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FORMATION DE LA SCOLASTIQUE

137. Caractère de la première phase. — Il va sans dire que durant cette période de formation, la philosophie se ressent des imperfections de tout début. Aussi bien, elle est hésitante, indécise, elle va à tâtons et vit des emprunts du passé. Les idées pythagoriciennes, stoïciennes, épicuriennes, néo-platoniciennes sont encore en honneur. Aristote, cependant, a une place prépondérante en dialectique. Ia méthode déductive domine jusqu'à la fin du XIIe siècle. Saint Anselme, chez les scolastiques, et Scot Eriugène, chez les antiscolastiques, en sont les principaux représentants. Ce n’est qu'au XIIIe siècle que la double méthode analytico-svnthétique devait prévaloir. C'est donc l'époque du travail génitique, de l'enfantement laborieux des solutions scolastiques. Il manque à la philosophie en formation cette svstématisation, cette unité, qui

sera une de ses marques distinctives au XIIIe siècle. Elle est faite de matériaux disparates, diffciles à fusionner ensemble. Aux philosophes de ce temps on peut appliquer ce que Jean de Salisbury disait de ceux qui, à tout prix, voulaient concilier Platon et Aristote: “Ils ont travaillé vainement pour réconcilier des morts qui, toute leur vie, se sont contredits. ”

Il y eut, au moyen âge, surtout avant la fondation des universités, trois types d'écoles où l'on enseignait la philosophie et toutes les autres sciences. Ce sont 1° les écoles monacales, 2° les écoles épiscopales, 3° les écoles du palais.

138. Les écoles monacales comprenaient deux sections : 1° la schola interior, claustri, réservée aux moines ; 2° la schola exterior pour les séculiers. La plupart des grands éducateurs de cette époque appartiennent à l'ordre bénédictin.

139. Les écoles épiscopales, ou cathédrales, ou capitulaires. Ces écoles étaient ouvertes aux clercs des églises épiscopales. Ces clercs étaient soumis à un règlement analogue à celui des moines. Les écoles épiscopales se divisaient aussi en intérieures et extérieures. Des personnalités marquantes occupérent les chaires de ces écoles.

140. Les écoles du palais, dont la plus célèbre est l'école palatine attachée à la cour des rois de France. Ses professeurs étaient des ecclésiastiques ; quant aux élèves, ils étaient ou clercs ou laïques.

En 778, Charlemagne donna à Bangulf, évèque de Fulde, un capitulaire où il encourageait la fonda-

tion d'éroles épiscopales et monacales. Ce fut le signal de cette renaissance des études qui est un des plus beaux titres de gloire du grand empereur. Un moine du nom d'Alcuin, que Charlemagne avait fait venir d'Angleterre, fut pour beaucoup dans l'initiative intelligente du roi des Frances.

141. Alcuin (7335-04) naquit à York, en Angle: terre. Lors d'un voyage en Italie (781). il rencontra Charlemagne qui lui fit part de ses desseins. Après avoir enseigné huit ans à la cour de Charlemagne, Alcuin se retira à l'abbaye de Saint- Martin, à Tours, où il fonda une école, et mourut. Alcuin fut moins un philosophe original qu'un compilateur judicieux et un grammairien av erti. Son plus beau titre de gloire sera d'avoir été la cheville ouvrière des réformes pédagogiques opérées par Charlemagne. À l'école palatine, il introduisit le tricium et le quadrisinm. Ses ouvrages sont Îles lertus

et vices, la Dialectique, YAme, et de nombreuses lettres. Ils lui survécurent comme manuel.

142. Rhaban Maur (776-836) fut disciple d'AIcuin, à Tours. Comme tous les philosophes du temps, il se passionna pour le problème des universaux. Ce problème consiste à savoir ce que sont les

idées générales. Sont-elles des mots, des réalités ou de pures conceptions de l'esprit ? Dans cette fameuse question, il est classé parmi les antiréalistes, c'est-à-dire qu'il enseigne que les universaux (idées générales) sont des constructions de l'esprit (nuda intellecta) et non pas des choses réalisées dans la nature, car l'individuel seul existe. Il a

laissé des écrits sur l'{sagoge, l'interprétation et la Prof ition

143. Scot Eriugène, — On ne sait trop où est le lieu de sa naissance, Les uns croient qu'il vit le jour en Angleterre ou en Écosse, entre les années 800 et 815. D'autres pensent au'il naquit en Irlande, Grâce à ses talents, il fut mis à la tête de l'école palatine par Charles le Chauve qui le défendit contre les dangers que lui faisait courir la hardiesse de ses pensées. Une légende veut qu'il périt assassiné par ses propres élèves, vers 877. Dans son principal ouvrage, le De divisionc nature, il réédite le néo-platonisme le plus marqué en l'accommodant à la doctrine catholique. Pour Scot, il n'existe qu'un seul être, Dieu, qui par une série d'émasations substanticlles, donne naissance à tous les êtres. C'est là le principe fondamental de toute sa philosophie. Dans le processus de l'être divin, il distingue quatre étapes successives: 1° La nature qui n'est point créée et qui crée, où Dieu cause efficiente. 2° La nature qui est créée et qui crée. où Dieu contenant en lui les causes primordiales des êtres, ou les idées divines. 3° La nature qui est créée et qui ne créc pas, ou les êtres réalisés dans le temps et dans l'espace. 4° La nature qui ne créé point ct n'est point créée, ou Dieu cause finale, tt.me de l'univers. Comme on le voit, sa doctrine est un panthéisme mystique. Avec raison, Scot Eriugène est considéré comme le père de l’antiscolastique, puisque ses théories contiennent des principes qui sont opposés à ceux de la scolastique. Tout de même, il n'en reste pas moins

une des personnalités marquantes de la philosophie au moyen âge. Au IX°* siècle il a érigé une synthèse complète de la philosophie. Aussi bien, eut-il une influence considérable. 11 fut le père de ce rationxlisme médiéval qui déifie la raison et en fait la source souveraine du savoir. L'Eglise condamna le De divisione nature.

144. Roscelin (1060-1121), moine de Compiègne, est considéré comme le père du nominalisme, de cette théorie qui soutient que les universaux (idées générales) ne sont que des mots (flatus vocis, verba). C'est une lettre adressée à Abélard, quelques passages de saint Anselme et de Jean de Salisbury -— seuls écrits qui nous restent de Roscelin — qui ont amené les historiens de la philosonhie à admettre cette conclusi:n Toutefois, Roscelin est moins célèbre par son nominalisme que par son trithéisme théologique. Il enseigna, en effet, que les trois personnes divines sont trois êtres indépendants, qu'on peut appeler trois dieux. Devant le concile de Soissons (1093), il renia cet enseignement, mais c'était la crainte de l'excommunication qui le faisait agir ainsi. Il revint plus tard à ses premières idées.

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