HUME. HT
blables souvent liés entre eux dans l'espace et le temps. Le concept de la substance, dont Locke avait fait usage, est également mis à profit par Hume ; et de même que Locke, partant de celte idée, avait émis * ses doutes sur la question de savoir si nous avons une connaissance claire de la substance, de même qu'ensuite Berkeley s'était appuyé sur celte idée pour combattre la substance matérielle, Hume à son tour ne manque pas de l'employer en faveur de son scepticisme, mais ses doutes atteignent aussi bien la subs* tance spirituelle que la substance corporelle. L'une et l'autre soulèvent la même difficulté. Nous n'entendons par substance que quelque chose d'inconnu que nous admettons comme le support d'une collection de propriétés sensibles. La liaison de ces propriétés aurait pour base indispensable la substance; mais cette liaison n'est opérée que par l'imagination; car nous ne saunons découvrir d'impression sensible, provenant soit de l'extérieur, soit de la réflexion, d'où la notion de la substance puisse être dérivée. Tous nos sens ne nous apportent que des perceptions, desquelles la substance diffère radicalement, et nous ne pouvons nous arroger par conséquent aucune connaissance de la substance (1).
(1) Nat. hum,, i, p. 35, sqq. Vidée d^une substance, aussi bien que celle d*un mode, n^esi qu^une collection d'idées simples, unies par rimaginalion, et auiqaelles on a assigné un nom particulier, lequel ooosmetà même de rappeler soit à notre esprit, soit aux autres cette collection. Mais la différence entre ces idées consiste en ce que les qualités particulières, qui forment une substance, sont ordinairement rapportées à quelque chose d'inconnu, dans lequel elles sont supposées rési-
Hume développe ensuite ce doute général, en dis* cutant tour à tour la substance matérielle et la substance spirituelle. Il va de soi qu'il ne peut accepter ridée d'une matière universelle, puisqu'il ne reconnaît que des réalités particulières. Il range cette matière parmi les fantômes de Timagination dont s'occupait uniquement l'ancienne métaphysique (1). Mais les idées des philosophes modernes sur les choses matérielles particulières ne le contentent pas davantage. Les propriétés secondes, auxquelles on prétendait autrefois reconnaître les substances particulières, ont été si bien combattues, qu'il a fallu y renoncer ; mais Hume estime, avec Berkeley, que les propriétés dites premières ne peuvent pas non plus supporter Texamen. Toutes les propriétés ne nous sont connues que par les sens, et les sens nous font connaître ce qui est en nous, ils ne nous montrent pas ce qui est dans les objets. C'est ce qui est démontré en particulier de la solidité, principe de toutes les propriétés primordiales; elle se manifeste uniquement par la résistance que nous éprouvons; mais la résistance n^appartient pas à Tobjet en soi, elle n'existe que par rapport à nous (2). Nous n'avons donc aucune connaissance
der. Ib. i, p. 407. Nouii n'avons pas d'Idée parfaUe d'one chose, rosis seulement d'une perception. Une substance est entièrement différeote d'une perception. Nous n'afons point, par conséquent, didée d*aoe fubsUnre. Sur l'univ. de Vàme, p. 24.
(4) iVal. Atim., I, p. 386.
, (S) Ei9,, ir, p. 179. L'idée d*éteDdue est entièrement acquise par les sens de la vue et du tact; et s'il est vrai que toutes les qualités, per- €0M par les sens, eiistent dans resprit et non dans l*obJet, la même ctneinsion doit être appliquée à ridée d'étendue. Ib., nol. N ; NoC hum., i,p. !t74: 282; 304, sqq.
de ce qu'on pourrait appeler substance matérielle. Ses doutes à Tégard de la substance spirituelle ne sont pas moins forts. Il combat Tunité, la simplicité, et ridentîté du moi que tant de philosophes, parmi ceux qui l'ont précéderont prises pour principe de leur doctrine. Si la notion de noire moi reposait sur une impression, nécessairement cette impression demeurerait toujours la même dans tout le cours* de notre vie, puisque notre moi resterait toujours identique ; mais comme toutes les impressions changent, on ne saurait démontrer une impression persistante de cette espèce (1). Lorsque je cherche ce que j'appelle moi, je me heurte toujours contre telle ou telle sensation particulière, et ne puis jamais apercevoir que cette sensation. Taiit que mes perceptions se succèdent, je ne sens rien de ce moi, et je pourrais croire que je ne suis pas. Par conséquent, ce que j'appelle âme ou moi, n'est autre chose qu'un amas, un faisceau, une collection de percepifions diverses qui se succèdent avec une incompréhensible rapidité, qui se meuvent et s'écoulent sans cesse. L'esprit est une scène sur laquelle une multitude de représentations différentes apparaissent l'une après l'autre ; mais nous n'avons pas connaissance de cette scène, de la place sur laquelle les représentations apparaissent, ni des matériaux dont elles sont composées (2).
(4) Nat, hum.yi^ p. 457. Si quelque impression suscite ridée d*eUeméme, celle impression demeurera nécessairemenl invariable et idenlique dans lout le cours de noire vie, puisque le moi est supposé exister de celte manière. Or il n*y a pas d*impression constante et invariable.
(2) Sat, hum., i, p. 561, sq.; 448, sqq. Ua faisceau ou une col-
Puisque la substance matérielle et la substance spirituelle sont choses que nous ne pouvons conaaltre, l'opposition, Tincompatibilité absolue que Ton voulait établir entre elles tombe nécessairement. Hume demande, comme Locke, pourquoi la matière ne penserait pas. L'immatérialité de Tâme lui parait une abstraction analogue à la fameuse abstraction de Spinosa^ à cette idée d'une substance unique et universelle admise par lui. et la première entraînerait, à son avis,, tes mêmes conséquences et les mêmes dangers que la seconde (1). De là ses doutes se dirigent contre Tim* mortalité de l'âme. En consentant même à admettre la persistance de la substance individuelle, nous ne serions pas pour cela conduits à accorder la persistanœde l'âme pensante et douée de la conscience d'elle-même v la métempsycose serait le seul mode d'être qu'on pût déduire de l'indestructibilité de la substance (2).
Ainsi nous ne pouvons découvrir que des phénomènes soit par les sens extérieurs, soit par le sens intime; mais ces phénomènes s'oiïrent à nous avec une certaine permanence, et c'est pourquoi il s'établit entre eux dans notre pensée une association. Nous admettons, par suite de cette association, des objets permanents. Bien que les phénomènes changent, ils ne laissent pas de présenter un certain encbatnemenlt une cohérence ininterrompue, dans laquelle se mêle
lectioQ de différentes perception!, qui se succèdent Tune à l'autre avec une rapidité inconcef able.
(4) Ib. I, p. 418, sqq.; Sur Vuniv. de i*àme, p. 34.
(fj Nat. hum., i, p. 201, sqq.; Sur Vuniv. de fdme, p. i5: 35.