RÈGNE DE SALOMON
« 2 Dieu, donne ton jugement au roi, donne ton siège de juge au fds du roi ^ Il gouvernera loyalement son peuple, il protégera l'opprimé devant la justice.
« Les montagnes annonceront au peuple leur bonheur ; les collines lui annonceront la justice *; elles lui diront qu'il est là , Lui, pour assister les opprimés d'entre le peuple, qu'il sauve les lils du pauvre , qu'il écrase les oppresseurs.
« Tant que brillera le soleil, tant que luira la lune, on te vénérera de race en race ^.
« Il coulera comme la pluie sur les champs moissonnés, il descendra comme la rosée qui humecte le pays. Tant qu'il régnera, la justice fleurira; et il y aura de la justice en abondance jusqu'à ce que la lune ne soit plus®.
« Son règne s'étendra de la mer à la mer''; son pays se prolongera des bords du fleuve jusqu'au rivage de la mer. Ils se courberont devant lui, les habitants du désert®, et ses ennemis mangeront la poussière! Les rois de Tarsis et des côtes éloignées lui apporteront des présents ^ ; les rois de Saba et de Seba lui
' David emploie ici l'image de la rosée fructifiante comme une parole de roracle de Dieu sur le gouvernement de sa race, ce qui confirme authentiquement mes explications sur le psaume iio.
' Psaume 72.
' Le parallélisme prouve que ce psaume est une félicitation pour le premier roi, sur lequel Simuel, liv. 11, cliap. 7, accumule tant de bénédictions.
* Les montagnes et les vallées sont] nommées ici comme dans le psaume 110 ; le verbe a été supprimé dans le second vers.
' Cette strophe me paraît un chœur chanté par une autre voix ; le changement de personne est cependant assez ordinaire dans la poésie hébraïque. Ce tableau est une belle paraphrase du D?ii?~iy) "^1"' revient si souvent dans Samuel, liv. 11, chap. 5.
fi Paraphrase du même mot D/iyTi?, Samuel, livre 11, chap. 7. Les images sont empruntées au soleil et à la lune, parce que dans Samuel, livre 11, chap. a3, les promesses sont faites au soleil.
7 Le parallélisme prouve que l'une de ces mers est l'Euphrate, et Tautre la Méditerranée.
* Les peuples de l'Arabie et d'autres contrées désertes que David a vaincus.
9 Les puissances commerciales, telles que l'Espagne et les autres peuples de l'Eu-
rendront hommage par des dons' ; tous se prosterneront devant lui , tous les peuples le serviront.
« Parce qu'il assistera le pauvre qui criera vers lui , parce qu'il secourra l'opprimé que personne n'aura secouru, parce qu'il ménagera le faible et le pauvre, et sauvera la vie du nécessiteux , qu'il garantira de la ruse et de l'oppression; car, pour lui, le sang du plus misérable même sera précieux.
« Voilà comment il vivra ! L'or de Sabalui sera apporté; pour lui , on priera sans cesse , on le bénira chaque jour.
« La terre produira des monceaux de blé ; ses moissons bruiront sur la cîme des montagnes comme bruit la cime du Liban ; et les villes populeuses fleuriront comme fleurit la prairie riche en herbe.
« Sa gloire durera pendant des temps éternels ; tant que durera le soleil , on prononcera son nom , et tous les peuples se féliciteront en son nom ^ , et ils le béniront. »
C'est par ce chant que se termine la première catégorie des psaumes de David , et il eût été impossible de les terminer avec plus d'éclat. Ils réunissent les bénédictions d'Abraham, de Juda et de David , et ils ont servi de point de départ à l'idéal des prophètes sur le futur règne de Salomon.
Toutes les fois que les psaumes chantent une douce félicité , on y trouve le nom de Salomon, et le magnifique épithalame' célèbre la droiture du sceptre royal , les félicités d'un règne pacifique, la douceur et la justice du roi envers les opprimés et les pauvres; et les expressions que le poète emploie sont presque les mêmes que celles dont se sert David pour redire les promesses que Dieu lui a faites.
La montagne de Sion, ce siège de l'empire à jamais florissant de ce grand roi, ne pouvait manquer de passer avec lui à la postérité. Quoique cette montagne fût pctile et aride, elle n'en
rôpe, n'out jamais élé soumises à Salomon, mais ils lui apportaiont des présents d'amitié à cause du commerce qu'ils faisaient sur son territoire.
• C'était sans doute TArabic et l'Elliiopie. La reine de Saba est connue à cause de la visite qu'elle Ktii Salomon. I.cs deux rives de la mer Uouye se disputaiint l'avantage de lui rendre leurs lionima(;es.
• Lorsque les Méhrcux voulaient désigner un temps heureux, ils l'appelaient le temps de Salomon. Chez beaucoup de peuples, ce nom est passé en proverbe.
' Psaume 45-
PSAUMES «OYAUX. 339
devait pas moins devenir la tète des nations, le point de départ d'où découlaient tous les fleuves viviliants , c'est-à-dire la loi et l'enseignement qui assurent la félicité des peuples. Gel honneur lui était prédestiné, parce que son roi devait donner à la terre la paix et la joie, et y répandre la lumière et la prospérité.
fti Elle est fondée sur des montagnes sacrées. Jéhovah aime les portes de Sion plus que toutes les autres demeures d'Israël.
« De nombreuses paroles ont été dites sur toi, cité de Dieu ^ : [Selah, c'est-à-dire changement de mode et de mesure) l'Egypte et Babel seront comptés parmi les peuples qui te reconnaissent. Le pays des Philistins, Tyr et l'Ethiopie, y seront comme des indigènes. On dira dans Sion : Celui-ci et celui-là aussi y ont des droits de citoyens.
« Le Très-Haut lui-même l'a fondée ainsi, -Jéhovah lui-même lui compte ses peuples; il a dit: Celui-ci et celui-là aussi y ont des droits de citoyens.
« Et les princes et les pauvres se réjouiront en elle^. »
Quelle est belle, la lyrique couronne de louanges dont le poète pare la ville royale. Tous doivent y vivre comme autant d'indigènes indépendants et libres; elle a des chants sacrés et des danses d'allégresse où les riches et les pauvres composeront le chœur destiné à donner la réphque. Qu'on se souvienne de tous les chants où Salem est représentée comme la ville de Dieu et d'un royaume éternel, comme la tête de tous les peuples de la terre; et l'on pressentira les riches développements que les prophètes ont donnés à ces images.
J'ajouterai ici un petit poème qui est une véritable anthologie des psaumes et des livres des prophètes; et je prie mes lecteurs de n'y voir aucune allusion à notre époque. Je regrette beaucoup de n'en pas connaître l'auteur , car son langage est aussi noble, aussi élégant et aussi pur que la marche lyrique de ce morceau est imposante et belle.
' Psaume 87.
* L'oracle estcilé ici, voilà pourquoi le ton change.
^ La manière de lire co passade est contestable; celle que j'ai choisie m'a paru la meilleure et la plus claire.
SUPPLÉMENT