LA LOI DE DIEU ET DE MOÏSE
Fiction jiKlnu|iie.
« Satan, l'ennemi du bien , apprit que Dieu venait de donner à la terre une loi qui devait y renverser son empire, car elle contenait toule la sagesse du ciel. A cette fâcheuse nouvelle, il monta aussitôt sur la terre et lui dit : « Terre ! où as-lu caché la loi que Dieu t'a donnée ? » La terre répondit : « Le Seigneur connaît seul les voies de sa sagesse; moi je ne les connais pas, » Il s'adressa à la mer, à l'abîme , et la mer et l'abîme lui dirent : « Elle n'est point en moi ! » Il interrogea l'empire de la mort, et les morts lui répondirent : « Il nous est arrivé de bien loin un bruit co.nfusqui parle d'elle. »
« Après avoir traversé le monde entier , et visité tous les peuples enchaînés à son service, il arriva enfin au désert de l'Arabie; là, il vit un homme au visage étincelant : c'était Moïse! Empruntant aussitôt la forme d'un ange de la lumière, il s'approcha de lui, le flatta d'un air hypocrite, et le pria de l'accepter pour disciple. « Tu es vraiment l'homme de Dieu , lui dit-il, car la sagesse de Jéhovah et la raison des Élohim sont en toi ; tu as caché dans ta loi tous les secrets de la création ! »
« Tais-toi ! s'écria Moïse , en contraignant , par la force de son regard, l'esprit du mal à reprendre sa forme satanique; taietoi ! Cette loi n'est pas la mienne, elle est celle de Jéhovah ; en lui seul est la sagesse et la raison, le conseil et la foice! La crainte du Seigneur , voilà la sagesse de l'homme ; éviter le mal , voilà sa raison ! »
a Honteux et vaincu, Satan s'enfuit, et les anges du Seigneur
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s'approchèrent pour servir le plus grand , le plus noble des humbles. Us rinstruisirent, et il les instruisit à son tour. Le prince de la loi se lit son ange gardien, et , du haut des nuages, Dieu lui-même leur dit : a Veillez sur la loi de Moïse, mon serviteur; je viens de lui en donner la propriété, car il s'est humilié el m'a rendu l'hommage qui m'est dû. »
UfiNKDICTIOKS SI K ISIt.VKL. 50î)
BÉNÉDICTIONS SUR ISRAF.L.
Jacob croyait-il qu'Israël serait obligé de faire à main armée la conquête de Canaan ? — Pourquoi fallait-il que cela fût ainsi du temps de Moïse? — Oue veut dire cette expression : une guerre de Jéliovah ? — Pouvons-nous et devons-nous juger les prétentions d'Israël sur Canaan , d'après notre droit des peuples? — Donation poétique de ce pays, dans la bénédiction de Jacob à ses fils. — Quel fut sur eux l'effet probable de cette bénédiction, et comment s'y sont-ils conformés? — Explication de ce pai-sage concernant Piuben : « // s'est précipité comme de t'euu. » — Explication de la bénédiction sur Juda. — Désignation de la contrée destinée à Issacbar. — Ouel est le lieu que devait probablement liabiler Dan? — Eclaircissements de la bénédiction sur Joseph , fondés sur des circonstances particulières et locales. — Idée générale du testament de Jicob. — Génédiction de Moïse. — Différence entre cette bénédiction et celle de Jacob. — Quelques éclaircissements particuliers. — Situation spéciale de la Judée , et sa gloire poétique. Supplément : Le Tliabor, mont du sanctuaire, idée sage de i\loïse.
Lorsque Jacob prédit à ses fils Tavenir qui leur était réservé», il était loin, sans doute, de présumer qu'ils seraient réduits à conquérir, les armes à la main, ce pays que , jadis, il avait paisiblement habité et traversé. Pour lui , c'était une patrie à laquelle son agonie demandait un lit de repos pour ses ossements. En le partageant entre ses tils comme un pays de pasteurs, il avait donné à chacun d'eux la part qui lui convenait selon son caractère; et rien, dans sa bénédiction, n'annonce un pressentiment de conquête et de combats sanglants. Il rappelle, au contraire, avec horreur, la conduite de Lévi et de Siméon envers une famille cananéenne qui cependant avait insulté l'honneur de sa riice ^
Selon toutes les probabilités, Jacob croyait que ses lils ne tarderaient pas à retourner dans ce pays , et qu'ils pourraient , sans luttes et sans obstacles, s'y fixer de la manière qu'il le leur avait indiquée. Le sort en décida autrement. Israël resta pendant qua-
* iMoise, liv. l'r, chap. 4o-
' .Mcii,c,|iv 1, cliap 4n. vers. 5 et 6.
■"Où CIIAI'MUE VI.
tre siècles on Egypte , et n'eut point de chef. Tombé dans l't sclavage , l'exccs de sa misère lui suscita enfin un sauveur ; mais il ne lui obéit qu'en murmuranj, et augmenta ainsi les dilïicultés de la mission que ce sauveur avait eu le courage d'accepter.
Sur la terre de Canaan , tout était changé. A peine soi'lis de rÉgypIe, les Israélites trouvèreiU les hordes d'Amalech qui cher- ( lièrent à les arréler; pas un peuple ne voulait leur permettre de passer sur son territoire , et ils furent toujours et partout forcés de se frayer un passage les armes à la main. C'est ce qu'ils ne firent qu'à regret , ainsi que le prouve la marche qu'ils suivirent; car, au lieu de prendre la roule la plus courte, mais sur laquelle ils eussent été forcés de combattre un peuple d'origine égyptienne , ils se dirigèrent vers quelques nations issues du même sang qu'eux. Le peuple d'Édom est de ce nombre; Moïse s'était tlatlé d'obtenir le droit de passer sur son territoire, en s'engageant à l'indemniser de toutes dépenses et dommages ; mais cette permission , il ne l'obtint point, et son peuple fut obligé de camper pendant plus de trente ans dans le désert.
Pendant ce bips de temps , la mort fit disparaître les pères, et les fils eurent le temps de s'aguerrir et de former, autant que possible , une armée conquérante; car il est incontestable qu'Israël ne pouvait continuer à vivre selon la loi de Moïse, tant qu'il serait confondu au milieu des peuples de Canaan. La plupai t de ces peuples étaient des hordes errantes , le reste se composait de Troglodytes, et l'on connaît le mépris et l'horreur des anciennes tribus voyageuses pour ces habitants des cavernes, que 3oh* appelle :
« Fils du néant, enfants sans nom dont il faut purger la terre. «
VA Moïse^ dit q\ie le pays doit les rejt^ter à cause de leurs vices et dcleur vie licencieuse et dénaturée. La superstition des Camites était la plus cruelle de toutes, car elle autorisait même les sacrifices humains.
Comm(-nt les institutions de Moïse auraient-elles pu résister au voisinage, et par conséquent aux relations hribiluelles avec
' Job, cliap. 3o, vers, i et 8.
> .Moïse, Tiv. III, cliap. i8, vurs. 2/1 à 3o ; Moisc, liv. iv, cliap. i3, vers, ai , rli.ip. •jf) vers 3.'(. Moïse, liv. V, cliap. 1, vers. 10 îi la ; iliap, 1, vers. sS , etc.
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un parL'il peuple? Il ne lui restait donc qu'un seul moyen, déplorable sans doute , mais que le droit de la guerre autorisait alors , c'est-à-dire de chasser, d'exterminer les indigènes. Le prophète sentit la dureté de ce moyen autant que nous pouvons le sentir nous-mêmes; je n'en demande d'autres preuves que les lois qui, dans l'avenir, devaient régler la conduite d'Israël pendant la guerre K Ces lois ordonnaient de respecter, nonseulement les habitants et leurs propriétés, mais encore les arbres d'un pays conquis.
Sa guerre ne fut donc qu'une iriste nécessité, ou, comme il l'appelait lui-même, la guerre de Jêhovah , c'est-à-dire une lutte pour rentrer dans la possession d'une terre qui fut le berceau des pères et de la religion d'Israël, d'une terre où se trouvaient leurs tombeaux, et sur laquelle les fds avaient les droits les plus anciens et les plus sacrés. Il n'est point de guerres des temps modernes qui aient mieux mérité ce titre ; et pourtant, combien elle était terrible ! et par combien d'abus n'a-t-elle pa? été déshonorée !
Le peuple d'Israël combattit pro aris et focis patrum , car il était originaire de ce pays. Là dormaient les ossements de ses pères, là étaient situés tant de bosquets, tant d'autels consacrés au Dieu de sa race! là, enfin, était tout ce que ce peuple antique appelait l'béritage sacré de la famille. Il ne pouvait continuer à vivre dans le désert , où , dans l'espace de quarante ans, il avait perdu plus de six cent mille des siens. Son organisation politique ne le prédestinait pas à devenir une horde de brigands comme celle d'Ismaël, il devait former un peuple agricole et pasteur. Un pareil peuple avait besoin d'une terre vaste et paisible; et où pouvait-il aller la chercher, si ce n'était dans le pays de ses pères? Tous les habitants des tentes, en Orient, n'ont point d'autres droits héréditaires que celui-là ; tous font paître leurs troupeaux là où paissaient ceux de leurs pères, et les troupeaux prennent pour ainsi dire d'eux-mêmes le chemin de ces pâturages.
Un peuple si ancien, et dont les mœurs et les idées sur les droits héréditaires sont si éloignées de nous, ne saurait être ni
• MoïsP, iiv. V, cli:i|). 20.
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justiTic ni jugé d'après noire droit inlernalional, ni d'après nos principes sur la propriété, car ils ne les connaissaient pas. Les testaments et les droits de leurs ancêtres ne se conservaient pas par des documents écrits, mais par des traditions, des poésies, des bénédictions;, qui étaient pour ce peuple une propriété sacrée, la gloire de leur Dieu et de leurs tribus, pour laquelle ils devaient toujours être prêts à combattre.
Examinons maintenant un de ces documents poétiques, la bénédiction de Jacob, par exemple, de ce patriarcbe qui, sur son lit de mort, voit la terre de Canaan étendue devant lui comme une carte de géographie, et la partage entre ses enfants comme si elle eût été sa propriété. Après l'avoir suivi sur les divers points (lu'il indique à chaque tribu, et dans la marche qu'il leur prescrit pour en prendre possession, nous opposerons à ce morceau la bénédiction de Moïse , et nous ven'ons qu'à celte époque déjà , on ne pouvait plus songer à exécuter la prise de possession par les mêmes moyens et de la même manière.
J'ai expliqué ailleurs cette bénédiction dans ses rapports avec la situation personnelle des fils de Jacob i; je la considérerai ici comme la plus ancienne carte géographique de la terre de Canaan, comme un document national, et je montrerai l'influence que l'esprit de ce document a exercée sur le peuple.