TABERNACLE DE MOÏSE
Tableau symbolique.
« Désert si pauvre! que tu es riche! D'où te vient ta magnifique parure de bijoux? Pourquoi ton Sinaï , avec sa couronne de fumée, est-il réternelle lumière de Dieu? Pourquoi ton plus aride rocher est-il une source inépuisable d'eau fraîche et pure ? Pourquoi ta rosée est-elle le mets des anges?
« C'est la force harmonique de la muse sacrée qui répand ainsi du miel en abondance sur tout ce qu'elle touche; c'est par le chaut do celle muse suliliine ([ue des esclaves échappés
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deviennent, au-delà des mers, un peuple libre ! Consacrés par elle, le pain dur cl sans levain, les saumures amères et le bâton de voyage, la soif et la fatigue, Ja peine et les tourments, le tabernacle au milieu des sables brûlants, sont devenus les sujets d'une éternelle fête de liberté!
« Elle est là, devant moi, Tluimble feuillée du désert, la tente des oracles de rÉternel! Est-ce là qu'il demeure, l'Éternel? Que cet espace est étroit! Ici , devant lui, des pains entassés; plus loin, des lampes allumées, et partout des parfums qui montent et s'élèvent ! En dehors de sa tente coule le sang du sacrifice ; et ses serviteurs, les prêtres, attendent l'instant où se manifestera la protection C'ieste ; ils passent au-delà du tapis. Un seul entre au sanctuaire ; sa démarche résonne , sa main est pleine de sang !
« 0 loi ! lumière sacrée au milieu de laquelle s'avança Moïse, toi dont le reflet brille éternellement sur son visage, daigne me recevoir. Nuée sainle, toi qui t'es entretenue avec lui comme un ami s'entretient avec son ami, daigne me parler ; enseigne-moi ce que Bezaléel, Nadab et Abihu n'ont jamais pu savoir.
« Je te vois là, dans ce lointain, homme solitaire ! Je te vois au pied du Mont-Horeb, entouré de tes brebis ; je lis au fond de ton cœur : il gémit sur l'infortune de tes frères! Le voilà qui s'enllamme, le buisson desséché ! le Dieu de tes frères t'appelle ! La llamme lutta longtemps contre les doutes, contre les hésitations de l'élu , mais la flamme triompha : elle mit dans sa main des prodiges, elle mit dans sa bouche la parole d'Aaron, et ils marchèrent tous deux en avant, et ils arrachèrent leurs frères à la mon!
« Gloire éternelle à toi , sauveur de ton peuple , toi qui l'as contraint à briser ses fers ! toi qui l'as traîné de force à travers les vagues de la mer jusqu'au pied du mont de l'Éternel ! loi qui lui as parlé avec la voix des trompettes, avec la parole du tonnerre , et qui pourtant n'as pu te faire écouter par ce peuple ingrat! Tu l'as guidé avec le doigt de Dieu, et il ne t'a point compris. Quand tu as parlé au rocher, le rocher t'a entendu, il a ouvert devant toi son cœur froid et dur ! ton peuple n'en a pas fait ainsi. 11 dansée là-bas nu pied du veau d'nr ! Jetle au loin
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les tables do la lui, zélateur sacré ! mais ne te lasse point de le combattre, ce peuple ingrat!
« L'ange de Jéhovah marche .devant loi, il te vengera! L'enfer dévore, les serpents piquent, la mort ronge lentement ; dans quarante ans, ils auront tous disparu, tes ennemis! Dis-le tout haut, ce que la bouche de Jéhovah t'a commandé; exécute-le, ce que tuas vu faire sur la cime du mont. Fatigue-loi, épuiseroi , et meurs avec une joie douloureuse, le regard fixé sur l'entrée de ton pays !
«Meurs! afin que tu ne voies point la pci-versité des rois et des dcslrucleurs du pays, afin qu'une sainte colère ne te consume point, quand la loi sage et divine sera défigurée parla superstition et l'hypocrisie; quand elle sera méconnue par la sottise et par la vanité ; quand elle sera souillée, rongée par la dent de la calomnie ! Il faut que ton enveloppe tombe en poussière , il faut que le trôn<; de ton Dieu , de ce Dieu qui ne trône que sur la sagesse et sur la justice, soit envahi , profané, oublié ! Avec la fuile des années les cieux eux-mêmes vieillissent; il vieillira aussi, ton Sinaï! Où sont-elles, les tables que ton Dieu a écrites pour toi ? Elles ont été ensevelies , comme toi tu as été enseveli par Dieu !
a Mais que vois-je là-bas dans le lointain? N'est-ce pas un autre tabernacle plus large cl iilus vaste? L'Invisible ne demeure plus dans les ténèbres, il brille sur la face du plus divin des prophètes ! Autour de lui étincèle la lumière à sept bras, ce regard de l'esprit saint envoyé par lui sur l'univers entier! Devant lui s'exhale un doux parfum, fi prière des saints, et plus loin coule l'absulution de la moi'l impure du péché; devant lui coule le sang de la rédemption !
« Oii esl-il, celui qui maintenant ose entrer au sanctuaire, au plus saint des saints? Y en a-t-il un parmi nous qui soit vêtu de la parure de riiinocence? dont le front brille de la sainteté de Jéhovah? Y en a-l-il un parmi iKuisqui porte sur sa poitrine, en douze pierres précieuses, la lumière cl la justice? dont le pas résonne, afin que Jéhovah l'entende et abaisse son regard pour absoudre et bénir? Oh! que celui-là s'avance! qu'd entre au lahcrnacle , cl qu'il inlrrrtiuf notre Dieu ! n
, Vénération et ménagements de Moïse pour le {jouvernement des pères. Influence de cette conduite sur le ton de l'Iiistoire, sur les sentences de morale, sur les idiolismes et la poésie des Hébreux.
a. Position de la femme par rapport à l'homme et au ménage , telle qu'on la trouve indiquée dans plusieurs passages de la poésie hébraïque et des lois de Moïse. — Tableaux sur la pudeur, le mariage, la fécondité , l'amour, lasagesse. — Enseignement moral de la mère de Lémuelàson fils. — Éloge d'une maîtresse de maison hébraïque à la campagne.
3. Organisation des familles en tribus. — Indépendance et liberté de chaque tribu. — Entrait-il dans les intentions de Moïse que son peuple eût, plus tard, une opulente et magnifique capitale, et qu'il s'élevât à un haut degré de gloire militaire et de prospérité matérielle? — Forme de la poésie hébraïque, sortie de sa simplicité champêtre.
4. Pourquoi les prophètes s'élevaient-ils avec tant de sévérité contre l'oppression, la somptuosité et la mollesse? — Dans quel but Moïse les a-t-il institués? — Quels étaient leurs droits et leur pouvoir ?
5. Le pays de Dieu et des pères, et le lien qui unissait toutes les tribus entre elles. — La loi de Moïse fait partie de ce lien. — Sur l'esprit local qui règne dans tous les écrits et dans tous les chants des Hébreux, ainsi que dansleurs espérances. — Vues spéciales de Dieu sur Canaan: — Origine de cette pensée; usage qu'en ont fait Moïse et les poètes hébreux.
6. La théocratie est le second lien qui unit les tribus entre elles. Principe de cette théocratie; sa dignité et sa beauté pour les intelligences élevées. — Preuves de ces qualités tirées des jugements , des punitions, des taxes, des assemblées nationales, etc. — La plus grande partie de la poésie hébraïque est politique.
7 Objections contre la tribu de Lévi , qui devait être l'appui de la théocratie. — Comment cette tribu s'esl-ellc élevée à cette dignité? — Premier projet de Moïse. — lîornes dans lesquelles ce législateur a renfermé la tribu de Lévi. — Quels étaient se; devoirs? et comment a-t-elle été nuisible à l'institution tout entière?
8. Du prophète attendu par Moïse. — .Malheur de Moïse de n'avoir pu luimême établir sa loi en Canaan ; causes et suites de ce malheur ; chagrin qu'il eu ressentit. — La fin du ps lume 90. — Espérance de Moïse.
9. Autorité divine des lois de Moïse; nécessité et utilité de cette autorité. — L'origine divine de ces lois n'était-elle qu'une supposition? — Pouvons-nous, devons-nons décider celle question?
Supplément : La loi de Dieu et de Moïse, fiction judaïque.
Il m'a puni indispensable de donner encore queltiues dctuils
r>7i ClIAl'ITRK V.
sur les lois de Moïse et sur les intentions politiques de ces lois ; sur les mœurs et sur la civilisation du peuple dont la poésie est l'objet de cet ouvrage. Pour bien connaître la qualité d'un l'ruit, il faut étudier l'arbre qui le produit.
I. La première institution gouvernementale du monde, n'était autre chose que les rapports entre les pères et les enfants, qui, chez un peuple pasteur tel que celui des Hébreux, devaient nécessairement rester longtemps le lien le plus fort et le plus sacré. Le peuple d'Israël n'a d'autre antécédent que le gouvernement paternel des patriarches; aussi Moïse respecta-t-il l'autorité paternelle, et la rendit-il plus sacrée encore, en faisant de la vénération des enfants pour leurs pères et mères, la condition d'une existence heureuse et longue. Cet esprit règne dans toute la poésie morale des Hébreux. Le mot père est, dans leur langue, l'expression la plus belle et la plus noble par laquelle on puisse désigner un roi, un prêtre, un prophète, un chef, et même l'inventeur d'un chose utile. Toutes leurs compositions ont un cachet d'amour paternel et de candeur filiale, dont on ne trouve aucun exemple chez les autres peuples, parce qu'il n'en est point dont la poésie remonte, comme celle des Hébreux, jusqu'à la source de l'espèce humaine. C'est par ce même motif que leur histoire est précédée d'une introduction pastorale et filiale parfaitement en harmonie avec les temps primitifs, c'est-à-dire avec l'époque pastorale et patriarchale qui devait servir de modèle aux temps à venir.
Dans les premiers chapitres des proverbes de Sulouion, on voit (pour parler le langage des Hébreux) le lait et le miel couler des lèvres du père qui exhorte son lils à la sagesse. Les sévères lois de Moïse elles-mêmes prennent des allures douces et paternelles quand elles n'instituent que des rapports humains; et le Deutéronome tout entier est écrit avec la dignité et l'insistimce d'un père sage et bon. Si l'on faisait un recueil de tout ce que les proverbes, les psaumes et les prophètes disent sur les relations de famille, sur les vertus et le bonheur domestique, on aurait la quintessence de la morale la plus ancienne et la plus douce. La poésie morale des Persans est fine et délicate, celle des Arabes est ingénicusi; v\ subtile, crlle des Hi'breux est naïve
suiTK Di:s i>siiiuno>s uk moïsk. 375
el filiale; c'est une nourriture simple et saine, appropriée au premier âge de l'espèce humaine.
II. D'après les idées orientales, la femme était soumise à l'homme, et on ne faisait pas alors consister la dignité de ce sexe dans l'oisiveté et dans un impérieux dédain, mais dans l'amour du travail , dans la chasteté, dans toutes les vertus domestiques et malernelles qu'enveloppait le voile de la modestie. Des mœurs telles que les décrivent les poètes des temps postérieurs, eussent été de la folie ou de la dépravation. 11 serait donc extravagant de demander la galante poésie des salons à un peuple qui enfermait ses femmes, afin que, dans leurs retraites, elles pussent fleurir comme la tleur embaumée des jardins, ou porter des fruits comme le cep fertile de la vigne.
« 1 Heureux celui qui honore Jéhovah et marche sur sa route ! Tu jouiras du travail de tes mains, la prospérité et le bonheur seront avec toi. Ta femme fleurit comme le cep de la vigne qui enlace de ses branches fertiles tous les murs de ta maison. Tes lils sont rangés autour de ta table comme une plantation de jets d'oliviers; et tu verras les enfants de tes enfants. Paix sur toi, Israël ! »
Telles étaient les féhcités simples et champêtres que chantait la poésie hébraïque; et voici comment les prophètes, dans les temps de corruption et de calamités, peignaient un plus heureux avenir :
« - Dieu créera du nouveau dans le pays, l'homme sera entouré par la femme. »
C'est-à-dire que le pays sera tranquille et sfir, au point que la femme suffira à la garde de sa maison, cl que, selon les idées primitives sur le bonheur domestique , elle pourra entourer l'homme comme la couronne entoure le front d'un roi.
Les lois de Moïse placent, en général , le bonheur des familles au-dessus de tous les autres. Ce législateur humain dispensait de la nécessité d'aller à la guerre, tout homme qui avait bâti une maison dont l'inauguration n'avait pas encore été célébrée ; qui avait planté une vigne dont il n'avait pas encore goûté les
' l'saume 128.
' lôrcmic, cli.ip. 3i, vers li.
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fruits ; qui était liancé à une femme qu'il n'avait pas encore épousée. « Qu'il s'en aille, disait ce grand sage au cœur aimant, qu'il reste chez lui, afin qu'il ne meure pas à la guerre et qu'un autre inaugure sa maison, qu'un autre jouisse des fruits de sa vigne, qu'un autre épouse sa fiancée*. »
Gloire et bénédiction sur le législateur qui pense et qui parle ainsi !
Les lois de Moïse s'occupent surtout de la décence des relations entre les deux sexes, de la pudeur et de la chasteté des filles, et du degré de parenté où le mariage était permis. En un mot, le législateur avait prévu et défendu tout ce qui pouvait flétrir la nature humaine, rendre dangereux les rapports intimes entre les membres d'une même famille, et avilir la femme aux yeux de l'homme.
Sous ces divers rapports, les lois de Moïse sont les plus chastes et les plus utiles que, sous un pareil climat, il était possible de donner. Les passages de Saiomon et de Sirach, qui parlent des vertus et des charmes de la femme, la comparent à une guirlande tressée avec les giàces, l'innocence, la douceur et l'amour du travail, qui sont les seules fleurs dont elle doit composer sa parure. Le bonheur d'un bon ménage, et les tourments d'une union mal assortie, sont retracés par des images aussi justes qu'énergiques. La couronne nuptiale qui ceignait la tète du futur, l'huile dont on oignait son fi'ont, et les hymnes de félicitation que l'on chantait en son honneur, n'étaient pas de vaines cérémonies, mais les symboles du bonheur que la femme devait lui procurer. La fécondité du mariage était la plus riche des bénédiciions en ce monde. Certains passages des psaumes qui, en parlant d'un bonheur inattendu, le personnifient par l'image d'une femme stérile , dont Dieu fait tout-à-coup une mère riche en enfants, appartiennent à la catégorie des tableaux qui impressionnaient le plus fortement l'esprit du peuple. On peut en trouver la preuve dans le chant de la mère d(! Samuel '■' qui, par son bonheur domestique, s'élève à la plus grande
' .Moïso, liv. V, di.ip. ?.o, VOIS. 5 à 7.
» l'sddiiK! 1 13, vers. 9, oic.
5 SamiH.I , liv. I, clii\p. a, vers 1.
gloire possible. Tous les prophètes, en général, quand ils promettent au juste les faveurs du ciel, lui annoncent de nombreux enfants.
« * Regarde ! des fils nombreux, tels sont les dons que Jéhovali te lègue en héritage ; une race florissante est le plus précieux témoignage de sa faveur. Des fils dans l'orgueil et la vigueur de la jeunesse, sont comme les flèches dans la main d'un héros ! Heureux celui dont le carquois est rempli de semblables flèches ! celui-là ne rougit point quand il parle à ses ennemis devant le tribunal de la justice. »
La poésie hébraïque ne connaissait ni le platonisme dans l'amour, ni la pudeur claustrale dans le mariage ; mais combien les scènes qui se passent dans le jardin d'amour du Cantique des cantiques, sont vivement senties et vivement exprimées ! Là , les charmes les plus séduisants s'épanouissent comme des fleurs embaumées; là, on savoure les fruits les plus doux, avec l'innocence de l'amour fraternel. Dans les proverbes de Salomon, la sagesse et la folie sont personnifiées par des femmes: la femme adultère qui séduit et égare, représente la folie; la sagesse est et sera toujours la fille chérie de Dieu, la pure et jeune fiancée, la fille, l'épouse, la mère dévouée.
L'enseignement que la mère de Salomon donne à son fils, est un des plus beaux passages des proverbes de ce roi ; je crois donc être agréable à mes lecteurs en l'insérant ici. J'ai joint à ce morceau celui qui contient l'éloge des femmes.