‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 24 sur 120 · EXAMEN DU LIVRE DE JOB · texte numérisé non relu

EXAMEN DU LIVRE DE JOB

Livre de Job. — La meilleure manière de le lire. — Descriplion de Dieu comme juge des étoiles, créateur du monde et dominateur des orages sur la mer. — Caractère d'Eliliu dans ses discours. — Extrait de ses discours. — Paroles de Dieu sorties du sein de l'orage. — Eclaircissements sur les images sublimes de la nature dans la poésie liébraï(|ue. — Sur la poésie de la nature en général. — Est-elle de la poésie proprement dite, ou n'est-elle que de la poésie morte? — But de cette poésie. — La personnification et l'anima- (ion sont ses premiers ressorts. — Exemples tirés du livre de Job. — Les descriptions des temps antiques sont-elles, en effet, sous ce rapport, supérieures aux descriptions des temps modernes, et quelle est la cause de cette supériorité? — La poésie de la nature est, pour ainsi dire, l'interprète de cette nature. — Cette faculté devient le second de ses moyens. — Exemples tirés du livre de Job. — Influence de la poésie de la nature sur le sentiment. — Son troisième moyen consiste da^is son plan et dans son but. — Exemples tirés du livre de Job.

Supplément: Plusieurs personnifications imitées d'Ossiau.

Lorsque Eutyphron fut visiter son ami, il le trouva occupé à lire le livre de Job.

Me voilà délinitivement votre disciple, lui dit le jeune homme, car je lis ce livre avec plaisir. Il est vrai que je n'ai pas encore pu me faire à ces longs discours, à cette suite monotone de plaintes et de justifications, et surtout à ces interventions de la Providence qui ne remédient à rien. En un mot, je n'ai pas saisi le fil des divers dialogues de ce livre, mais je sens que ses descriptions de la nature et ses paroles simples et nobles sur les qualités de Dieu et sur son gouvernement universel, élèvent l'ame. Si vous voulez m' écouter, je vous ouvrirai les trésors de mon cœur, pour parler le langage des Héln'eux , et je vous lirai les passages qui m'ont particulièrement frappé. Vous m'éclairerez ensuite sur le but de ce livre, sur son auteur, et sur l'époque à laquelle il peut avoir vécu.

Eutyphron. — Vous faites bien de vous occuper d'abord de

70 QUATIUÈME DIALOGUE.

quelques passages isolés, car la lecture suivie d'un pareil ouvrage serait une nourriture trop Ibrle pour nous. Nous demandons de la concision dans les dialogues, de la suite, de la clarté dans les idées , tandis que les Orientaux écoulent toujours avec patience. Ils aiment les longs discours, surtout lorsque ce sont des vers comme ceux du livre de Job, que l'on peut comparer à des perles tirées du fond de la mer, négligemment enfilées, mais précieuses. Toute la sagesse, toute la science des temps antiques est renfermée dans ce livre.

Alcvphron. — Mais la sagesse de quel temps? En vérité on ne sait que penser d'un livre où Ton trouve tant d'idées justes sur la nature, tant d'expérience raisonnée unie à tant d'enfantillages et de pauvretés.

EuTYPHuoN. — Ne vous occupez ni de l'auteur ni de son époque ; attachez-vous à l'œuvre avec ses richesses et ses pauvretés. Il est incontestable que ce livre nous vient d'un temps fort éloigné; aussi n'est-ce jamais qu'avec un saint respect que je me hasarde à en chercher le véritalile sens. 11 me semble que j'entends une voix qui me parle à travers les pays et les siècles les plus éloignés, une voix qui a passé sur les ruines de plus d'une grande révolution du goût, une voix de trois ou quatre mille ans peut-être; et alors, au lieu de vouloir la juger ou la mettre à l'unisson avec celles de notre époque, je me dis :

« Nous sommes nés d'hier, et nous ne savons rien ; notre vie ici-bas n'est qu'une ombre vaine! Nos pères nous l'ont dit, ils nous l'ont enseigné ; et ces sages paroles, ils les ont puisées dans leurs coi-urs. »

Commencez par les passages qui parlent de Dieu et de la nature. Mon oreille est prête à saisir les idées les plus anciennes do l'enfance du monde.

Alcyphron. — « • La force et l'effroi l'entourent, il est juge souverain dans les hauteurs des cieux ! Ses phalanges ne sontellcs pas innombrables, et sa lumière ne les surpasse-t-ellc pas toutes en puissance? Comment l'homme pourrait-il parai- Ire juste devant Dieu? Le lils de la femme pourrait-il être sans tache devant lui? Regarde! quand il paraît, la lune cllc-niêmc

■ Job, cliap. a5.

KXAMKN Di: LIVRE DE JOB. 71

s'onfuil ol ilisparail do sa tente. Pour son regard , les étoiles ne sont pas assez pures ; comment riiommc pourrait-il l'être ? l'homme, ce ver, cet enfant de la terre, ce vermisseau !.... »

EuTYPURON. — Que CCS idées sur Dieu sont grandioses! Il est le juge souverain des cicux; c'est lui qui juge les démêlés des étoiles et des anges. Ses phalanges sont innombrables et brillantes, mais il les surpasse en éclat , c'est-à-dire ses jugements sont si lumineux, si purs et si justes, que les corps célestes s'y soumettent sans murmurer; devant ces jugements, la lune et sa tente disparaissent, et les étoiles ne sont pas assez pures. Et quand, de ces hauteurs élincelantes du ciel, la pensée retombe sur l'homme qui veut interroger Dieu et lui demander compte de ces arrêts, voici quel est cet homme :

« Un ver, un enfant de la terre, un vermisseau!.... »

Alcyphron. — J'aime votre interprétation de ces obscures paroles du texte : «Il mainlient la paix dans les hauts lieux... Sur qui sa lumière ne se lève-t-elle pas?.... Devant lui, la lune n'ose déployer sa tente...»

Il me semble que je vois le juge de l'Orient prononcer ses arrêts sur les anges et sur les étoiles. Quelle gracieuse fiction poétique que cette lune obscurcie ; elle a fait disparaître sa tente des cieux, elle s'est cachée aux regards du juge !

EuTYPHRON. — Continuez la lecture de Job; le chapitre suivant surpasse celui que nous venons de voir.

Alcyphron — « * A qui prêtes-tu ton assistance? A celui qui n'a point de force. Qui as-tu hâte de sauver? Celui qui ne saurait se sauver sans toi. A qui donnes-tu tes conseils ? A celui qui manque de sagesse , et tu l'as richement et loyalement conseillé. Mais qui veux-tu instruire par tes discours , et d'où vient le souffle qui sort de toi? »

EuTYPHRON. — A qui, selon vous, se rapporte ce passage?

Alcyphron. — Il me semble que c'est à Dieu. Job finit par s'adresser à lui-même les deux derniers vers, pour dire que Dieu n'a pas besoin d'être justifié par lui, puisque le souille qui sort de sa bouche est celui de ce Dieu, et que la faible créature ne saurait plaider la cause de son créateur.

' JoIj, cliap. 26.

72 QUATRIÈME DIALOGUR.

El'typuron. — Continuez, je ne vous interromprai pas davantage.

Alcymiron. — « Les oinl)rcs s'éveillent; ils s'éveillent les abîmes et leurs sombres liabilants ! La décomposition agit sans voile deA'ant lui; devant lui la destruction se montre à découvert ! Et il étend l'aquilon sur le vide , et il suspend la terre au-dessus du néant ! Il ferme et noue ses nuages pleins d'eau , et les nuages ne se déclarent point sous sa main. Il consolide les fondements de son trône et l'entoure d'épaisses nnéi's. Il mesure au compas la plaine des eaux , et leur donne pour limites le point où la lumière se perd dans les ténèbres! Les colonnes du ciel frémistent, elles tremblent à sa voix irritée ! Sa toute-puissance frappe les mers et les partage , sa sagesse dompte l'orgueil des vagues , puis d'un souHle il rend aux cieux leur beauté ; sa main n'a frappé que le dragon qui fuyait!

« Regarde ! ceci n'est qu'une partie de sa route, qu'une seule de ses paroles fugitives à peine arrivée jusqu'à nous. Qui oserait décrire le tonnerre de sa puissance? Qui pourrait le comprendre ? »

EuTYPHRON. — Vous VOUS êtcs moutré poète , laissez-moi maintenant remplir le devoir de commentateur. Dans ce morceau, Job surpasse et défait ses adversaires, comme il les surpasse et les défait toujours et partout. Il ne trace qu'un seul tableau de la puissance de Dieu, mais il va le çhercber jusque dans le plus profond abime du terrible , pour l'élever jusqu'à la plus haute région du grand et du beau. Le royaume du vide comparaît devant Dieu, et les gouflVes du néant et de la destruction se dévoilent. Ces derniers, ainsi que nous l'avons déjà vu, sont toujours comparés aux profondeurs d'une mer déserte, sauvage et silencieuse; le premier, ce vaste empire de ce qui n'est pas encore, fait entendre son affreux tumulte, les ombres frémissent, les images sans formes s'agitent et attendent; l'abîme où ne pénétra jamais un rayon de lumière rejette ses voiles épais! La création commence, et c'est encore le ciel et la terre qui marchent ensemble et se forment à la fois. Le créateur étend les cieux au-dessus des profondeurs immenses du vide cl du

KXAJiEN m i.ivRr; t>v. job. 7ô

néant, et c'osl encore au-dessus de ces gouffres qu'il consolide la terre; c'est là son point d'appui, c'est là qu'il veut qu'elle soit suspendue; au reste, l'imagination a toujours placé audessous de la terre le séjour des ombres , des ténèbres et de la destruction. Puis il met tout en ordre dans les cieux pour se faire de la pLace , il noue les nuages pour y enfermer les eaux au milieu desquelles il construit et charpente son trône. Quand il a attaché ce trône avec des crampons, quand il l'a entouré d'un épais tapis de nuages, le voilà qui mesure au compas l'étendue du ciel et des eaux, et fixe leurs limites au point où la lumière se mêle à l'obscurité, c'est-à-dire là ou finit l'horizon. La puissance de Dieu se manifeste par le tonnerre, et, pour rendre la scène plus imposante encore, elle se passe sur la mer, au milieu de la tempête. Dans les vagues en fureur, nous voyons des sujets révoltés qu'il chasse devant lui et qu'il sait dompter d'un mot. Un souffle de sa bouche, et la mer s'apaise, et les cieux reprennent leur éclat et leur beauté : sa main n'a frappé que le serpent qui fuyait! le serpent, le dragon, le crocodile ou le monstre marin de cette partie du globe, car toutes ces images sont également employées dans la poésie des Hébreux. Peut-être Job ne voulait-il désigner que les vagues elles-mêmes, d'abord écumantes et furieuses, puis aplaties, affaissées tout-àcoup par la main de Dieu. Qu'importe! le tableau se termine par un silence aussi imposant, aussi magnifique que le tumulte de son début était confus et terrible. Et tout cela, dit Job, n'est qu'un faible son de la voix merveilleuse de Dieu : « Le tonnerre de sa puissance, qui pourrait le comprendre? » Chaque matinée nouvelle qui vient chasser la nuit, chaque orage, surtout lorsqu'il nous surprend sur l'océan, fait, pour ainsi dire, dérouler sous nos yeux le magnifique tableau de Job. Me lirez-vous quelqu'autre passage?

\lcvphron, — Je choisirai le dernier hymne de l'enthousiaste Elihu, avant le dernier et magnifique oracle de Dieu.

EuTYPHROx. — Soit ! mais n'oubliez pas qu'Elihu n'est qu'une ombre destinée à faire ressortir l'éclat de l'oracle de Dieu. Elihu a une haute opinion de son savoir; il parle bien, et cependant, ainsi qu'il en convient lui-même, il n'est encore que du vin

74 yiJATnifeME dialogue.

nouveau qui déchire l'oulro où Ton veut le contenir. Ses images sont belles , mais interminables ; elles ne font que répéter ce que Job et ses amis ont dit avec plus de concision ; aussi ne lui répondent-ils presque jamais. Il prépare et annonce, sans le savoir, l'avenir déjà arrêté dans la pensée de Dieu. C'est ainsi qu'en décrivant tous les phénomènes d'un orage qui se forme et éclate, il peint l'arrivée du juge souverain.

Alcyphron. — Je n'ai jamais remarqué cet enchaînement et cette gradation des images.

EuTVPHRON. — Mais sans cet enchaînement , sans cette gradation, les discours d'Elihu ne seraient qu'une tautologie insupportable. Celui que vous voulez me lire est fort long, je crois donc qu'il ne Hiut le commencer que par ces mots : Regarde ! Dieu est grand, etc. Quand vous serez fatigué, je vous remplacerai.

Alcyphron. — « * Regarde ! Dieu est grand dans sa puissance! Où est le sage qu'on pourrait lui comparer? Qui oserait sonder ses voies, qui oserait lui dire : Là, tu t'es trompé?

« Pense à cela, et admire ses œuvres; tous les hommes les chantent, tous les hommes les voient, mais l'homme, dans sa faiblesse , ne les voit que de loin.

« Regarde ! Dieu est grand ; nous ne savons pas combien il l'est, et le nombre de ses années personne ne le connaît. Il fait monter vers lui, en vapeurs diaphanes, les gouttes d'eau qui retombent en pluie , qui coulent comme des ruisseaux sur les hommes et partout autour d'eux.

« Et qui pourrait comprendre l'étendue de ses nuages et le craquement de sa tente? Regarde! il la couvre de toutes paris de ses éclairs , il cache les racines de la mer avec ses flots. Voici comment il châtie les peuples, voici comment il donne de la nourriture en abondance.

« 11 prend l'éclair dans ses mains, il lui donne des ordres ! En quel lieu va-t-il tomber? Dieu lui désigne le mall'aileur ; le méchant devient la proie de sa colère!»

EuTYPURON. — Nous rctrouvcrons toutes ces images dans le discours de Dieu , mais plus belles et plus concises. Jo

' Livre de Job, cl).ip. 3i), vcrscl 2::.

lAAMKiN 1)L LIVIW; DE JUi;. Tîi

vais continuer le discours crEliliii. Il peint l'orage qui se forme.

« Mon cœur se trouble et s'émeut , il tressaille dans ma poitrine. Écoutez sa voix; écoutez en tremblant la parole qui sort de sa bouche; elle cerne le ciel tout entier! Sa lumière saisit les ailes de la terre, et le mugissement du tonnerre la suit de près : c'est la voix de sa puissance , mais sa voix à lui , nous ne la connaîtrons jamais ! Quand elle résonne , c'est un son merveilleux qui produit des merveilles, et nous n'en savons .rien ! Il dit à la neige : sois sur la terre ; à la pluie : coule à torrents , et tous les hommes réunis ne pourraient empêcher les hommes de reconnaître que voilà les œuvres de la puissance de Dieu ! »

Alcyphron. — J'aime l'explication de ces mots : « Il scelle du sceau de sa puissance la main de tous les hommes ; » c'est-àdire les hommes enchaînés par une puissance irrésistible restent surpris et immobiles, ils reconnaissent leur néant. Chaque orage ne vous foit-il pas éprouver celte sensation?

EuTYPHRON. — Je contiruie le discours d'Elihu et la description de l'orage :

« Les bêtes fauves se retirent dans leurs cavernes, elles s'y tiennent muettes et immobiles. Elle vient, elle arrive du sud, la tempête; le septentrion envoie ses frimas, le souffle de Dieu les convertit en glaces, et la vaste mer devient une plaine solide. L'éclair dissout la nuée , la lumière la disperse au loin , elle tourbillonne en longs sillons, elle suit la route que Dieu lui désigne , elle part pour exécuter les ordres que son regard lui a donnés ; elle arrose ici le buisson et là le pays que Dieu veut ranimer. »

Les Orientaux seuls pouvaient apprécier à ce point les bienfaits de la pluie, et suivre la marche des nuages avec cette attention soutenue qui kur permellail de la peindre avec tant de fidélité. Elihu décrit ce qu'il a sous les yeux. Mais continuez.

Alcyphron. — « Écoute, Job, écoute encore ceci : Comprendstu les merveilles de Dieu, et sais-tu pourquoi il les a faites? Sais-tu comment il allume ces nuages, et sais-tu par quel moyen ils nagent dans les airs? Comprends-tu la merveille de la sagesse suprême, quand elle fait venir du midi le souffle brillant qui ré-

76 Ql ATRlÈMr niAI.OGlJF..

chauffe la terre au point que tes habits te paraissent trop chauds? Lui aideras-tu à répandre partout cet éther qui est l.à, devant toi, solide et dur comme l'airain? Apprends-nous ce que nous devons lui dire? Où trouver dos paroles dans les ténèbres qui nous entourent? Quelqu'un pourra-t-il lui répéter ce que je dis? Et s'il le pouvait... regarde! TÉlernel est parti ! Sa lumière est invisible, son éclat est là, derrière ce nuage; le vent souffle et le puritle, le septenlrion envoie son or étincclant: c'est la magniiique, c'est la terrible parure d'Elohah.Nousne pouvons le trouver nulle part, le Tout-puissant, le Dieu fort, le juge souverain, celui dont la justice universelle est inexpriraalile. Vénérezle, fds de la terre, il n'est pas un sage d'entre vous qui puisse le voir. »

EuTYPHRON. — Vous voycz jusqu'à quel point le jeune sage pousse son erreur. Il déclare impossible ce qui va arriver à l'instant même. Il est convaincu que la sombre nuée sépare éternellement les hommes de leur dieu , et que pas une oreille mortelle ne saurait entendre la voix de ce Dieu inlini ; et aussitôt Dieu parait et parle. Que Jéhovah est loin de ressembler au portrait qu'Elihu vient de faire; son discours n'est qu'un dilfus bavardage d'enfant auprès de la majestueuse parole de Dieu. Ce Dieu ne discute pas, il fait passer devant Job une suite d'images, il l'accable de sa création vivante et de sa création inanimée; lisez et vous verrez.

Alcyi'hron. — « * Jéhovah parle à Job du sein de l'orage et lui dit : Quel est cet homme qui ose obscurcir les paroles de Dieu par des paroles sans sagesse ? Ceins les reins ! sois homme! Je veux l'interroger, instruis-moi! Où étais-tu lorsque je consolidais les fondements de la terre? Dis-le-moi, si tu le sais 1 Qui a déterminé sa mesure ? qui l'a niv(!lée au cordeau? sur quoi reposent ses fondements? le sais-tu? Quelle main a posé sa priMiiière pierre angulaire au milieu des hymnes de joie que l'étoile du matin et tous les enfants de Dieu chantaient en chœur?»

EuTYPURON. — Oublions les lois de la physique et de la géométrie, et ne voyons dans ces images que la plus ancienne

' Jo!), dij)). 33.

EXAMIiN DL LIVUK DK JOH. //

poésie de la nature. Elle construit la terre comme on construit une maison; tout est mesuré au compas, tiré au cordeau. Et quand les fondements sont posés, quand la première pierre angulaire est placée, tous les lils de Dieu et leurs sœurs , les étoiles du malin, entonnent un chant de gloire pour célébrer l'œuvre du maîlre, et l'apparition de leur jeune sœur. Reprenez votre lecture , et nous verrons succéder à la naissance de la terre celle de la mer.

Alcyphron. — « Qui ferma par des écluses la mer quand elle jaillit à torrents du sein maternel? Je lui ai donné les nuages pour vêlements; je l'ai enveloppée dans les langes des ténèbres! j'ai prononcé mon arrêt sur elle! j'ai dressé devant elle des portes et des verroux ; j'ai dit : Tu n'iras pas plus loin! c'est ici que se briseront tes vagues fougueuses ! »

EuTYPHRON. — Je crois qu'il est impossible de donner de cet élément une idée plus grande que celle que nous en fait concevoir l'image qui nous le représente comme un enfant s'élançant des gouffres de la terre comme du sein d'une mère, et que, presque au même instant, le Créateur du monde enveloppe de langes. Le régulateur de toutes choses parle à cet océan comme à un être vivant, à un lier conquérant de la terre ; il ne lui adresse que peu de mots, et l'océan se lail et lui est éternellement soumis! Voulez-vous continuer.

Alcyphron. — « As-tu , dans le cours de ta vie, une seule fois donné des ordres à l'aube matinale? As-tu désigné à l'aurore la place où elle doit paraître , où elle doit saisir les coins de la terre et la secouer pour en faire tomber les brigands qui s'y étaient glissés pendant la nuit? Regarde! les choses changent de formes comme si elles étaient pétries de limon; tout s'embellit d'une parure nouvelle; le malfaiteur seul a perdu sa lumière, son bras audacieux vient d'être brisé ! »

EuTYPHRON. — Il est fâcheux que nos versions ne puissent pas exprimer plus clairement encore , que l'aurore est une gardienne , une messagère du Souverain des cieux , envoyée par lui sur la terre pour 'disperser les hordes de malfaiteurs. Que cet emploi est différent de celui que les habitants de l'Occident donnent à la déesse par laquelle ils personnilient l'aurore ! Toutes

les peintures que les Hébreux font du brillant phénomène qui précède le lever du soleil , désignent la crainte que leur inspiraient les brigands , et l'espoir de les voir se disperser avec les premiers l'ayons du jour, ce qui ne manquait jamais d'arriver. Aujourd'hui même encore, les Arabes ne prolongent jamais leurs brigandages au-delà du lever du soleil. Voyons la suite du discours de Dieu.

Alcvphron. — « As-tu marché sur les gouffres de la mer ? Es-tu descendu dans les profondeurs des abîmes? Les portes de la mort se sont-elles ouvertes devant toi? As-tu vu l'entrée de Tempire de la destruction? Ta science s'étend-cUe jusqu'aux extrémités de la terre? Parle, les connais-tu?

« Où réside la lumière? Quel sentier conduit à sa demeure? Et les ténèbres, où séjournent-elles? Va les saisir à leurs dernières limites ; tu sais dans quelle direction j'ai placé leur maison. Oui, tu le sais, lu connais la route par laquelle les arrêts du juge conduisent à cette noire maison ; car alors tu étais déjà né; le nombre de tes jours est si grand!»

EuTYPHRON. — Dans ce passage tout est personnilié; la lumière , la nuit , la mort , la destruction. Les unes ont des palais fermés par des verroux, les autres une maison, un empire, des limites ! Quel monde poétique , quelle description poétique du monde!...

« Alcyphron. — As-tu pénétré dans les lieux où je tiens mes provisions de neige? As-tu vu les trésors de grêle que je réserve pour mes jours de calamité, pour mes jours de guerre et de bataille?»

EuTYPimoN. — Cette amère ironie est le cachet dominant du discours de Dieu. Il feint de craindre les attaques de ses ennemis ; pour s'en garantir, il entasse là haut des dépôts de grêle et de neige dans de vastes magasins qui sont, ses arsenaux ; dans les nuages et dans les abîmes, tout est plein de poésie

Alcyphron. — « Sur quelle voie se divise la lumière quand le vent de l'ouest se disperse à travers le pays? Quelle main creuse les conduits des eaux du ciel et trace leur route aux nuées chargées d'orage ? Qui les fait fondre en douce pluie, là où il n'a y pas d'hommes ? Qui arrose les déserts que

Page 1