APPARITION DE DIEU AU-DESSUS DES CHÉRUBINS
Traduit J'Ezéchiel.
« J'ai regardé, et voici ce que j'ai vu ! Un tourbillon arriva du nord *, nuée immense qui se roulait dans la flamme ! Tout étincelait autour d'elle! Son centre ressemblait au minerai d'argent quand il rougit au feu. Dans ce centre s'agitaient quatre choses quatre fois vivantes. Quelques unes de leurs formes tenaient de l'homme. Chacune de ces choses avait quatre faces, eile avait aussi quatre ailes; ses jambes étaient droites, et ses pieds ressemblaient aux pieds des veaux ^. Toutes brillaient, semblables à l'airain puli, et leurs ailes cachaient des mains d'hommes. Chacune de ces choses avait quatre côtés avec ses quatre ftices et ses quatre ailes. Toutes se serraient ailes contre ailes, pas une ne revenait sur ses pas; elles s'avançaient toujours vers le côté qu'indiquaient leurs faces '.
« Et leurs faces? A droite ellesétaientcellesde l'horameet du lion; à gauche, elles étaient celles del'aigle et du taureau *.Vers le haut, ces Iiices se partageaient, et les ailes se partageaient aussi. Elles agitaienl. deux de ces ailes, et des deux autres elles se couvraient le corps '\ Chacune suivait tout droit la direction de sa Hice ; cha-
' Dans ce passaye, coiniiie dans k' livre do Job , cliap. 37, vers, ai, l'apparition arrive du nord. Dieu part sans doute de la montagne des dieux, dont parle Isaïe, chap. 14, vers. i3 et 14. Dans la vision de Zacharie , cliap. 6, vers, i" et 8 , les chevaux qui ont fait le tour du monde vont se reposer au nord ; c'est là qu'est leur demeure.
' La ressemliiance du cli<5rul)in avec le spliinx est frappante ; ce dernier seulement a ct(5 modifii; par la mylliolnjjie et par l'art des Egyptiens.
3 Ceci est une allégorie à la luule-prcscnce du tronc de Dieu et à l'irrévocable marche de son intlueuce sur l'univers.
* Ce que le prophète appelle ici f.ice de taureau, il le nomme ailleurs face de chérubin. Celle expression était sans doute la plus généralement admise, ce qui fait présumer que cette fjcs dominait dius la composition. Cette particularité constitue un nouveau point de ressemblance avec le sphinx
'•> Dans la vision d'Isaïc, chap, 6, il est égaltmciil parlp de relie arlinn de se
LE l'AIlADlS TliKKESlRE. lil
cunc allait là où la poussait son esprit, et elle ne revenait plus jamais !
«En contemplant ces quatre figures, on croyait voir des charbons ardents ! L'éclat des torches et d'un foyer embrasé voltigeait au milieu d'elles, et le brasier lançait des éclairs ! A mesure qu'ils scintillaient les éclairs, les figures allaient çà et là ; elles étaient partout et de tous côtés *.
«Au-dessus de leurs lètes s'étendait un ciel immense, cristal d'une pureté terrible! Leurs ailes, qui s'élevaient tout droit, touchaient à ce ciel, et les ailes touchaient les ailes ! Deux ailes les portaient, deux ailes cachaient leurs corps; et j'entendis le bruissement de ces ailes : ainsi bruissent les torrents, ainsi mugit le tonnerre de la voix de Schaddaï ^. Et quand elles marchaient, leurs pas résonnaient comme la marche d'une légion guerrière qui passe ; et quand elles s'arrêtaient, elles laissaient retomber leurs ailes. Alors le ciel au-dessus d'elles résonnait , et elles se tenaient debout silencieuses et les ailes baissées.
« Au-dessus d'elles, au-dessus du ciel, là-haut, brillait l'éclat du saphir! C'était un trône, et sur ce trône était assis une forme semblable à celle d'un homme! celui qui était assis là, lorsque ■je le contemplai , me parut semblable au minerai d'argent en fusion ! Du feu au dehors! du feu au dedans! tout était du feu! De ses reins, vers le bas, vers le haut, tout était du feu ! et tout brillait comme l'arc qui brille dans les nuages pendant les jours de pluie. Tel était l'éclat qui resplendissait autour de lui.
voiler le corps. C'est une allégorie pour prouver que ces ch(!rubins se sentent indignes de l'honneur de servir le Seigneur de la création.
• J'ai supprimé la description des roues qui se trouvent sous le char en forme de trône. Saint Jean , dans son Apocalypse , chap. 4) ''^'^ passe également sous silence. Ces roues cependant contribuent à prouver que les chérubins ne traînaient pas le trône de la magnificence en qualité de chevaux, mais qu'ils étaient des créatures ailées qui portaient ce trône. Dans ce morceau , les chérubins et les roues vivantes forment dos par.illèles parfaits , autant par l'élan que par la marclie de la phrase.
• Ce passage prouve que le tonnerre est enlièicment séparé de la détonation, et que, surtout, il n'a rien de commun avec les chérubins. Il n'est ici qu'une image de comparaison comme les torrents et la marche des phalanges guerrières, et il s'appelle la voix de Schaddaï , nom qu'on lui donne dins presque toutes les poésies hébraïques. C'est précisément quand les chérubins se tiennent immobiles et les ailes baissées , qu'il tonne dans le ciel au-dessus d'eux. Dans l'Apoca lyp.se , le tonnerre part également du trône, et les chérubins n'y sont pour rien. Ils 50nt les porteurs delà magnificeuce de Dieu , le symbole de toutes les richesses de sa ciéation , ses serviteurs qui le louent sans cesse.
ii2 SIXIÈME DIALOGUE.
« C'est ainsi qu'ello m'apparui la vision de la majesté de Jéhovah! Je la vis, et je tombai la foce contre terre, et j'entendis la voix d'un être qui parlait, et il me dit: » etc., etc.
LAJBENTATION SLR LA CIILTK DU KOI DE TYR , REPRÉSENTÉ SOUS J LA FORME D'lN CHÉRUBIN'.
« 0 toi! création parfiiile d'un art merveilleux ! toi qui possédais la science et la beauté^! tu étais jadis dans Éden, dans le jardin des Éloliim. Le rubis et le smaragdite, le diamant et l'hyacinthe, le jaspe et l'onyx, le saphir et l'or t'ont servi de parure. Le jour où tu as été formé , les trompettes et les timbales ont célébré ta bienvenue " !
« Je t'ai placé à côté du chérubin qui s'étend et couvre le jardin d'Éden ; je t'ai placé sur la montagne de la gloire des Élohim, et là, tu as marché au milieu des pierres enflammées M Depuis le premier jour de ton existence, tu as suivi des voies glorieuses; tes méfaits ont été découverts enfin. Maintenant je connais ta perfidie et la perversité de tes actions ! Voilà pourquoi je te chasse de la montagne des Élohim, toi, chérubin, qui t'agrandis et te détends; je te bannis du mont des pierres enflammées! Ta parure a gonflé ton orgueil, ta sagesse s'est évanouie dans l'éclat qui t'entourait! Voilà pourquoi je veux te jeter sur la terre, afin que tu serves d'exemple aux rois ^ ! Tes attentats sont nombreux,
' Ezéchiel, chap. a8, vers. 12. Ce chant est une iniit.iiion de la lamentation d'Isaïe sur le roi de Babel , dont on verra la traduction dans un des dialogues suivants. Nous n'avons placé ce morceau ici qu'à cause de la description du chérubin qu'Ezcchiel , ce {;rand peintre d'imaycs, trace dans tous ses détails.
' Tyr était une des plus riches villes commerçantes de cette époi|ue. Les travaux des Phéniciens étaient alors désignés par le nom de travaux d'art merveilleux. On ne pouvait donc mieux célébrer celui dont on voulait plaindre la chute, qu'en le présentant sous la forme d'une création de cet art.
^ Ceci est, sans doute, une allusion à la situation de Tyr, qui semblait avoir élë prédestinée par la nature au commerce et à la magniliccnce. D'après les usages des Orientaux, l'inauguration d'un monument quelconque était toujours accompagnée de musique, dans laquelle les trompettes et les timbales jouaient un grand rôle.
"* Je ne sais si ces pierres enllammées étaient des pierres précieuses ou des llammcs comme celles qui ont donné lieu au dire du glaive flamboyant. Je désire beaucoup que des traditions plus amples sur la mythologie de la montagne des dieux puissent un jour éclaircir ce point , et j'es|)èro que ce désir se réalisera. * !s:i'ie, chap. 14, vers. 16.
LK l'A RADIS TEURESTK1-. lif»
i;l la perfidie a couvert d'opprobre ta gloire divine! Il sortira de ton propre sein, le feu qui va te consumer* ! lu ne seras plus qu'un amas de cendres aux yeux de tous les peuples d'alentour ; et ils seront frappés de surprise en te voyant ainsi, tous ceux d'entre les peuples qui te connaissent! Tu fus l'orgueil de la terre, tu ne le seras plus jamais ! »