IIL LES CHANTS DES ENFANTS DE CORÉ
Sont-ils l'œuvre de David ? En ce cas, pourquoi ne portent-ils pas son nom? ce qui est d'autant plus étonnant qu'on n'a pas craint de lui attribuer, ainsi qu'à Asaph, plusieurs psaumes composés longtemps après eux. Selon toutes les probabilités, ces psaumes sont l'œuvre d'un chantre du chœur de Héman ; mais , quel que soit leur auteur , il est certain que c'est un des meilleurs pogtes de son époque. Ses chants nationaux sont concis et chaleureux. Le psaume 45 est un magnifique épithalame , et le psaume 42 une belle élégie. Je donnerai ce dernier comme exemple.
(WRACrfeKK DES PSALMISÏES. î)07
SOUPIRS APRÈS Jérusalem'.
« Comme le cerflangiiit après la source d'eau, mon arae languit après toi, Seigneur. Mon ame a soif de Dieu, du Dieu vivant-! Quand pourrai-je revenir et contempler la lace de Dieu?
« Depuis longtemps déjà les larmes sont pour moi le pain du matin et le pain du soir ; et de jour en jour on me dit : a En quoi t'assiste-t-il maintenant, ton Dieu?» Alors je me rappelais, et mes larmes coulaient en abondance; je me rappelais le temps où, moi aussi, j'allais au temple de Dieu. J'y allais avec la foule joyeuse, au milieu des chœurs dansant et chantant des hymnes de reconnaissance.
a Pourquoi t'agites-tu ainsi datis ma poitrine, 6 mon cœur ? Pourquoi bats-tu si haut? Espère en Dieu. Moi aussi, je pourrais encore lui offrir des chants de reconnaissance, à lui, mon sauveur, mon Dieu!
« Et cependant mon ame se chagrine encore ! Je veux ici penser à toi ; ici , entre les torrents et les montagnes, sur les bords du Jourdain et sur les collines du Liban.
« Comme la vague mugit dans la vague , c'est ainsi que les torrents mugissent vers moi ; car ils ont tous passé sur moi, tes vagues et tes torrents !
« Pendant le jour pourtant, la bienveillance de Jéhovah me soutient encore; pendant la nuit, son chant est avec moi ; elle est avec moi, la prière que j'adresse au Dieu vivant.
« Je chante ainsi vers mon Dieu protecteur : « Pourquoi m'oublies-tu? Pourquoi faut-il que je marche si tristement opprimé par mon ennemi?»
« Je sens mes os tressaillir quand mon ennemi me raille, quand chaque jour il me répète : « A quoi te sert ton Dieu, maintenant ? »
« Pourquoi t'agites-tu ainsi dans ma poitrine, ô mon cœur? Pourquoi bats-tu si haut? Espère en Dieu. Moi aussi, je pourrais
' Psaumes 4^ et 43.
" Ordinairement, le Dieu vivant est opposé aux images immobiles des idoles. Ici , l'image est lieureusement métamorpliosée en une source, cl c'est après celte source 'jue languit lame du poOle. \
encore lui offrir des chants de reconnaissance, à lui, mon sauveur, mon Dieu!
« Juge-moi , ô Dieu , fais exécuter mon droit ! Sauve-moi d'un peuple sans pitié , d'un liomme plein de tromperie et de malice !
« Car tu es mon Dieu en qui je me confie. Pourquoi t'éloignes-tu de moi? Pourquoi faut-il que je marche si tristement, opprimé par mon ennemi ?
« Envoie-moi , Seigneur, ton conseil infaillible \ afin qu'il me conduise vers les montagnes de ta majesté, vers ta tente, ô Jéhovah !
« Alors je pourrais y entrer, je m'approcherais de l'autel de Dieu, du Dieu qui est ma joie , mon allégresse. Alors je te remercierais avec les sons de ma harpe, ô Dieu, toi mon Dieu !
« Pourquoi f agites-tu ainsi dans ma poitrine , ô mon cœur ? Pourquoi bats- tu si haut? Espère en Dieu. Moi aussi, je pourrais encore lui offrir des chants de reconnaissance, à lui, mon sauveur, mon Dieu ! »
Il serait inutile d'analyser ce morceau. La marche douce et rêveuse de la pensée qui se calme par degrés , la peinture des environs du Jourdain et du Liban , sont des beautés qui se font sentir d'elles-mêmes , et que les démonstrations ne sauraient faire comprendre à celui qui n'en a pas été frappé à la première lecture. Semblable à tous les adligés qui cherchent des consolations, David arrête ses regards sur les vagues échappées de la source Phiala; leur mélancolique bruissement lui retrace les calamités que Jéhovah a répandues sur lui ; peu à peu , cependant , il se souvient que son amie, sa harpe, lui est restée fidèle ; et celte harpe réveille sa confiance au point que l'espoir lui paraît une réalité, et que sa pensée le transporte au milieu des chœurs dansants et chantants de Jérusalem.