‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 107 sur 120 · PRIÈRE DU MATIN DE DAVID · texte numérisé non relu

PRIÈRE DU MATIN DE DAVID

« Mon cœur, ô Dieu, se dispose à la musique et aux chants de victoire. Réveille-toi, mon ame ; réveillez-vous, cordes de la harpe et de la lyre !

« Je veux que mon chant éveille l'aube du malin, je veux te louer, te célébrer, ô Dieu, devant le peuple et devant la nation.

« Car ta bonté est haute, très-haute, au-dessus des cieux; la fidélité de ton alliance , Seigneur, s'étend aussi loin que la marche des nuages !

« Parais au-dessus des cieux, ô Éternel! fais luire ton éclat sur toute l'étendue de ce monde si vaste ! Sauve tes bien-aimés, secoure-les de ta droite, et daigne m'écouter !

' C'est-à-dire les montagnes sur lesquelles se cacliait l'ennemi pour ravager le pays.

» Psaume io8.

« Dieu m'écoute ! Dieu parle dans la sanctuaire '; voilà pourquoi mon courage se ranime, car déjà je partage Sichem comme s'il m'appartenait, déjà je mesure l'étendue de la vallée de Succolli', Galaad est à moi, Manassès m'appartient, Éphraim est mon casque, Juda conduit mes armes , Moab est lu bassin où je me lave*. Je jette mon soulier sur Édom, et je raille les Philistins!

«Qui vous a fait entrer dans la ville fortifiée? qui vous a conduits à Édom ? N'était-ce pas toi, ô Dieu, toi qui un jour nous avais rejetés, toi qui un jour n'avais pas voulu marcher avec nos armées ?

« Secoure-nous toujours dans nos calamités, car l'assistance des hommes n'est qu'une vaine tromperie.

« Avec Dieu, nous ferons encore de grandes actions ; c'est lui qui foule l'ennemi sous mes pieds. »

Je ne connais aucun autre peuple qui ait su mêler des idées aussi douces à des chants de guerre et de bataille. C'est dans la poésie hébraïque qu'on trouve la poésie la plus tendre mêlée aux sentiments les plus belliqueux, et parfois même les plus cruels. C'est sans contredit à la constitution de Moïse, que ces chants guerriers doivent leur cachet humain. Ce qu'ils ont de dur, de féroce, est la faute du temps et du peuple; l'élévation religieuse, la confiance en Dieu, tous les sentiments nobles et délicats entin, sont un reflet de la constitution de Moïse.

5. Aux plus douces descriptions du bonheur domestique succèdentparfois brusquement des scènes guerrières qui se terminent par des plaintes et des soupirs élégiaques. Cette particularité me parait le résultat naturel de la réunion de plusieurs psaumes efiun seul. Le psaume 144 en fournit un exemple saillant. Depuis le

' (l'est une expression consacrée dans la plupart des psaumes, pour peindre l'approbation et les faveurs de Jéliovali. Les paroles suivantes ne doivent donc pas être regardées comme la voix de Dieu, car il est évident que c'est David qui continue à parler.

• Il n'est pas question ici des pays conquis, mais des propriétés de David dans la Judée, en sa qualité de roi. C'est le cœur plein de joie , qu'il fait l'énumération de l'héritage que Dieu lui a donné. S'il coinnience par nommer Sichem et la vallée de Succoih , c'est parce que ces lieux avaient été habiles par Jacob, et que, par consécjuent, ils forment l'héritaye le plus ancien que le peuple de Juda ait reçu du premier père de sa race.

' Maialenaui commcuce l'énuiuération des pays conquis.

PSAtTMES ROYAUX. «J^S

1" jusqu'au 8^ vcrsel, le chant est le môme , mais avec le 9« un autre commence; ce qui fait que le sujet se détourne toutà-coup des ennemis d'Israël pour peindre la prospérité de la Judée.

« * Que nos fils fleurissent comme de jeunes arbres, qu'ils s'élèvent dans l'éclat de leur jeunesse ; que nos lilles ressemblent aux belles colonnes, aux statues du palais; que nos magasins regorgent de provisions de tout genre ; que nos troupeaux enfantent par mille, qu'ils enflintent par dix mille dans nos prairies; que nos taureaux soient robustes; que pas une voix ne déplore une perte, un malheur dnns nos prairies.

« Gloire et bonheur au peuple qui jouit d'une pareille destinée ! gloire et bonheur au peuple que son Jéhovah bénit ainsi ! »

Il en est de même du psaume 60, qui passe tout- cà-coup des cris de guerre à des vœux pour la vie champêtre. Il serait difiîcile de trouver une plus belle image que celle de ce pasteur d'Israël, qui ftiit paître son peuple pendant qu'on l'excite à faire la guerre.

« - Pasteur d'Israël, écoute ! Toi qui conduis Joseph comme un berger conduit son troupeau, toi notre Dieu qui trônes au-dessus des chérubins , fais briller ta face devant Éphraïm , devant Benjamin et Manassèa! Réveille ta puissance, et viens à notre secours.

«0 Dieu! ranime-nous ; que ta face resplendisse de nouveau , et nous serons secourus !

« Jéhovah ! Seigneur Zéliaolh ! jusqu'à quand ton courroux fumera-t-il devant l'humble prière de ton peuple ? Tu nous as fait manger le pain des larmes; tu l'as remplie de pleurs, la coupe que tu nous as présentée ! Tu nous as exposés à la risée de nos voisins, tu nous as livrés à la moquerie des ennemis qui nous entourent!

« Dieu Zébaoth! ranime-nous ; que ta face resplendisse de nouveau, et nous serons secourus!

« Pour nous tu as tiré de l'Egypte le cep de la vigne, et, pour le planter, tu as chassé les peuples ! Tu as sarclé le sol, alln qu'il

' Psaume i44.

» Psaume 80.

puisse y jeter des racines cl les étendre par tout le pays. Son oml)re se projetait au loin slu' les montagnes , et les cèdres de Dieu étaient ses rameaux. Tu les as provignés jusque sur les bords de la mer; tu as prolongé ses rejetons jusque sur TEuphrate. Pourquoi renverses -tu maintenant sa muraille? Chaque passant peut le dépouiller ; le sanglier Ta bouleversé , les bêles fauves Tout brouté !

« Dieu Zébaoth! reviens à nous, regarde du baut des cieux ! regarde-nous! Viens de nouveau visiter ton cep de vigne, protège-le, lui que tu as planté de ta main ' ; car, dévoré par le feu, fauché par le souffle de ta colère, il est sur le point de périr ^î « Étends ta main au-dessus de nos héros ; pose ta droite sur l'homme que tu as fortifié ; alors nous ne nous éloignerons plus jamais de toi; et ranimés d'une vie nouvelle, nous nous réjouirons devant ta face !

« Jéhovah! Dieu Zébaoth! ranime-nous , que ta face resplendisse de nouveau, et nous serons secourus ! »

Cette belle élégie, avec son chœur qui répète la même prière douce et tendre, est toute tbéocratique. L'histoire du peuple est sa base; et ce n'est que vers la lin que l'allégorie se dirige vers l'homme, vers le héros qui, maintenant, doit agir au nom de Jéhovah.

4. Puisque Israël était un État théocratique, et que chaque héros ou gouvernant agissait à la place de Jéhovah, on ne devait nécessairement parler de leurs actions que dans un style élevé et solennel. Voilà pom'quoi, dans le style historique même, on pouvait et on devait dire de David qu'il siégeait sur le trône de Jéhovah ^, et la poésie, surtout , avait le droit de l'appeler le

' Je supprime les mois Ti^ nnïDN l^"*?!?» P'Tce qu'il est impossible de leur donner un sens; tous les commentateurs qui ont cherché à les expliquer n'ont réussi qu'à rendre la phrase plus obscure. Il est certain pour moi que ces mois ont été tirés du verset i8, et mis à celte place par une méprise du copiste, dont l'œil a été trompé par le mot Tî^^D^ , qui se trouve au commencement de chacune de ces liynes. Le parallélisme exiijo éfjalemeiit la suppression de ces mots , car pour les y intercaler, il a fallu le tronquer. Le premier membre du quinzième verset se termine par XJ. cl le second par DNll j '^ seizième verset commence par "pDI <;t

finit par ■ni">D^'

• Je lis I^X^» car "] appartenait au verset suivant.

' Son royaume est presque toujours appelé l'rmpire de Jéhovah. Voy. Chroniques, liv. I, cliap. î8. vers. 5; cliap. 3o, vois. ^3,

l'SAlJMKS ROYAUX. 527

représentant de Dieu sur la terre, et même son tils. La langue hébraïque, au reste, attache au mol tils un sens très-élendu ; la simplicité de sa constitution primitive, fondée sur les relations de famille, en fait une expression favorite, qui désigne toutes les tendres affections. 11 ne faut pas oublier non plus que, dans les langues anciennes, les rois sont appelés les fils des dieux \ et que les peuples orientaux, surtout, ont exagéré l'emploi du mot" fîls^; alors il ne reste plus aucun doute sur son véritable sens, quand on le trouve employé comme dans le passage suivant :

« ^ J'ai trouvé David, mon serviteur, et je l'ai oint avec mon huile sainte. Il sera puissant par ma main , mon bras le fortifiera, afin que pas un ennemi ne puisse l'atteindre, afin que pas un malicieux ne puisse l'offenser. J'écraserai ses ennemis autour de lui, je frapperai ceux qui le haïront! Ma parole fidèle et ma bienveillance seront avec lui. C'est par moi que sa corne s'élèvera très-haut, que sa main s'étendra sur la mer, et que sa droite touchera jusqu'à l'Euphrate.

tt 11 me dira : « Toi , mon père, toi , mon Dieu, tu es le rocher de mon bonheur! » Voilà pourquoi je l'ai établi mon premier -né , et que je l'ai élevé au-dessus de tous les rois, » etc.

La dernière phrase explique si clairement les mots : fils de Jéhovah, premier-né de Jéhovah , que je passe, sans aucun commentaire, au psaume 2.

«Quel est ce bruit de peuple qui retentit de toutes parts? Pourquoi murmure-t-il de vains sons*? Les rois de la terre se

' Tout le monde connaît les S'taytvm d'Homère.

» Les Orientaux se donnent à eux-mêmes les noms de fils du ciel , du soleil, de la lune, etc.

3 Psaume 8g, vers, il et suivants.

* Je me conforme ici à la simplicité des anciens commentateurs, qui expliquent p1"^ par vain, en vain , ce qui est aussi sa si^'nificalion la plus ordinaire. Les mots nUri bruire , murmurer, soupirer, s'accordent parfaitement bien , car le bruit que produit la foule sauva[;e et mécontente, n'est qu'un murmure, qu'un son vain, insignifiant. C'est par ce seul mot que le poète a résumé le contenu de l'ode; sa marche s'annonce magnifiquement par la sentence du début. C est une beauté particulière h la téméraire ode orientale,

Semper ad eventiim festinat , et in médias res . ......... Auditorem rapit.

52â CHAPITRE XI.

lèvent, les princes combinent entre eux des projels contre Jéhovah ', contre celui qu'il a oint 2.

v-Brisonsnos liens, ietonsloindenousles fers qu'ilsnous ont donnésl

« Il rit, celui qui trône au ciel ! Jéliovah se moque d'eux !

«Déjà il leur parle dans son courroux, il les disperse dans sa colère ^ !

« Il dit : l'ai établi mon roi * sur la montagne de Sion , sur le siège de ma grandeur ^

' J'ai laissé à ce mot sa métaphore primitive, quoiqu'elle ne soit qu'un accessoire; mais le bel ensemble de cette ode a une très- grande ressendilance avec l'histoire rapportée dans Moïse, liv. i , chap. i; les temps et les circonstances seules sont chanyés; car là , comme ici, Jéliovah rit des vains efforts de ses ennemis, et los disperse par un mol.

' Jéliovah et son représentant sur la terre, sont , dans tout le cours de ce poème, toujours placés l'un à côté de l'autre, et ne forment , pour ainsi dire , qu'une seule et même personne. Le second n'est là qu'au nom du premier, de qui il lient son élévation et sa di(;nité.

3 11 leur parle par le tonnerre , il les disperse par Téclair. L'un est chez les Hébreux le symbole de la parole courroucée de Dieu , et l'autre celui du souffle de ses narines. Le parallélisme continue l'image avec beaucoup de grâce, et les paroles rapportées dans le vers suivant, sont ce concis et sublime langage du tonnerre de Jéliovah.

* Je reste fidèle au texte hébreu , car je crois que les Grecs n'ont converti la première personne en la troisième (|ue pour rendre la phrase plus coulante. En faisant parler Dieu lui-même, le vers devient noble et grandiose, tandis qu'en le mettant d.ins la bouche de David , il a quelque chose de présomptueux , de fanfaron. Au reste, dans tous les passages de cette nature , le poète cite toujours la parole de Dieu , pour laquelle David montre une humilité respectueuse. Voyez psaume 89 , psaume iio, psaume iSa, etc. L'introduction de Dieu , comme personnage parlant, n'interrompt nullement l'ensemble de ce morceau, car le vers précédent a clairement annoncé qu'il va adresser la parole à ses ennemis ; si on ne citait pas cette parole, le vers resterait incotnplet. Jlais lors même que cette parole ne serait point annoncée , sa brus(|ue introduction n'a rien d'étrange dans la poésie hébraïque, et donne , en général , plus de dignité au chant lyrique. Le vers suivant vient à l'appui de mon opinion ; car David complète la parole de Dieu qui , ainsi que l'exige son imposante majesté , s'exprime toujours avec beaucoup de concision. Le mol rrnDDN °" mCCD "^ servirait qu'à rendre la phrase lâche et traînante, si David avait continué à parler; car ce mot indique clairement qu'il va expliquer ce que le Dieu du ciel vient d'énoncer avec tant de précision. Je pourrais ajouter encore que, dans le cours de ce psaume , Dieu et David forment un parallélisme perpétuel; ne pas faire parler Dieu lui-même serait donc troubler le nœud , la véritable action de l'ode. En le faisant parler comme le verset 5 l'anaonce, comme le verset 6 le fait, comme les versets 7 et 9 l'expliquent, comme les versets 10 et 12 J'étendent et l'appliquent , le psaume acquiert une marche et une rondeur admirables. Le roi d'en haut et le roi d'en bas agissent sans cesse en commun. Oii'on me pardonne cette longue note; elle m'a été inspirée par le désir de ne pas troubler la marche sublime et les belles allures de cette ode.

'■> Ce vers prouve également que c'est Dieu lui-même qui parle; il dit qu'il l'a

« Je vous réciterai l'arrêt de Dieu K Jéhovah m'a dit : Tu es mon fils, dès ce jour tu l'es *.

« Demande-moi ce que tu désires, et les peuples seront ton héritage ; les limites de la terre seront ta propriété ^, tu les briseras avec ton sceptre de fer, tu les écraseras comme des morceaux de poterie cassée !

(( Et vous, rois! écoutez mainlenant; laissez-vous instruire, juges de la terre! Obéissez à Jéhovah, craignez-le, vénérez-le en tremblant * ! et rendez hommage au fils , afin qu'il ne s'irrite pas contre vous, et qu'il ne vous enlève pas à la moitié de votre route ^; car sa colère va s'enflammer à l'instant, et bienheureux alors ceux qui lui seront restés fidèles et dévoués ^! »

établi lui-même sur sa montagne , sur le siège de sa gloire, et que, par conséquent , il serait inutile de s'élever contre lui.

1 C'est-à-dire la loi , la constitution du pays. Désormais Dieu ne veut plus régner dans son État théocratique que par ce roi; voilà ce que signifie p,~), qui se représente si souvent.

» Les mots nnX ^j3 ^^ ^^n"!*?^ sont des parallélisnies dont cliacunala même signification , c'est-à-dire : Je l'établis aujourd'hui comme roi , comme mon fils et mon représentant. Isaïe, cliap. 9, vers. 6, eniploiele même parallélisme. Ce passage est également cité dans les Actes des apôtres, cliap. i3 , vers. 33 et 34, comme une image de l'institiuion du nouveau roi.

' Je laisse à ce psaume ses magnifiques contours , et je ne change point ces expressions limites de la terre, roi de la terre, juge de la terre, qui sont parfaitement dans l'esprit de l'époque. L'auteur de ce psaume n'a pas voulu déterminer géograpiiiquement l'étendue de la Judée. Que lui importe que ce pays soit grand ou petit; à ses yeux c'est le centre de la terre, oii Dieu régnera dans la personne du nouveau roi. Le psaume 89 renferme le pays entre la mer et le fleuve , ce qui u'empêclie pas que Dieu ne fasse du souverain de ce pays le roi de toute la terre. Il ne faut jamais envisager ces antiques poésies que sous le point de vue où on lis voyait à leur époque.

4 La signification littérale du mot îî'7^3 ou ^'j l'^^Ji est entouré. Les vassaux et les serviteurs des rois orientaux se tenaient debout autour du trône, et les cérémonies religieuses consistaient en marches solennelles autour de l'autel ou du lieu saint , telles que les Arabes en font encore aujourd'hui. 11 découle de là que ^^'} ou 7ÎJJ) signifie runrfe, danse joyeuse; ce mot forme donc un véritable parallélisme. Les vassaux arrivent et se soumettent à Jéhovah et à son fils. Us leur rendent hommage par le w^cj-xfVEiv ( T3j? ) habituel, c'est-à-dire l'inclinalion jusqu'.\ terre, puis ils se rangent, en qualité de vassaux, autour de son trône ( '7'j ) ; il leur permet de lui rendre hommage, et ils lui baisent le genou ( pî2,*3 ) ; c'est ainsi que l'image continue sa marche, et que pas un mot n'est inutile.

5 Le but du poè;e est de les avertir qu'ils n'ont pas le temps delà réflexion, et què^ s'ils ne se hâtent pas, ils seront enlevés à la moitié de leur route. L'image est empruntée à une caravane qui , à peine arrivée à la moitié de son chemin , est étouffée par le souffle meurtrier du simoun.

* J'ai déjà eu plusieurs fois occasion de dire que les mots croire, confier, dans le

Il est facile de sentir le mérite de la marche lyrique de ce psaume K Entrant hardiment en matière par une question, il déroule en peu de mots le tableau du bruit des réunions dans lesquelles les rois forment leurs vains projets. Un regard tombé du haut du ciel, un sourire du roi de ce ciel, anéantissent leurs combinaisons; car, dans les vues du poète , ce terrible sourire devient le tonnerre tout-puissant ; il comprend son langage, il s'en fait rinterprète. Ce langage est concis et majestueux comme doit l'être celui du roi du ciel ; mais le roi sur la terre donne des ordres plus détaillés, il donne môme des avis, des conseils : cependant le répit qu'il donne à ses ennemis pour les suivre , est court , et l'ode se termine par une sentence sur lesfidèles. Chaque trait de ce tableau est juste, et sa gradation est admirable.

Mais à quoi s'applique-t-il? Sur quoi a-t-il été composé? Il me semble que , dans son ensemble comme dans ses détails, il ne peut s'appliquer qu'à David. Quel autre que lui habitait alors la montagne de Sion? Quel autre que lui y a été établi par Dieu lui-même et en qualité de son fils , ainsi que la plupart des psaumes le disent clairement? Quel autre que lui a eu un aussi grand nombre d'ennemis, et en a triomphé avec autant d'éclat et de gloire? La plupart des psaumes peignent David sous ce point de vue , et nous feindrions de ne pas le reconnaître dans celui où il est le plus fidèlement représenté? L'intention et le but de ce poème sont entièrement dans l'esprit de l'époque et des localités.

Les nations ennemies s'apprêtaient à la guerre, un appel de Dieu les effraie et leur fixe un terme pour se repentir. Peut-on ne pas voir que la corde de l'arc n'a été ainsi tendue que pour que la flèche puisse atteindre un but actuel et mis sous les yeux du peuple d'Israël? Placez ce but dans un avenir incertain, et l'arc sera détendu , et la flèche se perdra dans le vague.

sens que les emploient les psaumes , signifient, ^rfèZe, rf^woue, c'est-à-dire les devoirs des vassaux envers leur suzerain.

' 11 n'y a point de chœur en ce psaume; une seule personne y parle, c'est le poète royal. Lorsqu'il fait parler Dieu , il a soin do citer ses paroles. I.a prétendue action 'dramatique des trois personnes n'existe donc pas ; elle troublerait, au reste , la marclie de l'ode. Qu'on la compare avec cette ode à peu près semblable d'Horace : Çito, quoscelesti? et l'on verra (jue le poule hébreu est plus concis el plus liaiinonieux dans l'ordonnance de l'cnsi.'mble.

i'SALMES ROYAUX. 331

On m'objecterqj^ans doute, que ce psaume a été cité dans le Nouveau-Testament. Cela est vrai, mais il y a été cité à titre de psaume royal , par celui qui occupait le trône de David et qui l'occupera éternellement. Ne devait-il pas nous apprendre comment David s'était comporté sur ce trône, et pouvait-il mieux nous l'apprendre que par les principaux événements si bien décrits dans ce psaume? L'application qu'en fait le Nouveau-Testament, loin de détruire sa première signification , la confirme et l'accepte comme sous-entendue.

5. Puisque David habitait avec Dieu une seule et même montagne sacrée , et qu'il y siégeait en son nom et sur son trône , les psaumes devaient nécessairement employer à son égard des expressions qui le peignaient comme l'allié , comme l'hôte de Dieu. C'est lui qui avait été chercher Jéhovah pour l'établir sur la montagne de Sion; c'est lui qui avait prêté au Dieu tout-puissant de Jacob ce serment :

« * Je n'entrerai point dans la tente de ma maison, je ne monterai point sur mon lit de repos, je ne laisserai pas dormir mes yeux, je ne donnerai pas de sommeil à mes paupières, tant que je n'aurai pas trouvé une demeure pour l'Éternel, une habitation pour le Tout-Puissant de Jacob.

« Nous avons entendu parler d'elle vers l'Euphrate, nous l'avons trouvée dans les champs sauvages de Jahar. Entrons, disje alors, entrons dans sa tente, adorons-le devant son marchepied. Lève-loi , Jéhovah , viens prendre du repos , toi et l'arche de ta vaillance ! Tes prêtres se pareront de vêtements de justice neufs et magnifiques, tes fidèles se réjouiront autour de ton temple. »

David accomplit ce vœu , et nous savons tous que Dieu l'en récompensa richement; il le fit triompher de ses ennemis, et lui promit pour lui et pour sa race des bénédictions permanentes.

Le roi s'assied devant la face de Dieu; de même qu'il était assis couronné de victoire à côté de Dieu , de même il l'était dans la maison, sur la montagne sacrée. Toutes ces phrases ne sont que des locutions familières à l'hisloire de cette époque - ; comment

' Psaume 1 33.

* Samuel, liv. 2, cliap. 7, vers, i et 18. Chroniques, liv. i", cliap. 17, vers. 16.

pourrions-nous alors nous méprendre sur le sens local du psaume suivant ?

« 1 Jéhovah a dit au roi : « Assieds-toi à ma droite «, jusqu'à ce que j'aie défait tes ennemis, et que je t'en aie fait un marche-pied.»

« Du haut de Sion, Jéhovah étendra le sceptre de ta puissance ' ; il le dira : « Sois roi au milieu de tes ennemis *.

« Des ofYrandes volontaires te suivront au jour de ta magnificence de vainqueur, sur mes montagnes sacrées ; semblable à la rosée, je t'ai engendré pour moi , du sein de l'aube matinale ^ ! »

' Psaume i lo.

* A la droite rie Dieu, à ses côtés, sont des expressions très-souvent employées par David , pour dire que Dieu est avec lui, qu'il est à la droite du pauvre. Voyez psaume 91, vers. 7; psaume iG, vers. 8 et 11 ; psaume loç), vers. 3i ; psaume lai, vers, 5, etc. La parole que Dieu adresse à David donne donc à ce dernier une place d'honneur et de repos sur la montayne sacrée, à colé du temple, jusqu'à ce que Jéliovali ait vaincu à ses côtés tous ses ennemis. Le vers suivant explique cette pensée plus clairement encore, car il dépeint les conséquences de la réalisation de la promesse de Dieu.

* Le sceptre royal que Jéliovali étend lui même en qualité de coréynant sur la monlajjne sacrée, afin que rien n'inquièle le roi, et que tout l'honore.

* Lorsque David établit l'arche d'alliance sur l.i monlafjne de Sion, tous ses ennemis n'étaient pas encore vaincus, mais il en triompha bienlôt après. Voyez Samuel, liv. II, chap. 6, vers. 8.

' On pourra, au premier abord, blâmer la version de ce passage; voilà pourquoi je prie mes Iccleurs de passer le texte en revue avec moi. Les versions ordinaires renferment autant de non-sens que de mots; et malyré tous les efforlsqu'on a fails jusqu'ici pour rendre ce passa^;e clair, on n'a pu arriver à satisfaire les exigences du parallélisme. Commençons par le dernier mot. 11 est impossible de justifier le ^rn'?'' ; "i^'is le second psaume, dont le conlenii est semblable à celui-ci , nous fait observer que ce mot doit être ^rn?"*- Au reste, l'image de la rosée s'ccliap-

pant du sein de l'aube matinale, est parfaitement en harmonie avec ce mot. Je l'ai engetithé du sein de l'aube matinale ; quelle gracieuse et douce image! et quel portrait sévère de ce que doit être un gouvernement royal ! Mais ce mot désespérant "pj^ "n? ! n'cst-il qu'une finale inutile , et faut-il la rejeter? Je ne le crois pas, et je préfère la diviser, en plaçant 3 avant ^J^) ainsi que l'ont fait plusieurs anciens traducteurs; par ce moyen, j'obtiens un sens aussi clair que beau. Quant au 7 qui reste, il ne lui manque sans doute que ^. Le Q devant "inîl/ est sans doute la forme pariiculière du nom, ou bien il a été emprunté au mot précédent; par consr(|uent, le second hémistiche présente un sens clair et f.icile à saisir; mais le premier? mais le parallélisme? car il faut que le paralli'lisnie crie à haute voix: voilà ce que je suis! Essayons. Celle manière ordinaire de lire : Ton peuple de franche volonté dans les pompes de la sainteté, ne présente aucun sens, et je ne veux pas m'arrêler longtemps sur les mots îl?TL'~''TTni car il est impossible de ne pas se souvenir à cette occasion de U'Tp"")!"! 'If second psaume, dont le contenues! à peu près semblable, et de

PSAUMES ROVALX. 533

« Jéliovah Ta juré », et il ne se repent jamais de son serment,

j;,»ip~^TTT, qu'on trouve dans tant d'autres psaumes; et alors on sent à l'instant

i|u'on vient de trouver le parallélisme de la rosée sortie de l'aube matinale. 11 est connu que ri3Ti signifie /i6era/ite, don volontaire ; expression qu'à cause de leur origine, la langue iiébraïque représente par limage de la rosée, de la pluie rafraicliissanle, expression qui s'accorde aussi bien à l'aride montagne de Sion , qu'à la rosée de l'aube matinale, surtout quand on se souvient qu'en hébreu, pluie et rosée sont des paralléiismes par lesquels on représente la bienfaisance d'un roi heureux. Voyez Samuel , liv. Il, chap. ïÎ, vers. 3 et 4; psaume 7a, vers. 6 et 7. Il est sous-enlendu qu'il faut lire Tî^i' ; 'a construction avec Qy est une expression favorite des psaumes, que beaucoup d'anciens traducteurs ont adoptée dans leur manière de lire. Enfin , voici ces deux vers, tels que je les lis ;

( "ic^np ) *ù*"ip-n'in3 t^ti nvi nin: tjd:?

S'il était permis de paraphraser poétiquement, je dirais ; « O toi, prince qui siège à mes tôles, pendant que tu tiens mon sceptre avec moi, une douce pluie humecte toute l'étendue de mon pays sacré.

« Du sein de l'aube matln3le,je fais tombersur la terre une rosée rafraîchissanie ; c'est ainsi que je t'ai fait sortir de moi-même pour être l'image de ma clémence et de ma bonté. >

Ceci n'explique cependant pas encore le passage dans son ensemble, ni comment un pareil distique peut se trouver dans un psaume qui se termine par de sanglantes images de guerre. Je répondrai d'abord que celte fin ne décide rien, puisque les vers suivants ne sont encore que des peintures paisibles de la justice du roi et du prêtre qui règne à côté de Dieu ; les tableaux de batailles ne commencent que plus tard. Voulait-on seulement avertir le roi que, puisqu'il était paisiblement établi à côté de Dieu, il ne devait plus songer qu'à la bienfaisance et à la justice? Ce n'est pas là mon avis : David ne faisait pas la guerre par esprit de conquête, mais par nécessité , et pas un trait de sa vie n'annonce des penchauls qui tirent leur origine delà cruauté et de l'injustice. Consultons l'histoire, elle nous éclairera. Lorsque David établit Jéliovah sur la montagne de Sion, il n'y monta pas les mains vides, mais pleines de sacrifices et de dons ; des sacrifices pour Dieu, des dons pour le peuple réuni. Voy. S.tmuel, liv. II, chap. 6, vers". 17 et 19. Maintenant cette version se présente pour ainsi dire d'elle-même :

« Des offrandes volontaires te suivront au jour de ta magnificence de vainqueur, sur mes montagnes sacrées. »

C'est par une marche triomphale que David conduisit Jéhovah sur la montagne de Sion, et il ne voulait jouir des avantages que lui offrait sa nouvelle alliance, que lorsque son Dieu y serait à ses côtés. Celle comparaison n'est-elle pas magnifique?

« Semblable à la rosée, je t'ai engendré pour moi du sein de l'aube matiuale. »

C'est-à-dire: bienfaisant et doux pour le peuple; car, ainsi que nous l'avons déjà dit, chez les Orientaux, la rosée était l'image de la libéralité. Cette même image sert d'introduction à toutes lesautres promesses de Dieu, f.e roi, établi si près de lui, doit être en même temps un prêtre, un prêtre royal pour toute l'élernilé. Lorsque David conduisit l'arche sur la montagne de Sion , il était en effet habillé en prêtre, et figurait dans les danses religieuses du cortège, circousiance que ce psaume explique de la manière la plus gracieuse et la plus morale. '

' Il a juré l'alliance inviolable avec David, dans laquelle le mot D'7l2?"'^y est si

î>3i CHAPITRE XI.

il a juré : Tu seras mon prêtre pour toute réternité, je t'institue mon Melchisédec '.

« Si Jéhovah , qui est à ta droite * , se met en courroux , il écrasera les rois! II tiendra sa cour de justice au milieu des peuples, et alors le pays sera couvert de cadavres ! et ils seront gisants autour de lui les chefs écrasés !

« Et le héros, fatigué de victoires, se désaltérera dans le ruisseau sur le bord du chernin, et il relèvera de nouveau sa tète altière ^.»

Le plan de cette belle ode ne doit pas être un mystère pour nous; le poète voulait avertir David, qui célébrait son entrée triomphale sur Sion , que désormais il s'y reposerait à côté de Dieu; et que, malgré les nombreux ennemis qui l'entouraient encore, il régnerait en paix, puisqu'il avait à ses côtés, comme allié et comme corégnant, ce même Dieu qui saurait, lorsqu'il en serait temps , exercer sur tous les peuples la justice de sang. Il

souvent répété. David lui-même le regarde comme un pacte inviolable et lé(;al ( mNn'miri ) ; "^^ >' '<^ rappelle encore dans ses dernières paroles. Voy. Samuel, liv. Il, cliap. 7 ; chap. 2 3 , vers. 5.

' ÎDD signifie un homme qui peut s'approcher de Dieu; l'approche de Dieu conduit donc naturellement à cette expression, tandis que le parallélisme : f,oi de la justice, indique le sens , c'est-à-dire la qualité de prêtre. Lorsque David con<luisit Tarche sur Sion , il prit des habits de prêtre. A'oy. psaume i3a , ver.%t g. tJous ne savons pHS jusqu'à quel point il en exerça les fonctions, mais nous voyons dans Samuel, liv. Il, chap. 8, vers. iS, que ses fils étaient des QjHD > /"'êtres, juges. David était donc le grand-prêtre de la justice, qui , par une très-belle allusion, est appelé ici Melchisédec. Ce vénérable patriarche avait été jadis grand-prêlre de la justice, roi de la paix, à la même place où David éinblit sa résidence. Le but visible de l'ensemble du psaume, était d'avertir David que, puisqu'il était magnifiquement et paisiblement établi à Salem , il devait s'y reposer comme roi de la justice et de la paix; que Dieu prendrait soin de lui et continuerait la guerre en son nom. Mais que signifie le ^rilSl"'?!'' Le parallélisme prouve que c'est le serment, le pacte de famille par lequel la race de David a été élevée pour tous les temps à venir à la dignité de roi et de prêtre. La signification est absolument la même que celle de pP( dans le psaume 2 , c'est-à-dire l'inviolable parole de Dieu. F-e mot Melchisédec, mon roi de la justice., est ici très-heureusement employé.

' Si, dans le premier vers, Dieu fait mettre le roi à sa droite , et que maintenant il prend lui-même celte place , ce n'est certainement pas pour marquer une distinction de rang. Etre à la droite de Dieu, ou l'avoir à sa droite, sont des synonymes qui ne présentent qu'une seule et même idée, celle d'avoir Dieu à ses côtés, ainsi qu'on peut le voir par les psaumes i6 et gi. C'est par ce vers que commencent les images de guerre.

' Cette image est empruntéi! à l'hislnire de Samson , et prouve que le héros le plus fort , le plus téméraire , peut se f.iligucr à force de vaincre , mais qu'alors un ruisseau coulera sur sa route pour le ranimer de nouveau.

rSALMES ROYAUX. bob

voulait lui rappeler enfin que, revêtu d'une autorité nouvelle, il liabitait à cùlé de Jéhovah, qui étendrait au loin, pour lui, un sceptre à qui tout serait forcé d'obéir; enfin qu'il était le roi de la justice, le prêtre de Dieu à Salem.

Il est facile de voir que les paroles sacrées de Dieu étaient pour les poètes hébreux ce que les muses étaient pour Horace :

F'os Cœsarem alhim , militia simul Fessa cohortes addidic oppidis, Finire quœrentem lahores, Pierio recreatis antro.

Vos lene consiliuni et datis, et dato Gaudetis, almae '.

Si ce psaume est cité dans le Nouveau-Testament , c'est également pour avertir un roi, mais le plus grand, le plus sublime de tous, qu'après tant de peines et d'efforts, il doit se reposer à la droite de son père céleste, jusqu'à ce que ce père trouve que les temps sont venus pour juger les peuples , et les mettre tous aux pieds de ce fils.

6. Il avait été promis à la race de David qu'elle se perpétuerait jusque dans l'éternité, que Dieu y confirmerait le trône de son père David, et qu'il étendrait son bonheur p^ws loin encore. Cette prédiction et les événements qui y ont donné lieu, sont consignés dans un livre historique *, qui mentionne en même temps la haute importance que David attachait à ces prédictions *. Il y voit un pacte de famille, un traité comme les hommes en concluent entre eux *; il en remercie sans cesse Dieu avec respect, et le célèbre encore dans son dernier chant comme une capitulation qui lui assure l'empire sous la garantie de Dieu ^.

Cette belle et riante vue de-l'avenir a passé dans tous les psaumes. Tantôt on y rappelle à Dieu sa promesse solennelle, tantôt on félicite David sur cette éternelle et divine alliance ; souvent même les auteurs de ces psaumes peignent le futur règne de la

' Horace, liv. m, ode 4-

» Samuel, liv. ii, cliap. 7.

^ Samuel , liv. 11, cliap. 7, vers. 18.

* Samuel , liv. 11, cliap. 7, vers. 19.

S Samuel, liv. 11, cliap. 23, vers. i.

race de David , comme une époque de félicité parfaite. En voici quelques exemples :

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