BÉNÉDICTIONS SUR ISRAËL
bâton de héros le suivra dans tous ses yoyages », jusqu'à ce qu'il soil arrivé au lieu de repos, et que les peuples lui soient soumis.
« Alors il attachera son poulain à la vigne; à ce noble cep, il attachera le fils de son ànesse , il lavera son vêtement dans le vin, il lavera son manteau dans le sang de la grappe. Le vin étincellera dans ses yeux, le lait brillera sur ses dents-. »
On sent que tout ce tableau fait allusion à un voyage en com-
■ Je lis p^JT , malgré l'avis de la plupart des traducteurs, qui lisent p'jjn , ainsi que cela se trouve dans les copies samaritaines. Le vieux patriarche qui voyait devant luises fils assemblés comme autant de pasteurs, et qui, dans toute sa bénédiction , ne manifeste que des pensées simples et naïves, pouvait-il songer à des bannières de guerre et en faire le sujet de ces images? Le poing de Juda pèse sur la nuque de ses ennemis, il ravage tout autour de lui comme un lion, il marche en vainqueur assis sur un âne , et se rassasie orgueilleusement de vin et de lait. Tel est le tableau que trace Jacob. Je le répèle, comment des bannières de guerre auraientelles pu y trouver place? On doit aussi se demander si le bâton du commandement marche au milieu de ces images ou s'il les précède; et alors on reconnaît que le parallélisme rejette l'un et l'autre, car il dit :
Le bâton de la tribu | ne .s'éloignera jamais | de Juda.
Le bâton du commandement | ne s'éloignera jamais | d'entre ses pieds'. Il est donc clair qu'il le gardera toujours ; et comme il est question ici d'un voyage à Canaan, à Scilo, ce passage ne saurait signifier autre chose que: n Dans ses voyages comme dans ses attaques contre Tennemi commiui , Juda ne doit déposer le bâton du commandement qu'après la paix, et lorsque tous les peuples seront soumis. » Il ressort clairement de Moïse, liv. iv, chap. 21, vers. 18 , ainsi que du parallélisme, que ppHD "^ signifie pas seulement commandant, mais encore bâton du commandement. Ce mot répond à ^3îi?, comme p'^J") correspond à ,~l"nn^ ) ce qui, d'après la marche de l'image, ne peut signifier autre chose que la marcVie, le /jas, le uoya^e de Juda. Il n'est pas besoin d'explication pour prouver 1"^ 7jn 3 cette signification , et que dans l'hébreu le mot pied est dérivé de mouvement, de pas. '
• yuel que soit le sens étendu que l'on ait pu donner plus tard à ces images, elles n'avaient d'abord d'autre but que de peindre l'orgueilleuse prospérité du héros dans le pays qu'il venait de conquérir. Il ne se borne pas à jouir de ses biens , il les prodigue; voilà pourquoi il attache son âne au noble cep de la vigne, lave son manteau dans du vin , se rince la bouche avec du lait , etc. Le patriarche ne pensait certainement pas à des allégories, à des interprétations morales, mais il voulait, par la peinture de la superbe opulence et de Torgueilleux repos du vainqueur, exciier la tribu de Juda à hâter le départ pour la terre de Canaan.
• Herder avait d'abord traduit ce passage en ces termes : « Le bâton du commandement ne s'éloignera jamais de Juda ; le bâton du juge restera toujours entre ses pieds.» Muller trouve que celle version est préférable à celle que Herder a cru devoir y substituer. D'après ce savant ami de Herder, l'image est plus conforme à l'espril du texte, et revêtue d'une couleur plus locale. Le sceptre des anciens patriarches, sans doute par imitation de la houlette de pasieur, dépassait en hauteur celui qui le portait , et lorsqu'un de ces patriarches s'asseyait sur son siège déjuge, son bâton était posé entre ses pieds , et s'élevait au dessus de sa tête. Selon toutes les probabilités Jacob faisait allusion à ce bâton. [Noie du Traducteur. )
mun. Juda obtient par sa puissance et par son autorité tous les droits d'aînesse, afin qu'il puisse marcher à la tête de ses frères, déployer son courage et sa force de lion, appuyer son poing sur la nuque de l'ennemi , et se fixer enfin sur la terre de Canaan dans un repos superbe.
Le voyage se dirige vers Scilo, que Jacob nomme , parce que ce lieu se trouve dans le pays qu'il a habité, entre Sichem et Bethel. Par là il ordonne à Juda de ne di'poser le bàlon de conducteur en chef, qu'après avoir pris possession de cet héritage paternel; et le parallélisme fait voir que dans la pensée du patriarche, Scilo est ce lieu de repos, ce séjour de paix ; car ce n'est qu'après l'avoir atteint et après avoir soumis tous les peuples, que le vainqueur attachera son âne au cep de la vigne, et lavera son manteau dans le sang de la grappe.
Juda n'a accompli qu'une partie des devoirs que lui imposaient ces prophéties; loin d'avoir poussé ses frères k quitter l'Egypte, il s'est laissé opprimer comme eux, jusqu'au moment où un homme de la tribu de Lévi s'est levé pour les délivrer. Mais dans le désert, Juda marche à la tête de ses frères avec la bannière du lion que lui désignait la bénédiction de Jacob. Arrivé à Scilo, il prend pour lui la meilleure partie du pays conquis, en s'appuyant toujours sur cette bénédiction ; et cependant tous les peuples n'étaient pas encore soumis. Lui seul possédait un pays riche en vignes et en pâturages, tandis que ses frères manquaient encore du nécessaire ; aussi lorsque, plus tard, on adressa au sanctuaire cette question : Qui doit faire la guerre? la réponse ne pouvait être que celle-ci : JuJa doit la faire. La bénédiction de Jacob le voulait ainsi; car si elle avait autorisé Juda à s'emparer le premier de la moitié de la terre de Canaan, elle lui imposait l'obligation d'être toujours le défenseur de ses frères.
Lorsque' cette tribu produisit le glorieux roi David, on dut nécessairement lui appliquer toutes les images et toutes les prophéties de l'antique bénédiction. Dès ce moment, le lion de Juda prit une signilication plus élevée. Le prophète Ariel appelle Jérusalem, le lion de Dieu, et le vainqueur ne trempe plus son manteau dans le sang de la grappe, mais dans celui de ses ennemis. Plus tard ces images devinrent, pour ainsi dire, la pro-
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priélé de la génération de David, cl on finit par les appliquer au roi futur qui devait donner à son peuple une paix éternelle et une prospérité parfaite ; un des derniers prophcles les étend jusque sur Tàne, le fi'.s de l'ànesse.
Il est facile de voir que toutes ces figures poétiques découlent de la même source, c'est-à-dire de la dernière bénédiction l)rophétique de Jacob.
Juda conserva toujours son autorité et sa préséance ; dans la captivité même, le chef du peuple était un prince de cette tribu, et ce fut Zorobabel, de la tribu de Juda, qui ramena Israël dans le pays de ses pères. C'est ainsi que chaque point de la bénédiction de Jacob s'enchaîna à la marche des événements; et ces événements lui donnèrent une importance toujours plus grande, ainsi que nous le verrons bientôt '.
« Zabulon habitera sur les bords de la mer; sa demeure sera là où débarquent les navires, et il retendra jusqu'à Sidon. »
L'intention de Jacob était, sans doute, que Zabulon se cherchât un pays vers l'ouest, du côté de la mer, dès que Juda les aurait précédés tous à Scilo, son héritage désigné. Le peuple y arriva d'une manière bien opposée aux intentions de Jacob : on se les rappela pourtant lorsqu'on procéda au partage du pays. Et comme ses intentions étaient très-claires , on envoya Zabulon du côté du golfe d'Acco, dont la nature avait fait le meilleur port de toute cette côte. S'il ne remonta pas jusqu'à Sidon, c'est que la conquête du pays n'était pas terminée, ce qui n'empêcha pas Josué de compter ce territoire au nombre des héritages d'Israël '.
« Issachar est une bête de somme superbe qui se couchera
* Je dois faire observer encore que , de cet(e manière, non-seulement le sens, mais encore la lettre de la bénédiction , gayneut toujours en importance et en étendue. Le "IJ; appartient probablement à la seconde partie ; en le rattachant à la première, on est arrivé à un sens tout-à-fjit différent, c'est-à-dire que le sceptre devait rester élernellement dans la tribu de Juda, et alors on changea il7ty en n'?''îl'' . O" ^" HD^U' °" ^'6° °° '^ ponctua ainsi : n'?2^' Ce passage a été tellement commenté, qu'il pourrait donner lieu à des volumes de critiques et de variantes: niais je crois en avoir dit assez pour en rendre le sens clair, naturel et conforme à 1.1 marche des idées.
* Josué, cliap. lî, vers 6.