri IT: Liber de immortalitate anirie : De Trinitate : De ciritate Dei ; Retractationum, libri duo.
127. Caractères de la Philosophie augustinienne. — On peut dire que la philosophie augustinienne est 1° gréco-latine, en ce sens qu'eHe tâche sans cesse d'unir au goût spéculatif des Grecs le goût pratique des Latins. 2° Tributaire du platonisme: saint Augustin connaissait très bien la philosophie ancienne, et surtout la platonicienne, dont il se servait pour faire l'exposé du dogme catholique. On l'a surnommé le Platon chrétien. Pour lui, Platon est au-dessus d’Aristote. Voici ce qu'il dit au sujet du Stagirite dans la Cité de Dieu L. VIII, ch. XII : vir excellentis ingeni et eloquit + Platoni quidem impar.
3° Mystico-intellectualiste : il faut chercher le vrai, non seulement pour le connaître, mais aussi pour l'aimer : tel est le résumé de toute la philosophie augustinienne. Saint Augustin n’est ni un pur métaphysicien ni un mystique pur, et selon M5 Bougaud “jamais homme n'a uni dans une même âme une si inflexible rigueur de logique avec une telle tendresse de cœur”. Et cette vérité que le philosophe doit chercher de toute son âme, chez saint Augustin, ce n’est pas une vérité abstraite, mais une vérité vivante, Dieu lui-même, qui est le centre de la philosophie.
128. Théodicée et nétcpnysique augustiniennes. — Saint Augustin démontre l'existence de Dieu a bosteriori, Ses arguments sont l’ordre et la contingence du monde, le témoignage de la conscience, le consentement universel, les vérités nécessaires et éternelles. I1 n’admet pas le dualisme des manichéens, il enseigne l'existence d’un seul Dieu infiniment bon et infiniment parfait ; contre les néo-platoniciens il défend la thèse de la création substantielle qui ne doit être attribuée qu’à Dieu. Parmi les attributs de Dieu, il insiste surtout sur sa simplicité et sa science. Dieu est simple, c’est-à-dire, en lui il y a absence complète de composition, même métaphysique; Dieu est savant, sa science est suréminente et infinie. Dans une intuition compréhensive, il embrasse toute vérité, tout être réel et possible, et tous les temps. Avant d'appeler les choses à l’exis-