CHAPITRE III
d'hoibagh.
Bonnet. — De la Mettrie. — Le Système de la nature. -^ Vie de d'Holbach. — Caractère de ses écrits. — Leur tendance morale. ^ Rapport de d*Holhach aux philosophes an teneurs. — Confiance dans la science de la nature. — Sensualisme. — Limitation de nos connaissances. — La nature peut être connue. — Mouvement, enchaînement des causes, matière. — Pluralité des substances ; leur action réside dans leur essence; causes inconnues. — Molécules douées de propriétés différentes. — Attraction et répulsion. — Force motrice de la matière. — Amour-propre, gravitation sur soi. — La nature, envisagée comme tout, se meut nécessairement. — Des forces inconnues animent l'univers.— Le monde sans commencement ni fin. — Tout se produit avec nécessité. — Point de buts dans la nature. — L^homme est une machine, comme la nature tout entière. Discussion contrôla liberté humaine. — Contre la duplicité de l'être humain. — - L'âme est TorgaDisation du corps, et elle meurt avec lui. — Contre le déisme. — Dieu est la force motrice dans la nature. — La nature considérée tantôt comme unité, tantôt comme pluralité. — Direction pratique. Résultats de la science utiles au perfectionnement de l'homme. — L'amour de soi est l'unique loi naturelle. — La félicité de l'homme prise dans un sens très-étendu — Le bien commun. —Devoirs et vertu. —Ordre social établi parmi les hommes. — Revue.
En cherchant une base philosophique dans la théorie sensualiste de la connaissance, et en prétendant au titre de seule philosophie réelle, les doctrines physiques avaient abouti au scepticisme. Ce but n^était certes pas celui auquel elles tendaient, on le. voit assez clairement par les tentatives faites, dès qu'elles y sont arrivées, pour échapper au scepticisme, en se jetant entre les bras du sens commun. La physique moderne avait, en se développant, évidemment aspiré à une connaissance
dogmatique, et, après a voir invoqué rexpérience et les senSy après avoir pris les mathématiques pour auxiliaires, après avoir fait tant de belles découvertes, elle voulait encore, par un examen plus approfondi des bases sensibles de nos connaissances, prévenir toute erreur dans ses résultats. On peut trouver un exemple de cet effort dans les doctrines du naturaliste genevois Bonnet^ dont la Palingénésie n'est pas encore de nos jours complètement tombée dans Toubli. Peu d'années après Condillac, Bonnet reprenait l'hypothèse de la statue animée, et cherchait à en tirer un nouveau parti pour l'analyse de nos représentations; mais il s^attachait à suivre bien plus profondément que Condillac les mouvements nerveux qui accompagnent nos sensations^ et s'efforçait d'obtenir ainsi une théorie physiologique du développement de nos connaissances. Bonnet, homme d^un noble caractère, peut en même temps nous montrer par son exemple avec quel sérieux s'engageaient dans cette direction spéculative ceux-là mêmes qui avaient le plus à cœor la culture morale et religieuse de l'homme.
Ce système ne tenait cependant que par un lien bien peu serré aux doctrines religieuses que Condillac parmi les catholiques, et Bonnet parmi les protestaois avaient également maintenues. Les doctrines des libres penseurs anglais avaient déjà conquis nombre d'adhérents sur le continent. Vainement d'Âlembert avait voulu nier qu'en s'adjoignant Mirabeau, PÂcadémie française avait accueilli dans son sein un athée ; vainement la rigueur de la censure, celle du bannisse-
ment avaient frappé La Mettrie, qui, dans des écrits frivoles, avait représenté l'homme comme une plante, comme une machine, et fait de la religion et de la morale de purs instruments de la politique ; les écrits qui attaquaient la religion, qui enseignaient le matérialisme et Tathéisme, se multipliaient el se propageaient de plus en plus.
Dans Tannée 1 770, le parlement de Paris condamna au feu des ouvrages qui avaient successivement paru à de courts intervalles sous le voile de l'anonyme ou d'un pseudonyme, à Londres suivant le titre, et selon les vraisemblances à Amsterdam. Parmi ces ouvrages se trouvaient des traductions de livres anglais ; mais des écrits nouvellement composés daAS le mémo esprit dépassaient de beaucoup les attaques des Anglais contre la religion chrétienne. De ce nombre était le Système de la nature {])y qui était même signalé comme l'écrit capital. Cet ouvrage * s'est depuis lors maintenu au rang de code du naturalisme (2). Des écrits semblables, partis du mèihe centre, composés dans le même esprit et dans le même style, se succédèrent encore pendant plusieurs années avec une rapidité extrême, et des arrêts réitérés ne purent mettre obstacle à leur diffusion. Il doit avoir été publié, à partir de 1767, et dans une période de moins de dix ans, vingt-cinq ou
(t) Syst» de la nature, ou Des lois du inonde physique el du monde moraf, par M. Mirabaud. Lond. 1770. 2 vol. 8. Je me sers de la seconde édition, Lond. 1771.
(2) Cette eipression est employée dans le Syst, de la nat., ii, 11, p. 361; 15, p. 426.
vingt-six ouvrages du même genre et du même auteur (1).
La personne de i^ auteur est un point sur lequel des doutes ont plané longtemps. Mirabeau, dout le ncmi se trouvait sur le titre du Système de la nature^ mais qui était mort, lorsque Touvrage parut, ne pouvait en être Tauteur, comme on ne tarda pas à le reconnais tre unanimement, bien qu'il eût, à ce qu'il parait, composé sous le même titre un ouvrage semblable, resté inédit. On a cru que différentes personnes avaient eu part à la composition de ces écrits (2) ; mais bien qu'il soit possible que l'auteur s'aidât de secours étrangers, Tunité du style et la teneur des idées témoignent pourtant qu'ils appartiennent essentiellement à un même auteur (3). Les éclaircissements obtenus dans la suite ne laissent pas de doute sur ce point, et il est établi que cet auteur était le baron d'Holbach.
Paul Die trich, baron d'Holbach, était Allemand ; il était né, en 1722 ou 1723, à Heidelsheim, dans le Pa-
(4) Oatre le Syit. de la nal,^ Je me saii encore lenri det oofrages fuivaoU : Le christianisme dévoilé^ oo Eiamen des prineipet ci des effets de la religion chrétienne. Lond. 1767. Système social^ on Principes naturels de la morale et de la politique, avec un examen de l'influcnce du gouvernement sarlesmœnrs. Lond. 1773. 3 roi. Eikùeftie, ou le gouvernement fondé sur la morale. Amsterd. 1776. La morale universelle, ou les devoirs de l'homme fondés sur la naCore, par le baron d*Holhach. Par. 1820. 3 vol. La première édit. dt cet écrit est d' Amsterd. 1776.
(2) On nomme entre autres comme collaborateun ou anttors de ea divers ouvrages Diderot, Lagrange et Naigeon.
(3) Le baron de Grimm (Correspondance littéraire, part. Itf, ton. t. p. 216) soutient que les meilleurs passages du Système de la maiure •ont de Diderot; il conclut de la faiblesse du style des derniers écrits que Diderot j eut moins de part; Je n*al pas été très- frappé de cette Inégalité da style.
DHOLBACH. 257
latinat ; mais dès son enfance il avait reçu à Paris une éducation française ; il était resté dans celte capitale, où malgré la simplicité de ses goûts il avait un grand état de maison ; son salon était Tun des centres les plus brillants de Id société philosophique. Il comptait au nombre des collaborateurs les plus actifs de la première édition de la grande Encyclopédie, pti5nant les. services rendus par elle auit sciences, s'affligeânt de voir le promoteur de l'entreprise, le sublime et profond Diderot, mal payé dans sa patrie des peines qu'il se donnait (1 ). Dans sa jeunesse il s'était adonné avec ardeur aux sciences naturelles, il s'était spécialement occupé de minéralogie et de chimie; il avait traduit en français et enrichi d'observations estimées plusieurs ouvrages allemands, relatifs à ces deux branches de la science ; l'Encyclopédie contient aussi des articles de physiologie et de médecine qui sont, à ce qu'il parait, de sa façon ; en un mot, on faisait grand cas de ses connaissances générales. Plus tard ses écrits roulèrent exclusivement sur la philosophie. Mais après avoir entassé dans de nombreux écrits, qui se succédèrent rapidement, les opinions auxquelles il tenait, il cessa de faire parler de lui, et il n'est plus question de son activité scientifique, bien qu'il ait vécu jusqu'en 1789.
On nous apprend, il est vrai, qu'il aimait les femmes et la bonne chère; mais ces goûts d'un homme qui vivait dans un temps et dans un monde de mœurs
(4) ElA., 9, p. 157.
faciles ne causaient aucun scandale. Son caractère e( sa moralité jouissaient au contraire de restime générale. Rousseau Ta pris, à ce qu'il semblerait, pour type du personnage de Wolmar dans la Nouvelle Héloïse. Sa simplicité, sa libéralité, son humanité, sa bienfaisance sont Tobjet d'éloges sans mesure (1). Ses écrits, de quelque fanatique ardeur qu'ils soient animés contre la religion, ne témoignent pas que ces éloges fussent immérités ; ces mêmes écrits ne se recommandent pas par le style, que ne distinguent ni la bonté du plan et la clarté de l'ordonnance, ni le bon goût et la finesse de Texpression. Les premiers ouvrages de d'Holbach, qui traitaient des sujets d'esthétique, ne sont pas tombés entre nos mains ; mais ses écrits postérieurs attestent qu'il faisait peu de cas de la poésie, et n'avait rien moins que de l'enthousiasme pour les ouvrages légers de la littérature la plus récente (2). Il ne se paie pas de beau langage. Ce qui fait à ses écrits une place à part, c'est la franchise avec laquelle il énonce son opinion. La vérité, qui ne peut jamais nuire, doit être exprimée clairement, librement, sans voiles ni ambages ; elle peut nuire à celui qui la dit, mais elle est toujours utile à l'humanité, et ne saurait être proclamée assez haut. Elle doit se montrer fière, noble, intrépide, attendu qu'elle est l'unique moyen de
(1) Grimm, Gt>rr. /iU., part. lU, t. v, p. 213, sqq.; Nouv, rev. meniuelle allem.^ 1790^ p. 3i9, sqq., en grande partie d'après Me disserlatloo de Naigeon, insérée dans le Journal de Paris.
(2) Ethos.^d^ p. 150, sq. La poésie n'est estimable que lorsqaVlie est pbiiosopbique, instnicllTe et morale.-^ Cela s'appliqae méiae a ta poésie de Voltaire. Mor. univ., secl. iv, 10, p. 328, sqq.
combatire la dépravation morale sous laquelle nous vivons (1). De ce point de vue, d'Holbach flétrit les penseurs pusillanimes qui prétendent dérober la vérité au peuple, parce qu'ils regardent la superstition comme un frein nécessaire des passions populaires ; c'est ce qui s'appelle empoisonner le peuple pour le rendre inoffensif; ce n'est pas la religion qui doit tenir le peuple en bride, ce sont les lois' (2). Le sage ne doit pas penser pour lui seul, sauf à parler comme tout le monde; nous ne pouvons pas nous flatfer, sans doute, d'affranchir tout d'un coup les hommes de leurs préjugés; loin de là, les passions qui sont naturelles à l'homme ne font que réveiller sans cesse à nouveau la superstition ; mais nous ne devons pas pour cela renoncer à l'espérance de pallier, d'atténuer les préjugés. Nous voyons les lumières se propager ; elles pénètrent, elles envahissent de plus en plus, et elles s'étendront encore; l'homme ira progressant et se perfectionnant toujours (3), Les lumières qu'étendent les progrès de la science ont en d'Holbach un défenseur; Rousseau a tort, à ses yeux, d'attaquer la culture et les sciences. A ceux qui estiment la science à peu près impuissante, puisque, après tant de siècles et d^efforts, elle n'est pas parvenue à corriger les hommes, il répond qu'au contraire la vérité est nouvelle encore et se développe
(4) Syst, de la nat.j n, 13, p. 422, sq., not.; Syst. soc, m, 12, p. i52, sq.; 158.
(2) Le christ, dév., préf. p. m, sqq.; Syst, de la nat,, n, 12, p. 588.
(3) Le christ, dév,, préf. p. m, sqq.; Syst. soc, m, 12, p. 159, sqq.; Syst, de la nat,, j, 9, p. 165; n, 10, p. 545; 15, p. 421, sqq.
i70 LIVBE CINQUIÈBŒ. — CHAPITRE II.
à peine. On s'est payé de paroles vides de sens ; une édacation faussée, livrée à des querelles de mots, négligeant la morale, n'a pu avancer le bien de rhumai)îté. Nous devons revenir à la nature dont nous sommes les enfants (1 ). On le voit» d'Holbacb est un apôtre d^ l'avenir, qui promet des résultats encore inconnus, du siècle de la philosophie encore à son aurore^ Dans sa lutte contre le préjugé, dans l'expression des espé* rances qu'il fonde sur l'avenir il ne s'interdit pas des termes très-forts ; mais il faut pardonner cet emporten^ent à l'ardeur de son amour pour la vérité.
Il est une remarque qu'il ne faut pas omettre : d'Holbach ne se déchaîne pas seulement contre la tyrannie du préjugé religieux, il combat aussi celle du préjugé politique, car il réclame la tolérance même pour les incrédules, et il considère la puissance politique dans ses rapports avec l'autorité spirituelle (2). Il s'en faut cependant beaucoup qu'il veuille une révolution complète du système politique. Il n'admet pas l'égalité entre les hommes préchée par Rousseau (3). Eu appuyant ses espérances sur le pouvoir de la vérité, le but auquel il vise en particulier, c'est qu'elle se fraie un chemin jusqu'à l'oreille des princes et des rois ; la vérité est utile même aux souverains ; mieux vaut pour
(4) Mor. un,, iv, 10, p. 106, sqq.; Syst. soc.y m, i2, p. 158; Le christ, dév., préf. p. xi, sq.; Syst. de la nat.^ u, ÎA, p. 443.
(8) Syst, de lanat,, préf.; Elhoc, 7, p. 96, sq.
(3) Mor. Univ., iv, 10; p. 212, sqq.; Syst.de la nat.,i,9^p. 130. La diversilé qui se trouve entre les individus do res|>éce humaine met entre eoi de i'inégalité, et cette inégaiilé fait le soutien de U société. Syst. soc.y I, 12, p. 140.
eux régner sar un peuple éclairé que sur un peuple esclave, qui ne peut être gouverné que par le mensongc) ; mais il n'y aurait rien d'impossible à la volonté ferme et persévéraple d'un prince. Plein de ces idées, i) 9 dédié son Ethocratie à l.oui$ XYl (1). Ce i)'est pas la partie éclairée de la nation, destinée à gouverner les autres, ce sont les prêtres, les fanatiques, les ignorants qui font les révolutions ; les gens éclairés aio^ent le repos (2).
Il déploie la même ardeur à soutenir la cause des mœprs qu'à défendre I9 vérité. Il ne prétend nous dégager d'aucun de nos devoirs ; il travaille incessamment et avec Tattenlion la plus sérieuse à les préciser, il les énumère longuement, il en développe avec détail les conséquences, A embrasser d'un coupd'œil la suite de ses écrits, on remarquera^ et plusieurs même seront étonnés qu'en définitive ces écrits roulent tout entiers sur la morale. Ses alliés, les libres penseurs, se moquaient de ces capucinades à propos de la vertu. S'il regarde la vérité comme nouvelle, cela s'explique par les plaintes quUl exhale sur l'oubli où l'étude de la morale a été laissée ; les vrais principes de la morale sont encore à découvrir; tandis qu'on cherchait à pénétrer l'impénétrable, on négligeait ce qui touche de bien plus près à l'homme, l'étude de l'homme ; la science n'est rien, dès qu'elle perd de vue le bien de
(1) Lé christ, dév.^ préf., xv, sqq.; Ethoer., averiiss.; Syst. soc, m, 12, p. 161.
(2) Le christ, dév.j préf. p. iv,.sq.
rhumanilé (1). D'Holbach déclare donc que la morale est la science la plus digne, bien plus encore, la science universelle, puisqu'elle embrasse Thomme tout entier (2). Il n'attaque, il ne combat la religion dominante, que parce qu'elle contredit la science morale et sanctifie les coutumes les plus révoltantes ; la religion est issue de cette doctrine de Platon, qui prescrit une continuelle méditation de la mort ; la vraie philosophie est tout au cohtraire la méditation de la vie ; la morale devrait être la pierre de touche de la religion, et Tinterprète de la nature ne saurait reconnaître pour vraie d'autre religion que la morale de la nature, qui nous enseigne les devoirs de Thomme et les sanctionne par son autorité (3). Cette direction morale de son système élève d'Holbach au-dessus même de sa haine contre les préjugés religieux, en ce sens que non-seulement il tient pour utile d'écarter en morale la lutte contre la religion, mais va jusqu'à admettre- sans difficulté la croyance à un Dieu de la nature, et donne des conseils sur Tutile fonction à laquelle les prêtres pourraient être employés dans la société humaine (4). Ainsi d'Holbach , qui regarde la sincérité la plus entière
(1) Syit, soc, intr., p. i, sq.; Mor. univ,, it, 10, p. 353, tq. Philosophes ! votre fonction sublime est de méditer rbomme, de loi découvrir les replis de son rœur, de lui montrer la vérûé, sant laquelle il ne peut obtenir le bonheur.
(2) Mor. univ., préf., p. 1; xxix, sq.
(3) Ib.y préf., p. xTxii, sq.; ly, 8, p. 148; 150. La morale est donc la pierre de touche de la religion. Syst. de la nat., n, 14, p. 459. La morale de la nature est la seule religion que rinterpréte de la nalore olTre h ses concitoyens.
(4) Mor, finit?., préf. p. xvm; iv, 8; Ethocr., 7.
comme Punique moyen de guérir la corruption dos mœurs, ne peut s'empêcher en dernier résultat devoir que l'enveloppe altérée des préjugés de la religion naturelle peut bien recouvrir au fond une vérité.
D'Holbach s'appuie, lorsqu'il veut réformer la philosophie, sur des connaissances nombreuses et variées ; il manque pourtant d'une connaissance suffisamment profonde des systèmes de l'antiquité. Il se déclare l'adversaire du cartésianisme ; ses bases sont le sensualisme de l'école anglaise et de l'école française. Il revient souvent à Hobbes; Locke est cependant la source principale où il puise, et, s'il cite rarement Condillac, il ne le considère pas moins comme un des appuis principaux de la doctrine de Locke amendée. Pourquoi faut-il donc que Locke, que les disciples de Locke, après avoir rejeté les idées innées et reconnu les sens comme source unique de la vérité, n aient pas tiré de ce principe les conséquences immédiates et nécessaires qui en découlent (I) ? D'Holbach n'a rien à faire avec les déductions sceptiques de Berkeley et de Hume. Il estime que Berkeley est absurde, et au-dessous même delà discussion (2). Il combat. assez fréquemment les idées de Hume, mais seulement en ce qui concerne les principes de la morale ; Shaftesbury et Hutcheson partagent à cet égard le même sort (3). On aura beau exagérer son scepticisme, personne ne pourra jamais douter de bonne foi ni de sa propre
(1) Syst. de la nat., i, 10, p. 179.
(2) Ib. 1, 10, p. 170; Mor. univ., préf., p. xvi.
(3) Syst. soc, j, 5, p. 48, sq.
existence, ni de Texislence du monde extérieur (1). Nous possédons une mesure infaillible de la vérilé, pourvu que nous nous attachions à Texpérience sensi- Lie, et que nous évitions les illusions de Tiaiagination (2). Le système de d*Holbach aboutit donc à un dogmatisme très-décidé, qui toutefois exclut Tabstrait et prétend ne s'appuyer que sur des faits (3). D'Holbach croit pouvoir pénétrer jusque dans Tavenir au moyen de Texpérience de cas analogues, et il tient pour certaines les dépositions des sciences naturelles, des mathématiques, de la morale et de la politique (4). On n'a pas de peine à reconnaître, par le procédé qu'il emploie, que les résultats acquis des sciences naturelles sont ceux qui lui inspirent le plus de confiance, et auxquels il se réfère dans ses jugements sur le domaine moral. L'immortel Newton est une de ses plus chères autorités, mais il est forcé d'ajouter que cet homme était aussi faible théologien que grand géomètre (5\ Coraparées aux sciences naturelles, la théologie, la
• psychologie, la métaphysique sont, aux yeux de d'Holbach, des doctrines qui reposent sur des mots vides, et rien de plus ; la vraie physique est la ruine de la
' théologie (6). Bans la lutte, qu'il engage uniquement du point de vue des sciences naturelles contre la théo-
(4 ) Mor, univ.^ préf. p. xvi.
(2) Ib. IV, 10, p. 209. Le criterfum de la Térité est certain, quand ' on ne s*occape que des objets que Ton peut soumettre à rexpérieKft
et quand on rejette ceux qui n*ont que l'imagination pour base.
(3) Syst. de la nal,, ii, 13, p. 454.
(i) Ib.i, 9, p. 141 ; II, 15/p. 4^S; 4^5.
(5) Ib. II, 6, p. iSÔ.
(6) Ib. I, 7, p. 111, not.; 10, p. 194.
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ogie, il ne dédaigne pas Tappui des libres penseurs inglais ; mais il ne va pas plus loin qu'eux ; la religion naturelle, qu'ils avaient prêchée, lui parait n'être rien moins que naturelle (1 ) . On pourra remarquer dans ses vues sur la nature une forte empreinte des recherches chimiques, dont elle s'était principalement occupée. Nous la voyons aussi dans Timportance qu'il attacheaux transformations de la fermentation, au phlogiston, à l'affinité chimiquedes éléments; nous aurons, du reste, à revenir ailleurs sur ces derniers, points. On est aussi fondé à s'attendre, en raison de la direction dogmatique de sa^doctrine, d'y rencontrer plusieurs concepts rationalistes. Mais ce qui surprendra peut* être, c'est qu'elle manifeste la plupart du temps une certaine parenté avec l'élément théosophique, qui s'était attaché à la chimie, mais qup nous avons pareillement retrouvé dans la doctrine de Leibnitz. Ainsi que cette dernière doctrine, celle de d'Holbach signale, comme un fait important, la force, l'effort inhérent aux éléments naturels ; par conséquent il considère tout comme animé, et ne repousse pas même l'hypothèse, qui prête à tout la sensation. Il a accepté aussi le principe de T indiscernable. Il lui arrive aussi de tenir compte de la doctrine de Bilfinger et de celle du fameux Wolff.
Toutefois son dogmatisme a pour base une critique cle notre faculté de connaître. Cette critique porte partout Tempreinte des principes de Condillac, mais ré-
0) Ib. 11,7, p. M8.
siimés et concentrés. Nous devons analyser pensées ; nous trouverons alors qu^elIes se sans exception à la sensation comme à le première (1). Car nous n'avons aucune coni des objets, quels quMls soient, que par l'in qu'ils font sur nous, ou par la modiGcati^ produisent en nous et que nous sentons ; cel fication nous fait connaître un effet de Toi nous (2). Des idées, que les sensations prl en nous, se forme spontanément la pensée, i binaison des idées ; parmi ces modifications' celle de notre conscience, persistante en nool soumise à la variété qui résulte des sensatib verses; ces modifications prennent difTérents la mémoire, l'imagination, le jugement, se fo uniquement par la liaison, la distinction, la c( raison des impressions ; Tentendement et la rais sont autre chose que des modifications de nos lions. La raison est simplement une nature in( par l'expérience, le jugement, la réflexion, ut bUude contractée déjuger sainement des objets. 1 nos opinions reposent sur des associations d' Il n'y a donc lieu d'admettre rien d'inné ; Ti» lui-même n'est pas inné, il n'est qu'une facul quise de former un jugement avec promptitude ( caniquement. Il en est de même du sens moral goût dans les arts ; on a eu tort de les regarder c(
(4) Syst. de la nat.jt, B, p. 111; 121.
(3) Ib. I, % p. 14.
D'HOLBACH. m
des facultés mystérieuses ou des dons inués (1). Une habitude formée d'associer nos idées est le principe de tous nos jugements. Nous ne considérons dans Tabstraction que nos propres modifications, tenant compte des unes, négligeant les autres (2). Nous ne saurions, il est vrai, suivre jusque dans leurs derniers éléments et dans leurs dernières nuances la formation de nos idées ; beaucoup de détails nou3 échappent à cause de leur ténuité ; nous ne pouvons seisir que les grandes masses ; mais c'est assez pour conclure nécessairement de celles-là aux éléments les plus délicats (3). Le seul point, où Ton pourrait voir d'Holbach en divergence avec Condillac , est l'importance bien moindre qu'il attache à Texplication de la réflexion. Il s'en rend compte sans difficulté, en attribuant à l'organe interne de notre pensée la faculté de s'observer et de se modifier lui-même (4). Et en effet son opinion à cet égard est bien plus voisine de celle de Locke, puisqu'il fait sortir de cette réflexion de nouvelles pensées. Du reste il n'y a pas lieu non plus, eu égard à la brièveté de ses explications sur ces objets, de s'arrêter beaucoup sur ce point. 11 est impossible
{{) Ib. I, S, p. 117, sqq.;9, p. 142; 10, p. 180; 183; 188; Mor. Univ., i, 12, p. 52; Syst. soc, ï,9, p. 91, sqq.
(2) Syst. de la nat.. i, 9, p. 147, sqq.; 167; 10, p. 185; 190; Mor. univ., i, 12, p. 52.
(3) Syst. de la nat., i, 2, p. 16, sq.
(4) Ib. 1, 8, p. 123. Non -seulement noire organe intérieur aperçoit tes modifications quMI reçoit du dehors, mais encore il a le pouvoir de se modifier lui-même et de considérer les changements ou les mouvements qui se passent en lui ou ses propres opérations, ce qui lui donne de nouvelles perceptions et de nouvelles idées. C'est Teiercice de ce pouvoir de se replier sur lui-même que Ton nomme réflexion.
tlH LIVRE CINQUIÈME. — CHAPITRE II.
de le soupçonner de vouloir par là prêter à l'homme la faculté de rien produire de lui-même. La réaction de Torgane interne dépend elle-même complètement des actions extérieures ; tout ce qui distingue rhomme se réduit à une plus grande mobilité de ses organes ; il est un produit de sa sensibilité, et n'est que cela (r. S'il vient à agir, c'est une suite de ses besoins, de ses désirs, de ses passions, et c'est pourquoi la sourfrance lui est nécessaire; sans elle il ne serait jamais excité à développer ses capacités, et ne sortii*ail pas de la torpeur. Cela est aussi vrai de la pensée que de l'action. Réfléchir est une fatigue, un déplaisir que l'homme n'affronte que pour se soustraire à de plus graves inconvénients (2),
D'Holbach s'accorde encore avec Condillac pour reconnaître que les sensations ne sauraient jamais nous révéler que les rapports des objets à nous (3). Cette idée entraîne aussi d'autres idées critiques analogues. Les scien.ei d'expérience imposent à noire intelligence la limite qu'elle ne peut franchir. Il arrive à d'Holbach d'aller jusqu'à dépouiller l'homme de toute pensée d'une valeur universelle. Différemment organisés, les hommes voien tet sentent d'une manière également différente, ils sont avec les choses dans des rapports différents, ils se servent d'une langue différente. Le concept même de l'unité ne saurait
(4) Ib. I, 8, p. 120 ;ir» f^p. â.
(2} Ib. II, i, p. 3, sq.; Syst, soc, i, 14, p. 167, sq.
(3] Syst, de lanat,^ i, 2, p. 13; 10, p. 194. Les bommes ODt besoin de la yérité ; elle consiste à connaître les yrals rapports qu'ils oai ayec les choses.
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être leinêuae chez divers individus ; eaoorè qu'ils emploient les mêmes mots, Tacception dans laquelle ils. les prennent, pourrait bieii se trouver et est en effet différente (1). Le plus petit et le plus grand échappent particulièrement à notre intelligence. Les raisons des mouvements les plus simples, desquels se composent les grandes masses de phénomènes et dépendent tons les rapports, sont pour nous des secrets, aussi bien dans le monde de Tesprit que dans celui des corps ; Torigine des choses nous est aussi par conséquent impénétrable (2). Les éléments des corps échappent à nos sens, ils ne sont perceptibles qu'à l'état de composition (3). Et cependant Pexistence d'éléments et de mouvements très-petits, tels que ceux dont il est question, est une conclusion qui s'impose inévitablement à nous ; ce que nous percevons apparaît par conséquent comme un effet nécessaire de causes inconnues (4). Quant à l'ensemble de la nature, il nous dépasse, nous ne pouvons l'embrasser. Nous devons supposer une nature universelle, bien que nous ne puissions pas la sentir ; elle est une somme de forces inconnues (5).
Nous trouvons donc chez d'Holbach une série d'aperçus sceptiques ; mais ils restent, il faut bien le
(1) Ib. I, 10, p. 194, sqq. L*inlelligence , la notion, ta conviction d'aucune proposition^ quelque simple, évidente et claire qu'on la suppose, ne sont ni ne peuvent être rigoureusement les mêmes dans deux hommes.
(2) Ib. X, 2, p. 13, sqq.; 6, p. 87 ; 8, p. 128.
(3) Ib. 1,2, p. 15; 4, p. 52.
(4) Ib. I, 14, p. 328, sq.
(5) Ib. u, Q, p. 203, sq.
^ire, assez sûperûciels. Car bien que la théorie sensualiste de la connaissance n'oiïre aucun moyen de découvrir les dernières causes, ces causes ne laissent pas d'êlre supposées, et dès lors les recherches n'ont pas moins pour objet de tirer des conséquences de cette supposition de raisons inconnues. Les idées de d'Holbach sont déterminées bien moins par ses recherches snr les fondements de nos connaissances que par sa confiance dans Tinvestigation de la nature. Il s'attache aux hypothèses de la science de la nature, qui doit nous faire connaître les causes secondes, puisque les causes premières sont inaccessibles; il espère en cette connaissance des causes secondes pour nous aider à nous former du moins une idée des causes premières, tout inconnues qu'elles soient (1). Nous ne connaissons la nature que par les changements qu'elle éprouve ; elle n'est pas si mystérieuse que le pensent ceux qui la regardent à travers le voile du préjugé ; ses voies sont toujoors simples. Bien que nous soyons incapables d'en pénétrer tous les détails, nous en connaissons cependant les lois générales ; nous pouvons fonder sur ces lois des inductions, car nous devons nous tenir pour assurés que la nature agit toujours d'une manière constante,
(4) Ib. n, p. 6, 201. Si noas ne coonaissocs la nature et ses Tolcsqae d*uoe façon iDcompléle, si doos n'avons qne des idées SQperfidelk« et Imparfaites de la matière, si nous ne pouvons remonter aui caoies premières, contentons-nous des causes secondes et des elTels que Teipèrience nous montre; recueillons des faits véritables et connus; ib stf* fironi pour nous faire juger de ce que nous ne connaissons pas.
uniforme, analogue et nécessaire (1). La conclusion nécessaire de tout ce qui précède, c'est que les principes des sensualistes se trouvent chez d'Holbach appliqués à la considération de la nature avec très-peu de rigueur.
Cependant il s'efforce de rattacher directement à la sensation la connaissance que nous avons de la nature. Le concept du mouvement est le pont jeté pour passer de la sensation à la nature. Sentir, c'est être mû. Les sensations sont des mouvements en nous, et elles nous révèlent d'autres mouvements hors de nous. Elles nous informent que d'autres choses font des impressions sur nous par le moyen du mouvement ; nous sommes instruits par elles dé toutes les relations que nous connaissons entre le monde extérieur et nous (2). Mais le mouvement suppose une cause, de même qu'il est lui-même la cause de toute espèce de changements et de phénomènes ; car toute chose, qui en meut une*autre, est une cause; dans l'enchaînement des causes et des effets, tout effet doit être aussi considéré comme cause, toute cause comme effet (3). Nous devons de plus admettre comme fondement du mouvement une substance, et par conséquentla perception du mouvement conduit à la matière et à toutes ses propriétés, étendue, mobilité,
(4) Ib., p. 184; 186; 205.
(2) Ib. i. S, p. 15. C'est le mouvement qui seul établit des rapports entre nos organes et les êtres qui sont .au dedans ou bors de nous ; ce n^est que par les mouvements que ces êtres nous impriment que nous connaissons leur existence.
(3; L. i; ib. I, S, p. 56.
solidité, densité, impénétrabilité, pesanteur, ineiHie, attendu que nous ne pouvons expliquer lé mouvement que par une cause matérielle. Je ne puis me tromper aux propriétés générales et primordiales de toute matière ; de ces propriétés de la matière on peut en dé* river d'autres encore ; elle possède nécessairement encore d'autres propriétés spécifiques; mais ce qu'il faut établir avant tout, ce sont ses propriétés gêné* raies et premières (1). D'Holbach fait, comme on le voit, beaucoup moins de difficulté que Condillac à se débarrasser de ce qu'il y a de relatif dans toutes nos perceptions sensibles. Nous devons admettre comme un fait uQn-seulement le mouvement, mais encore la matière et toutes ses propriétés (2).
Ainsi, quel que soit Téloignement de d'Holbach pour le rationalisme, les concepts généraux et les piincipes de cette dernière doctrine ont cependant trouvé place dans le Sjrstème de la nature. Ici d*Hol* bach conclut du mouvement phénoménal à sa cause; i'eflfet suppose la substance d'un agent, et la substance possède des attributs immuables et essentiels. Cescouclusions des phénomènes perceptibles à l'essence des cho86s s'étendront, comme on peut s'y attendre, plus
(1) Ib. 1, 5, p. 35, sq.; 7, p. 93. Dès que fapercois oa qae J'éproBve du mouvemenl, je suis forcé de reconnaître de retendue, de U solidité, de la densité, de rimpénétrabilité dans ta substance qae Je vois H mouvoir, ou de laquelle Je reçois du mouTement; ainsi dés q«*aa attribue de l'action à une cause quelconque, je suis obligé de U regarier comme matérielle. Je puis ignorer la nature particulière el sa b^^a d*agir ; mais Je ne puis me tromper aux propriétés généralet el oonooes de toute matière.
(S) ib. I, % p. 30.
loin encore. D'Holbach considère l'essence des choses et raction par laquelle elles se manifeslent, comme liées de la façon la plus étroite. Elles sont insépara* blés. Les lois du mouvement sont immuables, parce que Tessence des choses est immuable. L'essence de la chose consiste en ce qu'elle agit, en ce qu'elle produit du mouvement. Nous ne connaissons aucun objet que par le mouvement qu'il produit en nous. 11 s'ensuit que tout ce que nous connaissons, est en mouvement, et que le repos est une pure apparence (1 ). Chaque chose ne peut agir que par sa nature propre, modifiée toutefois par les influences extérieures qu'elle subit, de telle sorte qu'il faut aussi tenir compte du mouvement communiqué, dont les lois sont tout aussi immuables que celles du mouvement propre, résultant de l'essence même de la chose. Ainsi se forme une chaîne de mouvements, dans laquelle tout est phénomène, dépendant de lois immuables et nécessaires (2). Mais l'expérience nous atteste qu'il existe des choses différentes; nous sommes obligés de leur attribuer aussi différents modes d'action motrice, parce que des essences différentes doivent rigoureusement produire d'après leur nature des effets différents. Cette observation, donnée immédiate de l'expérience, s'élève chez d'Holbach à la hauteur d'un principe, savoir, qu'il ne saurait y avoir dans l'univers deux choses identiques, quant à leur essence et à leur action, et il invoque ici
(1) Ib. i, 2, p. n, sq. Tout est en mouvement dans Tunirers. L*esseoce de la nature est d'agir.
(2) Ib. I, 2, p. 17 ; 4, p. 64, sq.
t8l LIVRE CINQUIÈME. — CHAP1TP.E U.
raulorilé d&Leibnilz,- les rapports différents des choses dans rencbalnement des causes et des effets supposent la même diversité dans leur nature. La variété de formes sous lesquelles la nature nous apparaît, se ramène par conséquent à une variété correspondante dans ses éléments. D'Holbach rejette, comme diamétralement opposée à cette théorie, Thypothèse d'une matière universelle, dont Tessence ne consisterait que dans rétendue et n'éprouverait de changement que par le mouvement de ses parties (1). Cest là un point dogmatique de grande importance. Bien que d'Hol* bach suppose nécessairement Fhomogénéité de la matière dans toutes ses parties, attendu que le plus souvent il ne peut démontrer que les propriétés générales de la matière, et les lois générales de ces mouvements, il se voit néanmoins obligé d'admettre en outre des natures spécifiques, et des lois particulières des petits éléments dans la nature, parce que l'explication qu'il entreprend des différences phénoménales réclame des différences analogues dans les raisons des phénomènes. Il ne peut se passer de causes et de propriétés inconnues des choses.
Il appelle les premiers éléments, desquels la matière se compose, molécules ou atomes. Chacun de ces ato-
(4) 1b. I, p. 17, sq. Ed effet, c*e«t une errear de croire qoe la natiére soit un corps homogène, dont les parUcs ne différent entre elles que par leurs diiïérenles modiQcations... La seule différence du site doit nécessairement entraîner une différence plus ou moins sensible» nonseulement dans les modificaUons, mais encore dans Tessence, dans les propriétés, dans le système entier des êtres. Ib. i, Z, p. 35. sq.; 9. p. It9.
mes a toutes les propriétés générales de la matière; chacun d'eux est étendu, a des parties, mais des parties homogènes. Or ces parties ne sont séparables qu'en pensée, au point de vue de la considération abstraite et géométrique; en soi chaque molécule est simple et indivisible (1). Cet aperçu annonce que les vues de d'Holbach, sur la nature, relèvent moins des doctrines mécaniques, que de la chimie. Les propriétés spécifiques, attribuées aux éléments, les distinguent des atomes des philosophes anciens, qui ne leur reconnaissaient que la figure et l'étendue (2). De ces propriétés résultent leurs différents modes d'action. Les molécules, selon les diversités de leur nature, se repoussent et s'attirent mutuellement, s'associent et se combinent diversement en masses plus grandes. Il existe entre elles une affinité chimique, d'où résultent leurs combinaisons^ selon qu^elles sont plus ou moins propres à se soutenir et à se conserver réciproquement. La sympathie et l'antipathie, l'amour et la haine ne cessent de produire entre elles des liaisons et des séparations, et ces changements sont ce qui nous permet d'étudier, de découvrir la nature des éléments, c'est-à-dîre leurs rapports mutuels (3).
Une différence capitale entre cette nouvelle philo-
Ci) Ib. I, 7, p. 97, not.; 8, p. 123, not.
(2) Ib. I, 3, p. 55, sq.
(3) Ib. I, 4, p. 49, sqq. C*est sur cette disposition des matières et des corps les uns relativement aux autres que sont fondées les façons d*agir, que les physiciens désignent sous le nom d'attraction et de répulsion, de sympathie et d*antipathie, d'afGnités ou de rapports. Ib. i, 6, p. 77. Attiré par les objets qui lui sont contraires.
Sophie corpusculaire et la doclriae ancienne des atomes ressort de la lutte ardente que d'Holbach engage contre la théorie mécanique, laquelle refuse a la matière la puissance de se mouvoir elle-même. Parmi les propriétés générales de la matière se trouve, il est vrai, mentionnée rinerlie(l); mais cette propriété, d'Holbach la conçoit ainsi que Newlon, non pas du tout comme une hypothèse inexplicable, mais comme découlant de la nature intime des choses, et comme reposant sur leur tendance à se conserver. L'essence immuable des choses exige que chacune d'elles s'efforce de persévérer dans Tétre et dans l'état où elle se trouve, d'attirer ce qui lui est nécessaire, de repousser ce qui lui est hostile. C'est là le terme de tous les mouvements, et ce qu'on pourrait tout aussi bien nommer leur but. Les moralistes ont nommé cette tendance amoUr-propre, les physiciens gravitation sur soi (2). Par cetle tendance, la matière se ment elle-même, sinon spontanément, du moins par la dépendance réciproque de ses parties (3). Il s'ensuit que ce concept de l'effort (nisus), auquel Leibnilz attachait tant d'importance, est également tenu pojor ca-
0) Ib. 1,4, p. 54.
(2) Ib. I, 2, p. 23, nol.; 4, p. 62, «q.; 64. La conservaUon est donc le but commun vers lequel toutes les énergies, les forces, les facultés des êtres semblent continuellement dirigées. Les physiciens ont nommé cetle tendance ou direction gravitation sur soi. Newton rappelle foiw d'inertie; les moralistes l'ont appelée dans rhorome Tamoar de soi Vb p. 58.
(3) Ib. 1, 2^ p. 16; 22. Le mouvement est une façon d'élre qoi découle nécessairement de l'essence de la matière... Elle se ment par la propre énergie.
DHOLBACH. 287
pital par d'Holbach ; cet effort n'a pas encore été convenablement expliqué, et c'est lui pourtant qui est le fondement de tout mouvement; c'est de lui que dérive ce principe fécond, que rien n'est en repos. Point d'action sans réaction ; point de force morte ; la nature est un tout agissant; et c'est précisément parce qu'elle est le tout, qu'elle se meut elle-même nécessairement (1). L'observateur attentif de la nature y voit partout des germes errants, qui n'attendent que l'occasion de se développer et de vivre (2). Des forces inconnues animent l'univers et contraignent les choses à agir selon leur énergie propre ; c'est pourquoi aussi d'Holbach admet la production spontanée (3). Dans la fermentation, dans la nutrition, dans la croissance, se manifestent ces formes vivantes ; le principe de la chaleur, le phlogiston, nous donne particulièrement une preuve expérimentale que les phénomènes vitaux ont leur fondement dans les forces matérielles de la nature (4). Nous trouvons ici des traces visibles de la chimie théosophique et de sa métamorphose en physique dynamique. Nous voyons la nature formant un cercle ininterrompu de mouvements, de combinaisons et de dissolutions alternatives ; elle
(0 Ib., p. 19, sqq.
(8) Ib. I, 5, p. 57. L'observaleur allentif voit la nalure remplie de germes errants, dont les uns se développent, tantlis que d'autres attendent que le mouvement les plare dans les sphères, dans les matrices, dans les circonstances nécessaires pour les étendre, les accroître, les rendre plus sensibles par Taddition de substances ou de matières analogues à leur être primitif.
(3) Ib. I, 2, p. 24 ; II, 6, p. 203.
(4) Ib. 1, 2, p. 15; 3, p. 39, sq.; 9, p. 155, sq.
n'a d'autre but que la vie, Taclivité, la conservation du tout par l'incessante circulation des parties (1).Ce qui pousse encore d'Holbach à attribuer à la nature, dans son ensemble, et à toutes ses parties un effort spontané, c'est peut-être qu'il n*est pas éloigné de considérer la sensation comme une propriété générale de toute matière, propriété dont Taction ne serait neutralisée que par des obstacles, comme il arrive dans ce qu'on appelle les forces mortes de la nature (2 . Or il trouve ces vues dynamiques en accord complet, avec Texplication mécanique de la nature, et déjà une Combinaison pareille des deux modes d'explication avait apparu chez Newton et chez Leibnitz ; effectivement, toute activité spontanée suppose, en définitive, un stimulus externe, une cause extrinsèque de mouvement (3), puisque la conservation propre de la chose ne peut jamais avoir lieu qu'au milieu d'ua assaut d'influences extérieures ; sous ces actions diverses, la substance des choses reste toujours ideutique ; les éléments sont impérissables ; la matière est éternelle; ses combinaisons et ses formes seules sont contingentes et passagères (4).
Ces quelques traits épuisent en réalité tous les principes de d'Holbach; sa doctrine est des plus simples. Hors la matière et le mouvement^ il n'y a rien dans
(1) 1b. I, 4, p. 50, sq. Ce plan ne peut être qae la vie, TactioD, le maintien du tout par les cbangementf continuels de ses parUes. (S)lb. 1,8, p. 114.
(3) Ib. T, '2, p. 16.
(4) Ib. I, 3, p. 43 : 0, p. 88. La matière est éternelle el nécessaire* mais iei combinaisons et ses formes sont passagères et conUDgenles.
l'univers (i). Matière et mouvement n'ont ni commencement ni fin. On convient généralement que les substances, c'est-à-dire les-matières, ne peuvent être anéanties; de même on avouera nécessairement qu'elles ne peuvent commencer ; elles sont, par leur nature, le fondement permanent, qui subsiste sous la variabilité des phénomènes. Mais de là on devra conclure aussi forcément que le mouvement dans l'univers est éternel, puisque l'essence des choses ne consiste que dans leur action (2). Or les actions de la matière découlent de son essence avec nécessité, et par consé- # quent tout événement qui se produit dans l'univers est nécessaire. Ce qu'on nomme hasard n'est autre chose qu'une cause inconnue. Le libre arbitre est également inconciliable avec la fatalité de tous les effets ; toute chose agit nécessairement à chaque instant de son existence selon ce qu'elle est (3). La nature, qui est dans son ensemble une grande résultante, une somme, formée de la collection de toutes les matières et de tous leurs effets, qui dans l'individu est la chose particulière envisagée dans sa totalité, produit tout avec nécessité, dans l'enchaînement des causes et des effets, ne connaissant ni bonté ni malice, ni ordre ni désordre. L'homme seul aperçoit du bien et du mal dans la nature ; les relations, dans lesquelles il se trouve avec ce qui l'environne, lui font supposer que tout est bien dans la nature. Mais dans la nature nous
(4) Ib. 1, l,p. 10.
(2) Ib. I, 2, p. 29.
(3) Ib. I, 5, p 7! ; H, p. 236, not.
M> UVRE ONQUIËIK. — CHAPITRE n.
ne devons pas diercher des buts ; car le bat impliqof un mouvement dirigé vers on certain terme, et la natare,étant le tont , ne peat avoirde terme dans son moavement (1). Si néanmoins d'Holbach attribue, 80qs €ertain rapport, un but à la nature, en di^nant pour terme à son activité la conservation des dioses et de l'énergie qui leur appartient, on bien s'il désigne la nécessité comme une ordonnance des choses étemello et immuables (2), il faut l'expliquer par Timpossibilité de ne pas parler aux hommes humainement. Tout « arrive selon les lois immuables de la nécessité ; c'est là pour lui une vérité tellement évidente, qu'elle e>t en réalité la base de tous les efforts pratiques de Tbomanité; éducation, politique, morale, religion mOme, tout lui rend témoignage; on n'a pu le nier, qu'égan par une erreur spéculative (3). Bien loin que la doctrine de la nécessité universelle puisse être nnis^ibi* ou dangereuse, elle ramène seule à la vérité de la nature, à la source de tout notre être et de toule notr. vie (4). L'art de l'homme n'est que la nature employant les outils qu'elle a elle-même créés 5 L'homme ne doit pas se sentir ravalé en reconnaissan* qu'il croit comme un arbre sur le sol de la natur . qu'il est une machine ; la nature elle-même est un^
(4) U). 1, 1, p. 0, il;5«p.61; 7i;6, p. 91 ;n, 5» p. 61; 66:1. p, 101; 173, sqq. •
(î) Ib. I, il, p. 239; II, 6, p. 192.
(3) Ib. i, 11^ p. 232, sqq.
(4) De longs déUils là^dcssns ib. i, 12»
J5) Ib. I, i, p. 3.
vaste maehiiie, dont notre espèce est im' faible res^ sort (1 ).
L'^renr spéculative; qui s'oppose à cette vérité généralement reconnue, est la doctrine de la liberté homaine. Cette erreur est la source de toutes celles dans lesquelles rhomme est tombé à Fégard de luimême (2). Nous n'avons pas le droit de regarder rhomme comme un être privilégié; il est un instni^ ment passif dans les mains de la nécessité. Tout est lié dans l'univers ; il n'y existe pas de force isolée. Or, pour être libre, il faudrait queThomme fût ou bien en dehors de la nature, ou plus fort que tout le reste de la nature, de telle sorte quUl pût interrompre dans Punivers renchatnement des mouvements (3). Ce qu^il est au contraire légitime de soutenir^ c'est qiie tout ce qui se passe dans Thomme n'est autre chose qu'une suite de sa gravitation sur lui-même, d'une énergie qu'il possède ainsi que toutes choses (4). Les partisans de la liberté combattent la nécessité de nos actions, parce qu'ils la confondent avec la contrainte. Nous n'agissons pas toujours par contrainte; bien plus, notre propre énergie, notre tendance à nous
(4) Ib. z, 12, p. 265^ sq. La nature eUe-méme n'est-elle pas une Taste machine, doni notre espèce elle-même est un faible ressort ?
{%) l\ s'exprime sur ce point en termes caractéristiques ib. i, 6, p. BO. La source des erreurs, dans lesquelles rhomme est tombé, lorsqu'il s*est envisagé lui-même, est cause qu'il a cru se mouvoir de luimême, agir toujours par sa propre énergie; dans les actions et dans les volontés, qui en sont les mobiles, être indépendant des lois généiiies de la natore, etc.
(3) Ib. I, e, p. 81 ; 95; 10, p. 176.
(4) Ib. 1, 6, p. 79.
291 UVRE CIXQmËIIE. — CHAPITRE II.
oooserver, est tonjoars ratrelacée ao réseaa des causes et des effets. L'homme a, dans ses idées, dans ses seo* sations, les causes interaes de son moovement; mais il ne faut pas non plus perdre de vae que ses idées procèdent de ses sensations, et ses sensations de Textérieur (1). En combattant la. liberté, d'Holbach maintient sans doute à toutes les natures leurs mobiles propres, mais il ne peut reconnaître à Thomme, en tant qu'être pensant, aucune supériorité sur les autres natures, attendu que les principes sensQalisles font dépendre toute pensée d'impressions externes. Mais en écartant le préjugé qui tendrait à ériger rhomme en privilégié dans Tunivers, d'Holbach se propose d^f^n finir encore avec up autre préjugé, savoir celui qui oppose Tesprit au corps. Il engage donc la i lutte de la manière la plus résolue contre le dualisme' de l'école cartésienne, pénétré qu'il est du vif seoliment que là réside l'incurable faiblesse de toute la I philosophie antérieure. Avec plus de force encore que Hobbes, dont la doctrine était atténuée an fond par plusieurs considérations sceptiques, d'Holbach insiste dans le Système de la nature sur rhomogénéité des substances. La distinction de la substance spirituelle et de la substance corporelle lui parait être Terreur qui a arrêté jusque-là dans sa marche le pur naturalisme. Quant à la raison capitale de la lutte engagea:
(4) Ib. I, a, p. S-22y gq. Il renferme en laUméme des caifo inhérentes à son être ; il est mû par on organe inténear qaî a ses ioi* propres» et qui est détermioé nécessairement en conséquence des idé(«des perceptions, des sensations qu'il reçoit des objets eitérieurs.
par d'Holbach, nous ne la chercherons certes pas dans V objection qu'il fait à la doctrine de la substance spirituelle, d'introduire là une puissance occulte, capable seulement de détourner de la recherche des vraies causes (1 ) ; nous ne l'y chercherons pas, dis-je, puisque d'Holbach lui-noème admet aussi dans les petits éléments ei dans les propriétés spéciales, qui leur sont inhérentes, des forces occultes. Cette objection a pour fondement une pensée d'une bien autre portée, c'est que tout ce que Ton considère comme esprit ou âme, par opposition au corps ou à la matière, est en contradiction avec les efiFets qu'on lui attribue. Dans cette théorie, l'esprit, sans être étendu, donnerait le mouvement à la matière et serait lui-même en mouvement; cela est incompréhensible (2). Ce résultat était dès longtemps préparé suffisamment par l'occasionnalisme. D'Holbach s'élève ensuite contre la doctrine qui fait de l'homme un être double, une substance corporelle et une substance spirituelle, un être physique et un être moral, et qui le compose de deux substances sans aucune analogie entre elles (3), 11 n'a pas de peine à comprendre, du reste, comment on est arrivé à dédoubler l'homme; on observait en lui deux sortes de mouvements, des mouvements du
(1) Ib, r, 7, p. 10. Il est évident que la notion des esprits, imaginée par des sauvages et adoptée par des ignorants, est de nature à retarder nos connaissances^ tu qu'elle nous empêche de chercher les vraies causes des effets que nous voyons.
(î) Ib., p. 96, sq.
(3) Ib. I» 6, p. 84, sq. Ainsi Thomme devint double; il se regarda comme un tout composé par Tassemblage inconcevable de deux nature» différentes et qui n'avaient point d'analogie entre elles.
tOà LIVRE CINQUIËlfE. — CHAPITRE II.
toot^ visibles et palpables à nos sens, et d'aiitres inoii' vements qu'on ne pouvait connaître que par les phénomènes qui les accompagnent ou qui les suivent, sans en pouvoir pénétrer les raisons; on considéra les premiers comme mouvements du corps humais, on rapporta les seconds à la puissance occulte de Tesprit. Au lieu de faire cette distinction erroiiée, on aurait dû reconnaître que ceux-ci sont les effets d'éléments de notre corps qui ne sont pas perceptildles. Il en est de ces mouvements comme de ceux qui produisent la fermentation, la croissance; nous sommes forcés de considérer les raisons cachées du devenir par analogie avec les phénomènes naturels qui noas sont connus (1). La sensation, principe de tous nos développements spirituels, n'est qu^une propriété physique particulière, laquelle appartient dans ses degrés supérieurs aux êtres organiques exclusivement, de même que l'électricité et le magnétisme sont d'autres propriétés, qui peuvent résulter de la combinaison des éléments ; la sensation dépend, dans les organismes des ordres les plus élevés, de la constitatton du cerveau, son organe central. Dans le cerveau s'aecom-
(4) Ib. I, 2, p. 15, sq. Nos sens nous montrent en général dcax sortes de mooTemenls dans les êtres ; Tan est on rnooTement de Le moayement de ce genre est sensible pour nous. L'antre est on Tement interne et caché, qui dépend de l'énergie propre k nn eoipi, c^esl-à-dire de Tessence, de la combinaison, de raction et de la réadisa dea molécules inseasibles de matière dont le corps. est compoaé... Tek sont encore les mouTements internes qui se passent dans rhomme, qis nous avons nommés les facultés intellectuelles, ses pensées, ses passions, ses volontés, dont nons ne sommes à portée de juger que par les •actions, c*esl>>A-dire iiar les «flèts sensibles qui les aceonppagncBt oft lei sulYcnt.Ib, I, 6,1». 83, sqq.; n, 11, p. 233.
D'HOLBACH. 29i
plissent toutes les opérations qu'on voudrait attribuer à l'esprit; distinguer l'esprit du corps n'est par conséquent autre chose que distinguer le cerveau du cerveau (1). Combien n'est pas plus simple cette doctrine qui ne considère plus l'homme comme un être double, assemblage bizarre de pièces contradictoires! L'homme moral n'est que l'homme physique, aperça sous un certain point de vue* Il a son organisation spéciale, ç'est-à-dire un mécanisme propre de ses mouvements. Comme être matériel, l'homme n'a aussi que des idées matérielles. Ce que nous nommons son intelligence n'est que la concience de ses buts, kqudle lui est inhérente, parce qu'à la conscience qu'il a de lui-même, il joint celle des fins où tendent ses efforts (2).
Toutefois la simplicité de cette doctrine consiste uni^ quement en ce qu'elle considère l'homn^e comme im composé de parties homogènes ; elle ne fait pas de lui une substance simple. Loin de là, l'homme est une machine très-savamment composée, dont nous ne pou» vous en aucune façon nous expliquer T origine. Seulement sa production n'a rien de plus surprenant que celle de tout autre être vivant (3). Et de même qi»e l'homme naît, il finit par se dissoudre en ses éléments constituants. Il est un être éphémère. Tout change dans la nature, il n'y existe point de formes permanentes. La présomption et la vanité de l'homme ne doivent pas
(4) Ib. I, 7,p, lOS; 8, p. 112.
(2) Ib. 1, 1, p. 2; B, p. 70, sqq.; Syst. soc.^ u, 6, p. 194,
(3) Syst. de la nat., i, 2, p. 24, not.
lui inspirer l'idée de s'ériger en exception. Le plus pelit hasard, un atome incommode suffit pour lui ravir son orgueilleuse raison (1). L'âme est l'organisation du corps, elle périt avec lui. La doctrine de l'immortalilé de l'âme est issue tout simplement de la passion qui attache l'homme à l'existence, passion qui lui est naturelle, puisqu'elle tient à son effort pour se conserver. Mais cette doctrine repose sur une illusion. La vie est uniquement la somme des mouvements du corps vivant dans sa totalité. Soutenir que l'homme doit vivre après la mort du corps, c'est prétendre qn'une horloge, brisée en mille pièces, peut continuer à marquer le cours des heures (2).
Au combat soutenu contre la duplicité de l'être humain se rattache celui que d'Holbach engage contre le déisme. Après s'être dédoublé, l'homme à pareillement dédoublé la nature ; il l'a distinguée de l'énergie qui est en elle; il a supposé qu'il existe hors d'elle un être, qui met la matière morte en mouvement, et de même qu'il avait donné à la force motrice, qui était en lui-même, lenom d'esprit,il a considéré aussi comme spirituel le moteur de l'univers ; cet esprit moteur est ce qu'il a appelé Dieu. L'homme conçoit par analogie avec son être tout ce qui lui est inconnu ; Dieu devait désigner pour lui la plus inconnue des causes, et a
(0 Ib. I, 6, p. 93 sq.
(S) Ib. X, 13, p. 375; 380 sqq. Dire que Tàme senUra, pensera. Jouira, souffrira après la mort du corps, c'est prétendre qu une horloge brisée en mille pièces peut continuer à sonner on i marquer ies beurei.
par suite été conçu par analogie avec T homme (1). Cette conception se rencontre chez tous les peuples, parce qu'elle est très-naturelle; il faut avoir déjà pénétré plus profondément dans rintelligence de la nature pour se dégager de ce préjugé. C'est Tamour-propre de Thomme qui Ty conduit. L'homme est tenté de se considérer comme le centre et le but de l'univers; mais, accablé par le mal, il est forcé de confesser son •impuissance, il réclame des miracles pour le secourir, et, trouvant la nature inflexible, il s'adresse à un Dieu, à un être analogue à l'homme, et dont Tamour pour lui doit tout soumettre à sa puissance ; c'est ainsi qu'il imagine une raison universelle, par qui il est placé au rang de but de toutes choses. Tant que l'homme est privé de la lumière d'investigations supérieures de la science, cette voie est la seule où puisse entrer toute intelligence, la seule que puisse suivre tout être raisonnable (2) . Mais la connaissance de la nature met fin à toutes ces chimères de l'homme, dissipe tous ces fantômes. Ellen'admetpasde miracles qui puissent interromprele cours de la nécessité. Elle fait voir la création du monde ex nihilo comme une conception qui ne peut nous donner aucune idée de la formation de l'univers ; et cette conception devient plus confuse encore, lorsque Ton fait du Créateur un esprit, c'est-à-dire un être qui n'a nulle analogie, nul point de contact avec la ma-
(4) Ib. I, iS, p. 276 sq. L'homme^ s'éUtit supposé double, flt aussi la natare double; il la distingua de sa propre énergie; il la sépara de son moteur, que peu à peu ii fit spirituel. Ib. ii, f, p. Il ; 17; 4,
p. 103, DOt.
(2) Ib. I, 5, p. 72; u, 1^ p. 4; 20; 26.
tière(l). Pour ordonner le monde, pour le régir, il faudrait avoir des organes ; ce n^est pas sans doute une puissance aveugle, c^est la nécessité de la nature qui est le fondement de tout ordre et de tout désordre (2). Hors du grand tout il n'y a rien ; tout le reste est cbimère. C'est la superstition seule qui a inventé des dieux ou un dieu, et qui, sur les ruines delà nature, a dressé le fantôme de la divinité. La connaissance de la nature dissipe ce fantôme; éclairé par la science, rbomme cesse d'être superstitieux ; la science, l'industrie offrent à l'homme des appuis qui le dispensent, dès qu'il en est pourvu, de recourir à des causes inconnues (3).
Pour apprécier avec équité cette lutte contre le déisme, il faut reconnaître qu'elle pi'ocède d'une luUe contre la superstition. D^Holbach considère le déisnie comme dangereux, parce que cette doctrine a pour conséquence l'intolérance et l'esprit de persécution (A); en raison des tendances morales de d'Holbach, de telles conséquences ont à ses yeux la plus haute gravité; toutefois il signale encore un danger capital attaché au déisme, c'est qu'il s^appuie sur unehypothèse,en introduisant une cause inconnue; bien plus, il s'appuie sur
(«) Ib. 1,2, p. 27; 5, p. 65.
(2) Ib. I, 5, p. 72;75, «q.
(3) Ib. X, 4, p. 1, sq. Pour un être formé par la naUm et eîieoiioit par elle, il n'eiiste rien au delà du grand tout, dont il fait partie et dont Si éproQTe les inflaencei; les êtres que l'on tappoie aa^deaiaiêt la natore ou distingués d'elle-même seront toujours des chimères dont il ne nous sera Jamais possible de noué fDmer des Idées ▼éii labUt Ib. n» 1, p. 26, sqq. Si Tignorance de la nature donna la niiiiiif» aox dieux, la connaissance de la nature est faite pour les détruire.
(4) Ib. n, 2, p. 54. D*Holbach s'emporte contre le Dieu impitoyab le qui punit des crimes dont il est lul-mêaie la cause.
DHOLBACH. S99
une cbimèrey puisqu'il regarde celte cause comme un esprit (1 ). C'est pourquoi d^Holbachne voit dans l'athée qu'un homme ardent à détruire des préjugés funestes, revenant à la nature, à Texpérience, à la raison. 11 serait possible, selon lui, d'accorder en un certain sens qu'il n'existe pas d'athées; c'est une affirmation légitime, pourvu qu'on entende par Dieu la force motrice, inhérente et non pas extérieure à la nature, et par athées ceux qui nieraient l'existence d'une telle force; sans cette force en effet la nstture ne se conçoit pas, et, dès lors, un athée ne serait qu^m fou (2). Il s'ensuit qu'à vrai dire d'Holbach ne combat que les représentations anthropomorphiques de Dieu et Tapplicalion de la distinction établie entre le corps et l'esprit à la cause suprême du mouvement. Il vaut mieux à son gré laisser de côté toute recherche relative à cette force, que de s'en faire des représentations erronées, qui tournent à la confusion delà sdence. On peut s'expliquer ainsi pourquoi d'Holbach ne rejetait pas absolument la théologie et le sacerdoce ; on se l'explique surtout en faisant attention {{u'il regardait les idées admises sur l'être divin comme à peu près universelles, et comme très-natureUes, du moins dans un état inférieur et rudimenlaire de la connaissance scientifique. Il ne refuse pas d'admettre l'adoration d'une cause inconnue ; il veut même qu'on prenne garde de l'outrager
(4) n>. Uf 13, p. 891. Le déisme est un système auquel Tesprit Iw* main ne peut pas lèngtemps s'arréler; fondé sur une chimère, on le verra tét ou tard dégénérer ea lue sopersUtion absurde et dangeveiise^
(2) lb.u,ll, p.363;3e4.
aveuglément. Il va plus loin, et il accorde que les idées que nous nous, faisons de toutes les productions de ia nature comme passagères, de l'homme comme mortel dans tout son être, pourraient être erronées; il imagine alors un athée vertueux, qui, s'éveillant dans une vie nouvelle, y apprend à connaître Dieu et àTadorer; il prête à cet athée un discours adressé à Dieo pour justifier son incrédulité passée, ce Dieu, lui fait-il dire, » toi qui t'es dérobé à la vue de ton enfant, moteur » incompréhensible et caché, que je n'ai pu découvrir, » pardonne-moi d'avoir, dans la faiblesse de ma rai- )) son, nié ton existence. Comment mes yeux grossiers » t auraient-ils aperçu dans un monde où tous mes » sens ne me révélaient que des objets sensibles? Mon » ignorance est excusable, puisqu'elle était invincible. » Je n'ai pu m'incliner devant l'autorité des hommes, r> qui demandaient de moi d'immoler la raison que tu » m'as donnée; sous l'odieuse image qu'ils m'offraient » de toi, je ne pouvais te reconnaître. Mais j'ai tou- » jours prêté l'oreille à la raison, dont tu es l'aaleur, yf et la vertu, qui te plait, mon cceur l'a toujours ado* » rée (1 ). M On voit par là que d'Holbach ne repousse pas complètement l'idée d'une cause dernière. Il con-
(1) Ib. u, iO, p. SSSsq.
(Evidemment M. Rittcr cite Ici le texte de d'Holbach. l\ est fort pnh iMble qu'en traduisant, je me serai écarté plus ou moins graTeneot des paroles mêmes de Tanteur. Mais, à mon grand regret» je n'ai po consulter le Système de la nature, ne l'ayant pas sons la raaio. On sait, du reste, que cet ouvrage est au nombre éei livres que les bibU<K théqnes de l'Etat ne communiquent plus au public.)
{Note du traducteur.)
vient, dans un autre endroit, qu'on pourrait concevoir sous le nom de Dieu quelque chose d'intelligible, si l'on voulait le considérer comme la nature agissante, ou comme la somme des forces inconnues, qui animent l'univers (1 ). Il veut ramener à l'autel de la nature les mortels égarés. Le Système de la nature se termine par une invocation, où nous sommes adjurés de vouer notre vie au service de la seule nature et de ses filles adorables, la vertu, la raison, la vérité (2). Si nous prenons acte de ces déclarations, nous remarquerons que tout l'athéisme de d'Holbach consiste uniquement à remplacer un Dieu, adoré comme esprit, par un Dieu, adoré exclusivement comme nature.
Quelque peu satisfaisante que soit cette manière de concevoir le principe dernier des choses, nous pourrions cependant la prendre en plus grande considération, si d'Holbach l'avait toujours maintenue dans un sens invariable. Mais on reconnaît, à n'en pouvoir douter, de graves incertitudes dans son esprit sur le concept même de la nature ; il la considère tantôt comme unité, tantôt comme pluralité. D'un côté il parle d'elle comme d'un grand tout agissant et vivant, où tout conspire à l'enchaînement universel. Et sous ce point de vue non-seulement chaque chose gravite vers soi, mais le tout gravite aussi vers soi ; d'Holbach attribue sans hésiter à la nature une force
(1) Ib. n, 6, p. 205. Si nous Toalons attacher quelque sens au mot Dieu, nous trouverons qu*il ne peut désigner que la nature agissante ou la somme des forces inconnues qui animent l'univers.
(%) Ib. n, 6, p. 201. Ramenons les mortels égarés aux autels de la nature. Ib. n, iï, p. 453.
302 LIVRE CINQUIÈME. — CHAPITRE n.
centrale à laquelle toutes les forces particalières soot soumises (1 ) ; il ne cesse de recourir partout à la force agissante de la nature entière pour rendre compte de la liaison nécessaire qui rattache tous les éléments les mis aux autres ; il déclare que la nature ainsi comprise est la nécessité elle-même (2). Mais <i*un autre côté illaconsidèresimplementcommeunecoUection, comme nn amas de matières, et il nous avertit expressément de ne pas prendre le change sur les expressions métaphysiques qu'il emploie, lorsqu'il dit que la nature produit ceci ou cela. Il n^ entend pas par là personnifier la nature ; elle est un être abstrait, rien de plus, et tout ce qui s'accomplit en elle n'est que Teffet des réalités particulières, dont elle se compose (3). Comme on le voit, d'Holljach a hérité du sensualisme un profond éloignement pour les concepts généraux et abstraits ; mais il ne saurait se passer de toute abstraction, et il en admet une, quand il adore la nature comme sa divinité, et quand il traite des lois générales de la nature, ou de la nécessité universelle.
Cependant il prétend assujettir aussi notre vie pra tique à la loi de la natui-e. Cest là l'objet final de tous
(4) Ib. I, 4. p. 58. Force centrale à laquelle toutes les forces, toutes les essences, toutes les énergies sont transmises, elle régie les mouYements de tous les êtres... La nature est un tout agissant et Tirant» et tout ce qu*elle contient conspire nécessairement à la perpétuité de son être agissant.
(2) Ib.'ii, 6, p. 203.
(3^^ Ib. I, 1, p. 12. Lorsque dans le cours de cet ouvrage, je dis que I& natore produit un effet, je ne prétends point personnifier cette nature, qui est un être abatrait; mais j'entends que l'effet dont je parle est le résallat néeessaire des propriétés de quelqu'un des êtres qui composent le grand ensemble que nous voyons. Ib. u, 0, p. 1S5; 203.
ses eilbrts scientifiques. Quelle valeur aurait une sdence qui ne serait d^ aucune utilité ? Il veut qu^on apprécie le mérite de son système diaprés Tutilité des prescriptions qu'il en déduit. H seprc^ose de montrer que la raison seule peut rendre l'homme heureux, et que la raison consiste dans la science de la nature appliquée à l'homme (1). Nous devons suivre dans la vie les lois de la nature ; ces lois sont inviolables, leur transgression entraîne un châtiment inévitable (2). Le physicien, l'anatomiste, le médecin, voilà les maîtres du moraliste, voilà ceux qui doivent améliorer l'homme. Si l'on demandait conseil à Texpérience, au lieu de suivre le préjugé, la médecine fournirait à la morale la clef du cœur humain, et, en guérissant le corps, elle serait quelquefois assurée de guérir l'esprit (3). La connaissance de la nature doit donc être l'unique base des prescriptions que d'Holbach veut poser comme régulatrices de la vie morale.
D'Holbach se promet beaucoup, nous le voyons, des sciences naturelles; il s'en promet la guérison de Pâme, l'amélioration des mœurs, c'est-à-dire bien plus évidemment qu'elles n'avaient pu donner jusqu'alors. Il se flatte qu'elles doivent répondre sans délai à ces magnifiques espérances. La connaissance de la vérité ne date que d'hier. D'Holbach ne s'est proposé
(1) Ib. I, 13, p. 357 ; ii, 6, p. 201.
(2) Ib. II, 14, p. 447.
(3) Ib. I, T, p. 107 ; 9, p. 134. Si on consultait l'expérience au lieu da préjugé, la médecine fournirait à la morale la clef du cœur bumain, et en guérissant le corpi elle serait quelquefois assurée de guérir Vesprit.
304 LIVRE CINQUIÈMB. — CHAPITRE lî.
d^autre but que de lui faire sa place dans la morale. C'est à quoi il a travaillé avec ardeur dans ses nombreux écrits sur Téthique. Il faut donc se demander s'il est resté dans ses travaux fidèle aux principes du système naturel.
Les souvenirs, auxquels il prétend se rattacher, nous mettent un peu en défiance à cet égard. 11 veut procéder dans un sens éclectiquCi mettre à profit ce qu'ont de bon les doctrines de Socrate, de Platon, d*Aristote, de Zenon (1). Et en effet nous ne trouvons pas sa théorie des devoirs de Thomme aussi nouvelle que nous serions fondés à Taltendre. Reproduire en détail ces idées un peu rebattues est une peine dont nous croyons pouvoir nous dispenser. Mais nous concevons plus de doute encore sur le résultat, à le voir se flatter d'édifier une doctrine morale bien simple, sans métaphysique subtile, sans dialectique compliquée, attendu que les règles morales, devant régir tous les hommes, doivent nécessairement être intelligibles à chacun d'eux (2). Certes il n'y a rien de plus simple que de poser la conservation de notre être comme but de nos actions ; mais la thèse se complique déjà, lorsqu'il enferme dans la conservation de nous-mômes Taspinition au bonheur (3). Conformément à ces principes, il ramène tous les désirs humains à la satisfaction des besoins, àTutililé, à Tintérét individuel (4) ; mais il ne
(\) Mot. un., préf., p. 7, iq.
(1) Ib., p. 8.
(3) Ib. xxTiii; Syit. de la ntU.^ i, 0, p. 144.
(4) Syzt. de la nat., i, 10, p. 180; 15, p. 541. L*iolérél m Titiîqae mobile des «cUodi bumaiiiei.
peut perdre de vue que, selon sa coastitulion particulière et sou tempérament, chacun doit chercher son bonheur dans des intérêts distincts (1 ), et dès lors les règles à suivre ne sont plus susceptibles d'une formule aussi simple. Par une conséquence naturelle de sa doctrine sur la nature, d'Holbach ne veut pas qu'on lutte contre les passions ; elles résident dansla nature des choses, et elles sont utiles, quand elles sont bien employées; à l'exemple d'Helvétius, il défend l'ambition, comme la prérogative des grandes âmes ; tout notre devoir est de faire équilibre aux passions par d'autres passions ; la raison n'est autre chose que le choix des passions qui servent à noire bonheur (2). Mais quel est le moyen de rencontrer le j liste équilibre des passions? Puisque tout dépend de notre constitution corporelle, de notre tempérament, nous ne nous étonnerons pas que d'Holbach fasse consister uniquement toute verla dans l'équilibre des humeurs, dont notre tempérament est formé (3). Pour nous assurer quelque empire sur nos passions et sur nos actions, d'Holbach est donc forcé de soutenir, que nous avons la puissance de modifier notre tempérament par le choix du régime, de la manière de vivre, du climat, où nous établissons notredemeure(4).Ce8moyenssontceuxdontleméde-
(1) Ib. I, 15, p. 510.
(2) 11». I, 0, p. 15!»; il, p, 230 sq.; 16, p. 3B2; 17, p. ô86. (3)'lb. j, " " l'î'' Noire nature divenement cuUlïée décide de
n 'les qu'intelUvIaeltes , de dos qunliiis tant
j :'esl de l'équilibre de« bnmeurs que semble
I] nous appeloDa verlueui.
306 UYRE CINQO^fifE. — CHAPITRE U.
cîD (fispese poor améHorer les hommes . Seolemenl nous chffl-dMxns en vrâ dans la morale BÎotpte de d^Hcdbach des prescriptions qni concernent cette méthode carati ve. Da reste, il eut été dîffidle de les formuler di'iiiie manière généralement intdligible.
Toutes les prescripticms morales de d^Holhadi ont pcMir fondement Tamour-propre ; la gravitation sur se» est Tcmique mobile de toutes nos actions; chacun cherche uniquement son avantage, son bonheur* Les penchants sociaux sont rejetés; d'Holbach n'admet même pas que le sang crée des liens naturels entre les parents et les enfants (1). Mais il repousse anssi la doctrine qui fait reposer les distinctions morales sur une convention ; ces distinctions ont, selon lui, leur racine dans la nature éternelle des choses et dans les rapports qui les unissent (2). Les moyens, par lesquels il veut dégager Thomme d*un amour-propre étroit et d^ravé, pour Télever à F amour de la v^rtu, consistent . essentiellement à lui ouvrir une vue plus libre et pins large dans l'appréciation du bonheur kumaio. Il ne saurait adhérer à la doctrine qui se préoccupe exclusivement de la jouissance fugitive et instantanée. Noos devons chercher un bonheur soUde (3). Le plaisir ne peut durer sans interruption ; jouir toujours et
(4) fb. 1, 10, p. 183.
(t) Ib. t, 9, p. 145 sf . La morale est, conme t^oaivers, fondée «or la néfesffité ou les rapports éleroels des choses.
(3) Ib. 1, 0, p. 146 sq. L'bomine doit tAcher def e proewer leMeaêtre le plos permanent, tt. i, 15, p. 337 ; Sy»f. sec, t, 6, p. SS. U bonheur n'est que le plaisir continué.