‹ Histoire de la philosophie moderneChapitre 7 sur 24 · T. UI · texte numérisé non relu

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quiattribaaîtà la nature matérielle oucorporelierinerlie seulement ou la passivité pure. Seulement le daalisme reparaissait sous une forme encore plus tranchée, puisque la nature corporelle était dépouillée de la seule chose qu'elle eût encore de commun avec l'être spirituel, savoir la substantialité. Les eflbrts de Berkeley pour maintenir à l'esprit la substantialité, témoignent des affinités que présentent ses idées avec celles de Leibnitz. Il se rattachait ici au rationalisme, eo insistant, au lieu de se contenter de la connaissance sensible des signes, sur la nécessité de les comprendre, et en s'effbrçant de les dériver de la substance spirituelle, laquelle pouvait être conçue par analogie avec notre propre moi.

Mais tandis que ses penchants rationalistes se prononçaient ainsi, il devait exercer sur le développement ultérieur de la philosophie une influence destinée à la pousser dans une direction toute différente. S'il considérait le spirituel comme une substance, celle vue ne reposait chez lui que sur les principes faibles et usés de Técole platonicienne ; elle se rattachait à ridée incertaine et flottante delà réflexion dans Técole de Locke, ainsi qu*à des conceptions moitié pantbéistiques et moitié théosophiques. En rapportant 1 interprétation des signes sensibles à des énergies spirituelles, il se prémunissait, il est vrai, contre le reproche d'un idéalisme purement subjectif, qui lui a é\é adressé; mais il était difficile qu'il entraînât sescontemporains sur cette voie d'une intelligence rationnelle de^ phénomènes. Ces vues, en se rattachant à la religion

positive, loin d'oser en interpréter les mystères, s'arrêtaient tout au plus à l'idée d'une religion naturelle universelle, idée qui prenait d'autant plus de Force que les obscurités de la grâce étaient conçues par analogie avec les obscurités de la nature. Sur la voie des concepts de Tentendement, Berkeley ne rencontrait partout que matière à conjectures, partout il trouvait lieu de répéter ses plaintes sur la faiblesse de l'esprit humain. Le moyen qu'il aboutit dans cet ordre de recherches à des résultats certains, puisqu'il n'avait pour la méthode de l'ancienne logique que défiance et dédain, et qu'il ne remplaçait pas cette logi(iue surannée par une logique nouvelle ? Ainsi, en combattant les notions générales des mathématiques, il avait enlevé, on ne peut le nier, à ses contemporains un des principaux appuis du rationalisme admis jusque-là.

Ses aperçus sur le monde spirituel présentent encore un point à noter. Si sa direction religieuse ne Ta pas conduit à approfondir avec plus de soin les dogmes de la, foi, la raison n'en est pas seulement dans son antipathie pour l'esprit et les procédés scolastiques, elle est aussi dans la valeur éminemment pratique qu'il attribue à la religion. Cette préoccupation pratique respire dans toute sa doctrine de Tesprit. Il maintient, il est vrai, la vieille distinction de l'entendement et de la volonté ; mais lorsqu'il s'efforce d'établir que nous ne devons pas voir dans les représentations involontaires de notre esprit autre chose que des signes, qu'un langage d'autres esprits, il fait une très-grande part à l'arbitraire dans ces signes et dans

^l LIVRE QUATRIÈME. — CHAPITRE I.

ce langage, et ne regarde les phénomènes de la nature que comme des signes de la volonté. Quelque importance qu'il ait mise à inviter notre entendemenl actir à poursuivre l'intelligence de ces signes, il ne laisse pas toutefois de considérer la volonté de Tesprit comme le seul principe actif en lui. Cette volonté produit le mouvement, elle est le principe de nouveaux phénomènes ; l'entendement et la raison ne sont jamais regardés au contraire que comme des facultés passives en nous. Tel était le résultat auquel avait abouti Id théorie sensualiste ; nou& verrons celte inactivité de la raison, cette pure passivité de son attitude et son rôle dans tous les phénomènes qui se produisent en elle, aller gagnant toujours en importance. Mais de là aussi rimpulsion la plus forte donnée à l'étude de la vie spirituelle sous le rapport pratique, et à la recherche des lois qui régissent la volonté. Berkeley était loin d'avoir écarté complètement la recherche de ces lois, car il avait reconnu que les phénomènes de la nature nous seraient inintelligibles, s'ils n^ étaient pas produits dans un ordre régulier par la volonté ; mais ses essais d'interprétation théosophique de la nature n'étaient pas faits pour imprimer une impulsion féconde à Tesprit de recherche.

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