‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 11 sur 120 · XX NOTICE · texte numérisé non relu

XX NOTICE

contemplation, de la sensation et de l'image , qui , en se balançant sur les ailes de riiarmonie, celte lille aînée de Dieu, dont les lois immuables régissent toutes les œuvres de son père, touche, persuade et commande. C'est encore sous ce point de vue poétique et religieux qu'il nous montre les psaumes et les prophètes.

L'ouvrage Unit à la captivité, c'est-à-dire à l'époque où Israël cessa d'être Israël ; car, au retour de l'exil, le nom de juive donné d'abord à la seule tribu de Juda, devint celui de la nation tout entière ; et les voix poétiques qui se firent entendre encore, n'étaient plus que l'écho affaibli du passé.

Pendant que Herder faisait imprimer la première partie de cet ouvrage*, Millier était venu passer quelques mois avec lui. Ce savant, si accoutumé aux études sérieuses et constantes, fut surpris de l'ardeur et du zèle que son ami mettait à ce travail : « Jamais, dit-il^, je n'oublierai Ilerder tel que je l'ai vu alors. Sa pensée ne se manifestait plus que par les sentences des patriarches et des prophètes ; toutes les grandes figures bibliques passaient sans cesse devant ses regards, même pendant son sommeil. Job , surtout , l'absorbait; et lorsqu'il me récitait les plaintes de ce noble affligé, ses yeux étaient pleins de larmes »

C'est avec la naïveté qu'il conserva jusqu'au dernier moment de sa vie, qu'il écrivit àHamann, en lui envoyant un exemplaire de la première partie de son travail sur la poésie dos Hébreux: « Le voilà cnfln cet ouvrage que, depuis mon enfance, je porte dans mon cœur ; personne ne le sait mieux que toi (jui as toujours lu dans ce cœur. Quand je pense que je pourrai bientôt trouver assez de loisir pour le terminer, je me réjouis comme un enfant » etc.

Un livre dont l'auteur se préoccupait ainsi, ne pouvait manquer de produire un grand effet. Aussi, son succès surpassa-t-il toutes les prévisions, car il parlait à tout le monde. Les cœurs atlligés y trouvèrent la peinture touchante d'une providence qui veille spécialement sur eux comme sur ses entants chéris, qui les protège contre les forts, et les venge du mal qu'ils leur font, puisque tôt ou tard elle punit l'oppresseur et récompense l'opprimé. Les gens du monde y puisèrent des renseignements faciles sur les matières les plus abstraites, au point de pouvoir en causer avec

' Dans le cours <Ie riiivcr de 1781 :i 1782.

' rréface Uc Jcati Miillcrà la prcuiicrc (-dilion des ouvrages de llcidcr puWidc après hd. mort.

SUR HERDKR. XXI

los savants, ce qui flatte toujours agréablement la vanllé. Les croyants (je ne parle ici ni des fanatiques ni des liypocriles qui ont toujours été les ennemis de Herder) , les croyants, dis-je, lui pardonnèrent sa haute raison en faveur de sa foi , et les sceptiques lui pardonnèrent sa foi en faveur de sa haute raison.

Dans le monde savant, surtout, V Histoire de la poésie des Hébreux fraya une roule nouvelle à l'étude des antiquités classiques. Grand poète lui-même, Herder avait rendu la poésie de la Bible avec toute sa naïveté sublime, sa simplicité imposante, ses images majestueuses et ses brillantes couleurs locales. Hébraïsant aussi consciencieux que savant , il ne s'était jamais écarté de la lettre du texte. Historien philosophe et érudit, il a trouvé dans la poésie des Hébreux la solution de tous les problèmes de leur histoire ; et celte solution satisfait à la fois le cœur et la raison. Pour nous redire l'écho de la voix du Père céleste qui, dans Éden, instruisit ses entants à l'ombre de l'arbre de la science et de l'arbre de vie, et qui s'entretenait avec les patriarches comme un ami avec ses amis, il semble avoir dérobé la harpe de David. Mais c'est avec le burin de l'histoire qu'il marque chaque pas que fait l'humanité sur sa première route de perfectionnement, route qui commence au départ du jardin d'Éden, et qui Unit avec la captivité d'Israël, pour être reprise par d'autres peuples sur d'autres points de la terre. En un mot, l'heureux choix des morceaux qu'il a traduits, les commentaires dont il les a accompagnés, les considérations de morale et les développements historiques qu'il en a fait découler, ont débarrassé le terrain où s'élève l'arbre de la poésie hébraïque, des hautes herbes qui le voilaient à nos yeux. Grâce à lui, ce bel arbre est là maintenant devant nous avec toute la richesse de ses branches robustes, de ses fleurs brillantes et de leurs suaves parfums.

Un pareil résultat, que jamais encore personne n'avait obtenu avant lui, excita un vif enthousiasme pour la langue et pour la poésie des Hébreux ; Herder eut de nombreux imitateurs en Allemagne, mais pas un ne l'a égalé, pas un n'a osé faire la troisième partie qui devait compléter son magnihque travail sur /a poésie hébraïque, par le commentaire et la traduction de tous les passages du Nouveau- Testament qui reproduisent encore quelques unes des beautés de cette poésie.

L'Apocalypse devait être surtout l'objet d'un examen spécial, car c'est là que l'esprit des anciens prophètes renaît un instant pour ne plus jamais repai'aître, ni dans le monde moral ni dans

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