‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 35 sur 120 · I.K l'AUADIS TEKKtSlUH. i,")l · texte numérisé non relu

I.K l'AUADIS TEKKtSlUH. i,")l

phète \ Dieu paraît sur un char, et l'idée du char entraîne naturellement celle des chevaux. Mais représenté ainsi, Jéhovah ne fait pas entendre son tonnerre; debout sur son char, il mesure le pays qu'il distribue aux Israélites; la peste marche devant lui, les oiseaux de proie planent sous ses pieds. Il regarde, elles peuples se dispersent, une terreur panique se répand sous les tentes des Madianites ; il tend son arc, la flèche part, elle vole, elle frappe ! elle extermine ! Enfin Dieu se sert de toutes les armes des arsenaux de ces temps reculés ; puis il part majestueusement, les coursiers de son char de triomphe se retirent par la même route qu'ils avaient suivie pour arriver sur le champ de bataille : ils traversent la mer et la vase des grandes eaux. Y at-il ici quelque chose qui ressemble à des chevaux du tonnerre ou à des chérubins?

Alcyphron. — Les Grecs pourtant ont donné des chevaux du tonnerre à leur Jupiter, et Virgile en a fait plus d'une magnifique description.

EuTYPHRON. — Jupiter est-il Jéhovah? les Grecs sont-ils des Hébreux? et Virgile est-il un poète hébreu? Les Péruviens voient dans le tonnerre le bruit d'un vase que la belle déesse de la Pluie tient à la main, et que son frère le Vent , qui vient au-devant d'elle, fait voler en éclats. Cette ingénieuse explication de l'orage de la mythologie péruvienne pourrait-elle nous servir de guide pour commenter les poésies hébraïques? Au reste, cetto poésie ne nous parle-t-efie pas assez clairement des chérubins? Ne nous en donne-t-elle pas des idées précises, même sous le point de vue artistique?

Alcyphron. — Examinons les passages où elle les représente comme œuvre d'art, et commençons par les chérubins placés sur l'arche d'alliance^.

EuTYPHRON. — Dans ce passage, ils ont des ailes et des visages, ils regardent sur l'arche et ombragent le propitiatoire. Ce n'est là ni la forme, ni la position des chevaux du tonnerre; est-il probable que les chérubins tissés dans les lapis avaient la même forme et la même altitude? C'est ainsi qu'on les retrouve dans

' Hiibaciic, chap. 3, verset 8.

* Jloïse, liv. Il , rli.ip. 25, vers, 17 cl |S; diap. 36, vers, S et 35.

432 SIXIÈME UIALOGLE.

le temple de Salomon, mais plus grands et plus magnifiques; à cette seule difTérence près, la description est la même*.

Alcyphron. — Cette description cependant est très-incomplète. Combien de formes ne peut-on pas donner à des visages et à des ailes ?

EuTVPHRON. — Passons au temple d'Ézécliiel «. Dans la description qu'en fait ce propliète, les chérubins ont une tète qui tient à la fois de Tbomme et du lion; mais il n'est nullement question du cheval. Les chérubins lui apparaissent dans les nuages'; un d'eux étend la main vers lui : c'est une main d'homme, et elle saisit du feu. Chaque animal ou chérubin a quatre foces, celles du taureau, de l'homme, du lion et de l'aigle ; et l'on voit l'une ou l'autre de ces faces selon le côté par où on le regarde. Ces quatre liices se trouvent aussi dans l'Apocalypse ; seulement , saint Jean ne les réunit pas sur un seul et même animal. Ainsi donc...

Alcyphron. — Mais quels sont les résultats de ces visions?

Eltyphron. — Que les chérubins étaient un composé de plusieurs animaux , et qu'aucune forme de cheval n'entrait dans cette composition.

Alcyphron. — N'y a-t-il pas encore quelque autre passage relatif à ce sujet?

EuTYPHRON. — Il y a en a un surtout qui me parait décisif. Ézécbiel * donne le titre de chérubin au fier roi de Tyr qui habite l'Éden , le jardin des Élohim sur la montagne sacrée où il marche à travers des pierres enflammées. Le prophète emploie cette image pour donner la plus haute idée possible de la puissance et de la domination de ce roi. L'éclat des pierres précieuses lui sert de parures, son existence est un long jour de bonheur , et il se montre à nous dans ses œuvres comme une créature parfaite, mais hère. Ces exemples suffiront pour nous prouver quelles étaient dans le monde antique et chez les Orientaux de cette contrée, les ligures d'animaux consacrées à sci vir de symbole à la magnificence et à l'orgueil, et qui devaient né-

' Liv. 1" des Rois, cliap. 6, vers, aï ; Chronique, liv. li, cliap, 3, vers 7.

» Kzécliiel , tlup. 4'. vers. i8.

^ Ezécliiel , cliap. 10, vers. 14 ; oliiip. l'', vers. 10,

l-z^cliiel , cJiap. 28, vprs. i4-

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cessairemenl entrer dans la composition des chérubins. Il est incontestable que ces ligures d'animaux étaient le lion, le taureau , l'homme et l'aigle. Vous connaissez, au reste, ce proverbe des Hébreux, qui dit que les quatre superbes de ce monde sont: « Le lion parmi les bêtes féroces, le taureau parmi les animaux domestiques, l'aigle parmi les volatiles, et l'homme qui est audessus d'eux tous.

Alcyphron. — Il me semble que ce proverbe ne saurait s'appliquer aux premiers temps de la poésie hébraïque; car les détails dans la composition des chérubins y varient...

EuTYPHRON. — Comme toutes les compositions artistiques qui, surtout lorsqu'elles sont des objets d'ornements, suivent le goût de l'époque. Il est vrai que l'esprit de la composition n'en est pas moins toujours le même. Ezéchiel place son roi de Tyr sur le point où se tenaient les plus anciens chérubins , c'est-à-dire sur la montagne de Dieu dans le Paradis, et il en fait un être brillant, sage, terrible et magnifique. La première idée de ce tableau lui a sans doute été suggérée par la vision dans laquelle lui apparaissent des chérubins sous la forme de créatures effrayantes et terribles , chargées de défendre l'approche de l'arche de vie. Les descriptions d'Ézéchiel, jointes aux diverses traditions orientales , nous dépeignent avec tant de précision les merveilleuses figures de ces chérubins, qu'il serait extravagant de songer à la possibilité d'y trouver les chevaux du tonnerre.

Alcyphron. — Mais quelles sont donc les traditions auxquelles vous venez de faire allusion ?

EuTYPHRON. — Ne connaissez - vous aucun animal fabuleux habitant les plus hautes montagnes du monde primitif, dans la même contrée où le plus ancien dire hébraïque place le Paradis, et où cet animal gardait les trésors de ce monde antique?

Alcyphron. — Est-ce que vous voudriez me parler des dragons ou des griflbns qui veillaient sur l'or, ou plutôt sur les pommes d'or?

EuTYPHRON. — Ces traditious sont beaucoup plus récentes, et appartiennent en grande partie aux peuples du Nord. Les Orientaux croyaient à un animal ailé qui avait choisi sa demeure

loi SIXIKME uiai.(m;ik.

sur le mont Kaf, et qui soutenait de longues et rudes guerres contre les géants du monde primitif. Celait un animal raisonnable et religieux; il parlait toutes les langues, il avait la sagesse du sphinx, la ruse des griffons, et gardait les trésors du Paradis. En un mot, c'était une des plus merveilleuses créatures de Dieu, que l'on ne pouvait vaincre ni par la force ni par la ruse. Le sphinx des Égyptiens, le dragon des Grecs, le griffon des peuples du Nord, ne sont que des variantes de cette composition, modifiée par Tinlluence du climat et par l'esprit des temps. Relisez les fables et les contes plus récemment inventés sur les gardiens de l'arbre de l'immortalité à la porte du Paradis , et sur les brillantes et terribles hgures qui , debout sur le mont sacré , font tourner en tous sens les flammes qui jaillissent de leurs glaives. Vous reconnaîtrez que tous ressemblent aux chérubins d'Ézéchiel , et que chaque nation les a fait passer, à sa façon, dans ses poésies et dans ses traditions *. Bornons-nous, pour l'instant, à poursuivre l'histoire des chérubins à travers la poésie hébraïque. Ils apparaissent d'abord un glaive enflammé à la main , en qualité de gardiens cl non en celle de destructeurs du Paradis, comme on a cherché à le faire croire , quoique la lettre des Écritures dise précisément le contraire. Bientôt après , nous les retrouvons dans le tabernacle de Moïse, qui les place sur l'arche d'alliance, et fait exécuter cet ornement dans le style égyptien, sans doute parce qu'il a remarqué une grande ressemblance entre ces chérubins et le sphinx. De l'arche ils passent dans les nuages ; et puisque là , la gloire de Dieu descendait sur eux , il est naturel qu'on n'ail pas tardé à les choisir pour porter cette gloire dans les nues. C'est ainsi qu'ils sont devenus pour les Hébreux, d'abord une image poétique, et bientôt après les figures principales des visions de leurs prophètes. Cette transformation des chérubins, œuvre artistique placée sur l'arche, en chérubins, créatures vivantes portant et soutenant le trône de Jéhovah dans les nuages, est clairement annoncée par ces mots : « Dieu qui trône

' Uerdcr fait sans doule allusion ici aux fables de Simorp-Anka, de Soliam, etc., eiaux animaux fabuleux dont parlent liocliarl, Uerbelot, etc., et qu'on trouve dan» toutes les poésies orientales. ^Vo/e du Trtirhu li'ur.)

LE l'AHADlS ItllKESTllE. 1Ô,J

au-dessus des cliérubins, » tilre d'honneur qu'on lui donnait déjà dans les livres de Samuel '. Gel emploi des chérubins ouvrit des voies nouvelles à Fimagination des poètes, et leur permit de faire entrer ces merveilleuses créatures dans leurs descriptions du ciel. Selon toutes les probabilités, David est le premier qui ait osé tracer un pareil tableau ^. Son chérubin, cependant, n'a rien de commun avec les chevaux du tonnerre, et pourrait plutôt en écarter l'idée, si d'autres passages l'avaient fait naître. C'est une créature ailée sur laquelle Dieu vole dans les nuages , un parallélisme opposé aux ailes du vent ; le tonnerre et les éclairs sont décrits par des images spéciales. A l'époque d'Isaïe ^, le Dieu trônant au-dessous des chérubins n'élait encore que la répétition de l'antique phrase de Moïse que l'on retrouve dans les livres de Samuel et dans les psaumes ; il n'y a point de chérubins dans le tableau que ce prophète fait de l'apparition de Dieu qui se montra à lui ''. Ce ne fut que beaucoup plus tard, et loin de la Judée, du temps du captif des bords du Kébar , que cette ancienne image poétique devint une vision de prophète ^. Alors seidement, les chérubins apparaissent dans tout leur éclat, mais ils ne traînent pas le char du tonnerre; ils portent le siège de la gloire du Seigneur, et au-dessus d'eux on ne voit que du saphir, c'est-à-dire un ciel pur et serein; tout brille autour d'eux comme l'arc -en -ciel quand il se dessine sur les nuages. C'est bien là l'image la plus silencieuse, la plus magnifique, la plus éclatante, mais ce n'est pas un tableau de l'orage et du tonnerre.

Alcyphron. — Selon vous, les chérubins auraient eu trois époques : ornements artistiques du temple, ligures poétiques dans les nuages, et visions des prophètes.

EuTYPHRON. — Ajoutez qu'ils ont commencé par être des ligures mythologiques dans les traditions du Paradis ; car cette première forme est la base de toutes les autres. Si Moïse n'avait pas trouvé les chérubins dans les dires du Paradis, ils n'auraient

.' Samuel , liv. \", chap. 4, vers. 4 ; l'v» l'j cliap. 6, vers. i.

» Psaume i8 , vers. 1 1.

^ Isaïe, cliap. 37, vers. 16.

* Isaïe, cliap. 6, vers, i^'ot 8.

5 Ez(5ciiiel , chap. i^'et 10.

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jamais été placés par lui sur l'arche d'alliancp, et ils n'auraient pas passé de là dans les nuac^es et dans les visions des prophètes. Maintenant , vous comprenez sans doute que les chérubins devaient nécessairement changer déformes, puisqu'on a changé l'usage qu'on en a fait. Dans les dires les plus anciens, ils étaient des créatures merveilleuses et vénérables; dans le tabernacle ils ne sont plus qu'une œuvre d'art morte ; dans les psaumes et dans les poésies,. ils sont dos images; dans les visions des prophètes , ils redeviennent ^âov, c'est-à-dire des êtres célestes, les porteurs de la gloire de Dieu. Ezéchiel explique cette différence de l'usage qu'on en a fait et des sphères où on les a placés ; car lorsqu'il les dépeint dans les nuages , il les fait vivre et leur donne quatre faces merveilleuses et magnifiques; dans le temple, ils n'en ont que deux, soit que , pour éviter l'idolâtrie, il n'ait pas voulu y introduire une figure humaine, soit qu'il n'ait pas eu assez de confiance dans le talent des artistes chargés de couler ces chérubins en or. Ces deux motifs réunis s'appliquent au tabernacle de Moïse, où la représentation des chérubins devait nécessairement être très-simple.

Alcyphron. — Il paraît que l'idée principale et constante qu'on s'était formée sur leur compte en faisait des créatures merveilleuses, des compositions de plusieurs animaux ?

EuTYPHRON. — Cela est incontestable. Joseph puise encore dans les anciennes traditions les descriptions dans lesquelles les chérubins étaient des êtres vivants et ailés (?i»*), d'une forme qui ne ressemble à rien de tout ce qui a été vu par le regard humain ; une composition fabuleuse du magnifique, du puissant, du terrible et du merveilleux. Il est probable, cependant, que ce composé tenait toujours plus ou moins à ces quatre types de l'orgueil du ciel et de la terre : l'aigle, le taureau, l'homme et le lion, selon la fantaisie du poète qui voulait créer une image, ou l'habileté de l'artiste qui voulait la reproduire. Les traditions arabes parlent aussi des chérubins de l'arche, et leur donnent la forme humaine, avec des ailes et des regards étincelants comme la flamme ; en temps de guerre ils faisaient souffler des ouragans terril)les sur les ennemis; fables dont on trouve l'origine dans la Bible.

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Alcyphron. — Mais quelle est donc, selon vous, rorigine de la plus ancienne mythologie des chérubins , lorsqu'ils n'étaient encore que les gardiens des portes du Paradis?

EuTYpnRON. — On trouve dans les traditions de tous les peuples sur ce sujet une foule de données dont la plupart ne sont point sans probabilités. Toutes confient aux chérubins le soin de garder Tarbre de vie, l'arbre de rimmorlalité et les jardins des Hespérides. Ezéchiel et tous les dires de l'Orient nous prouvent que les chérubins des Orientaux habitaient une montagne où ils se promenaient à travers des pierres enflammées. Cette montagne fait partie du groupe des monts de l'Asie, derrière lequel se cache le Paradis ; et elle se trouve dans la même contrée où Moïse place son paradis à lui. Ne connaitriez-vous aucune autre mythologie qui parle d'une brillante montagne des Dieux?

Alcyphron. — Je ne m'en souviens pas.

EuTYPHRON. — Elle est pourtant accréditée chez tous les peuples de l'Orient, depuis le Thibet jusqu'à la mer Rouge. Quelques unes de ces traditions, adoptées par la poésie hébraïque, placent vers le nord cette montagne habitée par des dieux , des Lahes, des Élohim, des démons, des bienheureux, etc. Quel était ce roi qui, dans le chant satirique d'Isaïe, dit :

«Je veux m'élever jusqu'aux cieux, je veux construire mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ! Et je siégerai dans le conseil des dieux, sur la montagne sacrée , au plus haut point du nord ! »

Celte mythologie ne pouvait prendre racine chez les Hébreux , car ils avaient leur Sinaï et leur Sion , et vous savez avec quel enthousiasme Isaïe élève la montagne sacrée de Sion au-dessus de toutes les montagnes de la terre. Quand Élihu dépeint à Job l'apparition de Dieu , il le fait partir du septentrion qui étincelle d'or et de rubis; ce Dieu se lève et quitte l'assemblée sacrée des dieux; c'est ainsi que chez les Hébreux il part du Mont-Sinaï. Cette montagne septentrionale était peut-être celle des chérubins, où, selon Ezéchiel, le roi de Tyr se promenait devant le jardin de Dieu au milieu de pierres enflammées.

Alcyphron. — Mais quelle a été l'origine de la première idée de ces chérubins sur leur mont étincelant?

158 SiXltJlt DlALOGliK.

EuTYPHRON.— Elle était sans doute d'abord aussi simple que la tradition du Paradis. Les hommes ont été chassés de ce Paradis ; de hautes montagnes s'élevaient sans doute entre eux et le bienheureux asyle de leur enfance. Ces montagnes étaient peutêtre peuplées d'animaux inconnus, dont quelques voyageurs assez téméraires pour chercher les portes du Paradis dans ces agrestes solitudes, ont fait des tableaux exagérés et terribles. Des nuages toujours orageux se groupaient au-dessus de ces montagnes; peut-être même vomissaient-elles des flammes. En faut-il davantage pour expliquer les glaives flamboyants qui se tournaient et se retournaient sans cesse, et qui, d'exagération en exagération, ont fini par devenir des animaux fabuleux, un composé de fantômes? Il est même possible que le premier couple, en se tournant vers le Paradis, dont il venait d'être chassé, ait vu des météores de feu et des bêtes féroces. Le souvenir qu'ils ont dû nécessairement en conserver, s'est perpétué par la vue lointaine de la montagne , par les rapports des voyageurs , des héros et des poètes qui , en faisant passer ces météores et ces bêtes féroces dans les traditions universelles, les ont convertis, sans le savoir, en êtres surnaturels. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'homme n'a pas été conduit hors du Paradis par un chérubin, ainsi que l'ont sans cesse chanté les poètes, mais par Dieu lui-même ; car les chérubins n'ont jamais figuré, en ce Paradis, qu'en qualité de gardiens.

Alcyphron. — Vous conviendrez, du moins, que le char enflammé qui transporta Élie au ciel , était traîné par des chevaux ?

EuTYPHRON. — Je dois, avant tout, vous faire remarquer que ce n'était ni le char mythologique du tonnerre, ni un chérubin ; mais un char de guerre et de triomphe. Elisée le comprit ainsi, lorsqu'il vit paraître la vision, car alors il s'écria, en s'adressant à Élie :

«Tu fus la force d'Israël, sa cavalerie et son char de guerre; voilà pourquoi on t'accorde l'honneur d'une ascension héroïque et guerrière. C'est en vainqueur que tu feras ton entrée dans les régions célestes ! »

Il en est de môme lorsque, dans un passage des psaumes, ce

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char est appelé mille fois mille*. Tout l'ensemble de ce morceau prouve que cette image est empruntce au char de guerre et de triomphe. Dieu part du Mont-Sinaï pour marcher devant Israël et conquérir le pays. Les montagnes tremblent , les rois s'enfuient, Dieu distribue le butin, il élève son char toujours plus haut dans les nuages, il traîne les prisonniers à sa suite, en signe de victoire, et fait des dons à chacun. La même image se retrouve dans Habacuc, et nous la développerons plus tard, lorsque nous parlerons de là conquête du pays d'Israël, et des magnifiques chants de triomphe auxquels cette conquête donna lieu.

Alcyphron. — Puisque vous voulez absolument m'enlever les chevaux du tonnerre, quelle autre image de ce tonnerre me donnerez- vous en échange?

Eltyphron. — La voix du père qui gronde. Cette image-là est comprise par tous ses enfants, et elle est clairement indiquée dans ce passage de la naïve narration du Paradis, où Ton a voulu trouver les chevaux du tonnerre :

« Ils entendirent la voix de Jéhovah qui se promenait au jardin à rheure du jour où Tair se rafraîchit. » . Selon toutes les probabilités, cette voix n'était autre que celle du tonnerre, et l'impression qu'elle fit sur ceux qui l'entendirent pour la première fois, perpétua dans la poésie hébraïque cette première image du tonnerre. Il me serait, au reste, impossible d'expliquer comment un récit si antique, si simple et si naif , pourrait en môme temps être l'expression d'une idée beaucoup plus récente , plus compliquée et plus artistique. Je crois vous avoir fait une démonstration généalogique des chérubins; c'est là tout ce que l'on peut demander sur la conception mythologique d'une poésie déjà si loin de nous. — Voici quatre petits poèmes que j'ai traduits pour vous; lisez-les, et comparez-les les uns aux autres. Ils achèveront de détruire vos doutes sur les chérubins. Ces superbes et savantes créatures énigmatiques portent le ciel qui sert de point d'appui au trône de Dieu. Et par qui un pareil fardeau pourrait-il êlre plus dignement porté que par ces symboles de tout ce qu'il y a de

' Psaume 68, vers. i8.

14U SIXIKME UI.VLOGLK.

grand, de terrible sur la terre , uni à l'idée de tout ce qu'il y a d'inconcevable et d'inaccessible dans la science et dans la sagesse interdites à l'homme ?

SUPPLÉMENTS

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