LOGIQUE
Suivant Tracy, la logique est, comme la grammaire, une simple application de l'idéologie, qui est la science initiale, la philosophie première. Elle a pour but de déterminer les lois de la pensée, et la pensée comprend le jugement et le raisonnement. Il s'agit donc avant tout, en logique, de savoir en" quoi consistent ces deux opérations et à quelles lois elles doivent être soumises pour qu'on puisse admettre leur légitimité.
Le jugement « est un acte de notre esprit par lequel nous voyons qu'une idée en renferme une autre, et nos raisonnements ne sont jamais que des séries de jugements successifs par lesquels nous voyons que cette seconde idée en renferme une troisième, celle-là une quatrième, et ainsi de suite jusqu'à la dernière, en sorte que la première renferme cette dernière, ou que le raisonnement est faux ^ ».
Les anciens logiciens se figuraient que ce sont les idées générales qui renferment les idées particulières et que ce sont les propositions générales qui fondent la vérité des propositions particulières, pendant que c'est tout le contraire. C'est sur cette' fausse conception qu'ils avaient établi tout le méca:
Logiqne/p
nisme du syllogisme, lequel consistait à tirer de l'idée de Tattribut qu'on nommait grand terme, l'idée du sujet qu'on nommait petit terme, par le moyen d'un terme intermédiaire. Cet art avait plusieurs défauts essentiels : d'abord, il méconnaissait la vraie nature du jugement; ensuite, il n'établissait pas la vérité de la proposition générale ; enfin, il appelait grand terme celui qui est réellement le petit, et petit celui qui est réellement le grand. Condillac essaya de substituer à cette logique vicieuse une logique meilleure. D'après ce philosophe, tous nos jugements sont des espèces d'équations algébriques, tous nos raisonnements des suites d'équations, et les deux idées comparées dans chaque équation sont identiques. C'est pourquoi tous nos jugements contiennent, exprimé ou sous-entendu, le mot est, qui marque que le sujet, c'est-à-dire la chose dont on affirme, est identique à l'attribut, c'est-à-dire à la chose qui en est affirmée.
De Tracy combat cette théorie de Condillac. Il soutient qu'elle ne serait pas même rigoureusement exacte, appliquée aux idées de quantité, et qu'appliquée aux idées de qualité elle est radicalement fausse. N'est-ce pas, dit-il, forcer le sens des mots que de prétendre que, quand je dis : cet arbre est beau, est sain, est vigoureux, — je fais trois équations, c'est à-dire que j'affirme queTidée de cet arbre est identique à l'idée d'être beau, à l'idée d'être sain et à l'idée d'être vigoureux ? Si cela était, l'idée d'être beau serait aussi identique à l'idée d'être sain, et l'idée d'être sain à l'idée d'être
vigoureux, ce qui n'est pas. Il n'y a d'absolument identiques que les idées contenues dans les jugements insignifiants et qui n'apprennent rien, comme : — cet arbre est cet arbre, — ce qui est est. — Aussi Condillac est-il réduit à dire que l'identité dont il s'agit n'est que partielle. Mais qu'est-ce qu'une identité partielle? C'est une simple similitude. L'identité est absolue, elle n'admet pas de degrés : elle est ou elle n'est pas.
Les vues de Tracy sur le jugement et le raisonnement et ses attaques contre le syllogisme sont, comme on a pu s'en apercevoir, renouvelées de Locke. Locke, en effet, mesure la grandeur des termes par leur compréhension et non par leur extension. Il ne veut pas qu'on parte de ce que l'homme est contenu dans la classe des animaux, et ceux-ci dans celle des êtres vivants, pour en conclure que l'homme est un être vivant. Il trouve plus naturel de partir de l'idée d'homme, de la décomposer, de constater qu'elle contient l'idée d'être animé, celle-ci l'idée d'être vivant, et d'en inférer que cette dernière est contenue dans l'idée d'homme. Nous n'avons rien à objecter à la méthode proposée par Locke et adoptée par Tracy. Elle est parfaitement légitime : c'est la méthode analytique. Bornons-nous à dire que la méthode contraire, que la méthode synthétique a sa légitimité aussi et qu'il ne serait nullement raisonnable de la condamner tout à fait, d'autant plus qu'elle a une rigueur qui la rend très propre à contrôler les résultats de la première. Quant aux raisons
alléguées par Tracy contre la logique de Condillac^ elles sont décisives et pe'remptoires. Aussi Cousin s'est-il borné — il est surprenant qu'on ne l'ait pas remarqué jusqu'ici — à en reproduire la substance sans y rien ajouter : « De deux choses Tune, ditil. Veut-on parler d'une vraie identité? Alors il n'y a aucun progrès dans le développement de la science; la dernière proposition est absolument la même que la première. Si, au contraire, on entend parler d'une identité partielle, comme dit quelquefois Condillac, je demande ce que c'est qu'une telle identité. L'identité est absolue ou elle n'est pas; elle périt tout entière dans la plus légère différence ^ »
La certitude des raisonnements dépend de celle des jugements qu'ils renferment, et la certitude des jugements de celle des faits qu'ils impliquent. Si nous voulons arriver à la certitude scientifique, nous devons donc remonter à un premier fait dont nous soyons absolument sûrs et à un premier jugement dans lequel il soit enveloppé. Ce premier jugement une fois posé, tous les autres s'y souderont et formeront un long raisonnement ininterrompu, suspendu à ce seul point : la science sera un immense sorite. Or, ce premier fait dont nous sommes absolument sûrs et dont tous les autres dépendent, c'est, suivant Tracy, notre sentiment; ce premier jugement que nous portons sans hésiter
* Cousin, Histoire de la philosophie au dix-huitième siècle, t. III, p. 37-38.
et dont la science tout entière découle, c'est que nous sommes certains de sentir ce que nous sentons ou, comme disait Descartes, de penser ce que nous pensons, puisque sentir et penser c'est la même chose. Non seulement la connaissance de notre sentiment et de notre existence est la première que nous avons, mais la connaissance de toutes les autres choses lui est subordonnée : celle-ci est à celle-là ce que la conséquence est au principe.
Ce sont là des considérations fort curieuses, non seulement par elles-mêmes, mais encore par le jour qu'elles jettent sur l'esprit et la méthode de la philosophie du dix-huitième siècle. Cette philosophie qui proclame si haut Timportance de l'expérience, ne la fait intervenir que pour constater un seul fait, après quoi elle lui substitue des procédés purement déductifs. Elle n'observe pas les faits avec désintéressement pour constituer, par leur réunion, la totalité de la science; elle n'en prend qu'un et lui fait subir toute sorte de transformations. C'est là une méthode qui peut être appropriée à l'étude de l'abstrait, mais qui ne l'est nullement à celle du concret : c'est la méthode algébrique, non la méthode expérimentale.
Malgré les raisonnements auxquels il se livre, pour faire sortir de son principe les vérités qu'il est censé renfermer, Tracy désespère, à certains moments, d'y réussir. Parti d'un fait de conscience, il incline, malgré tout, à rester enfermé dans la conscience et à ne rien admettre en dehors de ses do nnées. Suivant lui « nous ne voyons jamais rien
que nos propres idées » et les corps a ne consistent pour nous que dans les impressions qu'ils nous font^). C'est presque le mot bien connu, que les corps ne sont que de simples possibilités de sensations, ou le mot plus connu encore, que tout Tétre des choses est dans la connaissance que nous en avons, esse est percipi : c'est l'idéalisme. Aussi, au lieu de faire consister la vérité dans la conformité de nos jugements avec des objets qui n'existent pas pour nous, Tracy la fait consister dans la conformité de ces mêmes jugements avec nos jugements antérieurs, ce qui revient à dire que la vérité est purement subjective et que l'homme est la mesure de toutes choses.
Après avoir traité de la connaissance de la vérité, Tracy traite des causes de l'erreur. Là encore, il songe moins à observer les faits qu'à les réduire en système ; il se préoccupe moins de la vérité que de l'unité. Non content d'avoir ramené toutes nos facultés à une seule, celle de sentir, et toutes les vérités à une seule, la réalité de la sensation, il ramène toutes les causes d'erreur à une seule, l'imperfection de nos souvenirs. Cette théorie de Terreur a au moins un mérite, celui de se déduire logiquement de la théorie de la certitude que nous venons d'exposer. Quand on regarde la vérité comme subjective et qu'on la fait consister dans la conformité de nos jugements, non avec la réalité, mais avec nos jugements antérieurs, c'est-à-dire dans la liaison de nos jugements entre eux, il est assez naturel qu'on fasse consister l'erreur dans la
solution de continuité que la liaison de nos jugements peut offrir, par suite des défaillances de la mémoire et de l'insuffisance des souvenirs dont elle est la source. Une théorie idéaliste de la certitude appelle, comme son complément, une théorie idéaliste de l'erreur. Mais, si cette dernière théorie est irréprochable au point de vue de la logique, Test-elle au point de vue de la vérité en soi ? Il est bien évident que non. Quand un enfant, s'en rapportant naïvement au témoignage de ses yeux, croit que le soleil n'a qu'un ou deux pieds de diamètre, il porte un jugement où la mémoire n'intervient pas, puisqu'il s'agit d'un corps et d'une propriété qui frappent actuellement sa vue ; cependant il* est dans l'erreur. Il v a donc d'autres erreurs que celles dont le souvenir est la source. Quand un homme affirme que l'or est infusible, pour prendre l'exemple même sur lequel s'appuie de Tracy, son erreur s'explique sans doute par l'imperfection de ses souvenirs, s'il avait su auparavant que l'or est fusible et si depuis il l'avait oublié. Mais, s'il ne l'avait jamais su, le souvenir n'est pour rien dans son erreur: il faut l'attribuer à l'irréflexion, à la précipitation, en un mot, à de tout autres causes. Ici encore la théorie est en défaut.
La vérité est qu'il y a un bon et un mauvais usage de toutes nos facultés, des sens, du jugement, du raisonnement, comme de la mémoire elle-même, et qu'attribuer toutes nos erreurs, comme Tracy l'a fait, au mauvais usage de cette dernière seulement, c'est dire que toutes les autres, notamment
le jugement, sont sous sa dépendance. Or, c'est là une assertion diamétralement contraire et au sens commun et à la science, qui ont de tout temps distingué les hommes de mémoire des hommes de jugement. A soutenir une opinion aussi étroite et aussi exclusive, il y a un autre inconvénient : on se condamne à passer sous silence, parmi les causes de l'erreur, l'influence des sens, celle de l'imagination, celle des passions, celle de l'autorité, qui ont fourni à Malebranche et à d'autres le sujet de tant d'observations profondes et intéressantes. Et cet inconvénient, Tracy est loin d'y avoir échappé.
L'histoire de notre intelligence que Tracy a essayé de faire, en réunissant dans un seul corps l'histoire de la formation de nos idées, celle de leur expression et celle de leur combinaison, n'estelle-même qu'un fragment de l'histoire de l'homme moral considérée dans son ensemble ; car l'histoire de l'homme pensant appelle, comme son complément, celle de l'homme voulant, en d'autres termes, la science des idées doit se compléter par celle de la volonté.
Pour Tracy, nous l'avons déjà dit, vouloir c'est simplement désirer. Or, le désir a deux propriétés: celle de nous faire jouir ou souffrir et celle de nous faire agir. C'est d'elles que dérivent tous nos besoins, lesquels consistent toujours dans un désir quelconque, et tous nos moyens, qui supposent toujours l'emploi de quelqu'une de nos forces. Or, étudier nos besoins, dans leur mode de production et dans leur conformité ou leur non-conformité
avec les lois essentielles de notre être, c'est faire de la morale, et étudier les moyens de pourvoir à nos besoins de toute sorte, c'est faire de l'économie politique : « Mais de ces deux sciences ainsi conçues, dit Tracy, il en naît nécessairement une troisième. De même que de la connaissance de la formation de nos idées et de celle de leur signes, sort naturellement celle de la manière de les combiner, qui conduit l'être pensant à la vérité; de même aussi de la connaissance raisonnée de nos penchants et de celle des moyens de les satisfaire résulte directement la science de les diriger, de manière à produire le bonheur de l'être voulant; car le bonheur est le but de la volonté, comme la vérité est celui du jugement ^ » Cette science, dit Tracy, on peut l'appeler indifféremment législation ou science du gouvernement.
A mesure que Tracy avance, son horizon, comme on voit, s'élargit. Il passe successivement de l'étude de l'intelligence à celle de l'àme tout entière, et de l'étude de l'àme à celle de la société, qui en est la manifestation. Mais il ne s'en tient pas là. Pour compléter l'idéologie, à prendre ce mot dans son sens le plus large, il ne suffit pas, suivant lui, d'observer l'homme en tant que capable de connaître et de vouloir, c'est-à-dire dans ses diverses facultés, il faut encore l'observer employant ses moyens de connaître à l'examen de tous les êtres autres que lui-même ; il faut voir comment il
* Lofriqtie, p. 385.
découvre leur existence, leurs propriétés et les propriétés de ces propriétés et comment les principales vérités, qui résultent de ses premières impressions et sur lesquelles se constituent ensuite les vérités secondaires, se lient et s'enchaînent. Du petit monde, du monde humain, nous entrons dans le grand monde, dans le monde de la nature, et nous en découvrons les mille aspect divers.
Ce cadre une fois rempli, on aurait, suivant Destutt de Tracy, sous le nom d'idéologie, en prenant ce mot dans sa plus large acception, une vraie philosophie première. Or, cette philosophie remplacerait avantageusement celle qui en avait autrefois usurpé le nom, la métaphysique. Au lieu, en effet, de se perdre, comme elle, dans des spéculations transcendantes et de dogmatiser témérairement sur ce qu'on ne peut pas savoir, elle fait profession d'aller toujours du connu à l'inconnu et de n'affirmer que quand elle voit clair. Elle est d'ailleurs une science vraiment première, en ce sens qu'elle fraye la voie à toutes les autres et en ce sens encore qu'elle remonte aux principes dont elles font usage et qu'elle en établit la légitimité.
La philosophie, telle que Tracy l'a conçue, offre, comme on voit, un caractère assez compréhensif. Elle embrasse, outre l'idéologie proprement dite, la grammaire générale, la logique, la morale, l'économie politique, la législation, la philosophie des sciences, et n'exclut de ses cadres que la métaphysique. C'est déjà la philosophie telle qu'Auguste Comte devait un jour la concevoir, avec cette
PENTXVXT LA RÉVOLUTION
circonstance, tout en sa faveur, que Tracy lui donne l'idéologie, c'est-à-dire la psychologie, pour fondement. Il a été moins bien inspiré, quand il a essayé de supprimer la métaphysique et de la remplacer par l'idéologie. Il n'a pas compris que toute science des idées un peu profonde aboutit naturellement à la science des êtres, de même que toute science des êtres un peu rigoureuse est constamment ramenée à la science des idées. Si, en effet, au lieu de déclarer sans examen que l'idée d'être est une idée vide et creuse, Tracy l'avait un peu approfondie, il aurait vu qu'elle a son prototype dans le moi, dans l'être que nous sommes, et qu'elle répond par conséquent à quelque chose de réel. Si, au lieu d'identifier fort à la légère Tidée de cause avec celle d'antécédent, il l'avait creusée davantage, il se serait aperçu qu'elle a son original dans le moi, en tant qu'il fait effort, et qu'elle implique, par conséquent, une puissance réellement active et efficiente. Dès lors, il aurait été conduit à affirmer catégoriquement et des êtres et des causes. Sous chacune de ces notions abstraites, qui flottent chez lui comme des fantômes sans consistance, auraient éclaté, comme par enchantement, la réalité et la vie : son idéologie serait devenue une ontologie, c'est-àdire une métaphysique.
Cependant rendons justice, en finissant, à Destutt de Tracy. Il a été un penseur sévère, un chercheur indépendant, un écrivain qui s'est distingué par sa netteté, même parmi ceux d'une école dont la netteté était la qualité dominante. S'il a partagé
la plupart des erreurs de ses contemporains, il a quelquefois mis ses successeurs sur le chemin de la vérité et a plus d'une fois réussi à la saisir luimême. L'explication qu'il donne de la croyance au monde extérieur, la réfutation qu'il fait de la théorie de Condillac sur le raisonnement, ses vues sur l'origine du langage et sur le rôle que la pensée et la volonté jouent dans sa formation, enfin l'idée qu'il a de faire de la science de l'esprit la science première, tout cela nous autorise à voir en lui non seulement le dernier et le plus vigoureux représentant de l'école de Condillac, mais encore un devancier, à certains égards, de Maine de Biran.
Parmi les philosophes du temps de la Révolution qui se rapprochent le plus de Destuttde Tracy, il faut citer particulièrement Pierre-Charles Lévesque et Lancelin. Le premier, qui est à vrai dire moins un philosophe qu'un historien, se montre si hostile à la métaphysique qu'il regarde non seulement comme inutiles, mais encore comme nuisi-blés, toutes les spéculations relatives à Dieu et à l'àme. C'est ce qui ressort d'un travail qu'il lut à l'Institut dont il était membre, le 12 prairial an IV, et qui porte le titre significatif de Considérations sur les obstacles que les anciens philosophes ont apportés aux progrès de la saine philosophie '. Pour lui, la saine philosophie, c'est — on le devine — celle qui exclut de ses investigations les questions d'origines et de fins et qui n'admet d'autres connais-
^ Mémoires de l'Institut^ tome, I, p. 247.
sances que celles dont les sens sont la source : c'est la philosophie condillacienne à laquelle il croit de la foi la plus robuste, comme la plupart des écrivains de son siècle. Quant aux philosophes qu'il accuse d'avoir mis obstacle à ses progrès et contre lesquels il fulmine ses anathèmes, c'est un Pytha-gore, un Platon, un Aristote, auxquels d'éminents esprits de notre époque ont consacré de si remarquables travaux, mais qui ne sauraient un^ instant arrêter les regards d'un homme assez heureux pour avoir été éclairé des lumières de l'abbé de Condillac.
Un autre auteur qui ne se rattache pas moins directement à Tracy que le précédent, c'est Lancelin, un jeune ingénieur des constructions navales, devenu plus ou moins philosophe. Lancelin publia, vers la fin de la période qui nous occupe ( 1 8o3), un ouvrage intitulé : Introduction à l'analyse des sciences^ où il affirme, sans le démontrer, bien entendu, qu'il n'existe et ne peut exister qu'une science réelle, celle de la nature. Or, c'est là une opinion, qui n'est pas sans analogie avec celle de Tracy, déclarant que l'idéologie n'est qu'un chapitre de l'histoire naturelle.
Lancelin se rapproche également de Tracy par ce goût des classifications, qui était général, à cette date, et que l'Encyclopédie avait mis à la mode. Il fait, à l'exemple de Bacon et de d'Alembert, une classification des principaux produits de l'esprit humain, où, malgré le caractère utilitaire de son époque, il veut bien faire rentrer, non seulement
les sciences et les arts mécaniques, mais encore les belles-lettres et les beaux-arts. Les sciences morales, telles que l'idéologie, la morale et l'éducation, y ont également leur place. Lancelin conçoit la première à peu près comme Tracy : elle est pour lui l'étude de la génération des sensations, des idées, des sentiments et des habitudes, et a pour compléments la science des signes ou grammaire générale et la logique ou art de penser. Au-dessus de toutes ces sciences, notre auteur place une science à la fois synthétique et régulatrice, qui coordonne leurs résultats et dirige leurs mouvements, comme Tantique métaphysique affichait la prétention de le faire : c'est la philosophie. Par cette conception encore, Lancelin se rapproche de Tracy en même temps qu'il annonce Auguste Comte.