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entre deux liauleurs. Il trouve que le repos est doux, qu'autour de lui le pays est beau, qu'il est riche en agréables points de vue. Il tend les épaules pour porter; il s'impose la corvée de remplir toutes les oulies '. »
C'est-à-dire qu'il devait prendre pour lui la belle vallée entre le Mont-Thal)or et le Monl-Hermonl, où il pourrait, selon son caractère pacifique, jouir tranquillement de la beauté du pays, distribuer les eaux des sources et des rivières qui arrosaient ce pays, et utiliser ainsi, pour lui et pour les autres tribus pasteurs, son infatigable et patient amour du travail.
Tel est évidemment le sens de ce passage. La bénédiction de Moïse nous montrera comment on "a voulu employer en laveur du saticluaire, la lâche imposée à la tribu d'Issacbar. Cette intention ne s'est point réalisée, mais le testament de Jacob mdiquait trop clairement la place que devait occuper Issacliar, pour qu'on ait pu songer à lui refuser le pays entre l'Hermon et le Tbabor, où il trouva tous les avantages promis ; car la contrée est abondante en sources, en prairies, en points de vue délicieux. Le caractère de sa tribu est également resté tidèle à la prophétie du patriarche : elle ne s'est jamais Riil remarquer par son héroïsme, quoique sa belle vallée ait été souvent le théâtre de la guerre; mais elle a toujours fourni beaucoup d'hommes, et elle s'était même considérablement augmentée pendant son séjour en Egypte ^
« Dan aussi sera le prince de sa tribu, comme tous ceux des
' Il ne saurait être question ici de Itvcr un tribut , car il n'y a aucun rapport entre celte iniaye et celle d'une bêle de somme. Cette dernière est clairement indiquée et continuée dans la phrase où Issacliar tend les épaules pour porter des fardeaux, il est hors de doute que le mol ^Q siynifie outre, et l'on n'est arrivé à l'idée du tribut, que parce qu'on l'apportait ordinairemenl dans des outres et dans dts sac». Le moi IJ^'D présente un sens à peu près semblable. Issacliar devait habiter le Kédimin , près des ruisseaux el des petits torrents qui , dans la saison des pluies, se grossissaient beaucoup. C'est là que, selon sa nature pacilique, il devait faire la distribution des eaux à ses frères et à d'autres tribus pastorales, distribution dont il était naturel qu'il tirât quelque avanU^e pour lui. Le chant de Débora nous prouve qu'il y avait en effet dans celle contrée une distribution d'eau à tous les pasleurs. Ce passade ainsi traduit, donne à la bénédiction concernant Issacliar un sens naturel et une belle couleur locale.
• Il y a probablement ici dans le texte un jeu de mots qui nous échappe entièrement, avec ")Cn qui sijjnilie moiurnii, une , lidéede l'un peut avoir couil ni t à l'autie.
BÉ>ÉDICTIONS SUK ISUAEL. 405
autres tiibus d'Israël. Dan sera un serpent sur la roule, une couleuvre dans le sentier, qui mord le pied du cheval et fait tomber le cavalier à la renverse. »
Dès le premier mot, Jacob reçoit Dan, qui n'est que le premierné de ses concubines, au rang de ses auties fils, et lui donne comme à eux une part d'héritage. Lors de la conquête de Canaan, on osa lui contester ses droits, mais comme il se trouvait le septième , on le négligea longtemps, et l'on finit par lui donner la plus mauvaise part. D'après les intentions de Jacob, il devait habiter une contrée montagneuse où il pourrait guetter les ennemis dans les défilés et les frapper par-derrière. Une partie de cette tribu se fixa, en effet, au nord de la Judée; car toutes les invasions arrivaient de la Syrie par les vallées du Liban. Au reste , Dan remplit sa vocation , surtout si nous jugeons cette tribu par Samson , le plus célèbre de ses enfants. N'a-t-il pas toujours été pour les Philistins un serpent qui les guettait sur la route ? un céraste audacieux qui se jetait par-derrière dans les pieds des chevaux ? Quand il ne pouvait vaincre l'ennemi , il le harcelait par sa ruse et par le choix judicieux de ses lieux de retraite.
Enfin , du côté des Philistins , la tribu de Dan possédait un pays plein de cavernes et de défilés , où elle est devenue célèbre par ses ruses de guerre dans la personne de Samson.
« C'est dans ton secours, ô Jéhovah ! que j'espère. »
Il me semble que la place qu'occupent ces paroles énigmatiques , qu'on a interprétées de tant de manières ditïérentes , suffit pour les rendre fort claires. L'histoire des conquêtes et de la chute du royaume de Juda , nous apprend que les attaques les plus funestes lui sont venues du côté du nord , et c'est là que devait demeurer Dan ; il fallait donc que Jéhovah vint à son secours pour l'empêcher de succomber. Il est bien naturel que le père mourant, dont le dernier soupir prophétique sondait, pour ainsi dire, les besoins et les dangers du pays qu'il partageait entre ses fils , implorât le secours de Jéhovah pour celui de ses fils qui devait occuper le poste le plus périlleux*.
' ni'Vi'^ signifie jeJour«, aysiifidicc, f/c-7n/iancf. Toults les fois que Jacob se
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o Gad ! tu seras assailli par des hordes nombreuses, et tu les assailliras à ton tour. »
Ce passage renferme un quadruple jeu de mois. Nous ignorons auprès de quel point , exposé aux invasions, Gad devait choisir sa demeure ; car le pays au-delà du Jourdain , où cette tribu se fixa par la suite , ne pouvait pas entrer dans la pensée de Jacob , puisqu'il ne taisait pas partie de la véritable terre de Canaan. Quoi qu'il en soit, la tribu de Gad trouva moyen de se signaler dans cette contrée , qui n'était habitée que par des hordes vagabondes ; et elle remplit les montagnes du Basan de la gloire de son nom. Moïse la vil à regret demander son héritage au-delà du Jourdain.
« Aser fera venir du pain riche en huile ; c'est lui qui fournira aux rois les mets les plus friands. »
Ce passage, dt\jà fort clair par lui-même , Test devenu davantage encore par l'explication de Moïse* : aussi a-t-il été fidèlement exécuté ; la tribu d'Aser reçut en partage un pays montagneux situé sur les bords de la mer, et riche en fruits et en huile.
« Nephtali est un térébinlhe élancé qui pousse des touffes gracieuses. »
Et Nephtali reçut un pays boisé sur les montagnes du nord , où sa tribu verdit et s'étendit comme un térébinthe riche en branches.
Jacob tourne maintenant ses regards vers le bienfaiteur de sa maison , vers Joseph qui est devant lui , entouré de ses frères comme une tète couronnée; aussi le couronne-t-il seul entre tous ses enfants. Il lui donne , pour sa double progéniture, le second avantage qu'il avait enlevé à Ruben, c'est-à-dire une double part d'iiériiage. El comme ce noble fds avait été son bienfaiteur personnel, il le bénit spécialement, el le plaça ainsi sous la protection immédiate du génie tutélaire , du Dieu secourable qui l'avait protégé lui-même depuis sa première jeunesse.
trouvait dans qucl(]iie danger, il demandait et obtenait toujours Passistance de Dieu. Il est donc bien naturel (ju'il espérât la même chose pour ses fils, dont les dangers à venir <;taient, pour ainsi dire, présents à ses yeux en ce moment. Cette iiiterprélalion est la plus ii.ituielle cl la plus conforme à l'esprit de l'ensemble ; toute autre mo paraît forc<!e, et sans lieu avec ce qui précède et ce qui suit. ' Moïse, liv. V, diap. Î3, vers. 24 "^i *5.
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« Joseph est lo rejeton d'une mère féconde , la Ijranche d'un arbre fertile en fruits qui s'étend au-dessus de la source. Ses jets jeunes et vigoureux s'élèvent au-dessus de la muraille.
a Ils étaient courroucés contre lui , et ils le haïssaient , ceux qui savaient lancer des flèches; mais son arc est resté intact, ses bras et ses mains sont devenus agiles.
« Par les mains du puissant Dieu de Jacob , par le nom de celui qui a veillé sur moi pendant que je dormais sur ma pierre ' , par le Dieu de ton père , qui est venu à ton aide , par le Tout-Puissant , qui continuera à te bénir, j'appelle sur toi la bénédiction des cieux là-haut, la bénédiction des mers couchées dans les abîmes , la bénédiction des mamelles et la bénédiction des entrailles maternelles !
« Les bénédictions de ton père s'élèvent puissamment audessus des bénédictions de mes montagnes , elles s'élèvent jusqu'au charme des hauteurs éternelles^! Elles viendront sur la tète de Joseph, sur la tète du couronné d'entre ses frères ! »
J'ai suffisamment exphqué ailleurs^ les allusions de cette bénédiction à Rachel et à la première jeunesse de Joseph. Bor-
' Ce passage est également expliqué par Moïse , liv. v, cliap. 33, vers. i6, qui place au-dessus du gardien de la présence d'Israël , le Dieu qui lui est apparu dans le buisson ardent , c'est-à-dire le Dieu prolecteur de sa vie, le Dieu de sa première vision. C'est ainsi que Jacob appelle le Dieu de sa première vision, le Dieu protecteur de sa première jeunesse. La construction n'a rien de dur dès qu'on n'y voit que l'abréviation du nom du Dieu de cet événement. U y avait , au reste , beaucoup de semblables dénominatious de Dieu, ainsi qu'on peut le voir dans le premier livre de Jloise, cliap. 22 , vers. 14, et dans plusieurs autres p.)ss;iges du même genre. Le mot Dieu de Bétliel , est ici sous-entendu. Voyez lloïse, liv. 1, cliap. 38, vers. i5, a o, 21. On y trouvera l'explication Je 12N ni?T > 6' 'o" leconnailra qu'il était impossible de mettre dans la boucbe d'un berger une expression plus convenable pour rappeler un pareil événement.
• iMoïse, le plus ancien et le plus véridique commentateur de ce passage, a pris le mot ^Tin poui" montagne, ainsi que le piouve sa dernière bénédiction, ce qui est, au reste, très-conforme aux exigences du parallélisme. Je ne rapproche pas le mot ^j? de ^Tirii "^^ P'""" eouséquent je lis "''^*n '"^s montagnes , c'est à dire les petites montagnes de Canaan , que Jacob regarde comme un pjy-; qu'il a traversé en tous sens, et au-dessus duquel le Liban s'élève comme une montagne du monde primitif. Les pierres précieuses et les parfums qui devaient couronner la tête de Josepli, sont , dans le langage de la poésie liébiaique , la plus rii lie béiiédiclion , le charme le plus précieux des moutignes. .Moïse emploie la iiièine ima^je dans ses béuédictions.
* Uerdcr fait allusion ici au premier volume de s s Lettres sur I étude de la théologie. {Sole du Trailutlvur.)
nons-nous donc à ne voir ici que rindicalion des avantages que Joseph obtint dans la terre de Canaan, pour les deux tribus sorties de lui. Le patriarche les désigne par les images sous lesquelles il peint Joseph ; sa liranche fleurit au - dessus d'une source, auprès de laquelle ses jets s'élèvent le long de la muraille. Il est un archer indomptable , car les plus audacieuses attaques de ses ennemis ne servent qu'à donner plus d'ogililé à ses bras et à ses mains. En le couronnant avec la singulière bénédiction de ses montagnes, qui ont les cieux au-dessus d'elles, et la mer à leurs pieds, l'image par laquelle le père exprime ses vœux s'élève, ainsi que les vœux eux-mêmes, jusque vers le charme mystérieux des hauteurs éternelles du monde primitif.
Mais qu'était-ce que ces hauteurs éternelles? Moïse nous l'explique dans sa bénédiction : H écrasera les peuples jusqu'aux extrémités les plus éloignées du pays. Selon toutes les probabilités, Éphraïm, le puissant licorne, devait, avec la tribu de son frère , habiter les montagnes les plus septentrionales du Mont- Liban. Là se trouvait la source du bel arbre à IVuit, la source Phiala d'oii jaillit le Jourdain ; là était la muraille du pays; et la génération de Joseph pouvait s'élever avec celte muraille, la dépasser même, et donner ainsi des preuves de la valeur indomptable, de l'agilité sans pareille de son auteur, tant vanté dans la bénédiction de Jacob. Là, on voyait le (ici au-dessus de sa tête, et la mer à ses pieds; là dorment les bénédictions des hauteurs éternelles , des montagnes du monde primitif, renfermant' dans leur sein les parfums et les pierres précieuses qui devaient embaumer et orner la tète du couronne d'entre ses frères.
C'est ainsi que, dans cette surabondance de bénédictions, tout s'enchaîne, tout devient clair et local. Le Liban, cette montagne du monde primitif, élève au-dessus de la terre de Canaan la blanche couronne de neige qu'il porte vers les nuages, et les cèdres éternels plantés par Dieu lui-même '; tandis que, sur des flancs moins élevés, les vignes et les arbres à fruits étendent leurs verts rameaux au-dessus des ruisseaux qui coulent de ses hauteurs. Voilà connnent la génération de Joseph devait s'élever et verdir ; elle devait réjouir et forlilier, comme;
' Psaume 104, \ers. iG,