IV AVERTISSEMENT
trompée, et des philosophes argumentent sur les vérités que la raison proclame avec le plus de certitude, pour lui faire admettre, au titre de conséquences rigoureuses, nécessaires, un certain nombre des articles de la foi .
Ayant écrit ce livre avec l'intention de contredire ces théologiens ainsi que ces philosophes, et n'espérant pas beaucoup les gagner à mes opinions, je dois prévoir qu'ils me condamneront. Ils ont autrefois condamné mon mémoire : ils reproduiront contre ce livre leur ancien arrêt. C'est pourquoi je m'explique et me défends par avance, m'adressa nt au public désintéressé.
Les théologiens m'accuseront d'impiété. Ils auront tort; je ne suis pas impie. Il est un point sur lequel la plupart des théologiens et des philosophes sont du même sentiment : Platon , Aristote et Sénèque croient en Dieu comme saint Clément et saint Augustin : <( La raison, dit Nicole, n'a qu'à suivre ce son instinct naturel pour se persuader qu'il y a un « Dieu (1). » C'est le point important ; le reste l'est moins. Pourquoi les théologiens se sont-ils tant ingéniés à compliquer le mystère de Dieu par d'autres mystères? Ils ont ainsi perdu le droit d'enseigner au nom de la raison. La raison s'incline devant le mystère de Dieu, dont les théologiens ne sont aucunement les auteurs; mais comment n'aurait-elle pas la liberté de critiquer les autres, l'histoire apprenant en cuels temps, en quels lieux, après
(1) Nicole, Discours sur les preuves naturelles de l'existence de Dieu.