TESTAMENT DE JACOB EN FAVEUR DE SES TRIBUS ET DE LEURS GÉNÉRATIONS
« Rassemblez-vous, je vais vous annoncer ce qui vous arrivera dans les jours lointains de l'avenir ! Rassemblez-vous et écoutez, fils de Jacob, écoutez votre père Israël. »
Jacob ne dit point quand sa prophétie se réalisera. Il désire sans doute que cela puisse arriver bientôt après la mort de Joseph, car ses vœux l'appelaient toujours loin de l'Egypte; mais le rêve d'Abraham , qui piédisait à sa race quatre siècles de captivité et dt; soufl'rances, s'opposait à ce désir. Le cygne mourant pressentait donc des temps plus éloignés, et voilà pourquoi son dernier chant devait graver dans le cœur de ses fils lo
' llerder fait allusion ici au premier volume de ses Lettres sur l'étude de la tliéoloijie. {Nulc du Traducteur.)
BÉNÉDICTIONS SLR ISRAËL. 309
souvenir do Canaan, leur terre hérédilaire ; car il l'allait qu'ils restassent toujours, en Égyple, des étrangers dont les espérances vivaient au milieu des montagnes qu'avaient habité leurs pères. Il est certain que ce fut grâce à ce chant et aux autres traditions des patriarches , qu'Israël conserva, au milieu de l'Egypte, un esprit national assez pur et assez vigoureux pour y rester une race à part.
« Ruben, ô toi mon premier-né, toi la force de ma jeunesse, premier fruit de ma vigueur, ton droit de prééminence, qui devait te rendre le premier en pouvoir et en dignité, fuit devant toi comme la vague orgueilleuse •. Tu n'es plus le premier, car tu es entré dans le ht de ton père ; tu as souillé mon lit en y entrant ! »
Début douloureux pour le père comme pour le fils. Ce fils a flétri les générations du père, aussi perd-il la couronne de cette génération, c'est-à-dire les honneurs et les droiis de primogéniture, qui passent à deux autres enfants de Jacob, Juda et Joseph. Le premier reçoit la dignité, le droit de commander, et le second une double part d'héritage. Le sacerdoce, qu'au reste Jacob ne connaissait pas encore, devait devenir, plus tard, le partage de Lévi, tandis que Ruben resterait une tribu ordinaire. Toutes ces prédictions se sont réalisées : son père ne lui ayant point désigné de possession, sa tribu fut réduite à se fixer en dehors de la terre sainte proprement dite. Elle est belle dans sa tristesse, celte image de la grandeur et de la puissance, qui passe devant Ruben comme une vague orgueilleuse, emportant avec ehe les brillantes espérances qu'il a perdues par sa faute.
« Siméon et Lévi ! Ils sont frères, leurs glaives sont devenus des armes meurtrières ! Lorsque dans leur féroce courroux ils ont tué ce vaillant homme, lorsque dans leur aveugle ven-
' Je Jemande si celte version n'est pas aussi naturelle et aussi conforme à l'ensemlile du texte , que celle dont on se sert habituellement est forcée et contraire à cet ensemble? Que signiKç celle phrase: « Il se précipite léyèremenl ou fièrement comme de reau? » Un père mourant fait-il des tirades sur un malheur dont le souvenir doit lui navrer le cœur î Au reste, d'après la manière de traduire généralement adoptée, la dernière partie du vers précédent se trouve entièrement isolée, tandis qu'il est facile de voir qu'elle appartient au vers suivant : Tp^ et ^fiD s'accordeni même par rapport à l'image , et rétablissent complètement le parallélisme que toute autre version di'lruil.
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geance ils ont énervé le noble taureau ', mon ame n'avait pris aucune pari à leur projet sanguinaire, mon cœur ne s'était pas uni à leur alliance de meurtre! Qu'il soit maudit leur courroux vindicatif! qu'elle soit maudite leur colère perfide! Je les diviserai en Jacob, je les disperserai en Israël. »
La volonté du patriarche fut accomplie ; le fardeau du péché paternel retomba sur les lUs. Siméon n'était que très-médiocrement considéré; Moïse s'abstint même de le nommer dans sa bénédiction, sans doute parce que, d'après l'antique oracle de Jacob, il ne pouvait lui donner une part du pays. Plus lard, celte tribu obtint quelques cités éparses qui ne tardèrent pas à devenir insuflisantes pour la contenir, ce qui la força de chercher une demeure en dehors de la Judée. Quant à celle de Lévi, Moïse lui donna quaranle-huit cités, mais également dispersées sur différents points du pays.
Après ces tristes dispositions, conséquence inévitable de la faute des lils, la bénédiction paternelle commence par le noble Juda, et avec elle, la description du voyage pour la terre promise.
« Et toi, Juda ! toi, tu seras glorifié par tes frères 2. Ton poing pèsera sur la nuque de tes eimemis, et ils se proslerneront devant toi, les fils de ton père !
a Juda est un jeune lion ! Le butin l'a élevé si haut, mon fils! Il se jette à terre, il s'étend comme un lion, comme un lion dans toute sa force ! Qui osera le réveiller et exciter de nouveau sa colère ?
o Le bâton de conducteur en chef ne quittera jamais Juda, le
' Hornme el taureau sont ici des synonymes , ainsi que le prouve le parallélisme. Au reste, même dans la poi'sie des Grecs, un taureau magnifique est l'ima{;e d'un liomine vaillant. Il était impossible de peindre plus énerjjiquement celte déplorable histoire rapportée dans le livre premier de Moïse, cliap. 34- l^es deux fils de Jacob circoncirent Sicliem et lléinor, et les tuèrent ensuite comme on tue des animaux sans défense.
' Dans l'hébreu , le nom de .luda forme un jeu de mots qui ne prut se rendre dans aucune autre lanoiie. Ces iniayes : « Ils te reconnaîtront pour leur premier ; Inséras toujours le plus vaillant et le plus avancé quand il s'agira de marcher contre l'ennemi ; ta main Sera la plus proche de la nuque de l'ennemi fuyant , » etc., s'expliquent par le parallélisme, et sont tout-à-fait conformes à la simplicité de ce» leiiips reculés.