X NOTICE
splière où je vivais, j'étais toujours sûr d'èlrc applaudi, car les femmes , les parents et les protecteurs ne blâment jamais ce que l'on rime pour leur plaire. Mais cetlc complaisance conduit peu à peu à une satisfaction de soi-même au milieu de laquelle l'énergie et l'individualité s'assoupissent entièrement, si aucun stimulant ne vient les réveiller. Aussi ne puis-je assez me féliciter dn hasard qui me fit faire la connaissance de Herder. Celte rencontre inattendue, qui fut suivie de relations intimes cl durables, mit tout ce qu'il y avait alors en moi d'orgueil , de vanité et de complaisance pour moi-même, à une épreuve d'autant plus rude et plus sensible, que je n'y avais pas été préparé par l'esprit de l'époque.
(( Herder, qui voyageait avec le prince de Holstcin-Eulin, dont rien ne pouvait guérir la sombre mélancolie, venait d'arriver à Strasbourg. Dès que nous en fûmes instruits, nous autres jeunes gens, nous éprouvâmes le plus vif désir de faire sa connaissance; je devais jouir le premier de ce bonheur, et d'une manière fort imprévue.
« J'étais allé à l'auberge du Saint-Esprit, pour rendre visite à un des illustres voyageurs dont elle était alors encombrée ; je ne me souviens plus lequel. Au bas de l'escalier, je rencontrai un étranger qui , ainsi que moi , se disposait à monter. Sou costume annonçait un ecclésiastique. Ses cheveux poudrés étaient relevés en grosses boucles; il portait un habit noir et un long manteau de soie de la même couleur , dont les pans relevés étaient enfoncés dans ses poches. Cette élégance un peu affectée, et l'alfabilité gracieuse répandue sur toute sa personne, que j'avais entendu décrire tant de fois , ne me permirent pas de douter que je me trouvais devant le célèbre Herder , et je lui adressai la parole de manière à lui prouver que je le connaissais. Il me demanda mon nom, et je m'empressai de le lui dire , quoique je susse fort bien qu'il ne pouvait avoir aucune importance pour lui, La franchise confiante avec laquelle je l'avais abordé lui avait plu, sans doute, car il me traita avec bienveillance, et, pendant que nous montions l'escalier ensemble, une conversation animée s'engagea entre nous. Au moment de nous séparer, je lui demandai la permission d'aller le voir chez lui, et il me l'accorda fort gracieusement.
' « .le m'empressai de profiter de cette permission, et mes visites devinrent très-héquentes, car je me sentais fortement attiré vers lui. Ses manières, sans être précisément gracieuses,