‹ Histoire de la philosophie [microforme]Chapitre 92 sur 137 · ILL · texte numérisé non relu

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sées par l'intelligence aux objets et qui ne lui permettent pas de sortir d'elle-même. Elles sont aussi des manières que possède l'esprit de se représenter les choses, les cadres idéaux dans lesquels viennent s'unifier toutes nos connaissances.

Donc, en résumé, la nécessité et l'universalité, dèux conditions essentielles de la science, ne viennent pas de l'objet pensé — car celui-ci ne peut être connu en lui-même — mais du sujet pensant. Autrement dit, la science se ramène à l'immanence pure, au ubjectivisme. La loi de l'esprit humain, selon le philosophe de Koœnigsberg, n'est pas la recherche de l'évidence objective, mais celle de l'unité. Sous l'empire de cette loi toute subjective, l'esprit humain cherche à mettre de l'ordre dans le monde désordonné des phénomènes, crée entre eux certains rapports fixes qu’il formule en lois, les range dans certaines catégories et les groupe sous certains concepts généraux. Bref, la solution du problème de la science, dans la philosophie kantienne, est une solution idéaliste. : Aussi bien cette théorie de la connaissance est appelée idéalisme kantien.

301. Le problème de la croyance selon Kant. — L'acte propre de la raison spéculative, c'est la science. Celle-ci, avons-nous vu, ne jouit d'aucune objectivité, c’est-à-dire, elle n’atteint pas les choses en soi, ou les noumènes. La raison spéculative est déclarée absolument incapable d'atteindre la vérité en elle-même; et les formes subjectives, dont se compose la connaissance, ne font apercevoir que les apparences. On voit tout de suite la conséquence.

Avec cette théorie, les fondements de la foi s'écroulent. Et cependant, Kant n'est pas un athée. Voilà pourquoi, après avoir admis l'incompétence de la raison spéculative vis-à-vis de toute vérité, il fait appel à la raison pratique qui seule peut prononcer légitimement sur les grandes vérités morales et religieuses. En effet, pour Kant, le meilleur moyen de soustraire ces vérités capitales à toute espèce de contestation, c'est d'établir l’absolue incompétence de la raison spéculative à leur endroit. Et si la raison spéculative n'est point capable de démontrer avec certitude ces vérités, elle ne peut rien, non plus, contre elles. Or, l'acte propre par lequel la raison pratique, qui n'a rien de commun avec la science, prononce légitimement sur les vérités d'ordre moral et religieux, c'est la croyance. La raison pratique atteint le noumène ou la chose en soi. La croyance n'est pas une connaissance proprement dite, elle est plutôt une affirmation autorisée par les besoins pratiques.

Dans la philosophie kantienne, la croyance est un procédé logique. Si, en effet, la raison spéculative n'a aucune valeur, il est naturel de s'en rapporter à la seule raison pratique. C’est ce que déclare Kant lui-même: “ je devais abolir le savoir pour faire place à la foi”. Bref, pour Kant, la croyance est, de tous points, irréductible à la science.

Et cette croyance, sur quoi l'appuie-t-il? Sur le devoir qu'il définit: la nécessité d'obéir à la loi par respect pour la loi. Le devoir, qu'il appelle encore l'impératif catégorique, est le quid inconcussum que

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rien n'égale en certitude. Je me sens obligé, c'est un fait de conscience, dit Kant. Et cette obligation se formule en deux règles: Fais ce que ta raison te déclare obligatoire. — Agis selon une maxime qui puisse servir de loi universelle à toutes les causes libres. Aussi bien, elle postule certaines conséquences. Ainsi, pas d'obligation sans agent moral, c'est-à-dire libre, capable de mériter et de démériter. Le mérite et le démérite comportent avec eux les idées de vertu et de bonheur, de vice et de .nalheur ; mais la vertu et le vice ne sont pas rétribués en cette vie, il faut donc qu'il y ait une autre vie et qu'il y ait un Dieu juste et bon, capable de récompenser ou de punir chacun, suivant son mérite. Et donc, l'existence du devoir entraine l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'âme et de la liberté. Ce sont les trois postulats de la raison pratique. Et ces trois choses que la raison spéculative ne peut connaître, la raison pratique les croit et les affirme.

302. Appréciation. — Kant a certainement manqué son but. Voulant en finir avec les sceptiques, il leur a opposé son criticisme: c'était leur fournir des armes.

Une réfutation complète du criticisme kantien nécessiterait une étude plus approfondie des théories de la connaissance. Nous nous contenterons, ici, de faire voir sommairement que le système de Kant est la destruction des fondements de la foi et de toute science positive.

Croire, c'est admettre des vérités sur le témoignage d'un autre. Et donc, les arguments, dans

l'acte de foi, sont extrinsèques à la vérité admise, par exemple, dans la foi divine, la révélation. Mais la révélation ne peut exister sans un Dieu qui enseigne. Par ailleurs, selon Kant, la raison spéculative est incapable d'atteindre la réalité en soi, ni, par conséquent, la réalité transcendante qui est Dieu. Toute tentative de la raison théorique pour prouver l'existence de Dieu est condamnée a priori. Le principe de causalité, argument du théisme, n'est qu'une exigence de l'esprit, et Partant, une manière de nous représenter les choses.

L'existence de Dieu, reprend Kant, est un postulat de la raison pratique. Celle-ci y croit fermement. Tout ce qui est chassé du domaine de la connaissance, c'est-à-dire, de la raison spéculative, est retrouvé sur le terrain de la croyance, de la raison pratique. Nous répondrons : la raison spéculative ou pure et la raison pratique ne sont pas deux facultés distinctes. Et, si l'une n'a aucune valeur dans l'ordre métaphysique, l'autre n'en aura pas davantage dans l'ordre pratique. La raison spéculative et la raison pratique sont une seule et même fa-ulté agissant dans deux ordres différents, mais se S& nt des mêmes concepts abstraits et appliquant les mêmes règles logiques.

Appliquée à l'exégèse et à la dogmatique, la théorie kantienne forme la base du modernisme solennellement condamné par le Pape Pie X dans son Encyclique Pascendi gregis Dominici, le & sept. 1907. Le modernisme, en effet, affirme que l'âme religieuse doit tirer d'elle-même, rien que d'elle-même, l'objet

et le motif de sa foi. Il rejette toute communication révélée qui, du dehors, s'imposerait à la conscience. C'est donc le subjectivisme kantien transporté dans le domaine de la foi.

Quant à la science, le kantisme ne lui est pas moins funeste. La science nécessite des lois immuables, fondées sur la nature des choses et que la raison déduit de aits observés. Mais, au dire de Kant, ces lois ne sont qu'une nécessité de la pensée, et non une nécessité des choses. Il est vrai que le philosophe de Kænigsberg parle d'une science expérimentale opposée aux spéculations de la raison pure. Mais, nous savons que l'élément empirique n'est pas le noumène où la chose en soi, il est le phénomène ou l'apparence, la représentation purement subjective de la réalité. Et donc, la science expérimentale n'est pas plus objective que la science spéculative, parce que le fait observé est absorbé tout entier par la forme a priori de l'intelligence. L'idée seule devient tout, l'élément empirique, en réalité, disparait complètement.

On ne peut nier à Kant une grande force de pensée ; et son influence a été considérable. Sa philosophie s’est infiltrée un peu partout. Elle a donné lieu à toute une littérature, tantôt bienveillante, tantôt hostile. Elle a opéré, dans le monde intellectuel, une révolution dont on ressent encore le contrecoup. Maïs le kantisme a été infructueux et funeste à plus d’un qui, pour ne s'être pas méfié, ont fait des chutes damentables. Considéré comme l’adversaire le plus redoutable du réalisme thomisme,

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l'idéalisme kantien a eu certainement le dessous dans la bataille, et il n'a pas peu contribué à faire voir, sous un jour nouveau, tout le bon sens et toute la valeur de la doctrine du Docteur Angélique,

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