FICHTE
303. Vie et œuvres de Fichte. — Né en Haute- Lusace, Jean Gottlieb Fichte fut successivement professeur aux Universités d'Iéna et de Berlin. Pour relever son pays et l'enflammer contre la France, il écrivit ses Discours qui lui donnèrent beaucoup de célébrité. Son existence fut des plus humbles, toute entière consacrée à l'étude et à l'enseignement.
Ses principaux ouvrages sont: Principes fondamentaux de la science et de la connaissance, Principes fondamentaux du droit naturel, Traité de la destination de l'homme, Méthode Pour arriver à la tie bienheureuse.
304. Caractères de la Philosophie de Fichte, — 1° Idéaliste subjectire: Kant laissait subsister le noumène, ou la chose en soi, bien qu'on ne puisse la connaître. Fichte ramène tout au sujet pensant, à l'esprit ; pour lui, le noumène n'a pas sa raison d'être. 2° EÉgoïste: c'est la philosophie du moi par excellence ; le moi est tout chez Fichte. 3° Panthéiste à rebours: c'est-à-dire, le moi prend la place de la
substance qui, chez Spinoza, était unique et se confondait avec tout, voire avec Diet: 4° Monistc: non Pas au sens matérialiste mais au sens idéaliste, Il
n’y a qu’une seule chose qui existe, c'est le moi ou l'esprit.
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305. Philosophie de Fichte. — Fichte construisit un système original que lui-même appela Hissenchaftslchre où Y'idéalisme de l'agir. Son but était d'éviter une difficulté insoluble soulevée par le kantisme. Celui-ci, en effet, admet l'existence du noumène ou de la chose en sci d'où provient le phénomène, Mais comment le phénomène peut-il venir du noumène sans que le principe de causalité soit par là même objectivité? Car le nownène est la cause du phénomène, l'apparence (le phénomene) doit être l'apparence de quelque chose; et, ce quelque chose doit avoir: une réalité. Or, d'après Kant, le principe de causalité n'est qu'une loi subjective de notre esprit imposée aux choses; et celles-ci nous sont inconnues. Si les choses en soi nous sont inconnues, dit Fichte, nous n'en pouvons rien dire, ni qu'elles existent, ni qu'elle n'existent pas. Le mieux est de les supprimer :t de n'admettre que l'existence de l'esprit ou du moi, d'un moi non pas humain, empirique, individuel, mais absolu, unique, doué d'une activité infinie, agissant pour agir, sans trève. En agissant, le moi se développe et devient auto-conscient. Ce devenir comprend trois étapes appelées : thèse, antithèse et synthèse. La thèse: le moi se pose, c'est-à-dire, se conçoit existant et identique à lui-même. L'autithèse: le moi pose 2 nonmoi dans le moi, c'est-à-dire crée le monde, non comme chose en soi — il n’y a que le moi qui existe réellement — mais comme objet de représentation. Le non-moi est comme une sor' > de choc que subit le moi dans son développement. La synthèse: le
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moi absolu prend conscience qu'il est limité par le non-moi (moi théorique, représentatif) et que, d'autre part, le non-moi est aussi limité par le moi absolu (moi pratique). De là, le double point de vue de son système : théorique et bratique. Dans la partie théorique, il étudie la connaissance. Dans la partie pratique, il montre que le moi est théorique et Connaissant parce qu'il est Pratique et agissant, Car, c'est grâce à sa tendance à agir que le moi, en se développant, se crée sans cesse des objets de connaissance, c'est-à-dire le non-moi.
C'est aussi dans cette autonomie du moi poussé à l’action pour elle-même que réside toute la moralité. Agit moralement celui qui puise dans l'action posée un mobile pour une action ultérieure: l'agir pour l'agir.
306. Appréciation.— Comme on le voit, la théorie de Fichte est du pur subjectivisme. C'est un panthéisme idéaliste qui pousse à l'extrême la philosophie de Kant. D'après le philosophe de Kœænigsberg, l'esprit construit le monde extérieur au moyen d'une intuition sensible (élément empirique) a posteriori, à laquelle il imprime ses formes a priori. Selon Fichte, l'esprit crée de toute pièce le non-moi où le monde extérieur, le tire complètement de luimême. Aussi bien, et logiquement, ce monde n’est qu'un objet de représentation qui se confond avec le moi. Ce système a tous les inconvénients et toutes les contradictions du panthéisme réfuté dans les manuels de philosophie, Fichte n'a pas fait école : tout de même, il eut beaucoup d'influence sur Schelling et Hegel.