‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 26 sur 120 · INVOCATIONS D'OSSIAN · texte numérisé non relu

INVOCATIONS D'OSSIAN

Au Soleil couchant.

«Vas-tu quitter ta carrière' d'azur, fils du ciel à la chevelure dorée? L'Occident f ouvre ses portes, c'est là qu'est ton lit de repos. Les vagues viennent contempler ta beauté, elles relèvent timidement leurs tètes tremblantes, elles admirent ton gracieux sommeil , et se retirent en frémissant de crainte ! Dors , ô soleil , dors au fond de ta grotte ombragée , et que ton retour soit pour le monde un gage de bonheur ! »

Au Soleil levant.

« 0 toi qui roules lù-liaut, rond comme les boucliers de mes

' Le mol carrière est employé, dans les po(!sies d'Ossian comme lUiiis les Psaumes , pour exprimer les gramlcs adioiis des liéros.

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pères , d'où viennent tes rayons , ô soleil ? d'où vient la lumière permanente? Tu parais dans ta sublime beauté, cl les étoiles se cachent dans le ciel, la lune froide cl pâle se plonge dans les vagues de l'Occident, et toi, tu marches, tu avances seul dans ta carrière! Qui oserait t'y servir de compagnon?

« Ils tombent, les chênes de la montagne; les montagnes disparaissent avec les années ! La mer se dessèche , se retire et grossit de nouveau ; la lune elle-même s'égare dans les cieux , toi seul tu es toujours le même , joyeux cl fier de l'éclat de ta carrière !

« Quand la tempête tient le monde enchaîné sous ses ténèbres, quand le tonnerre mugit et que les éclairs volent, toi , toujours beau, tu regardes à travers les nuages, et tu ris de la tempête.

«Mais hélas ! c'est en vain que tu laisses tomber un regard sur Ossian; il ne voit plus tes rayons, il ne sait pas si ta chevelure d'or se baigne dans les vagues de l'Orient , ou si tu tressailles en franchissant le seuil des portes de rOccident.

«Peut-être, toi aussi, n'es-tu, comme moi, que pour un temps! pour toi, peut-être aussi, les années auront un terme ! Alors tu dormiras sur. ton lit de nuages, sourd à la voix du matin qui t'a réveillé tant de fois !

« Réjouis-toi donc , ô soleil , puisque tu es encore dans la force de la jeunesse, car la vieillesse est triste et sombre. Elle ressemble aux vacillants rayons de la lune qui nous arrivent à travers des nuages brisés, à travers la brume qui dort sur la colline, quand le souffle du nord passe sur la plaine, et que le voyageur tressaille sur sa route. »

 la Lune.

« Tu es belle, ô fille des cieux ! ton silence est doux et bienveil- . lant; et quand tu nous arrives, ta marche est gracieuse et pleine de charmes! Les étoiles t'attendent et comptent à l'Orient les traces de tes pas d'azur. Les nuages se réjouissent de ta pré-

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sence, ô lune! car tu embellis leurs sombres bords d'un reflet doré.

« Qui peut régaler dans les cieux, fdlc de la nuit? A ta vue, les étoiles se sentent humiliées et se hâtent de détourner leurs yeux étincelanls.

« Mais quand ta I;ice se voile de ténèbres, en quel lieu dérobestu alors ta carrière? As-tu, comme Ossian, un sombre portique où tu demeures à l'ombre du noir chagrin , parce que tes sœurs sont tombées du ciel ? Naguère elles s'y réjouissaient avec toi pendant la nuit; maintenant elles ne sont plus!

«Oui, elles sont tombées* ces douces lumières, voilà pourquoi

tu vas si souvent pleurer en secret. Mais toi-même? Une

nuit viendra où tu ne paraîtras plus, où ton bleu sentier restera désert dans le ciel !

« Et alors elles redresseront leurs tètes, elles triompheront, les étoiles que ton éclat humilie aujourd'hui.

« Tu es belle encore, et parée de tes plus doux rayons. Viens nous regarder à travers ton céleste poitail; haleine des vents, déchire les nuages, afin qu'elle puisse nous voir, la belle enfant de la nuit. Que les monts et les bosquets rellètcnt sa lumière, et que sous ses rayons l'Océan roule des vagues bleuâtres ! »

A l'Étoile du soir.

« Étoile de la nuit descendante ! elle est belle , ta lumière qui brille à l'ouest! Tu relèves fièrement ta tète chevelue au-dessus de ton nuage, et tu gravis ta colline d'un pas noble et hardi.

« Qu'est-ce donc que ton rt'gard cherche dans la plaine? Les vents impétueux se sont apaisés, le murmure du lleuve vient de loin , et il est plus loin encore le roc superbe que les vagues courroucées gravissent en hurlant. Les moucherons du soir se balancent sur leurs ailes fragiles ; pour eux , les champs où ils bourdonnent sont la carrière * du combat.

' Ossian emploie toujours le verbe (o)iiberh la place (lu verbe iiionrir. » Daus les poésies d'Ossian, les mouclicrons , coininc les (jucrricrs, ont ictirs Oiçrciceset leurs batailles.

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