‹ Histoire de la philosophie moderneChapitre 15 sur 24 · DH013ACH · texte numérisé non relu

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intervalle, ce serait ne plus jouir (1). D'Holbach n'oublie f as que la souffrance est, comme Helvétius et Condillac rayaient eûseigné, un éperon nécessaire pour exciter notre activité; l'attraction et la répulsion, Famour et la haine forment les principes de l'activité de la. nature ; nos besoins sont le seul aiguillon qui nous anime au travail d'esprit ; car penser est une fa^ tigue, et c'est pourtant la science qui doit nous affranchir du préjugé et améliorer nos mœurs. Il s'ensuit que d'Holbach donne la préférence au plaisir de l'esprit, de la mémoire, de l'imagination, de l'entendement, sur les plaisirs grossiers ; car en définitive la partie mai* tresse dans la composition de notre machine, c'est le cerveau j ce qui s'y forme est plus à nous, est moins sujet au changement que ce qui dépend des impres^ sionsextérieures (2). Toutefois, si d'Holbach est ici d'accord avec Epicure, il s'écarte de la doctrine de ce der* nier en ce qu'il ne recommande pas, comme elle, de réduire et de simplifier nos besoins. Ennemi de toute morale chagrine, s'il n'approuve pas le luxe fastueux et la folle vanité, il n'en regarde pas moins la puissauce et la richesse comme des choses désirables, et la multiplication des besoins, de ceux mêmes qui ne reposent que sur la fantaisie, comme naturellement liée au progrès de la civilisation et de l'industrie humaine ; supposé que nous sachions toujours les dominer par la raison , ces besoins ne peuvent que contribuer

(4) Syst» de la natj», i, 15, p* 355.

(2) Ib. I, 11, p. 3i0 sq.; Mor. un,, j, 4, p. 15^ sq.

à augmenter notre bonheur (1). Maintenant plus les besoins de l'homme s'accroissent, plus sa vie*, son industrie, ses travaux réclament d'auxiliaires, et c'est ainsi que Tamour-propre le rapproche de ses semblables. De tous les êlres de l'univers le plus nécessaire à l'homme, c'est l'homme. L'homme en est convaincu nécessairement par la connaissance approfondie de son intérêt bien entendu et par la morale(2). L'intérêt d'un homme concourt avec l'intérêt des autres ; leur bien commun est un lien qui les unit. Par conséquent d'Holbach n'admet pas la doctrine, soutenue par Hobbes, de la guerre de tous contre tous (3). L'homme est amené par ses propres réflexions à se constituer en société, et apprend à apprécier la valeur des autres hommes et la sienne, en raison de la part qu'ils apportent au bonheur général. C'est là pour lui la mesure de la vertu et du vice (4).

D'Holbach considère donc l'humanité comme un tout, uni en vue de l'intérêt commun ; il voit dans cette idée le moyen le plus efficace de nous animer à la pratique de nos devoirs, sans s'écarter pourtant du principe de Tamour-propre. Quelques traits suffiront pour nous montrer, comment il approche ainsi d'une morale, où le dévouement le plus complet a sa place.

(1) Syst. de la nat,, i, 16, p. 365; Syst. soc, i, 14, p. 170 sq. {%) Syst. soc, I, 6, p, 59.

(3) Syst. de la nat., t, 14, p. 317.

(4) Ib. X, 9, p. 144. Syst, soc, i, 6, p. 59. Le plus nécessaire à rhomme, c'est rhomme... Aimer les autres, c'est aimer les moyens de notre propre félicité... C'est confondre nos intérêts avec ceux de nos associés, afin de travailler à rutilité commune.

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Nous devons aimer la vertu, parce que nous avons besoin de l'amour, de l'estime, de l'appui des autres; nous devons l'aimer en nous et l'aimer en autrui, bien que nous n'en tirions aucun avantage, parce que Thumanité nous plait, et quelle est aimable par ellemême. La vertu est l'art de se sentir heureux du bonheur des autres. Nous devons redouter jusqu'aux vices cachés, afin de pouvoir continuer à nous estimer nousmêmes, cette estime étant un prix dont nous jouissons, alors même que toute récompense extérieure nous est refusée. Quoique nous ne fassions rien sans intérêt, cependant l'homme de bien ne cherche pas sa récompense hors de lui, il la trouve dans sa propre vertu (1 ). Il faut en convenir, par sa réduction de toute acti-. vile morale à la loi universelle de la conservation de nous-mêmes, et en élendant celte loi au système entier de l'humanité, d'Holbach est parvenu à. lier systématiquement toutes les branches de la vie morale. Il voit dans l'humanité une grande société, deslinée par la nature à une vie commune. Cette société doit travailler et pourvoir à la culture, à l'éducation, à la régularité de rindividu;le droit naturel coïncide, pour d'Holbach, avec la morale ; la politique est à ses yeux une application de la morale à la conservation de rElat(2). Lorsqu'il entre dans le détail, d'Holbach ne dépasse pas,

(1) Syst, de la nat.j i, 15, p. 542, sqq. La verta n'est que Tart de se rendre heoreux soi-même de la félicilé des autres... La vertu est sa propre récompense... Quand Tonivers entier serait injuste pour Tliomme de bien, il lui reste l'avantage de sVimer, de s*estimer lui-même, de rentrer avec plaisir dans le fond de son cœur.

(2) Mor, un., prér., p. xxix, sq.

5t0 LIVRE CINQUIÈME. — CHAPITRE H.

à la vérité, les idées généralement répandues dans les esprits de son temps. Il est attaché à des vues cosmopo* lites ; H admet sabsidiairement la division de Thunianité en états différents et en diverses communaotés, d'où résulte l'organisation du tout ; l'Etal a pour base un contrat, mais qui n'a pas besoin d'être explicitement formulé (1). La souveraineté dérive de Vntilité gêné— raie ; le pouvoir doit être subordonné aux lois, et la diversité des lois positives procède de celle des circonstances, dans lesquelles il a fallu chercher et procurer le bien commun, loi générale de toute société (2; . De cette façon d'Holbach a imaginé un système de société, qui semblait répondre à toutes les exigences de la vie morale. 11 faut prendre garde que celte manière d'organiser systématiquement rhomanité aboutit, en somme, aie constituer en exception privilégiée dans le grand système de la nature. Car, à considérer la nature dans son ensemble, on ne comprendra pas pourquoi Thumanilédevrait nousapparaftre comme seule manifestation de la vie morale ; et d'autre part, si l'on regarde aux éléments particuliers de la nature, on ne comprend pas comment l'effort pour conserver son être, au lieu d'appartenir exclusivement à l'individu, est étendu également à la société humaine tout entière. On est bien obligé de convenir, que Tidentification de l'homme physique et de l'homme moral, telle que

(1) Ib. II, 2, p. 72, sqq.; 6, p. 80; Syst. de la nat,, t, 9, p. 151 : 8y$t. soc, II, l,p. S.

(8) Syst. de la nat., i, 9, p. 153, sqq,; SysU soc, u, I, p. 5, sqq»; Mot. un., u, 4; 5.

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d'Holbach se Tétait proposée, n'est pas si faoîle à réatliser qu'il le pensait. Il se &it gloire partout de la simplicité de sa philosophie, et si la simplicité scientifique con^stait à grouper, à résumer en peu de mots les principaux pointe de l'opinion régnante, on ne pourrait contester à d'Holbach l'honneur de l'aimir obtenue à un très^haut degré. Car si Ton met de côté la discussion très-prolixe, à laquelle il se livre coRtoe le préjugé, sa doctrine se résume en un petit nombrie de principea. Il est vrai qu'il ne faut pas demander de quelle manière ii établit les bases de ses principes. Sa théorie de la connaissance, empruntée au sensua* lisoie, est très-grossièrement ébauchée. Il est lui-même contraint d'avouer qu'il ne peut se passer de Thypothèse de forces occultes, d'éléments imperceptibles, pourvus de propriétés spécifiques ; au fond, son sensualisme repose uniquement sur la négation des idées innées; il veut suivre T expérience, et par expérience il n'entend pas seulement les perceptions sensibles, mais encore l'élaboration que l'intelligence du physicien leur fait subir. Son Système de la nature est taillé sur le patron des sciences naturelles^ sans qu'il se s<Mt beaucoup soucié delà méthode générale d'investigation scientifique. C'est là un défaut qui se fait sentir assez fortement, D'Holbach admet le 'concours des mathématiques dans l'étude de la nature j mais il combat les abstractions mathématiques, quand elles soutiennent la divisibilité infinie^ quand elles supposent une substance corporelle partout homogène; il combat L'abstraction en général, afin de pouvoir, sans se

mettre en peiné d^unedémonstratioD rigoureuse, poursuivre Pexposition de sa doctrine, laquelle croit trouver dans une matière morcelée en éléments absolament individuels, le principe du mouvement, et dans le mouvement une raison suflSsante de tous les phénomènes. 11 ne s'arrête pas à la diflSculté de cette activité réflexive, de cette gravitation vers soi qu'il est forcé d^attribuer à ses éléments corporels; il va plus loin, il étend cette gravitation jusqu'aux états secondaires des corps, jusqu^aux grandes masses des choses, jusqu'à leurs systèmes les plus étendus. Maintenant, il devrait, à ce qu'il semble, considérer la nature comme une chaîne de mouvements indépendants qui appartiennent aux éléments individuels; mais, en tant que chaîne, il lui dénie toute indépendance ; aussi quelque ardeur qu'il mette à combattre la vérité de notions abstraites, il ne laisse pas toutefois d'être conduit ainsi à l'abstraction d'une force générale de la nature, à l'idée de la nécessité universelle, qu'il adore comme souveraine de toutes choses. Nous rencontrons ici une série d'hypothèses, empruntées aux opinions des physiciens, et que d'Holbach ne se met pas en peine de soumettre à un examen scientifique. Il procède exactement de même en morale. Les principes que les gens de bien suivent dans la pratique, les théories d'éducation et de vie politique, qui s'étaient établies et avaient cours de son temps, ont en lui un ardent défenseur; la seule condition qu'il exige, c^est qu'elles consentent à s assujettir au principe de la gravitation vers soi, afin que toute différence entre l'homme phy-

sique et rhomme moral soit effacée. Mais il saute aux yeux que d'Holbach est incapable de justifier la valeur qu'il accorde à la société humaine, dont la morale lui impose de tenir compte, et de légitimer Tespérance qu'il conçoit de voir Thygièue physique améliorer aussi Thomme moral^ puisqu'aucune de ses prescriptions morales n'a trait à l'homme physique.

Ainsi \b Système de la nature ne peut nous apparaître que comme une série d'opinions sans liaison rigoureuse ; la constitution de la doctrine n'autorisait nullement le rejet tranchant de toute la tradition antérieure, religieuse et philosophique, les négations hardies, où d'Holbach triomphait. Le matérialisme, le fatalisme, Tathéisme, Tégoïsme, toutes ces doctrines qu'il soutenait, ne reposent plus que sur des bases superficielles. Néanmoins l'influence exercée parce livre ne permet pas de douter qu'il n'exprimât' des résultats admis par la plus grande partie du public savant et éclairé de son temps. Quoique les démonstrations de d'Holbach fussent bien loin de paraître satisfaisantes, on croyait toutefois trouver dans sa doctrine une conception des choses difficile à contredire. Tel est le jugement des adversaires mêmes qu'elle a rencontrés. Aussi a-t-elle sur les idées du temps une action très-grande, dont le retour de la science à de nouveaux principes n'a pas complètement effacé les traces.

Il n'est pas difficile d'apercevoir à quoi a tenu cçtte action. Elle a été 4ue & la simplicité de la conception naturaliste. Ce point de vue est celui auquel la phi-

losophie moderne s'était rattachée dans la plupart de ses développements. A cette époque, où chacim mvoquaU à grands cris la nature, dont on attendait Taf* franchissement soudain et violent des mœurs raffinées, des artifices corrupteurs, des entraves de la vie sociale, lorsqu'on se croyait depuis longtemps assuré que le salut ne pouvait venir que du retour à mie lo^ gique naturelle, à une éducation naturelle, à un droit naturel, à une religion naturelle, quel titre meilleor un système philosophique pouvait-il avoir à fixer l'attention, que la prétention hautement proclamée de tout ramener à la loi immuable de la nature? Pour soutenir cette idée, il n'était pas: besoin d'une intelligence délicate ou profonde^ il suffisait d'un esprit hardi, et tel était celui de d'Holbach , assez intrépide poor écarter, sans fléchir, tout ce qui pouvait faire obsta- ' cle à la toute-puissance de la nature. Or, il renconfn' pour premier adversaire le dualisme, qui, nourri, développé dans l'école cartésienne, avait pris de là une grande extension. Les hypothèses de l'occasionalifflie, dottt nous n'avons cessé de constater les traces persistantes, ne pouvaient se soutenir contre le reproche de faire l'homme double. Déjà les idéalistes anglais et Leibnitzs'étaienlefrorcésdesortirdecedualisme-,niais, dans un temps de plus en plus livré à la physique expé* rimentale et au sensualisme, on. ne pouvait s'attendre à voir le monisme idéaliste l'emporter sur le monisnie matérialisle. D'Holbach déclare cette dernière doctrine l'unique moyen d'arriver à une science marquée d'un caractère d'unité intime. Il combat, il anéantit

TopinioD captieuse et fëconde en erreurs, qui voit dans rhomme une exception privilégiée, et par conséquent perturbatrice au sein de la nature. L'homme n'est qu'un produit de la nature, il lui est soumis, il est assujetti à toutes ses lois. Comme il appartient sans réserve à la nature, ce serait en lui une chimère présomptueuse et vide de vouloir dépasser par une idée quelconque l'horizon de la nature. Cette unité de la doctrine et de l'objet de toute science constitue toute la force du Système de la nature. S'il faut considérer comme le problème scientifique de tout ramener à un seul principe, on est fondé à reconnaître ce mérite au système de d' Holbach .

On pourrait dire, à la vérité, que ce mérite est bien affaibli par l'incertitude dans laquelle on voit flotter les idées de d'Holbach entre l'unité de la nature et la pluralité des molécules. Et ce n'est pas assurément une beauté de sa doctrine que de se prêter alternativement à deux conceptions opposées dans l'explication de la nature, conceptions qui nous reportent l'une et l'autre à des forces occultes, et qui les admettent quoique placées au delà des limites de nos connaissances. D'Holbach invoque tantôt les forces moléculaires, qu'il faut concevoir non comme des forces mortes, mais comme des forces vivantes et actives, tantôt la nature universelle, qui prête à chaque élément particulier son être et son activité, et qui soumet tout au grand enchaînement de la nécessité ; voilà bien les deux idées auxquelles il recourt, quand il veut découvrir lés raisons des phénomènes. Ces idées pourraient

suffire à ceux qui proposent pour modèle à la philosophie le procédé des sciences empiriques de la nature; en effet, ces sciences ne poursuivent la connaissance des raisons que dans les limites de Texpérience, sans se préoccuper des fondements derniers qui nous demeurent impénétrables. Mais le penchant philosophique de d'Holbach l'enchaînait a ia poursuite du dernier principe, et comme il hésite, incertain entre le procédé des sciences naturelles et la philosophie, i\ea résulte des incertitudes pareilles dans son explication du dernier principe, tirées tanlôt de l'élément particulier, tantôt de l'énergie de l'ensemble. Ces hésitalions ne nous feront pas prendre le change. En définitive, la tendance générale qui Tentraine, est d'adorer la loi universelle de la nature comme la divinité qui règne en souveraine sur tous les êtres. Cesl ce qu'indique le fatalisme absolu, qui fait le fond du système et qui réduit à néant la gravitation des atomes individuels sur eux-mêmes, leur spontanéité, toute vie particulière en un mot, puisque l'atome n'est jamais conçu que comme un infiniment petit tenant de la nature infiniment grande son être et son acti vité.D'Holbach n'était nullement enclin à remplacer le dualisme par un pluralisme indéterminé. La nature , en tant qu'unité, la loi de la nature, dans sa puissance infinie, est tout pour lui. Si parfois il rejette cette abstraction, c'est par l'effet d'une action tardive et impuissante des principes nominalistes, héritage de l'ancienne philosophie, transmis jusqu'àlui. Aussi ne pouvons-nous nous empêcher de signaler la tendance vers T unité de pria-

cipe marquée dans le système de d'Holbach, et d'y voir UQ hommage rendu à F esprit de spéculation philosophique.

Le naturalisme de la philosophie moderne est arrivé chez d'Holbach à son expression la plus complète. Ce que Bacon avait indiqué timidement et même avait à peine osé penser, ce que Hobbes avait énoncé avec de fortes réserves, en élevant un Dieu au-dessus de la nature, d'Holbach l'a affirmé sans détour et sans restriction. On peut trouver dans sa doctrine le dernier terme des idées, qui avaient soutenu l'impulsion de la philosophie moderne, bien que la conclusion obtenue ne fût du reste que provisoire. D'Holbach soutient de toutes ses forces les'principes des sciences naturelles, prétendant que toute science, quel que soit son domaine, doit les reconnaître. Jusqu'ici ses prétentions et sa doctrine sont, nous n hésitons pas à l'avouer, tout à fait légitimes. Mais quand il aborde, pour le rejeter, ce qui dépasse l'horizon de la nature, la polémique violente, qu'il entame contre ses adversaires, trahit tout ce qu'a d'exclusif et d'étroit toute prétention d'apprécier la science en général sur la mesure d'une science particulière. Quel est le principe de la nature, quel est celui des forces multiples qui s'y manifestent, voilà des questions que nous ne devons pas agiter ; partout existent des forces cachées, dans les éléments particuliers, dans la loi générale de la nature, des forces qui nous enveloppent et qui agissent en nous-mêmes. Et toutefois nous devons juger ces causes occultes selon les principes de la science de la

nature. Cette science, tout en nous défendant d'ad*mettre des forces cachées, ne peut nous dissimuler que nous vivons dans un inonde dont nous ne connaissons ni le commencement ni la fin. Nous ne devons pas nous informer non plus du but de la nature. Or il faudrait du moins pour cela qu^il fût donné à rhomme d'oublier ses propres buts. Mais le Système de la nature a beau vouloir nous rappeler le sentiment de nos devoirs, il a beau s'attacher à ses espérances de diffusion des lumières, d^avancement des sciences, de bonheur croissant pour rhumanité, quel est ce terrain où s'égarent ses recherches? Sommesnous en droit de considérer les fins d'une parcelle de la nature, d'admettre son progrès continu, comme si nous ignorions qu'en elle-même cette parcelle n'est rien, que ses destinées se perdent dans Timmense tor* rent circulaire d'une nature qui, au lieu de s'élever, ne peut que se conserver? Le naturalisme a donc ses limites naturelles et infranchissables. Nous ne voyons pas seulement chez d^Holbach, nous avons déjà vu chez Locke, chez Hume, chez Condillac, chez Helvétms, la pensée des tendances pratiques de l'homme se faire jour et prévaloir peu à peu dans les recherches spéculatives. La raison ne peut pas renoncer à ses exigences ; elle ne se contente pas de ce que nous offre la nature, l'existence et la conservation de l'existence, elle aspire au meilleur, elle réclame un but. Le Système de la nature fournit un témoignage éclatant de l'impuissance des principes naturalistes à satisfaire à cette impérieuse aspiration.

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