VOCATIUX ET FONCTIONS DES PROPHÈTES
mot prophétiser, comme on emploie aiijourd'luii celui de prêcher. Lorsqu'il est dit que Saïil se mil à prophétiser quand le mauvais esprit se fût emparé de lui, il faut entendre par là que, dans sa démence furieuse, il tenait des discours en style élevé, mais insensés. La poésie et la musique avaient toujours eu beaucoup d'empire sur son esprit , et cet empire s'était encore augmenté pendant sa maladie. Les anciens d'Israël , tous disciples des prophètes, prophétisaient dès qu'ils se sentaient inspirés, c'est-à-dire qu'ils parlaientle langage élevé des prophètes. Miriam et Débora ont été appelées prophétesses , parce qu'elles étaient des poètes exaltés, et que la poésie exaltée et sacrée a toujours été regardée comme le langage des dieux.
A cette époque de l'âge du monde , la musique et la poésie étaient étroitement unies, et les poètes et les musiciens n'étaient presque jamais qu'une seule et même personne ; l'art de parler le langage divin devait donc nécessairement tenir de près à la musi que. Asaph et Héman prophétisaient en faisant résonner les cordes de leur harpe, c'est-à-dire qu'ils traduisaient en chants sacrés les sentences sublimes, ou, pour parler leur propre langage , ils devinaient les énigmes de la sagesse , à l'aide des vibrations des cordes de leur instrument. La puissance de la poésie augmente quand elle est soutenue par la musique; et la passion sacrée qu'excitent ces deux arts réunis ne saurait se désigner que par le mot enthousiasme. Il ne résulte cependant pas de là que chaque prophèle portait un instrument avec lui, et que son nom et sa fonction de prophète en faisaient inévitablement un joueur d'instruments. Balaam pronon(;a ses prophéties et ses sublimes discours sans être soutenu par un instrument quelcon-* que ; et lorsque , plus tard , la parole des prophètes descendit presque jusqu'à la prose, il eût été impossible de l'associer à la musique. Aussi a-t-on toujours soigneusement distingué le chant du discours prophétique.
Il serait encore plus faux de confondre la qualification de prophète avec celle d'insensé. Qui oserait méconnaîlre l'esprit élevé, la profondeur des vues politiques d'Isaïe et de plusieurs autres, jusqu'à ne voir en eux que des fous? Il est vrai que la plupart de leurs actions symboliques IVaiipenl par leur (xlravagance,
mais ils avouent eux-mêmes que c'était là le but de ces actions. Cette apparente folie cachait une profonde sagesse, et s'il a jamais été permis de dire : Insanire cum sapientia , c'était cri ce cas.
Les prophètes sont devenus fort souvent un objet de risée pour le peuple grossier, et de moquerie pour des rois impies. Quand Jéhovah lui-même était un objet de mépris , on ne pouvait voir qu'une preuve de démence dans les oracles prononcés en son nom; mais l'avenir consacrait toujours cruellement l'aulhenticilé de ces oracles.
« 1 Jéhovah, mon Dieu, m'a donné la langue des savants pour dire à propos une parole consolante à celui que la ftitigue accable. Il vient chaque jour m'évciller le matin et exercer mon oreille à écouter, comme le disciple du sage écoute son maître. « Jéhovah , mon Dieu , m'a parlé doucement à l'oreille , et je n'ai pas reculé , et je ne me suis pas préparé à la résistance î Non, j'ai porté mon corps au-devant des coups, j'ai tendu mon visage à ceux qui me raillaient; je n'ai point détourné ma face devant l'ignominie et les crachats!
« Jéhovah , mon Dieu , était près de moi , voilà pourquoi je n'ai point rougi de honte, voilà pourquoi ma face est dure comme le caillou; voilà pourquoi je savais que rien ne pourrait m'humiher !
« Il est près de moi, celui qui me justifie! Où sont-ils ceux qui osent me quereller? Comparaissons ensemble devant la justice suprême ! Qu'il se présente celui qui pourra me reprocher quelque chose ! Regardez ! Jéhovah, mon Dieu, est près de moi ! Osez m'accuser devant lui de- perversité! Vous vieillirez comme les vêtements de votre corps , et comme ces vêtements aussi , vous serez dévorés par les vers !
« S'il en est parmi vous qui craignent Jéhovah, qu'ils écoutent la voix de son serviteur; qu'ils marchent dans les ténèbres, et qu'ils n'y voient point de lumière ; qu'ils espèrent en Jéhovah, qu'ils se confient en leur Dieu !
«Voyez! vous tous qui battez les pierres, qui en lirez des étincelles pour allumer vos torches , marchez à la clarté des
l haie, cliap. 5<», vers, 4 «l'i uivanis.
VOCATION KT l'OM. FIONS DES F'KOPIIÈTES. 511
feux, àTéclat des toi'ches que vous avez allumées ainsi. Un geste de ma main passe sur vous , et vous voilà jetés à terre , souffrants et immobiles ! »
Que ce passage est admirable ! Le prophète lève la main et les torches s'éteignent, et tous ceux qui les ont allumées sont étendus sur la terre en proie à la douleur et entourés de ténèbres !
LIÎS PROPHÈTES.
Poème.
« Je vous salue, ô vous, confidents intimes delà divinité! L'avez-vous trouvé enfin dans vos bosquets de palmiers , ce repos que ni le Garmel, ni Horeb, ni la divine Sion n'ont pu vous donner?
« Que de dons précieux vous avez prodigués à vos temps antiques ! Les lois et la prière , la consolation et les commandements, la prospérité de l'État et la sagesse des mœurs ont coulé de vos lèvres comme autant de ruisseaux intarissables.
« Car vous étiez des cœurs nobles et grands ! Vous vous êtes élevés au-dessus de la paresse du présent et de l'esclavage du peuple ; vous vous êtes élevés au-dessus des vains plaisirs et des folles illusions. Et devant vous et derrière vous, vous la voyiez toujours, la grande lumière du temps!
c( Du fond des abîmes de l'avenir et du passé , la grande lumière du temps s'est levée dans vos âmes comme une flamme divine. Elle a brûlé longtemps dans de silencieuses ténèbres, celte flamme divine ; puis elle s'est montrée forte et puissante comme un phare de l'avenir !
« Dans vos cavernes sacrées, vous avez intimement prêté l'oreille aux doux murmures de la voix qui , avec l'heure de minuit et avec l'aube du matin , faisait vibrer les plus belles cordes de vos cœurs.
«Et les sons coulaient doucement comme la pluie du ciel, et, semblables à l'orage de Jéhovah , ils réveillaient le monde assoupi. On eût dit que ce qui parlait ainsi, c'était le temps passé, c'était le temps à venir !
512 CHAi'iiui: ir.
« Ames pures, iTarpes divines qui, sous la main puissante de rÉlernel, rendiez des sons si liaruionieux, soyez bénies ! Soyez bénis, vous qui fûtes les inlerpièles de sa volonté, les messagers des temps, la clef et l'esprit des lois !
<( 0 toi qui, sur le Mont-Sinaï, t'élevas au-dessus des temps, au-dessus des peuples* ! toi qui, au milieu d'épaisses uuées, vis briller la sagesse parée de mille couleurs, et jaillir la lumière qui éclaire aujourd'hui le monde entier ;
« Et toi dont l'esprit de flamme ravit au ciel ses étoiles et à l'empire des morts le fils de la veuve '^ ! et toi qui vis Jéhovali dans sa magnilicencc royale, et qui décrivis l'éclat des purs esprits par la pompe majestueuse des rois'!
« Et vous qui saviez pleurer, vous dont les cœurs aimants et tendres se fondaient en lamentations * ; vous qui , au dernier rayon du dernier jour des prophètes , voyiez encore l'avenir à travers les ombres du crépuscule de votre temps ^ ;
« Vous tous qui, délivrés enfin delà douleur qui vous oppressait de toutes parts, marchez dans la lumière éternelle au milieu de vos bosquets de palmiers, jouissez en paix du repos que ni le Carmel, ni Horeb, ni la divine Sion n'ont pu vous donner '
« Que vois-je ! vous accueillez avec une bonté bienveillante les sages des autres peuples? Oui, ils marchent intimement à vos côtés, les Pythagore, les Orphée, la troupe élue des Druides, et tous les confidents de la divinité sur la terre !
« Et lui aussi, le divin Platon, et tous ceux qui, comme lui, lufent les pères du peuple, des sages, des législateurs; tous ceux enfin qui ont prêté une oreille pure à la voix divine, qui ont fait de leurs cœurs un sanctuaire digne de la llannne céleste, ils marchent intimement à vos côtés! »
' Aloise.
» Elle.
3 Isiiïe.
* Jéréinieet plusieurs autres.
* Daniel et piusicui!) autres.