‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 67 sur 120 · DU MERVEILLEUX DANS LES VOYAGES ET DANS LES LOIS DE MOÏSE · texte numérisé non relu

DU MERVEILLEUX DANS LES VOYAGES ET DANS LES LOIS DE MOÏSE

Ne serail-il pas possible que toute la description des voyages à travers les déseiMs de l'Arabie, ne fût qu'une épopée composée dans les temps postérieurs, où déjà le merveilleux des fictions avait enveloppé et obscurci la vérité historique ?

de la terre ont bondi ! Sous ses pas, les montagnes ëlernelles se sont'réduites en poussière, et l'haleine des vents les a dispersées au loin ! Elles se sont inclinéesles hauteurs du monde antique, que jadis il avait traversées!

«J'ai vu les cabanes de Cusan se mouvoir d'an^joisse , et elles ont disparu les tentes de Madian. Les fleuves se sont enfuis, les vayiies ont mugi, la mer a reculé!

« Jéhovah est-il en colère contre les fleuves? Le souFfle de ses narines passe-t-il sur les vayues? Son courroux s'adresse-t-il à la mer? Car tu es monté sur ton char de guerre, ô Dieu ! Traîné par tes coursiers, tues partout , toi , Dieu secourable! Tu tends ton arc, tu multiplies sept fois tes (lèches, et devant l'éclat de les flèches, devant les éclairs de tes javelots, le soleil et la lune humiliés et tremblants s'arrolent dans leuis cours!

<f Les montagnes t'ont vu et tremblent! les torrents déchirent le sol, les eaux coulent et envahissent tout sur leur passage ; les vagues résonnent, les hauteurs gémissent et lèvent leurs mains suppliantes vers toi!

• Mais toi, inflexible dans ton courroux, tuas continué à marcher surle pays;dans la colère, tu as écrasé des nations entières, car lu es sorti de ta demeure pour secourir ton peuple, pour secourir tes oints !

« Tuas abattu le sommet de la maison des méchants, tu as découvert leur forteresse jusqu'au rocher qui lui sert de fondement. Ton glaive a fendu la tète du chef de leurs phalanges guerrières, de ces phalanges qui oui monté à l'assaut pour m'anéantir ! Déjà elles se réjouissaient et s'apprêtaient à dévorer l'opprimé, comme les monstres de l'enfer dévorent leur proie.

« Alors j'ai entendu les coursiers trépigner sur la mer, et ils sont arrivés avec les vagues grossissantes.

« Voilà les bruits qui parlent de toi. Jlon cœur a tressailli, mes lèvres ont tremblé devant la voix qui me les a apportés. L'effroi a pénétré mes os, et cependant je dois attendre avec calme le jour des calamités, le jour où fondra sur nous le peuple destructeur.

« Alors le figuier ne fleurira point, et le cep ne donnera plus de fruits; l'olivier trompera les espérances fondées sur lui, et les champs ne produiront plus de moissons ! La brebis a été arrachée du pâturage, pas un taureau ne mugitdaus les élables ! « El cependant je me réjouirai en toi, Jéhovah ! J'aurai des cris d'allégresse pour mon Dieu sufcur. Jéhovah est ma force; par lui je bondirai ide nouveau comme bondit le chevreuil dans la montagne ; par lui je marcherai de nouveau, et le front levé sur les hauleiu's, témoins de mes anciennes victoires! ><

[f'e7-sion fin Traducteur.) ' Ce morceau ne se trouve que dans la première édition |)ul)lié(,' par J.-G. Miiller, irninéilialemenl après la mon de llcrder. J'ai cru devoir l'insérer ici, eu Itii conservant religieii-.ement la place que Millier, ce sincère cl fidèle ami de llerder, lui avait .issignée. (Note du Tradiicleur.)

PASSAciKS i)t ima i».v>s i.i: dkskkt. 541

On s'ost souvent adressé celle queslion , et je regarde les doutes qu'elle a soulevés comme dépourvus de loul fondement; mais lors même qu'on y ajouterait quelque importance , elle serait nulle par. rapport au but que je me suis proposé dans cet ouvrage. Quelle que soit l'opinion qu'on ail pu se former sur les voyages et les lois de Moïse , il est impossible de ne pas y voir la base de la législation et de la poésie hébraïque; et je n'ai d'autre intention que de développer le mérite incontestable de celle législation, et surtout les merveilleuses beautés de cette poésie.

Qu'on lise les descriptions des voyages et des actions de Moïse sans prévention, et l'on sera frappé de leur simplicité et de la concordance des faits avec les temps et les lieux. Chaque description nouvelle fait connaître une localité nouvelle ; et, de nos jours encore , on retrouve les antiques récits de Moïse dans les traditions de ces contrées. Je sais qu'ils y ont été ranimés par la religion mahométane, qui les a pris pour hase de son édifice; mais celle circonstance prouve combien ils étaient profondément enracinés. Le désert, en un mot , semble prédestiné à faire vivre à jamais , et par ses phénomènes naturels , et par les dires qui s'y rattachent, l'antique histoire de l'espèce humaine.

Si , dans les récits de Moïse , on sentait une intention poétique comme dans ceux d'Homère, la manière d'enchaîner et d'embellir les faits et les heux pourrait nous faire reconnaître dans les déserts de l'Arabie, comme on reconnaît dans les chants troyens, le point où commence la fiction, où finit l'histoire, puisque la fiction ne serait qu'une conséquence des intentions poétiques. Mais, dans les livres de Moïse, rien n'annonce ces intentions. On n'y parle pas de passage à travers la mer à cause de l'hymne auquel il a donné lieu , car le passage est raconté avant l'hymne , et ce récit n'est qu'une description géographique d'une simplicité extrême, et dépourvu de tout ornement artistique. La manière dont la loi fut donnée sur le Mont-Sinaï est rapportée avec la plus grande uniformité et sans aucune espèce de recherche ; le sublime , le terrible n'est que dans les laits. Il en est de même des miracles arrivés au désert : tous se rattachent aussi simplement à l'ensemble du récit que les longues

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descriptions des vases et des vêtements sacres , de rétablissement du tabernacle et des cérémonies religieuses, qui sont à coup sûr, et aux yeux de tout le monde, d'incontestables documents historiques de cette époque.

Pourquoi ajouterions-nous foi à une partie de ce récit sans croire à l'autre ? De quel droit prétendrions-nous qu'à cette époque reculée, les choses devaient se passer comme elles se passent aujourd'hui? Il s'agissait alors de fonder un enseignement et des lois qui devaient régir une foule de peuples pendant des milliers d'années. Moïse , malgré toute sa science égyptienne , secondée par celle des lévites , am^ait-il pu accomplir une pareille œuvre en dépit d'un peuple nombreux et toujours prêt à se révolter? Aurait-il pu contenir ce peuple si longtemps dans le désert, s'il n'avait pas été inspiré, protégé par l'intervention immédiate de Dieu ? Que celui qui prétend croire que cela aurait pu se faire sans cette intervention , nous en explique la possibilité ; mais qu'il n'oublie pas surtout de se transporter entre le Mont-Sinaï et le Mont-Paran, à cette époque reculée, et au milieu d'un pareil peuple.

Il ne résulte cependant pas de là qu'il faille croire à des contt'S que l'histoire ne mentionne point et qui ont été inventés , plus tard, par des rabbins qui se sont égarés dans des commentaires trop subtils, ou qui croyaient que ces fictions étaient nécessaires pour atteindre le but moral qu'ils se proposaient.

Comme il n'y a qu'un Dieu maître de tout(! la nature, on ne saurait expliquer les miracles que par les effets et le concours de la nature. Théophraste , Pline et plusieurs autres grands hommes de l'antiquité, ont parlé de la manne dont il est question dans les livres de Moïse, qui sont infiniment plus anciens, et Irès-conformes aux notions qu'à cette époque on avait sur l'histoire naturelle. Les terribles orages dans les montagnes de l'Arabie ; le simoun , ce vent brûlant qui arrêtait la respiralion et qu'on appelait l'ange vengeur de Dieu ; les divers effets du vent de l'ouest, qui font paraître les objets plus grands qu'ils ne le sont en clfet , et donnent aux plaines de sable l'apparence d'une mer de feu , sont des phénomènes incontestables , et font du désert où le peuple d'Israël séjourna si longtemps, un

PASSAGIiS DE DIEV DANS LE DliSEUT. Oio

lieu elfroyable qui semble avoir été créé tout exprès pour imprimer à Tame humaine des idées de terreur et d'obéissance.

Cependant, parmi toutes les découvertes de la science moderne sur les phénomènes de la nature, je n'en connais pas une qui ne puisse expliquer suffisamment les miracles constatés dans l'histoire des Israélites. Le désert de l'Arabie n'a point de forêts de chênes dont la manne aurait pu, pendant tant d'années, nourrir un peuple si nombreux, et les Israélites étaient trop accoutumés aux orages de leurs montagnes, pour ne pas distinguer le bruit du tonnerre de celui d'une voix surnaturelle.

Mais ce qui est surtout digne de notre admiration, c'est que toute cette vaste scène de miracles ne faisait pas partie de la terre de Canaan, et ne pouvait, par conséquent, exercer aucune influence sur la loi nouvelle. Le Mont-Sinaï était placé en dehors de la terre de Canaan; cette situation sufllsail pour l'empêcher de devenir un lieu sacré, le séjour préféré de Dieu. Le peuple d'Israël voyait toujours passer les orages, et au-dessus de ces orages, leur maître; mais comme il ne s'était jamais arrêté sur aucune des montagnes de Canaan, son passage sur le Sinai resta ce qu'il est, une antique histoire. Si parfois un Élie se réfugia sur ce mont pour y chercher des consolations en s'identifiant avec le sort de Moïse , Ce lieu , du moins, n'a pas été indiqué sur la carte du grand prophète à la superstition du peuple, comme l'objet d'un culte idolâtre. Ses lois n'y envoient personne pour y entendre prononcer des oracles, et Mamré, Lutz, Belhel, tous ces lieux saints des patriarches, ne devaient pas devenir des sources d'idolâtrie. Lorsque des raisons politiques convertirent Bethel en un lieu de pèlerinage superstitieux, le prophète changea le nom de Bethel , qui signilie maison de Dieu, en celui de Beth-Aven, qui signilie maison de sacrilège. Il serait donc bien injuste d'accuser les institutions de Moïse, et même leurs parties miraculeuses, d'avoir voulu fonder, à l'exemple de bien d'autres législateurs, un culte superstitieux, destiné à enchaîner les peuples par une muette terreur et une obéissance passive.

cii.vrniui IV.

INSTITUTIONS DK MOÏSE.

Du nom de Jéliovali. — Quelle ôlait sou essence? — A quel développement at-il donné lieu? — Les psaumes go et 102. — Pui'eté des idées sur Dieu, sur la morale et les mœurs dans la poésie hébraïque. — Lois de Moïse :

I" Sur la liberlé nationale et l'éyalité qu'elles ont fondées. — Assemblées nationales et fêles. — Chants qui célèbrent avec joie et orgueil cette liberté et cette éyalilé.

20 Jéliovab ne Irone que sur des lois. — Chants naiionaux sur ce sujet, sur les oppresseurs et sur les ju[;e;. corrompus. — Les lois de Moïse comparées aux instilulious de Dieu dans la nature. — Un chant sur ce sujet.

3u lîut et dignité de la tribu qui servait Dieu. — Sur les insignes représentant la lumière et le droit, qui ornaieut la poitrine du grand-prêtre. — Images que la poésie hébraïque a empruntées à la parure des prêires. — Ces parures, considérées comme le symbole de la prospérité de l'État. — Leur application aux serviteurs de Dieu et des lois.

4' Origine et but des sacrifices. — Application morale qu'en a fait la poésie hébraïque. — Ouelques psaumes

Ob,servatioiis générales tirées des institutions de Moïse sur la langue, sur les maladies et les vices, sur queb|ues particularités du culte et des usages symboliques.

— Institution du sabbat conservée par les dires et les 'jhants des temps primitifs.

— Images du sabbat et de l'auuée jubilaire éternelle aiijnîucllcs le sabbat a donné lieu.

Supplcineut : Le Tabernacle de Rloise, poème symbolique.

Moïse ne cessa do répéter à son peuple que le nom qui convenait le plus au dieu de ses pères élail celui de Jéhovah; lui seul, en cfl't't, renfi'rme l'idée la plus hante el la plus pure de l'imniuabilité, de la grandeur et de la noblesse de Dieu '. Celle idée fondamentale de la loi de Moïse, s'appelle la sainteté du Seigiienr'^, expression qui n'a de véritable synonyme dans aucune limgue. Une pareille idée excluait toutes les n présentations, toutes les images de Dieu, mais elle a en mémo temps donné lieu à des développements sur les qualités el les perfections de ce Dieu,

' Tout le monde siil f|ueei' nuit cnnlienl les trois Iruips primitifs : Je fus, je suis, je senti. Ou bien, coiiiiiie Dieu le dit lui-même : Je serai celui qui ierti.

' La sainlelé du Seigneur est sa plus baille individualité, sa phu sublime spécia' lité, piiisiprelle n'a r[rn (|ui puisse lui être comparé.

INSTIÏLTIONS DE MOÏSE. 543

ciui resteront élerncUcment la pierre fondamentale de la raison humaine et des plus nobles croyances religieuses.

Je ne prétends pomt dire par là que Moïse ait donné sur ce sujet toutes les notions possibles et nécessaires. Pour ce grand lé gislateur. Dieu devait être, avant tout, le protecteur d'Israël, le point d'appui des parties les plus énergiques des institutions et des chants de ce peuple. Mais ce qu'il n'a pu faire en sa qualité de législateur, a été fait par les sages et les poètes qui lui ont succédé.

Puisque Jéhovah était le seul Dieu, le seul créateur du monde, il devait nécessairement aussi être celui de tous les hommes, sans distinction de race. Pour développer le germe de cette pensée sublime, il ne fallait que du temps, de la tranquillité d'esprit et la liberté de penser. II n'est pas question ici de la part que d'autres nations peuvent avoir prise à l'accomplissement de celte grande œuvre ; mais il serait injuste d'envier aux Perses, aux Indiens, aux Celtes, ce qu'ils peuvent avoir fait, chacun à leur manière, pour conserver et perfectionner la plus ancienne religion du monde. Je me borne à constater que les actes accomplis par Moïse sur un petit coin de terre, et pressé de tous côtés par les Égyptiens, les Cananéens et les autres peuples barbares de l'Arabie, sont uniques dans leur genre. Il est remonté à la pure religion des patriarches; et si quelques usages égyptiens lui ont seivi pour envelopper ses institutions et ses lois, cette enveloppe, du moins, n'a jamais afïtiibli la lumière céleste qui lui fut communiquée parla révélation du buisson ardent. C'est donc à Moïse seul que la poésie hébraïque doit les sublimes idées auxquelles elle s'est élevée avec le temps, et que nous admirons dans les psaumes et dans les livres des prophètes.

Je citerai avant tout le chant attribué à Moïse, et qui explique le nom de Jéhovah, c'est-à-dire la fidélité inébranlable comme un roc, l'immuabilité éternelle du créateur du monde.

CHANT DE MOÏSE, l'hOMME-DIEU.

Psaume 90.

« Seigneur, c'est par loi seul que nous existons de généra-

lions en générations * ! Avant qu'elles ne fussent créées, les montagnes, avant que la terre ne les eût enftmtées, lu étais déjà, loi qui es Dieu de monde primitif en mondos primitifs^.

« Tu fais retourner Tliomme dans la poussière, et tu dis : Générations nouvelles, revenez! A les yeux, mille et mille ans ne sont qu'une partie de la nuit, de la journée d'hier qui vient de finir!

Tu les laisses s'engourdir : les voilà qui dorment ! Au malin elles élaienl comme riiorlie verle el fraîche; au malin, de bonne heure, l'herbe verdit et lleurit; le soir, elle est flétrie et desséchée !

« C'est ainsi que tu nous consumes par ton soulfle ; le souille de ta colère nous remplit de terreur et nous disperse. Tu fais comparaître nos iniquités devant loi ; tu appelles nos fautes les plus cachées devant la lumière de ton regard. Voilà pourquoi tcsjugements ont diminué le nombre denosjours^. Nous usons nos années en propos insignifiants, comme si elles n'étaient qu'un vain discours.

« Les jours de la vie humaine se composent de soixante-dix ans, la plus longue va jusqu'à quatre-vingts, et toute l'étendue de celle vie n'est que peines et douleurs; elle passe rapidement, elle a passé, et nous sommes disparus ! »

Lors même que le nom de Jéhovah n'aurait donné lieu qu'à la sublime exposition d'Isaïe , à commencer par le quarantième chapitre, ce morceau suffirait pour faire bénirla mémoire et la religion de Moïse.

Il n'est point de qualité, point de perfection de Dieu, qui ne soit dépeinte dans les psaumes et dans les livres des prophètes, par des expressions aussi simples qu'énergiques; et la plupart de ces subhmes expressions découlent du nom de Jéhovah, qui est, en elfct, la base de toute la théologie naturelle.

Il m'est impossible de lire sans émotion la plainte * de ce roi

' Quelle id(ie sublime ! nous ne sommes sur celte terre que des pliL'nomènes ëphémères, des ombres fugitives; c'est à Dieu seul qu'est due la durée de noire espèce, à ce dieu que Moïse ap|)elle si souvent un roc.

' Dans tous les cycles du passé, lu existais, toi Seigneur!

3 Moïse, livre i", cliap. 6, vers. 5, où il est dit (jue, d'après l'arrêt de Dieu , tous leslsrarliies doivent mourir au désert.

4 Piiume loj.

INSTITLTIONS DE MOÏSE. 347

affligé qui sont que son grand àg« ne lui permettra pas de voir raccomplissement de ses vœux pour Jérusalem et pour son peuple. Il succombe au milieu delà route où se passent les événements dont raccomplissement lui a été promis ; mais le Dieu de la promesse reste, et une autre génération verra ce qu'il n'a pu voir, car Dieu est Jéhovah.

«Mes jours passent comme une ombre! je me dessèche comme un amas d'herbes chélives ; mais toi , Jéhovah , tu règnes éternellement ! ton nom passe de génération en génération ; c'est pourquoi, que ceci soit écrit pour la postérité la plus éloignée : Un peuple, qui n'est pas encore, louera un jour le Seigneur! Du haut de son mont sacré, du haut de son ciel, Jéhovah regardera sur la terre, et il entendra les gémissements des enchaînés, et il délivrera les condamnés à mort ! Alors, on chantera dans Sion la puissance de Jéhovah , sa louange retentira dans Jérusalem, car des peuples nombreux, des royaumes entiers s'y seront réunis pour servir Jéhovah.

« Avant que ceci n'arrive, mes forces seront évanouies, mes jours seront usés ! Pourquoi te dirai-je : 0 mon Dieu, ne m'enlève pas ainsi du milieu de ma route!... Tes années seules vont de génération en génération , c'est toi qui construisis jadis le monde ; les cieux mêmes sont l'œuvre de ta main. Les cieux aussi passeront, toi seul tu restes ! Ils vieilhront comme vieilUt un vêtement. Alors, tu les déposeras comme on dépose un vêtement vieilli, et il y aura des cieux nouveaux; mais toi, tu es toujours le môme, et tes années ne finissent jamais! Les enfants de tes serviteurs aussi ne finiront point, et leur race prospérera devant toi, Seigneur ! »

C'est ainsi que les plus hautes qualités de Dieu se trouvent toujours mêlées aux plus tendres sentiments humains. La sagesse suprême de ce Dieu , son pouvoir universel qui le rend présent en tout lieu et lui fait tout voir, tout savoir ; sa sollicitude paternelle, et la surveillance spéciale dont il entoure chaque individu isolé, tout cela est dépeint dans les psaumes et dans les hvres des prophètes avec tant de chaleur et de vérité , qu'on sent, pour ainsi dire, les plus secrets repUs de son ame ic dérouler devant le regard d'un Dieu pour lequel il n'y a rien

548 CHAF1TK1-; l\.

de caché'. Le déisme pur ne pourrait jamais s'exprimer avec plus d'énergie et de noblesse, qu'en empruntant le langage de l'Ancien-Teslament :

« Lui qui a fait l'œil, peut-il ne pas voir? Lui qui a créé l'oreille, peut-il ne pas entendre? Songez-y, vous qui êtes les bouffons du peuple. Insensés ! quand donc deviendrez-vous sages ? »

Pourrait-on , môme de nos jours , adresser des reproches plus justes et plus énergiques à ces espèces de philosophes aveuglés au point de nier qu'il y ait des intentions dans la nature? Tout ce qu'ils nous débitent sur la nature, réduite à une abstraction muette, a été attribué aux idoles par les païens; aussi tous les reproches que les prophètes ont faits aux païens, peuvent-ils s'appliquer à ces sortes de philosophes. Plus la théologie et la philosophie conserveront, dans sa pureté primitive, une poésie quelconque, plus elles se rapprocheront de l'Ancien-Testament, non-seulement par les principes généraux, mais encore par les expressions.

Il en est de même de la morale , pourvu qu'on ne la juge pas par la conduite que tenait le peuple d'Israël, mais parcell(> qu'il aurait dû tenir. 11 ne faut pas non plus la chercher là où le législateur se trouvait enfermé dans les limites étroites de la politique et des exigences sociales, mais dans les morceaux où il parle sans contrainte comme sage et comme poète. Dans les institutions positives, Moïse ne pouvait agir que pour son époque et pour son peuple; lui en demander davantage^ serait une folie, puisque ces institutions étaient encore trop douces, trop intellectuelles pour les Israélites, qui n'ont jamais pu ni voulu s'y conformer. Je le répète , dès que Moïse parle en sage et eu poète inspiré pour l'enseignement de tous les peuples , il est sublime ; je ne citerai pour exemple que son dernier discours si plein de nobles pensées :

« 2 0 peuple d'Israël , écoule : Jéhovah est ton Dieu; il n'y a qu'un Jéhovah , et tu dois aimer ton Dieu Jéhovah ! Aime-le avec toute la i)uissance de ton cœur, avec tout le pouvoir de ton

' J'ai (lôjà cité quelques moiceaiix de ce (jenie dans la prenii(';rc partie , et j'ci) donnerai plusicuis auirts dans ceile-i-i. • Moïse, liv. V, cii.ip. ('), Vfrs. 4 • 1 siii\aiil<s; ilii]). 'lo, viM<. ■ l et siiivaills.

INSTl'l LIIONS DK MOISI- . 549

urne, avec loulcs les forces de ton être. Cet ordre quejerimpose en ce moment n'est point une énigme dont le mot est caché loin de loi ; il n'est point dans le ciel pour que tu puisses dire : Qui veut monter au ciel et aller l'y chercher pour nous ? Il n'est point au-delà des mers pour que tu puisses dire : Qui veut s'embarquer et passer la mer pour venir nous l'apporter et nous l'expliquer, alin que nous puissions foire ce qu'il ordonne? Il est près de toi , ce mot, il est dans ta bouche , il est dans ton cœur, afin que tu puisses faire ce qu'il ordonne, »

Que David agisse comme il voudra, que parfois il se montre, même dans ses psfiumes , égaré par l'ambition , la haine et la cruauté , jamais il no se vante , du moins devant Jéhovah , que de ses bonnes qualités, de la droiture et de la sincérité de son cOHir. Tous les psaumes d'enseignement général, soit qu'ils aient été laits par David , par Asaph ou par quelque anonyme , respirent la morale la plus pure. Quant aux proverbes de Salomon , ils sont presque toujours des règles de conduite pour les cours des souverains orientaux, et non d'abstraits enseignements de vertu. Ils contiennent néanmoins beaucoup d'or pur, et leur morale est toujours fondée sur la crainte de Jéhovah. Les pi'ophètes surpassent en riihesse et en pureté tous les gnomologues grecs ; et le livre de Sirach est un jardin fleuri où les images et les paraboles sont des leçons utiles et pudiques. On peut dire de la loi de Moïse ce qu'en dit ce livre de Sirach : a Elle a fait couler de tous côtés des flots de sagesse, semblable au Tigre, à l'Euphrate, au Nil, quand ils débordent et fertilisent le pays. »

La législation de Moïse avait pour but de constituer un État libre , affranchi de toute autre servitude que celle de la loi. Pour rendre cette liberté plus stable. Dieu se fit législateur, gardirn de la législation et loi. Il habitait avec son peuple ; et ce mot temple, dont on a si étrangement abusé, ne signiliait que la maison où étaient renfeimées les tables de la loi, sur lesquelles Dieu veillait lui-même. L'ensemble du peuple formait un empire sacerdotal ; chacun devait donc nécessairement être le serviteur du Dieu roi et de sa loi. « Tu seras un royaume sacerdotal. » Tel fut le piincipe sur lequel Moïse appuya sa législation. Si on ne voulait pas accorder à un tel état de chcses le nom de théo-

0^)0 (iiu'iriii; IV.

cralie, on pourrait lo désigner par celui de nomocralie ; mais le mot théocratie sera toujours plus conforme à l'esprit de ces temps antiques, et plus expressif pour désigner la poésie qui en est sortie. Toute poésie bourgeoise et sacerdotale est théocratique.

I. Examinons maintenant l'essence de la poésie hébraïque. Elle renferme :

L'honneur de l'origine, l'égalité des droits nationaux, la liberté.

La législation de Moïse n'a pas institué la royauté , car dans cette législation il n'y a d'autre roi que Dieu et la loi. Toutes les tribus ne formaient qu'un seul peuple descendant des patriarches qui lui avaient laissé pour héritage leur Dieu , et avec ce Dieu, des privilèges fraternels et sacerdotaux , ce qui, d'après les idées égyptiennes, constituait TÉlat le plus noble. Ce fut dans ce but que Moïse introduisit la circoncision. En Egypte, elle donnait le caractère de prêtre, et ne pouvait être pratiquée que par cette classe; les Romains et d'autres peuples païens en avaient fait une marque d'ignominie ; Moïse voulut qu.î chez le peuple d'Israël, elle devint une distinction nationale, un signe d'honneur.

Chaque tribu était soumise à son prince, chaque famille à son chef, ce qui les rattachait les unes aux autres par une fraternité qui remontait au tribunal suprême, oîi elles étaient jugées au nom de Jéhovah. Le peuple devait se rassembler trois fois par an, c'est-à-dire à chaque grande fête nationale ; et il ne se rassemblait pas pour entendre des sermons, mais pour se réjouir en commun, et se rappeler qu'il était le peuple de Dieu. Les fêtes célébraient des souvenirs de liberté. La Pàque rappelait le jour qui avait donné la liberté à Israël, et la Pentecôte, la loi qui avait consolidé celle liberté ; la fêle du Tabernacle était l'image de cette liberté, telle qu'en avaient joui les patriarches, pendant les premiers temps d'innocence, de concorde et de paix domestique. Chaque fêle avait ses festins , sa musique , ses chants et ses danses ; car devant son maître invisible, et réuni autour de la tente qui renfermait la loi de ce maître", le peuple de Dieu devait être un peuple joyeux.

Le but de ces réunions était d'entretenir, par des repas et des

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chants en commun, l'orgueil nati-onal du peuple, c'est-à-dire le souvenir de son origine et de son histoire, celui des patriarches et de leur amour pour Jéhovah ; elles entretenaient en même temps l'union fraternelle et la joie en Dieu des diverses tribus, qui, toutes, n'avaient qu'un même maître invisible, qu'une loi, qu'un temple.

Les mots: repas sacrés, temple, psaume, n'éveillent dans notre pensée que des images froides, tristes et sombres, parce que nous n'avons point de fêles nationales, point de chants [atrioliques, point de temple pour y célébrer la gloire de nos pères, point de code général créateur et prolecteur de la liberté de tous. Voilà pourquoi les psaumes où respire cet espiit de liberté et de patriotisme sont si mal compris, si mal interprétés par nous. Un peuple ne saurait avoir une poésie nationale que lorsqu'il a des objets de gratitude, de fierté et de réjouissance nationales. S'il a été élevé dans des idées opposées, si, surtout, les mots : service divin, sanctuaire, fêles sacrées, ne lui offrent que des idées lugubres, il est entièrement incapable de sentir et d'apprécier un autre ordre de choses.

On comprendra sans doute maintenant pourquoi les traducteurs des psaumes donnent à ces sortes de poèmes des allures si tristes et si mystiques, qui disparaîtraient d'elles-mêmes si on remplaçait le mot psaumes par celui de chants nationaux. La plupart de ces psaumes nous paraîtraient plus beaux et plus intelligibles, si, en les lisant, on pouvait songer aux hymnes par lesquels une réunion de joyeux amis célèbrent le lien de fraternité qui les unit; si on voulait , surtout, se rappeler les chanis populaires des réunions d'une nation libre qui se rassemble pour s'encourager mutuellement à la vertu, au patriotisme, et pour se réjouir ou se consoler en commun d'un bonheur ou d'un malheur national.

Plusieurs psaumes ne sont que des hymnes d'encouragement et de réjouissance pendant la marche vers Jérusalem , où le peuple réuni va se rendre pour se réjouir en quahlé de nation indépendante.

« * Accourez tous, poussons des cris d'allégresse au-devant de

' l'saume gS.

.).)- (HAl'llKK IV.

Jéliovali ! Chantons des hymnes de triomphe à la gloire de ce rocher de notre honheur! Présenlons-nous à ses regards avec reconnaissance, et entonnons des chants joyeux !

« Car il est grand, notre dieu Jéhovah! C'est un roi puissant au-dessus de tous les rois! Il tient dans ses mains toutes les voies de la terre ; les cinK^s des monts lui appartiennent; elle est à lui la mer qu'il a créée; la terre ferme que sa main a formée est à lui!

« Accourez tous, adorons-le, inclinons-nous devant lui, prosternons-nous devant Jéhovah qui nous a foit son peuple à Lui. Il est notre Dieu, nous sommes le peuple de son pays, le troupeau que sa main de pasleur conduit au pâturage. Si vous entendez aujourd'hui sa voix, n'endurcissez pas votre cœur comme vous le fîtes autrefois à Mériba, à Massa, dans le désert » etc.

Les allusions historiques, et le mot aujourd'hui dont on a si souvent torturé le sens, doivent leur force et leur vie aux appels patriotiques qui invitent aux fêtes cl aux réunions nationales , où pas un enfant d'Israël ne devait rester en arrière, circonstance qui donne à chaque parole de ce psaume une signilicalion d ; rapport. Il en est de même du centième psaume et de plusieurs autres. Quelques uns expriment la joie des pèlerins qui se rendent au temple pour assister à de semblables réunions; il en est même qui donnent la description du voyage.

«' Qu'elles sont belles tes lenles, ô Jéhovah Zébaoth! Mon cœur demande , mon cœur languit après ta cour , ô Jéhovah ! -Mon ame et mon cœur tressaillent de joie au-devant du Dieu vivant! Gomme l'oiseau qui a trouvé une demeure, comme l'hirondelle qui retourne au nid où elle a laissé sa famille, c'est iiinsi que je regarde vers ton autel, Jéhovah Zébaoth, mon roi et mon Dieu!

« Qu'ils sont heureux ceux qui demeurent toujours en Ion pa- Inis, et qui peuvent le louer sans cesse! Mais ils sont heureux aussi ceux qui, fondant sur toi leur courage, suivent volonliers 1 1 route tracée pour arriver à toi^. Ils passent par la vallée de

' Psaupie 84.

' C'est, sans aucun doute, la {jramle route qui conduit a Jdrusalem, et qui, à \'é- I o<|ue des nJunioilb nationales, éunt pleine de voyH{;curs. Cet uliotisuje bien connu :

[>snjrn(t.Ns m; moisi:. ooo

Hiicca, vallée sèche el aiide qu'ils ttouvenl riche en eaux '. Qu'il soit béni aussi, celui qui marche à leur tète* ! Ils continuent leur marche d'un pas toujours plus ferme, jusqu'à ce qu'ils puissent voir en Sion le Dieu des dieux !

« Jéhovah, Dieu des dieux, Zébaolh, écoule ma prière, écoutela, Dieu de Jacob! 0 toi, notre Dieu protecteur, regarde, regarde tes oinls en face.

« Un jour passé à ta cour est préférable à mille jours joyeusement écoulés ailleurs. J'aime mieux me tenir debout sur le seuil de la demeure de mon Dieu, que d'habiter commodément sous la tente du dissipateur'.

« Le dieu Jéhovah est notre lumière, il est notre appui. Jéhovah nous doime la gloire et la grâce; il ne refuse aucun bien à l'homme intègre. Bienheuretx l'homme qui se confie en toi, Jéhovah Zébaoth'^ ! »

Pour comprendre la première partie de ce chant si souvent mal interprété, il suffit de lire les descriptions des pèlerinages à la Mecque, qui se font encore aujourd'hui. On verra par là que la pieuse ardeur des pèlerins augmente à mesure qu'ils s'avancenl dans le désert, qu'ils s'approchent du lieu sacré, et que la vue des tours élincelantes de la Caaba leur cause une joie extatique. C'est ainsi que le peuple d'Israël, toujours plus joyeux et plus exalté à mesure qu'il s'approche de Jérusalem, s'avance à travers des vallées arides et desséchées, et ces vallées lui semblent rafraîchies par une inlinité de sources; car à Bacca déjà, il voit la face de Jéhovah. La seconde partie aussi ne contient aucune allégorie, aucune image mystique, et ne se

« Les routes tracées sont dans leurs cœurs, i est une allusion à l'empressement et à la joie des Israélites, qui venaient assister aux fêtes nationales.

' Je lis 'nin w'^> •'•^'■^^ ^'^ nnU^ Oone, ce qui donne à lanlitlièse XDDPli aride, desiéchée, un sens aussi beau que naturel. Les voyageurs oublient qu'ils ont soif, le voisinajje de Jérusalem les désaltère ; car là est le sanctuaire, terme de leur voyage. Le vers suivant prouvfe que ce voyage n'est point terminé encore , et qu'ils le continuent.

' Le mot mïD signifie gidWe, ou Carvanbachi, ou Ghafir, ainsi que l'appellent les pèlerins qui se rendent à la Mecque.

•> Le mot i,'î^'T a une foule de significations, telles qu'ennemi, méchant, oppresseur, hriijand, dissipateur.

* (,;'est-à-dire ([ui t'es dévoué et fid(''Ic comme l'ordonnent nos lois. Cette locution comprend et réunit tous les devoirs des sujets envers Dieu leur roi , comme le vers iiirtédenl r oignait les bienfait; du Dieu protêt leui .

554 «UAriiHE IV.

rapporte qu'au culte national pour lequel on se rendait à Jérusalem. Dans ce psaume, qui est du temps de David, le peuple prie pour son roi; dans d'autres, il adresse des félicitations au pays tout entier, mais toujours dans un style convenable aux discours et aux chants des assemblées nationales.

« * Je me réjouis, car ils m'ont dit : Nous allons nous rendre à la maison de Jéliovah! Une fois déjà, mon pied a franchi ta porte, ô Jérusalem! Jérusalem, toi ville bàlie si serrée, qu'en toi les demeures touchent aux demeures^.

« C'est par là , par là , que se dirige la marche des tribus , des tribus de Jébovah, qui vont à la fête en mémoire d'Israël, pour y célébrer la majesté de Jéhovah !

« Là sont rangés les sièges élevés des juges, les sièges que le roi a commandés^. Féhcitons Jérusalem! Que tes amis soient heureux, que la sécurité séjourne dans tes murs, que la paix habite tes superbes maisons! Par amour pour mes frères, par amour pour mes amis, je te souhaite de riches bénédictions; par amour pour le temple de notre Dieu, je te bénis et j'appelle toutes les prospérités sur toi. »

C'est bien là le langage naïf et candide d'un jeune ( ampagnard qui n'a vu Jérusalem qu'une fois , et qui désire ardemment revoir cette ville.

D'autres chants contiennent des félicilations générales, tandis que d'autres encore vantent la concorde des familles et des tribus, ou l'éclat des prêtres et la magnilicence du service divin. Aux époques de calamités publiques, ces clianls ont quelque chose de plaintif, de lugubre même. En un mot, les assemblées nationales ont donné lieu aux psaumes où régnent l'enthousiasme et l'esprit national ; tous ceux qui commencent par ces mots : « Le Seigneur est roi,» et la iilujiart des psaumes de recon-

' Psaume ia2.

• C'esl-ii-ilire tu niiiritcs le nom de ville;cn toi, Icsinaisons touclicnt aux maisons! N'est-ce pas comme si 1 on entendait le cri d'admiration d'un de nos canipa[;nards, qui n'a jamais vu que des vilia(;es et des bourgs, dont les maisons sont s(?parées par des champs et des jardins, et qui voit une capitale pour la première fois ? Urbem, quam rliscnul Hoinum, Melibœe, fjutavi SIhIIus i'(jo liitic nostrœ simi'/em, etc. ^ El qui i-taieni en partie occupés par sa famille, ainsi que nous l'apprend Samuel, liv. Il, cliap. 8, vers. i8.

i>snTLiio>s m: Moist. oo5

naissance et d'alléluia , composés'par des anonymes, par Asaph ou par les enfants de Coré, appartiennent à celte catégorie. Le psaume le plus touchant de David, qui commence par ces mots : « Comme le cerf crie , » etc., a été, sans aucun doute, composé à répoque de ces assemblées nationales. Le désir ardent de voir le temple, et le regret de ne pouvoir se trouver en ce moment :

« Au milieu des voix d'allégresse et des chants de bonheur, au milieu de la foule de ceux qui dansent autour du palais de Dieu ; »

Sont rame et le véritable sujet de ce psaume. Puisque Moïse est le fondateur de ces assemblées nationales, on peut, à juste titre , le regarder comme le père des hymnes auxquels elles ont donné lieu.

IL Le Dieu d'Israël n'était représenté par aucune image, les tables de la loi étaient déposées dans le lieu le plus saint du tabernacle , c'est-à-dire dans l'arche que surmontaient les chérubins, symboles du sacré et du merveilleux. L'espace vide audessus d'eux était regardé comme la demeure de Jéhovah , car il est dit fort souvent : « Dieu qui demeure au-dessus des chérubins. )) Dieu n'avait donc pas de trône spécial dans le temple , les tables de la loi lui en tenaient lieu; il en était le gardien, l'exécuteur, et les couvrait de la puissance de son autorité. Cette représentation grande et noble de la divinité renferme le service divin et la constitution nationale dans un seul et même lieu, et fait de la loi un traité d'alliance entre Dieu et son peuple. Comment la poésie hébraïque aurait-elle pu créer des images d'idoles? Puisque le temple et la loi n'en contenaient point, elle ne pouvait que chanter le Dieu du peuple, et la constitution nationale qu'il avait donnée à ce peuple; c'est ce qui l'a rendue si puissante et si énergique. Un grand nombre de chants nationaux célèbrent le roi qui siège dans l'obscurité (la nuit la plus profonde régnait toujours dans le sanctuaire du temple), mais dont le trône est bâti sur la justice; d'autres invitent les magistrats à juger au nom de Dieu, puisque ce n'est que par la loi que Dii u est présent chez son peuple.

OM CIlAIMlUi; IV.

tt' J>Jliov;ili iv'giie! lus poupl -s Ircmlileal dovanl lui! Il trône au-dessus des chérubins, et le monde frémit ! C'est à Sion qu'il habite le grand Jéhovah , lui qui s'osl élevé au-dessus de tous les peuples.!

« La puissance du roi est dans son amour pour la loi ! Tu as constitué en Jacob la loi, l'ordre et la justice. Glorifiez Jéhovah votre Dieu, inclinez-vous profondément devant la place du sajicluaire où s'appuienl ses pieds.

c( Moïse et Aaron parmi les prôlres, et Samuel parmi la foule des adorateurs 2 de Jéhovah, l'ont invoqué noire Jéhovah. 11 les a écoutés, il leur a parlé du haut des nuages; ils ont conservé ce qu'il leur avait dit, et les lois et les constitutions qu'il leur avait données^ Jéhovah, notre Dieu, tu les as écoutés, tu as été pour eux plein de miséricorde, tu as vengé leur œuvre *.

« Exaltez Jéhovah notre Dieu! prosternez-vous devant le mont sacré où trône notre Dieu, le Très-Haut! »

Ces images doivent nécessairement nous paraître inintelligibles et pâles, dès qu'on les détache de leur véritable destination ; mais on les trouvera justes et belles, si l'on n'y voit que les Heurs d'une couronne d'hymnes de louanges et de joie, chantée par un peuple libre, qui ne pouvait être gouverné que par les lois que Dieu lui-même lui avait données.

ce '^ Dieu préside les assemblées de son peuple "; il rend ses arrêts au milieu des dieux de la terre! Jusques à (juand vos jugements seront-ils injustes ? jusques à quand ferez-vous attention à la personne de l'oppresseur? Faites droit aux pauvres, à l'orphe-

' rsaume 97.

* Qui ii'i'taient pas prêlres. Celte distinction est empruntée à la partie visible du service du temple, qui était partagée en prêtres et en laïques, en serviteurs et en adorateurs.

* Il n'est ((ucstion que de lois et de constitutions nationales; la joie et l'oriîueil que le peuple en ressent sont rame et le sujet de cet hymne.

* C'est-à-dire tu étais près d'eux, tu protégeais leur institution , tu les fortifiais contre leurs cnuemis, etc.

5 Psaume 8i.

* Dieu tenait sa cour de justice au centre du pays, dans le sanctuaire où, dans tous les cas douteux , le firind-jujo venait l'interroger. 11 si/'jeait c'yaliMnent dans tous les conseils du peuple, qui ne se rassemld lient qu'en son nom. Dieu seul était roi et jupe; et lorsqu'lsrac'l avait des rois, ces rois n'étaient considérés que comme des ijouverneurs institués par Dieu, pour veiller, »ous lui, sur la loi et sur U constitution nationales.

iN.STHniu>s DK moisi:. oj/

lin, à ropprimé; faites droit même au mendiant; sauvez le faible, le pauvre; sauvez-les de la main des méchants.

« Ils ne savent, ils ne comprennent rien; ils s'avancent l'esprit voilé de nuages : voilcà pourquoi les fondements de notre pays cliancèlent.

« Je vous ai appelés des dieux ; je vous ai tous nommés les fds du Très-Haut; mais, semblables aux hommes les plus faibles, vous mourrez; tous ensemble, vous périrez commepérilun seul*.

tt Lève-toi, ô Jéhovah! et juge le pays, car toutes les tribus sont ton héritage. »

C'est ainsi que le chant patriotique apostrophait les tyrans, et faisait tout-à-coup apparaître au milieu de leur conseil, le Dieu au nom duquel ils étaient les juges et les princes du peuple. Pour atteindre à ce résultat , le poète n'a qu'à leur rappeler la constitution du pays.

Le psaume 94 traite ce même s'ijel plus chaleureusement encore. En général, tous les chants qui célèbrent Dieu en qualité de roi, et que l'on peut regarder comme des hymnes politiques sur la constitution de la Judée, parlent avec tant de fierté de cette constitution, qu'ils invoquent la terre, la mer et toutes les nations, pour leur faire avouer que le Dieu d'Israël est le seul roi équital»le et légitime; que la Judée seule possède une constitution éternelle comme Dieu, forte et invincible comme la nature, puisque, scud)lable à cette natin\\ cette consiitution est l'cpuvre de Dieu.

Plusieurs psaumes ont adopté une marche qui nous parajt singulière ; car le poète unit et jette, pour ainsi dire, à travers son chant, les miracles que Dieu opère dans l'empire de la nature, et les grands événements politiques qui, aux yeux de ce poète, sont aussi des miracles. Il est probalile que l'énumération de ces miracles se faisait aUernativement par plusieurs chœurs ; mais ce (pii donne surtout quelque chose de grand et de fier à l'ensemble du chant , c'est que le poète envisage sous le même point de vue les plus grands comme les plus petits événements, pour

' l.c septième vers est, d.ins ses deux mcinbiLS, r^intillièse du sitième. Kii le? opposant ruii à l'autre, on trouve que les liomnics que lo poêle u appelés des dieux .Tin«i que les lioinmes les plus faibles, doivent mourir, les uns et le» aullt^, tous enicinble, comme s'ils uétaicut qu'un seul lioinme ; et alors ce passage n'a plus rien d'obscur.

558 (iiAriiKK IV.

lesquels il a la même vénération, puisque les uns cl les autres sont les œuvres de Dieu.

PSAUME 1 i7.

Premier et deuxième choeurs. — « Louez JéliovaliM » Premier choeur. — « Car il est beau de chanternotre Dieu! » Deuxième choeur. — « Car elle résonne agréablement , la louange sonore ! »

Premier choeur. — « Jéhovali a construit Jéiusalem, et réuni les dispersés d'Israël ! Il guérit tous ceux qui sont blessés au cœur ; il panse leurs blessures. »

Deuxième choeur. — « Il compte le nombre des étoiles, il les

nomme toutes par leur nom. Il est grand et fort, notre Seigneur;

son entendement est incalculal)le. »

Premier choeur. — « Jébovali aide à l'opprimé à se relever. »

Deuxième choeur. — « Et il abaisse l'oppresseur jusqu'à terre. »

Premier choeur. — « Cbantez Jéhovah ! chantez-le de cliœur

en chœur. »

Deuxième choeur. — « El que pour lui le son des harpes se mêle à vos chants. »

Premier choeur. — « Pour lui , qui couvre le ciel de nuages et donne de la pluie à la terre ; pour lui , qui fait produire aux montagnes leurs herbes tendres; pour lui, qui donne aux animaux leur pâture, et qui nourrit les jeunes corbeaux quand ils crient vers lui. »

Deuxième choeur. — « Il ne se complaît point dans le cheval robuste ; il ne se pare point du coursier lapide. Jéhovah n'a d'affection que pour celui qui le révère et qui se conlie en sa bonté. » Premier eï deuxième choeurs. — « Glorilie la Jérusalem de Jéhovah ! glorilie la Sion de ton Dieu ! car il consolide les verroux de les portes, et il bénit en toi ta race tout entière ; il l'a donné la paix pour frontière; il te nourrit de la moelle du froment. »

Premier choeur. — « Il adresse la parole à la terre, et la pa-

' Il est i)ossil)le i|iie, dans ce psaume, cliacun des deux membres du parallclisiiie ait été chanté par desirlireuis différents. Je n'ai pas suivi celle classification, qui aurait inutilement augmenté les chiffres, car je n'ai voulu donner qu'une idée générale de l'ensemble de la marche du poème.

iNsrni r[o.\s ui: Moisi:. 359

rôle court el se précipite! Alors la-neige tombe comme des flocons de laine; il sème le givre comme on sème la cendre; il nous jette sa glace en immenses grêlons! Qui pourrait résister devant ses frimas? »

Deuxième choeur. — « Il envoie sa parole, et les glaces se fondent ; son souffle passe , et les eaux coulent de nouveau ! »

Premier et deuxième choeurs. — « C'est à la race de Jacob qu'il a confié sa parole; c'est à Israël qu'il a donné ses jugements et ses arrêts! Il n'en a fait autant pour aucun autre peuple; aucun d'eux ne connaît ses institutions. Louez Jéhovah ! »

Je suis en général très-éloigné de tout ce qui ressemble à des ornements dramatiques dans les psaumes ; mais ici , le changement de voix m'a paru si visible, que j'ai cru qu'il était indispensable de l'indiquer. Le mélange hardi des phénomènes de la nature et des merveilles politiques, est l'aine de ce psaume.

III. Puisque Jéhovah ne régnait que par la loi, il devait nécessairement avoir des serviteurs qui étaient les instruments de son règne. Le tribunal suprême se composait des commentateurs, des conservateurs et des exécuteurs delà constitution du pays; après eux venaient les calculateurs du temps, les gardiens des poids et mesures, les juges des maladies contagieuses et les médecins. Les hommes appartenant à ces diverses catégories délivraient les contrats qui constituaient la propriété, réglaient les fêles d'après lesquelles se réglaient toutes choses, convoquaient le peuple pour les réunions nationales, et le suivaient à la guerre avec le sanctuaire de la nation, afin de soutenir son courage par des chants, une musique bruyante, et surtout par la conviction de la présence de son Dieu au milieu de lui.

Le premier serviteur de Dieu, le grand-prêtre, était aussi le premier serviteur delà justice; et la parure qui ornait sa poitrine s'appelait la parure de sa juridiction. Chez les Égyptiens, le grand-prêtre portait devant lui l'image de la justice; celui des Hébreux n'avait point d'images, mais les noms des douze tribus, gravés sur des pierres précieuses, étaient suspendus sur son cœur, afin d'y porter la lumière de la justice et du droit \ c'est-

' Il est hors de doute qiip rf'ii'iH elle T'/iidjimin signifïnifnl II véritable lumière,

560 (HAl'ITUK IV.

à-dire que la lumière la plus parfaite devait éclairer ses jugements dictés par son cœur.

La poésie hébraïque emprunte les images des plus nobles dignités à la parure des prêtres, surtout à celle du grandprêtre , qui était le premier de la nation, un prince sacré devant Dieu, auquel on prodiguait, pour sa parure, tout ce que cette époque pouvait fournir de plus magnitique cl de. plus précieux.

« Les prêtres étaient vêtus de justice et de salut \ « C'est-àdire que leurs vêtements sacerdotaux étaient le symbole de Tordre et de la justice, de la prospérité nationale et de la juie (juiî cette prospérité causait à Jéhovah; car les prêtres étaient des

et que celte locution : • Tu feras de ta fjorure île juridiction t'L'rim et le TUiimmin (ordonner, donner), » signifiait, tians II liu)j;ue hébraïque: « Tu en feras riiisi(în(! lie la sentence la plus liaute , la plus juste et la plus irrévocable, devant laquelle il n'y aura plus ni iloule ni excuse possiljles. »

•le ne nie liasarilerai pas à décider si l'oracle de iJieu au sanctuaire répondait , en effet, au j;rand-prêîic, et si l'enlhonsiasme et l'iiispiralion suliile de l'espiil de Dieu et devériu;, qui s'emparaient dclui lorsqu'il entrait au sanctuaire pour uilerro- (•jer Jéhovah , étaiei>t le résultat d'une voix distincte, comme celle qui avait parlé à Moiso, ou d'une influence mystérieuse et inléiieure qui diiiyeait tout à-coup sa pensée. Mais il est certain que le grand-piclrc répondait au peuple au nom de Dieu , et que ces mois : Interrogez Dieu par l'Uriin et le Thuiiimin , ne siyniliaient autre chose que le faire interroger par la personne qui portail l Urini et le Thutnmin , et à laquelle ce bijou en donnait le droit. C'est ce que Moïse dit clairement, liv. iv, chap. 27, vers. ai. Les réponses qu'il faisait inspiraient autant de confiance que si c'eût été des oracles , ce qui a donne lieu de dire, beaucoup plus tard, de certains hommes dont la sagesse inspirait une grande vénération, que, lorsqu'on les consultait , ils répondaient comme si c'eût clé Dieu lui-mcnie. En un mot, l'Urim cl le T/iiimmm étaient la sagesse et la vérité réunies, un oracle de Dieu, la décision la plus juste et la plus irrévocalile. C'est de cet insigne (pie Moïse fit l'ornement de la justice, c'est-à-dire un l)ijou consacré cl d'une forme convenable à la chose tpi'il représentait. Il eu était de même du bandeau quiornail le front du grand-prêtre, et sur lequel on lisait cis mois : « Sainteté de Jéhovali.n C'était là l'insigne de sa dignité royale, de sa qualité de représentant de Dieu , tandis que la piarure qu'il portait sur sou cœurétail le symbole des devoirs de ses fonctions de juge du peuple, devoirs qui consistaient à rappeler toujours à ce peuple le souvenir et les bienfaits de sou Dieu. Sou droit d'interroger Dieu dans les cas où les décisions humaines paraissaient insuffisantes , el de prononcer un arrêt définitif d'après la réponse et au nom de ce Dieu , le rendait le médiateur entre la divinitiiet les hommes. L'Urim et le Tlinmwin lui donnaient ce droit; aussi ne pouvail-il jamais paraître devant Jéhovah que revëlu de CCS insignes. Les tommentaleurs qui ont cru voir dans VUrim el le Tliuinmin deux dés, ont commis une erreur grossière. Les réponses aux questions faites en leur nom étaient si décisives et se r,ipportaienl si parfaitement aux circonstances, «lu'il est impossible d'y voir le résultat d'un jeu du h.ibaid qui fait tomber les di-s sur une f.iee plutôt que sur une autre. I l's.iuine i3i, \ericlsy et iti.

INSTITUIONS DK MOÏSK. 561

juges, des personnages sacrés, et les exécuteurs des institutions du pays; le bonheur de ce pays se fondait sur eux.

Ces idées ont donné lieu à des images qui nous semblent étranges; les esprits railleurs peuvent même les trouver ridicules, car nous n'avons plus le bonheur de posséder un seul de ces symboles saci es, objets de la vénération de tout un peuple. Il est donc bien naturel que nous ne puissions nous foire une juste idée des sentiments qu'ils faisaient naître et de Tinfluence qu'ils devaient exercer. Nos prêtres à nous sont vêtus de mépris et de dédain, la pauvreté est leur parure; dans beaucoup de pays, le peuple s'irrile au seul mot de leligion d'État : d'où il résulte que le mot prêtre, même lorsqu'il est question d'une autre époque et d'une autie instiiution , nous fait paraître petits et désagréables les tableaux les plus grands et les plus nobles.

Les Hébreux ne connaissaient pas d'images plus louchantes et plus palpables des calamités nationales, que ces phrases : « Le sanctuaire a été profané! La couronne de la magnificence de Dieu est tombée de la tète du grand-prêtre! Les prêtres s'enveloppent de sacs en signe de deuil ! » C'est que la profanation du sanctuaire était celle de la nation, et l'éclat de la parure des prêtres, une preuve infaillible de l'ordre et du bonheur public.

«* Je me réjouis en Jéhovah d'une joie ineffahle, mon cœur est plein d'allégresse en Dieu! Il m'a revêtu de vêtements de bonheur; il a jeté sur moi le manteau dos princes! Me voilà, dans mon éclat sacerdotal , paré comme un tîancé , comme la jeune épouse couverte de ses joyaux de noces ; car de même que la terre fait pousser les plantes, de même qu'au jardin germe la semence, de môme Jehovah fait germer pour nous, devant le monde entier, la justice et la gloire nationales. »

Telles étaient les images que la poésie hébraïque puisait dans le sanctuaire et dans le service divin. Chez ce peuple, l'union des familles était comparée au baume qu'on faisait couler sur la tète du grand-prêtre pendant les cérémonies religieuses -. Semblable à ce parfum paiticulièiement agréable à Jéhovah, et dont nul autre que le grand-prêtre n'avait le droit de se servir,

' Isaic , cliap. 6i , vers loci il. ' l's iiiir.c I 33.

562 cii.U'iriir. iv.

la concorde des IVères cxlialuil une suave et sainte odeur devant Dieu et devant les hommes.

Depuis les temps les plus reculés, les titres de prince et de prêtre, unis par l'idée qu'ils remplaçaient Dieu sur la terre, étaient des synonymes, car tous deux tiraient l'origine de leur titre d'un mot désignant les serviteurs de la divinité, qui , seuls , avaient le droit d'en approcher.

Pendant les règnes tout domestiques du monde primitif, chaque père de famille était le prince et le grand-prêlre de sa maison. Melchisédec unissait la dignité de roi de la justice à celle de prèlre du Dieu très-haut. Le psaume qui dépeint la royauté sous le point de vue le plus élevé , fait trôner le roi à la droite de Jéhovah, et ne le rend digne de cette élévation qu'en l'entourant d'idées et d'images sacerdoliiles.

« » Jéhovah t'a fait un serment sacjé: Tu seras pour toute l'éternité un prince sacerdotal ; je te consacre pour être à jamais mon Melchisédec. »

Plus lard la poésie héhraïque assimila les prêtres aux anges». Puisque les uns étaient les messagers de Jéhovah, et les autres les gardiens , les exécuteurs de sa loi , jouissant du privilège exclusif de paraître devant son trône, on devait nécessairement, dès que le ciel de ce Dieu était devenu une tente, un temple, mettre les prêtres en harmonie avec ces images nouvelles. Du temps d'Isaïe déjà, les séraphins étaient des princes et des prêtres, c'esi-à-dire des serviteurs du roi qui trônait dans le temple'. Dans la vision d'Ézéchiel, l'ange qui désigne les justes qu'il faut épargner, est un prêtre*, et les figures magnifiques qui, dans Daniel , expliquent à ce prophète les visions qui viennent de lui apparaître, sont également des prêtres ''.

A celte époque, on spiritualisail toutes les images qui personnifiaient les idées de pureté, de dignité, de beauté, et on les appliquait aux princes du ciel , formes sous lesquelles le Nouveau-Testament même dépeijit encordes anges. Dans l'Apoca-

' Psaume i lo.

' Miil'ictiic, cliap. 2 , vers. 7; cliip. 3, vers. i". ■* Is.iïc , cliap. 6, vers. 2.

* Hzccliiel , cliap. 9, vers. i.

5 Daniel, cliap. 10, vers». 5.

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