AVERTISSEMENT. V
quels débats, ils ont été décrétés? Ce n'est pas, d'ailleurs, une liberté dont, pour notre part, nous userons dans ce livre. Nous n'y discutons pas les doctrines particulières des théologiens ; nous disons simplement que la raison n'en a point affaire. On rapporte que des évêques firent écrire sur la porte d'une église où devait s'assembler un concile : lté foras, laid. J'observe scrupuleusement cette loi de police. Que les théologiens prêchent ou délibèrent dans leur église close ; je reste dehors avec ma raison laïque, qu'en effet les choses de la foi ne concernent pas.
Par les philosophes je serai mis au nombre des sceptiques. La compagnie de tous les sceptiques ne me semblerait point fâcheuse ; avec Montaigne, Bayle et Kant il me plairait d'être souvent d'accord. Cependant, à mon avis, Montaigne est trop railleur, Bayle trop inconstant et Kant trop despote. Pour les autres sceptiques, je prie les philosophes de ne pas m'obliger à les pratiquer. Avec Pyrrhon, avec iEnésidème je refuse tout commerce, ne pouvant leur pardonner d'avoir compromis la raison par leurs sophismes. Non, ma philosophie n'est pas sceptique. « L'ignorance, dit Arnauld, vaut beauce coup mieux que cette fausse science qui fait que * ] on s'imagine savoir ce qu'on ne sait pas (1). » Ma profession de foi la voilà tout entière, écrite par un des sages que je vénère le plus. Ainsi je ne suis ni sceptique, ni crédule; j'avoue naïvement que
(1) Logique de Port-Royal, prem. part., ch. m.