IrUrod ok.j ouv. inéd. d'Abél., p. Gb
aussitôt qu'elles furent introduites au sein de l'école, qu'arriva-t-il ? Du premier élan, quelques esprits vigoureux franchirent tous les espaces intermédiaires et se portèrent jusqu'aux extrêmes limites du réalisme. On vit alors à quoi Ton s'engageait en suivant ce parti. Ce fut la logique de Jean Scot qui compromit, dès l'ouverture des écoles, la solution réaliste du problème ; mais, en la compromettant, elle démontra que Porphyre avait à bon droit considéré cette affaire comme étant des plus graves. Roscelin vint ensuite, qui, dit-on, prétendit justifier les conclusions extrêmes du nominalisme, ou qui plutôt, par le ton railleur de ses discours, donna plus d'une fois à ses adversaires l'occasion de le dénoncer comme un délirant sceptique. Quels qu'aient été ses vrais sentiments, Roscelin mourut avec la plus fâcheuse renommée, et son exemple servit à prouver que l'opinion la plus contraire à celle de Jean Scot n'est pas moins dangereuse. Ainsi l'on fut dès l'abord averti qu'il fallait s'engager avec une égale prudence dans l'une et dans l'autre voie. C'est pourquoi l'on ne tarda guère à demander à la logique les solutions les plus subtiles, non les plus rigoureuses. Mais le génie de l'homme ne peut être toujours contenu par la crainte ; son instinct est d'oser, même de trop oser : nous verrons donc reparaître, non sans éclat, dans les écoles du xme siècle, quelques philosophes téméraires. Leur coryphée sera Jean Duns Scot.