‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 66 sur 120 · PREMIER SUPPLÉMENT · texte numérisé non relu

PREMIER SUPPLÉMENT

PARAPHRASE MÉTRIQUE DE LA PRIÈRE d'hABACLC.

La composition orientale est si loin de celle de toutes les autres langues, que, malgré les commentaires, renchaînement des idées conserve toujours quelque chose d'obscur et d'incohérent; c'est ce qui m'a rendu assez téméraire pour chercher à remédier à cet inconvénient par quelque intercalalion. Je sais qu'en donnant ainsi à celte belle ode une marche et un caractère plus conformes à nos manières de voir, elle perd en concision et en élévation ce qu'elle gagne en clarté. Mais cet exemple servira du moins à prouver combien les beautés de la poésie hébraïque sont originales et inimitables :

« J'ai entendu parler de tes antiques miracles, Dieu puissant! Le bruit m'en est arrivé de bien loin, et je tremble encore ! Faisnous connaître enfin quels sont tes secrets desseins! Daigne-les accomplir, ô Jéhovah! et souviens-toi surtout, toi qui n'as plus pour nous que de la colère, souviens-toi. Seigneur, de ton ancienne clémence de père !

« Qu'ils étaient magnifiques, les temps où Dieu voyageait de monts en monts ! où il passait de la hauteur du Théman sur les

autour de lui, le prophète se confie à la parole de Dieu , et se met à bondir de joie au nom de tout son peuple. U est convaincu que le dénouement de la destinée de ce peuple sera heureux, quoiqu'il ne le voie pas encore , et qu'il désire ardemment le voir pour en faire le sujet de sa prophétie. ( Comparez ce passage au chap. ter , vers. 2, 3, n à 17; chap. 2, vere. là 4; chap. 3, vers. i. ) L'ensemble du livre d'Habacuc forme un tout aussi beau et aussi complet que cette ode ; voilà pourquoi je serais presque tenté d'appeler ce livre la couronne des chants lyriques de la poésie des Hébreux. U est inutile de dire que le dernier vers est une allusion au cinquième livre de Moise , chap. 33 , vers. 29 , et au psaume 18, vers. 34- David s'est appliqué à lui-même ce passage de Moïse; Habacuc l'applique au peuple tout entier. Il est certain que ce peuple remontera sur les antiques hauteurs où il remporta tant de victoires , et qu'il y bondira de joii; comme un cerf. La Judée est un pays montagneux, voilà pourquoi on appliqm: , moine aux Chaldéens, ce mot ri"'?"- ^'^ ^^~ nouemcnt de l'oile est plein de patriotisme et de noblesse , et le poète rassemble , pour ainsi dire dans sa poitrine à lui, toutes les sensations et toutes les destinées <liie peut éprouver le peuple daii> l.i prospérité comnte dans le malheur.

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cimes du Paran! Alors son doux éclat remplissait les cieux , alors des chants de triomphe en son honneur retentissaient sur la terre. Son regard envoyait la peste sur les ennemis de son peuple, les oiseaux de proie voltigeaient à ses pieds! Il descendait, et la terre chancelait: il laissait son regard errer autour de lui, et les peuples tressaillaient! Les montagnes s'enfonçaient sous ses pas , et elles sMnchnaient les hauteurs du monde antique par où il passait jadis!

« J'ai vu les cabanes de Cusan s'agiter dans une muette angoisse ; j'ai vu s'abattre et disparaître les tentes des Madianites. Les neuves se sont enfuis ! S'enfuient-ils ainsi parce que Jéhovah est en colère contre eux ? Est-ce devant son courroux que la mer recule ?

(( Car tu es monté, ô Seigneur ! sur ton char de guerre ; tu es venu à notre secours contre les chevaux et les cbarriolsdc Pharaon. Je vois l'arc nu dans ta main , je vois les flèches se doubler sept fois ! La nature entière sent que son maître arrive !

« Les fleuves se sont enfuis; les montagnes t'ont vu, et elles ont frémi ! Les eaux se sont précipitées de tous côtés , les vagues ont mugi plus fortement, et, dans leur pénible attente, les hauteurs ont tendu les mains vers le ciel. Le soleil et la lune se sont arrêtés ; dans l'attente de ce qui devait venir , ils ont suspendu leur cours !

a Et ils se sont enfuis, humiliés de leur impuissance, quand tu as tait voler les flèches, quand lu as fait jaillir les éclairs de les javelots ! Tu as continué ta course qui écrasait les nations, tu as continué ta marche pour secourir ton peuple; pour le secourir, ce peuple oint par toi , tu as yu'écipité ses ennemis au fond des goufli'cs !

c( Tu as brisé la cime de leur demeure, tu l'as découverte jusqu'au roc aride qui lui servait de fondements ! Tu as transpercé la tête des chefs de leurs cohortes, de ces cohortes qui se sont précipitées, avec des cris joyeux , à l'assaut sur moi , pour me disperser comme une poussière légère , pour me dévorer dans leurs cavernes !

« Alors j'ai entendu trépigner derrière moi sur les vagues de la mer en courroux : c'étaient les chevaux de guerre qui ve-

PASSAGES DK DIEL UA>S LE UESl-RT.

liaient à mon secours,. Voilà comme il en t'iU jadis, voilà la renommée de tes grandes actions^ d'autrefois venue jusqu'à moi. Et maintenant?... Mon cœur tressaille, mes lèvres frémissent devant les cris sinistres que j'entends circuler sur l'avenir de mon peuple.

« Mes os tressaillent, mes jambes cliancèlent, et pourtant je dois rester tranquille jusqu'au jour des calamités ! Mon Dieu Ta dit , je dois l'attendre en repos le jour de l'oppression , le jour où le destructeur tombera sur mon malheureux peuple , le jour où il l'abattra comme une branche sèche et sans force,

« Alors pas un figuier ne fleurira , le cep ne verdira point , l'olivier trompera l'espoir fondé sur lui , les champs tristes et déserts n'offriront point de nourriture ! La brebis a été arrachée des claies, pas un taureau ne mugit dans les étables; partout ce pays si vaste est vide et désert !

a Et je dois rester tranquille ? Oui, je veux , avec des cris de triomphe, me confier à la parole de mon Dieu; je veux être joyeux au nom de mon peuple. Dieu me sauvera, il me donnera des forces nouvelles ! Bondissant comme un cerf, je monterai de nouveau sur mes hauteurs victorieuses * 1 »

' J"ai traduit avec toute la lidélité possible cette belle paraphrase , dans laquelle Herder rend les beautds de la poésie hébraïque , tout eu se conformant au {jénie et aux exigences de la langue allemande , qui se prête avec urm facilité merveilleuse, sinon à la construction de celle des poètes hébreux, du moins à leurs ima[;cs et à leurs pensées. Mais la langue française aussi, malyré sou intlexible sévérité et son apparente sécheresse, peut se plier aux beautés naïves et antiques de cet idiome de nos premiers pères. Pour le prouver, j'ajoute ici une version, moins éloignée du texte que la paraplirasede Herder, et qu a l'aide de queiquescirconlocutionsinsigniiiantes, et de quelques mots ajoutés qui sont sous-entendus dans l'hébreu, je crois être parvenue à rendre claire, sans avoir trop affaibli les beautés du texte, qui consistent surtout dans la concision, dans l'énergie et l'élévation des images, et dans l'imprévu de la marche.

Fersion de la prière du prophète Hahaaic.

« J'ai entendu des bruits qui parlent de toi, Jéhovali ! et je tremble encore! Ou'avec les années, ton œuvre s'accomplisse enfin, ô Jéhovali! avec les années faisnous la connaître. Mais au milieu de ta colère, songe à la miséricorde!

« Lorstiue Dieu arriva du Théman, lorsque le Très-Magnifique passa sur le Mont- Paran, alors les deux étaient remplis de sa parure , et la terre était pleine de sa louange.

« Il brillait comme brille le soleil ; des rayons jaillissaient de sa main, et cet éclat n'était que l'enveloppe de sa puissance!

« Devant lui m.irchait la peste, les oiseaux de proie voltigeaient à ses pieds! Il s'est ■dvivW-, et lu terre a tressailli 1 II a regardé, et les peuples soulevés par les secousses

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