‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 10 sur 120 · SIR HERDER. XVII · texte numérisé non relu

SIR HERDER. XVII

« Si j'avais admiré le courage de Ilerder pendant ropéralion et les pansements, sa résignation, quand il apprit que tant de soulfranccs n'auraient pas le résultai qu'il en avait espéré, lui valut Teslime et l'admiration de tous ceux qui l'entouraient. Cette résignation était, en effet, admirable. Presque fiancé à une jeune personne de Darmstadt, il ne s'était décide à se faire opérer que parce qu'il ne voulait pas s'unir pour toujours à sa bien-aimée tant qu'il resterait sujet à une pareille infirmité.

« Convaincu enfm de l'inutilité d'un plus long séjour à Strasbourg, il se hâta de quitter ce1J;e ville,» etc.

En se séparant du prince de Holstein, Herder se trouva sans emploi ; sa maladie avait absorbé toutes ses économies , et sa position était très-fàclieuse. A cette époque*, le général comte de la Lippe venait d'arriver de Portugal , où le marquis de Pombal l'avait appelé pour organiser et discipliner l'armée portugaise. L'exemple de ce grand minisire lui avait sans doute appris à apprécier les hommes de mérite, car il s'empressa d'attirer Herder près de lui, en le nommant prédicateur à sa petite cour de Bukebourg. Ce lut dans cette ville que Herder acheva la plupart de ses ouvrages sur la littérature et sur les arts, et qu'il commença les Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité ^. Ce fut là aussi qu'il eut le bonheur de voir son Traité sur l'origine des langues couronné par l'académie de Berlin, et qu'il devint l'époux de mademoiselle Flachsland, qui consentit à l'épouser malgré son œil rouge et enflammé.

La comtesse de la Lippe était atteinte d'une maladie de langueur qui lui rendait les consolations de Herder indispensables. Après la mort de cette dame, le pieux devoir qui l'avait retenu à Bukebourg n'existant plus, il quitta cette ville pour aller remplir à Gœttingue une chaire de théologie qu'on lui offrait depuis longtemps. Mais déjcà la calomnie avait fait douter de son érudition et surtout de son orthodoxie ; et il allait être réduit à subir l'atfront d'un examen avant de pouvoir paraître dans la chaire qu'on l'avait prié d'accepter, lorsqu'il fut lout-à-coup appelé à Weimar, pour y exercer les fonctions de prédicateur de la cour, de président du consistoire, et d'inspecteur des écoles publiques'.

• En 1771.

' Cet ouvrage, d'aliord publié par fragments clans divers recueils , ne parut dans son ensemble qu'en 1780, c'ust-à-dirc quinze aus plus tard. ^ En 1776.

XVIH NOiyiCE

Goethe commençait déjà à être Tame de celle hrillanle cour de Weimar, el il esl probable que Herder lui dut Tavanlage d'y avoir été appelé si à propos. S'il en fut ainsi, jamais protégé ne lit tant d'honneur à son protecteur. Comme président du consistoire et inspecteur des écoles, il réforma une foule d'abus, cl créa un grand nombre d'établissements utiles qui lui ont survécu; comme critique savant, comme poète inspiré, comme lliéologi(îii éclairé el philosophe chrétien , il a enrichi la littérature allemande d'une foule d'ouvrages qui tous iront à la postérité •, mais dont on n'a traduit jusqu'ici que les Idées sur la i)hilosopliie de llustoire de l'humanité. Si leur auteur vivait encoi'e, il s'estimerait heureux d'avoir eu pour interprète un homme tel que M. Edgard Quinel.

Ce brillant essai a sufli pour faire apprécier Herder dans le monde savant; j'ose espérer que ma traduction de VHistoire de la poésie des Hébreux, le fera connaître d'un plus grand nombre

' Apr(>s la mort de Herder, Heyne et Jean-Georges Millier, ses amis, publièrent une édition complète de ses œuvres. Pour mettre plus d'ordre dans cette édition , ils la divisèrent en trois séries comprenant , savoir : la première , les ouvrayes sur la littérature et les beaux-arts ; la deuxième , les ouvrages sur la religion et la théologie; la troisième, les ouvrages sur la pliilosopliie et sur l'histoire.

La première série renferme : Les Fra(jments sur la nouvelle littérature allemande; les Chants des anciens peuples ; les Forets critiques ; les Romances du Cid ; les Légendes ; les Paraboles ; les Paratnythies ; Traité sur Ossian; Traité sxir l'injluence des belles-lettres et des sciences ; Traité sur les causes de la corruption du goût; Sur la langue allemande , son caractère et son perfectionnement ; Sur les rapports de la poésie allemande avec celle des Orientaux et des Grecs; Sur l'emploi et s}ir l'imitation de la littérature latine dans la nouvelle littérature allemande ; Traduction des anthologies grecques ; Traductions d'Horace, de Perse, de Pindare, etc.; Pemarques sur la littérature française et anglaise; Causes de la différence du goût citez les divers peuples ; Traité sur l'origine des langues; Histoire et examen de la poésie et de l'art du dessin ; Sur l'art en Allemagne; Adrastée , recueil périodique de mélanges sur la pliilosopliie , les arts, ta morale et la littérature. V Adrastée forme à elle seule cinq volumes.

La deuxièniu partie contient : Ses sermons et ses homélies ; les Lettres sur ta théologie; Con^mcntaircs sur le Cantique des cantiques el sur l' Apocalypse ; Eclaircissements sur le Nouveau-Testament d'apris des sources nouvellement découvertes dans tes traditions orientales ; Traité sur l'élégie liébraique ; Traité sur le fils de Dieu ; Traité sur les plus anciennes races humaines.

La troisième série comprend : L^es mines de Persépolis ; les Lettres sur le progrés de l'humanité; Lettres sur Spinosa et Scliaflesbury; le Sopliron, ou recueil de ses discours prononcés dans les écoles ; la Métacritique de la critique de la raison ; Cailliijone ; Sur te sublime (ces trois derniers ouvrages sont une r('futalion du système de Kant) ; Idées sur l'histoire de ta pliilosopliie de l'humanité ; Histoire et esprit de la poésie des Hébreux, etc., etc.

StR IIERDER. XIX

de lecteurs. Je suis loin de prétendre que cet ouvrage soit supérieur aux Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité , mais il est d'un intérêt plus général et plus varié. Il tient le milieu entre la poésie, l'histoire et la philosophie religieuse, et peut être regardé comme la mise en action de la formation du langage de nos premiers pères, de leurs idées sur Dieu, sur la Création, sur le Ciel, sur l'Empire des morts; sur tous ces objets enfin que Herder dépeint comme passant alternativemeiU devant le sentiment, l'imagination et la raison des peuples, c'està-dire devant les trois formes invariables de l'intelligence humaine, qui , en se personniliant matériellement par les nations, et intellectuellement par l'esprit des temps, subit toutes les conditions imposées aux existences individuelles; tandis que, dans son action générale, elle est indépendante et immuable, parce qu'alors elle est l'essence primitive de notre espèce , un principe fondamental de la création.

Après avoir dit sur la langue hébraïque tout ce qu'il était indispensable de savoir pour apprécier sa poésie , Herder initie ses lecteurs aux gracieux mystères de la Genèse , à cette magnifique idylle de l'enfonce de l'espèce humaine. Quant aux quatre autres livres de Moïse, qui en sont l'épopée, il déchire d'une main puissante les voiles dont la malveillance, les préjugés ou le fanatisme, ont enveloppé les trésors de morale, de sagesse et de philosophie qu'ils contiennent. Par ses traductions et ses commentaires, le livre de Job se développe majestueux et simple comme un cours poétique de cette philosophie naïve que les Arabes ont puisée dans l'étude de la nature. Le livre des Juges, ce poème héroïque des temps les plus poétiques des Hébreux, nous apparaît également sous son véritable jour.

Mais c'est Moïse, surtout, que Herder éclaire de tous les rayons de sa haute raison. Il le montre tel qu'il était en etfet, c'est-à-dire comme le plus grand, le plus humain et le plus démocratique des législateurs ; comme le seul homme digne d'avoir reçu de Dieu lui-même une vocation spéciale; comme un héros doué de tout le courage nécessaire pour la remplir ; comm(! un poète sublime qui voit dans la poésie une trinité sainte, résultat de la fusion de ces trois principes fondamentaux, la justice, la raison et la morale, donnés par Dieu lui-même à l'espèce humaine. Et il nous prouve que pour se manifester aux hommes, celte trinité emprunte chez tous les poètes hébreux, et surtout chez Moïse, le langage des anges, autre trinité composée de la

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