CHAPITRE IL De l'enseignement des Écoles
Mais nous n'en sommes pas encore à ces exécutions tragiques et rien ne les fait prévoir. Ainsi que le roi Fa commandé, des écoles sont établies dans les évêchés, dans les monastères ; on recherche partout les clercs qui passent pour des savants et on leur confie la jeunesse avec la charge de l'instruire. Des maîtres quelconques sont trouvés, et, en décrétant qu'on ne parviendra plus désormais aux emplois de l'Eglise si Ton n'a fait preuve de quelque savoir, Chaiiemagne donne des élèves à ces maîtres. Ces élèves sont, d'ailleurs, soumis, dès leur entrée dans les écoles, à la plus sévère discipline. On leur interdit tout ce qui pourrait les distraire de l'étude; on emploie et la férule et le fouet pour stimuler à propos leur attention languissante. La dureté des peines contre les délits scolaires est et doit être en rapport avec la dureté des mœurs.
Quel était renseignement distribué dans les écoles vers la fin du virie siècle? Il faut parler d'abord des écoles ecclésiastiques : épiscopales ou claustrales, les unes et tes autres avaient le même régime.
Les historiens nous désignent, parmi les lettrés de ce temps, plusieurs clercs ou religieux qui, chargés d'instruire la jeunesse, distribuèrent dans cet ordre les ma-
tières de leur enseignement : la grammaire, le chant et récriture. Ici le témoignage des historiens est confirmé par les textes authentiques ; ces textes ne sont pas nombreux. Voici le premier; c'est un capitulaire de Charlemagne , de Tannée 789 : « Que les ministres des autels « honorent leur ministère par leurs bonnes mœurs; « qu'ils appellent autour d'eux et s'associent non-seule- « ment les enfants de condition servile, mais encore les « fils des hommes libres. Qu'il y ait pour les enfants des « écoles de lecture : que, dans chaque monastère, dans « chaque évêché, on leur enseigne le psautier, les notes, « le chant, le comput et la grammaire (1). » Telle est donc la composition des écoles régies par l'Eglise. Elles sont fréquentées d'abord, et en quelque sorte naturellement, par des fils de serfs. C'est, en effet, parmi les serfs que l'Eglise recrute sa milice, comme la royauté recrute la sienne parmi les hommes libres. Mais le plus romain des Francs, qui a constamment voulu rapprocher, si ce n'est confondre les deux races, Charlemagne, commande que les fils des hommes libres, encore plus ignorants que les fils des serfs, prennent place auprès d'eux dans les mêmes écoles, sur les mêmes bancs. Quant à l'instruction donnée aux uns et aux autres dans ces écoles ecclésiastiques, elle est, on le voit, tout à fait élémentaire : après la lecture et le chant, elle ne s'élève pas, pour ce qui regarde les lettres, au-dessus de la grammaire, et, pour ce qui regarde les sciences, au-dessus de l'explication du calendrier. Un autre capitulaire de Charlemagne, de l'année 804, nous offre le même renseignement (2), et quand, dans une de ses lettres à l'archevêque d'York, Alcuin lui conseille de partager son école en
(1) Baluze, Capitular., t. I, col. 237.
(2) Ibid., col. 417.
trois sections, la lecture, le chant et l'écriture, il lui recommande d'imiter ce qui se pratique dans toutes les écoles épiscopales du continent.
On ne tardera pas beaucoup, nous le savons, à enseigner sous le nom de grammaire ce que nos méthodes en séparent, la poétique et la rhétorique : « La gram- « maire, dit Raban-Maur, est Fart d'interpréter les « poètes et les historiens, Fart de bien écrire et de bien « parler (1) ; » ainsi Gerbert, plus lettré que Raban et ayant affaire à des écoliers plus exercés, prendra la liberté de leur expliquer, comme grammairien, Virgile, Horace, Térence, Juvénal et Lucain. Mais, qu'on ne s'y trompe pas, Raban et Gerbert passeront dans l'Eglise pour des novateurs téméraires. L'Eglise interdit encore tout commerce avec la littérature païenne. Elle avait d'abord proscrit la grammaire; elle ne la proscrit plus, mais elle ne supporte pas que, sous prétexte de grammaire, on récite à des oreilles chrétiennes les chants impurs des anciens poètes. « Qu'avons-nous besoin, « avait dit saint Ouen, de Pythagore, de Socrate, de Place ton et d'Aristote? Que nous importent les chansons « d'Homère, de Virgile, de Ménandre, ces poètes scélé- « rats, sceleratorum axnixpoetavum ?Salluste, Hérodote, « Tite-Live. ces historiens des gentils, de quelle utilité « sont-ils à la famille chrétienne (2) ? » Les maîtres qui se croient sûrs d'eux-mêmes lisent, il est vrai, dans leurs cellules, aux heures de repos, ces auteurs maudits ; mais ils manquent à l'usage, à la règle, quand ils les lisent publiquement devant leurs élèves. Nous avons ailleurs parlé de Smaragde, le docte abbé de Saint-Mihiel. Chargé d'expliquer à ses écoliers, d'après Donat, les huit parties
(1, De instilulione cleric, lib. III, cap. xvm.
(2) Ampère, llial. Ult. avant le xn« siècle, t. II, p. 306.
du discours, il ne leur citera, dit -il, aucun exemple tiré des auteurs profanes ; toutes ses citations seront empruntées aux poètes, aux prosateurs chrétiens (1). Ses écoliers sont, en effet, déjeunes moines. Ainsi, dans l'école abbatiale de Saint-Martin de Tours, Alcuin luimême , 1! élégant Fl&ccm, cet admirateur passionné de toute l'antiquité païenne, interdira, pour observer la règle, la lecture de Virgile.
L'enseignement de la philosophie inspira longtemps, dans les mêmes écoles, une égale défiance. Parmi les clercs ou les moines chargés de la maîtrise, ceux qui possédaient les connaissances les plus variées ne dédaignaient pas assurément de paraître ce qu'ils étaient, plus savants que d'autres ; mais, s'ils étaient quelque peu philosophes, ils le montraient avec discrétion. Aucun texte ne permet de compter la dialectique au nombre des sciences déjà cultivées dans les écoles gouvernées par l'Eglise. Les auteurs de YHistoire littéraire disent, il est vrai, qu'on l'enseignait dès ce temps presque partout (2) ; mais ils nous dissuadent eux-mêmes de placer aucune confiance dans cette assertion conjecturale, lorsqu'ils nous témoignent qu'au ixe siècle on n'avait pas encore retiré beaucoup de fruit de cette étude (3). Partout, en effet, où l'on implante la dialectique, elle fructifie.
La méthode pratiquée dans les écoles ecclésiastiques du vnie siècle ne fut pas suivie dans l'école séculière du Palais. Dès que cette école fut fondée, elle eut pour modérateurs principaux d'illustres étrangers, Alcuin et Clément, qu'on ne saurait comparer sans injure à de pauvres moines ; francs ou gaulois; et, le roi leur ayant
(1) Singularités hisl. et tilt., p. 109.
(2) Ilisi litt. de ta France, t. IV, p. 27. (3; Ibid. p. 275.
DE LA PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE. %î
donné la liberté de tout dire, sans redouter les censures des évêques, ils en usèrent pour enseigner tout ce qu'ils avaient appris des sciences profanes.
Sur les leçons de Clément nous avons d'insuffisants témoignages. Il faut beaucoup le regretter, car c'était un homme dlun grand savoir. On en a la preuve dans le traité qu'il nous a laissé sous le titre de : Ecloge de libris <irn m maticnruni (1). On y voit qu'à la connaissance du latin et du grec cet Irlandais joignait une érudition vraiment extraordinaire. L'Irlande était alors le seul coin du monde où pouvaient se former de tels savants. C'est Clément qui, sans doute, a conseillé Charlemagne décrétant la fondation de cette école d'Osnabruck où l'on devait enseigner à la fois le latin et le grec (2) : mais ce décret n'eut pas de suites ; les professeurs de grec furent vainement cherchés.
L'enseignement de son rival, maître Alcuin, nous est mieux connu. Il est résumé dans une suite de dialogues, où il se représente lui-même conversant et discutant avec ses principaux élèves. Il n'est pas Irlandais; ce n'est donc pas un docteur de l'ancien monde survivant dans le monde nouveau. Il est Saxon et de race noble; c'est un barbare. Mais il vient de l'école d'York, la plus illustre des écoles anglo-saxonnes, dont la riche bibliothèque possède les œuvres dogmatiques d'Ambroise, d'Augustin, dWthanase, et les poèmes profanes ou sacrés de Virgile, de Lucain, deStace, de Juvencus,de Sedulius, d'Arator et de Fortunat, et les histoires de Justin et de Pline, et les grammaires de Priscien, de Donat, de Phocas, de Probus, et les discours de Cicéron avec les serinons de Jean Chrysostome,
'1) Manuscrit de S.-Gerrn. lat., rmm. 1 188. Nous avons parlé de cet ouvrage : Singularités hist. et litt., p. 23 et su'w. ■ri Capitttlar. reg. franc, t. I, col. 410.
et le manuel didactique de Cassiodore, et quelques versions d'Aristote, annotées parBoèce, etc. (1). Ajoutons que, dans cette école d'York, Alcuin a eu pour maître un certain Elbert dont il a célébré le mérite en ces termes remarquables : « Il abreuvait à toutes les sources de la science « les esprits altérés. Aux uns il enseignait les règles de « la grammaire; il faisait couler pour les autres les flots « de la rhétorique. Il formait ceux-ci aux luttes du bar- « reau, et ceux-là aux chants d'Aonie. Il leur apprenait, « en outre, à faire résonner la flûte deCastalie, à frapper « d'un pied lyrique les cimes du Parnasse. Il expliquait « encore l'harmonie du ciel, les pénibles éclipses du « soleil et de la lune, les cinq zones du pôle, les cinq « étoiles errantes, les lois des astres, leur lever et leur « coucher, les mouvements violents de la mer, les trèm- « blements de la terre, la nature de l'homme, des trouce peaux , des oiseaux et des bêtes féroces , les diverses com- « binaisons des nombres et leurs formes variées... (2).» Elève cl' Elbert, Alcuin enseignait à l'école du Palais la grammaire, la rhétorique et la dialectique ; l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie : c'est-à-dire les trois arts et les quatre sciences, le trivium et le quadrivium.
Gette distribution méthodique des arts et des sciences s'est longtemps conservée. Elle venait donc de l'école du Palais, où maître Alcuin l'avait introduite. Il n'en est pas, toutefois, l'inventeur.
Au témoignage de Brucker (3), saint Augustin aurait donné l'exacte définition du trivium et du quadrivmm ;
(1) Alcuini Poema de Pontif. eccl. Eborac, v. 1535 et seq.
(2) Alcuini Poema de Pontif. eccl. Ebor.; trad. de M. Fr. Monnier : Alcuin et son influence, p. 6.
(3) Brucker, Hist. cril. phil, t HT, p. 957.
cependant nous ne la trouvons pas au chapitre du traité De l'Ordre que Brucker nous indique. Nous y voyons bien, il est vrai, que, parmi les arts libéraux, on étudie les uns pour l'usage de la vie, ad usum vitœ, les autres pour connaître la nature des choses "et s'élever ensuite vers Dieu par les degrés de la contemplation (1) ; mais cette distinction, qui n'est pas très-rigoureuse, paraît beaucoup différer de celle qui fut admise par nos docteurs scolastiques. Suivant M. Barthélémy Saint-Hilaire, c'est dans la Dialectique attribuée à saint Augustin qu'il faut chercher « la division des sept arts libéraux qui coni- « posèrent un peu plus tard le trivium et le quadri- « vium (2). » Nous avons fait vainement cette recherche : la distinction des trois arts et des quatre sciences manque dans la Dialectique comme dans le traité De l'Ordre. Nous nous rappelons, il est vrai, que dans le premier livre de ses Rétractations, au chapitre sixième, saint Augustin parle des ouvrages qu'il a composés dans sa jeunesse, soit à Milan, soit en Afrique, désirant, dit-il, s'élever de l'étude des choses terrestres à celle des choses incorporelles ; mais voici dans quel ordre il désigne ces ouvrages : de (j ranimât ica lïbrum absolvere potui...; de musica scx volumina... ; de dialectica, de rhelorica, de geometria, de arithmetica, de philosophia sola principia rewân$enmty..; et cet ordre n'est pas méthodique. Brucker et M. Barthélémy Saint-Hilaire nous paraissent donc avoir été mal informés : ce n'est pas à saint Augustin que les scolastiques ont emprunté leur célèbre classification, qu'il ignorait ou n'admettait pas.
Dans le chapitre premier de ses Ety mologies, Isidore de Séville rapporte que Platon et Aristote, ayant l'un et l'au-
(1) De Ordine, fib. II, cap. xvi.
Cl) De la logique d'Arislote, t. II, p. 169.
tre distingué les arts des sciences, avaient classé parmi les arts les branches de renseignement qui concernent ce qui est problématique, contestable, et parmi les sciences celles qui ont pour objet le certain, le réel. Il est vrai que Platon et Aristote ont l'un et l'autre pris soin d'établir divers ordres, divers degrés d'arts ou de sciences ; ce qui n'est pas vrai, c'est qu'ils aient séparé les arts des sciences, pour les distribuer en deux catégories. On trouve cette distribution, telle que la reproduit Isidore de Séville , chez un platonicien , Philon le Juif. Philon expose, en effet, dans un de ses traités les moins lus de nos jours (1), que la science est plus noble que l'art, l'art s' exerçant sur des hypothèses, sur des conjectures; la science ayant pour domaine ce qui est positivement démontré, ce qui est reconnu vrai par la raison; mais si l'on demande ensuite à Philon ce qu'il appelle «art» et ce qu'il appelle « science, » il répond que les arts sont la musique, la grammaire, la géométrie, et earum cognatx artes, c'est-à-dire tout ce qu'on enseigne en invoquant le témoignage des sens; et tous ces arts, dit-il, procèdent d'une science supérieure qui s'appelle la philosophie et se divise en trois parties, la physique, la dialectique et la morale. Ainsi le platonicien Philon distingue les arts des sciences, et il motive cette distinction en des termes qu'Isidore de Séville semble avoir eu l'intention de reproduire en les mettant au compte de Platon; mais ses attributions à la classe des arts ainsi qu'à la classe des sciences n'ont aucun rapport avec celles qui furent adoptées dans les écoles du moyen âge.
Isidore de Séville a fréquemment allégué la vénérable
(1) De congressu quœrendœ erudit., p. 386 de la trad. lat, de S. Gelenius, 1554, in-8°. — Le même, De agricultura, p. 167.
antiquité, pour paraître plus savant qu'il ne Tétait. Il avait lu les écrits de Philon et non ceux de Platon ; il avait lu plus souvent le livre bizarre de Martianus Capella, De nuptiis inter philologiam et Mercurium, et de septem artibus liberalibus. Dès les premières années du vie siècle, Cassiodore a ce livre entre les mains. A une date plus précise, en Tannée 534, Securus Melior Félix, professeur à Glermont , en Auvergne , en corrige un exemplaire et le répand ensuite dans les Gaules (1). Grégoire de Tours, si grande que soit son ignorance, nous montre qu'il connaît, du moins, la division de Y étude libérale en sept disciplines, et nous atteste, en outre, que, de son temps, le maître de quiconque s'applique à cette étude est Martianus Gapella (2). Or, de son temps vivait Isidore de Séville.
Suivant Martianus Gapella, il y a trois arts, qui sont la grammaire, la dialectique et la rhétorique; il y a quatre sciences, qui sont la géométrie, Taritlimétique, Tastrologie et la musique. Telle est la classification observée par Gassiodore ;3), reproduite par Isidore de Séville, conservée par Alcuin. Nous en avons recherché l'origine, parce qu'on ne nous semblait pas lavoir trouvée. Mais c'est assez discourir sur ce point d'histoire : il nous importe bien davantage de faire remarquer quelle était l'infériorité des écoles ecclésiastiques à l'égard de cette école, de cette académie palatine, où Ton enseignait un tel nombre d arts et de sciences profanes.
Du temps dWlcuin cet enseignement n'était pas fait sur des données très-savantes. Ses dialogues nous le prouvent du reste. On avait parlé de ces dialogues avec trop
(l) Bist. Uttér. de la Fr., t. IU, p: 21, 173. % Histor. Franc, lib. X, cap. xxxr.
(3) Préface de son traité De grammalica.
de dédain (1); un de nos jeunes docteurs ajustement réclamé plus d'indulgence pour ce premier cours d'études fait à l'usage d'une école française (2). Quoi qu'il en soit, les œuvres didactiques de maître Alcuin nous offrent beaucoup trop de compilations, trop d'erreurs et trop de lacunes. Ce qu'il ignore surtout, c'est la philosophie. Quand il appelle philosophie l'ensemble des sept disciplines qui sont la matière de ses leçons, il parait, il est vrai, soupçonner jusqu'où peut s'élever l'édifice de la science sur les fondements établis par la dialectique ; mais cette apparence est trompeuse : Alcuin écrit souvent des mots qu'il comprend mal. Les premiers philosophes qu'entendra plus tard l'école du Palais lui seront envoyés par l'Irlande.
Cette émigration aura lieu presque un demi-siècle après la mort de Charlemagne, sous le règne de Charles le Chauve. C'est d'elle que parle Heiric d'Auxerre, lorsqu'il s'écrie dans son enthousiasme hyperbolique : Quicl Hibemiam mcmorcm, contempto pela g i discrimine pêne totam cum grege philosophorum ad littora nostra migrantem, quorum quisquis peritior est ultro sibi indicit exsilium ut Salomoni sapientissimo famuletur ad votum (3). A l'école du Palais enseignent alors Jean Scot et Mannon. Nous reparlerons de ces hôtes illustres, pour dire ce que nous avons appris de leur doctrine ; tout ce qu'il importe de consigner ici c'est que, sous leur maîtrise, la philosophie prit elle-même possession de cette chaire de dialectique où l'Anglo-Saxon Alcuin s'était contenté d'expliquer fort mal les cinq voix de Porphyre, et plus mal encore,
(1) M. Guizot, Bist. de[la civilis. en France, t. II, p. 360.
(2) M. Fr. Monnier, Alcuin, p. 58.
(3) Dans la dédicace de son poëme sur la vie de saint Germain; Bolland., Acta Sanctor., 21 juillet.
d après Boëce, les Catégories, les Topiques et les Arguments d'Aristote. Ce fut assurément une grande nouveauté.
Elle eut bientôt un grand succès. Nous ne voulons pas dire que la doctrine philosophique de Jean Scot se soit concilié dès le ixe siècle de nombreux partisans et ait dès lors obtenu la grande faveur de présider à la conduite des esprits. Il est, au contraire, assez remarquable que les leçons de Jean Scot furent très- vite oubliées. Mais, une fois ramenés à la philosophie, les esprits excités par cette noble étude ne l'abandonnèrent plus. Du Palais sortirent des écoliers devenus des maîtres, qui, allant propager en divers lieux le goût de la science nouvelle , eurent à leur tour des prosélytes zélés, par qui l'agitation se répandit de proche en proche. Encore un peu de temps et les écoles ecclésiastiques elles-mêmes, estimant sans doute avoir épuisé la science de la grammaire et du comput, voudront, à l'exemple de l'école du Palais, avoir leurs philosophes, qu'on chargera souvent de les gouverner. Ces philosophes pourront devenir encore, au déclin de leur vie, des abbés, des évêques et même des papes; mais ces hautes dignités ajouteront peu de chose, même dans le souvenir de leurs contemporains, à la renommée qu'ils auront acquise dans leur jeunesse par L'éclat de leur enseignement. Telle a été, durant tout le moyen âge. la fortune de la philosophie.