PHILOSOPHIE DE L'HABITUDE
Des facultés intellectuelles. — Dos habitudes passives. — Des habitudes actives.
Après la question de l'influence des signes, qui avait été si heureusement traitée par Gérando et dont !a solution avait procuré un si utile complément à la doctrine de la philosophie régnante, rinstitut ne pouvait mettre au concours une question plus importante et plus propre à suggérer aux penseurs des idées nouvelles que celle de Thabitude. Il la formula (en Tan VII) de la manière suivante : c( Déterminer quelle est l influence de V habitude sur la faculté de penser ou^ en d'autres termeSy faire voir V effet que produit sur chacune de nos facultés intellccluelles la fréquente répétition des mêmes opérations. » Poser ainsi la question, c'était se placer au point de vue un peu étroit de l'idéologie, non au point de vue plus large de la
PENDANT LA RlH'OLUTION. iSy
psychologie, laquelle se préoccupe de Tinfluence de l'habitude, non sur la seule intelligence, mais sur Tàme tout entière. Heureusement celui des concurrents qui obtint le prix (en l'an X), ne se renferma pas trop strictement dans son sujet et ne craignit pas d'agrandir le cadre qui lui était tracé.
C'était un jeune homme de Bergerac, nommé François-Pierre Gonthier de Biran ',que son organisation éminemment délicate et impressionnable semblait prédestiner au rôle d'homme intérieur et de psychologue. Après avoir quelque temps porté les armes avec honneur, comme de Gérando, et avoir même été garde du corps de Louis XVI, il fut élu, par ses concitoyens, administrateur du département de la Dordogne, puis membre du Conseil des Cinq-Cents. Frappé par le coup d'état de fructidor, il s'était retiré dans son domaine de Grateloup et s'y livrait paisiblement à cette observation intérieure, qui était un besoin pour lui, quand la question posée par l'Institut lui tomba sous les yeux et qu'il entreprit de la traiter.
Dès le début de son mémoire, Biran déclare qu'à l'exemple des idéologistes qu'il nomme ses maîtres, il appliquera à la science de l'homme la méthode des sciences physiques, c'est-à-dire qu'il s'en tiendra à l'observation des faits et négligera la recherche des causes, comme placées au-dessus de la
^ Né en 1766, mort en 1824. V. sur Biran le long et important article de notre Spiritualisme, (p 36-iio). Perrin, 1887.
sphère de la connaissance. — C'est déclarer qu'il approuve cet emploi de la méthode baconienne, dans les sciences morales, contre lequel il s'élèvera si fortement plus tard. — Ces faits, il les étudiera non seulement en eux-mêmes, mais encore dans leurs rapports avec les organes; à l'observation psychologique, il joindra l'observation physiologique : « Je n'ai, dit-il, d'autre vue que de rechercher et d'analyser les effets tels qu'il nous est donné de les connaître, en réfléchissant d'un côté sur ce que nous éprouvons dans l'exercice de nos sens et de nos facultés diverses, et en étudiant, de l'autre, les conditions et le jeu des organes d'où paraît dépendre cet exercice ^ »