‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 18 sur 120 · IDÉES PRIMITIVES SLK DIEU · texte numérisé non relu

IDÉES PRIMITIVES SLK DIEU

Lever de raurore. — Elle est l'image de la cidalioii. — Contemplation primitive (le la nature. — Première conscience du jjrand Esprit, considéré comme être loiit-piiissant. — Cette conscience était-elle fondée sur une crainte d'esclave ou sur une stupidité de brute ? — Origine probable des idées du terrible dans les anciennes religions. — Preuve des idées pures sur Dieu comme tout-puissant et sur sa sagesse. — Des Elobim. — Leur origine probable. — Ont-ils donné lieu à l'idolâtrie? — En quoi l'idée d'un sejil Dieu est-elle nécessaire à l'esprit liumain? — Mérite de la poésie qui étend et forti6e celle idée. — Le parallélisme du ciel et de la terre. — Quels sont les avantages que l.i poésie orientale a tirés de la réunion du ciel et de la terre? — Comment celte poésie peint Dieu, tantôt en repos et tantôt en action. — Parole de Dieu. — Idées primitives sur les anges. — Images de Dieu considéré comme père de famille et régisseur infatigable de la création.

Supiiléinenl : Hymne oriental à la louange de Dieu.

Les deux amis se rencontrèrent, avant le point du jour, sur la colline où ils s'étaient donné rendez-vous la veille. De ce point élevé on jouissait d'une vue agréable, mais sous le voile épais qui enveloppait encore la contrée, tout semblait assoupi et sans formt^s.

Le souffle de la nuit s'agile enfin et l'aurore parait. La douce lumière s'avance comme le regard de Dieu sur un monde nouveau : entourée par l'éclat du seigneur, elle consacre le ciel, ce temple superbe et silencieux; à mesure qu'elle s'avance, l'azur doré se purifie, laisse tomber sur la terre les vapeurs et les brouillards, et paraît enfin brillant comme un océan du ciel, comme un saphir lamé d'or. A mesure qu'elle s'élève, la terre s'éveille, ks sombres masses qui reposaient sur sa surface se divisent, disparaissent, et, parée de feuilles et de fleurs, semblable à la jeune fiancée au pied des autels, elle at-

5 DEL'XifcMK DIAI.OGIE.

tend la bénédiction de Jéliovah. L'anic liumaine se purifie comme s'esl purilié le ciel du matin, elle s'éveille comme s'est éveillée la terre.

11 n'est point de spectacle plus imposant, plus sacré que le développement de la lumière, Tapparition du crépuscule, l'instant enfin où, comme disent les Hébreux, l'aurore, les genoux et la tèle courbés, attend sa délivrance, tandis que sa biche combat encore contre les ombres. A cet enfantement d'un jour nouveau , un doux frémissement fait tressaillir tous les êtres, car ils sentent plus distinctement la présence de Dieu. Les peuples les plus anciens ont toujours séparé la lumière de l'aurore de la lumière du soleil; car ils voyaient en elle un objet non créé, un reflet de l'éclat du trône de l'Éternel, qui retourne à sa source dès que le soleil terrestre s'éveille. Osons le dire, celte lumière est le représentant de Dieu , depuis que Dieu s'est cacbé à nos regards.

Eltypuron. — Célébrons cet instfint sublime, mon ami, il était l'aurore des connaissances humaines, et peut-être aussi le berceau de la première poésie de la première religion de la terre.

Alcyphron. — Vous partagi'Z l'opinion de l'auteur du plus ancien document • ; mais songez à toutes les oppositions qu'il a rencontrées.

EuTYPHRON. — Il n'y en a point, et il ne pourra jamais y en avoir qui concernent le sujet que nous traitons, du moins tant que l'aurore sera l'aurore. Ne venons-nous pas d'assister k toutes les grandes scènes de la création, depuis les noirs et mouvants tableaux de la nuit, jusqu'au magnifique lever du soleil, dont la seule présence semble réveiller tous les êtres qui vivent dans l'air et dans les eaux , sur la terre et au fond des mers? Peuton objecter que le soleil ne parait pas en même temps que la lune et les étoiles, ainsi que cela s'est fait à l'époque de la création? En vérité, il ne manquerait plus que de dire que chaque jour a son aurore complète, tandis que la création est divisée en six journées de travail. Mais ne prodiguons pjis ainsi cette précieuse heure matinale. Les premiers récits de la création , les

l.c plus ancien flociiiiicnt ih l'cspcxc Iniinaiue. Mamisciit sacri- cl Irèsancien tliîcuuvort el pulilié en 1774.

IDÉES l'KIMlTlVES SUR Ull.l . 5o

hymnes des Hébreux, et presque tous les noms îles magnifiques objets que nous avons en ce moment sous les yeux , ont été , pour ainsi dire, formulés par la vue de ces objets. C'est ainsi que naquit la plus ancienne poésie de la nature.

Alcyphrox. — Quand et par qui ces noms ont-ils été formulés?

Eltvphrox. — Je l'ignore. Ma raison ne veut ni ne peut sonder le berceau de l'intelligence humaine. Les racines poétiques de la langue et ses hymnes existent; heureusement nous possédons aussi l'esquisse primitive du tableau de la création ', qui semble avoir servi de modèle à ces racines et à ces hymnes. Si nous nous occupions des premières idées, nées de la contemplation de la nature, de l'enchainement et de la marche de ces idées au milieu des diverses scènes de cette nature , nous les trouverions toutes dans celte belle et filiale poésie hébraïque. Je crois que nous ne saurions mieux employer notre matinée.

Alcyphron. — J'y consens de tout mon cœur, et je suisconvaincu que ce travail de notre pensée sera un hymne agréable pour le grand Être qui nous entoure et remplit nos cœurs. Le malin de ce jour nous rappellera celui du monde, et donnera à noire ame la jeunesse de l'aurore. Oui, la poésie reçoit toujours le cachet du climat où elle a pris naissance : sous un ciel bas, froid et nébuleux, les images sont basses, froides et nébuleuses; sous un ciel vaste, pur et libre , l'ame se sent au large et portée sur des ailes immenses.

Eltvphrojî. — Je pourrais bien vous faire quelques objections, mais elles seraient inutiles en ce moment. Je ne veux vous mener ni sur le Mont-Sinaï, ni sur le Mont-Thabor; mais, si cela élait possible , je vous conduirais sur le mont des monts , sur la première hauteur qui s'est dressée au milieu de l'œuvre de la création, afin que, de là, vous pussiez assister à la naissance de la première matinée, de la première poésie du inonde. Ce vol, sans doute, vous paraîtrait trop haut, et la contrée trop terrible, trop solitaire. Eh bien ! arrêtons-nous où bon vous semblera, et la place où nous sommes en ce moment ne vaut pas moins qu'une autre. Partout la nuit est la nuit, elle matin est le matin ;

' Moïsr, liv. 1", rli.ip. i".

pai'lout nous voyons le ciel el la terre, partout nous sentons resprit de Dieu qui emplit le ciel et la terre, qui anime et élève l'homme et rend son cœur et sa tète accessibles à la poésie de la nature, en mettant sous ses yeux le tableau de celte terre, de ce ciel.

Alcyi'Iiuon. — Cunmiencez donc par les idées primitives de l'espèce humaine.

ELTYi'niio>". — Et par où pourrais-je commencer, si ce n'c?i par le nom de celui qui, dans celte antique poésie, enchaine ei anime tout? Ces poètes de la nature l'appelaient le Puissant , le Fort, car ils voyaient partout sa puissance et sa force, et un frémissement de vénération leur faisait sentir sa présence partout où ils ne le voyaient pas. Ils le respeclaienl, ils juraient par son nom, ils le nommaient Lui, lui, ce grand Esprit qu'aujourd'hui même tous les peuples sauvages et neufs de la terre adorent, sentent et cherchent encore. Oui, mon ami, convenez-en, la présence de ce grand Esprit invisible donne de l'élévation à la poésie des peuples les plus barbares. Vous connaissez les voyages de Carver, et vous vous rappelez, sans doute, ce jeune Américain qui se met en route pour voir la grande cataracte? Il en est loin encore, mais déjà le bruit imposant des eaux le frappe, et il parle au grand Esprit; il s'avance, il s'approche, il se prosterne, il adore ! Ce n'est pas une crainte d'esclave ni une terreur stupide qui le domine; non, c'est la conviction qu'en face de celte grande et merveilleuse production de la nature, il est plus près du grand Esprit, el il lui otfre ce qu'il a de meilleur en lui: l;i douce prière d'un enfant sans crainte. L'histoire de cet Américain est celle de tous les peuples antiques, de leurs langues, de leurs hymnes, des noms qu'ils donnaient à Dieu, el des divers usages de leurs cultes. Les ruines du monde primitif nous fournissent à ce sujet une foule de monuments et de preuves que vous connaissez sans doute ?

Alcyphuon. — Oui, je les connais, et je sais aussi que les philosophes donnent une autre origine au frémissement de vénération dont vous venez de parler. La crainte et l'ignorance, disenl-ils, ont inventé des dieux que les honnnes, dominés par une terreur servile et une stupidité brutale, ont acceptés comme

Page 1