BÉNÉDICTIONS SUR, ISRAËL
réjouit et forlifie le vin du Liban ' ; elle devait ombrager et rafraîchir, comme ombrage et rafraîchit Tarbre qui balance ses branches chargées de fruits au-dessus des sources du Liban. Chacun des deux rejetons de Joseph pouvait dépasser sa muraille, car le Liban se divise en deux branches. Celte montagne nourrit l'arbie qui produit Tencens; c'est ce qui explique les baumes précieux qui devaient couler sur la tète de Joseph, Au reste, dans le Cantique des cantiques, et chez la plupart des prophètes , le parfum du Liban est une expression poétique reçue pour désigner les odeurs les plus suaves et les plus agréables à la divinité ^. La passe de Hamath , où Joseph se trouve placé comme le plus habile des archers, est le poste le plus important du pays, que, dans la bénédiction de Moïse, Benjamin et Manassès doivent défendre avec la vigueur d'un taureau sauvage.
On ne saurait trop admirer la sagesse et la prévoyance de Jacob. C'est aux enfants de celui de ses fils qui est devenu presque Égyptien, qu'il assigne les demeures les plus éloignées de l'Egypte. Sa plus noble , sa plus royale bénédiction , ses plus vives exhortations au courage , sont pour les défenseurs de la pierre angulaire d'où dépend le salut du pays ; et il leur donne pour appui le Dieu tout-puissant, le Dieu qui veilla sur luimême pendant qu'il dormait sur la pierre de Bethel. Un lion , le vaillant Juda, devait être le gardien du sud, tandis que, dans les passages du nord, veillerait le taureau sauvage, et à côté de lui la fraternelle tribu de Benjamin.
« Benjamin ravagera tout comme un loup vorace ; le matin il dévorera la proie, le soir il partagera le butin. »
Les excursions des Orientaux avaient toujours le pillage pour but. Il paraît que Benjamin aussi devait habiter les contrées montagneuses du Liban , mais ce vœu de Jacob ne se réalisa -pas.
Lorsque Juda se fut emparé de sa part, Éphraïm, la seconde tribu puissante, demanda la sienne, prit ce qui ne lui était pas
' Os(îe, chap. 14, vers. 8.
' Les fleurs, le; pàturajjcs , les sources et les divers points de vue du Mont-Liban , sont également d'inëpuisables sujets d'imajes et de comparaisons, qu'on admire dans les prophètes et dans les psaumes.
410 CJIAI'ITRE VI.
destiné, et ne s'en contenta même point. Benjamin resta près de Juda, et les éloges que le père avait donnés à son bienfaiteur, loin d'être un stimulant pour les fils de ce bienfaiteur, semblaient les autoriser à une orgueilleuse indolence. Le souvenir de leur destination primitive ne s'en est pas moins conservé en Israël ; car le prophète Osée , qui s'occupait spécialement de l'avenir de la tribu d'Épbraïm , employait, dans toutes ses prédictions, des images empruntées au Liban. Les racines de cette tribu devaient s'étendre et fleurir comme la vigne du Liban ; ses branches devaient répandre de suaves parfums comme ceux du Liban , produire des souvenirs fortifiants comme le vin du Liban, etc. On compara aussi les montagnes d'Épbraïm à la contrée septentrionale qu'habitait Dan , et qui environnait le Liban * ; en un mol, toutes ces figures poétiques ont Tait de Joseph la véritable couronne du pays.
La terre de Canaan eût été en effet imprenable , si on avait suivi ponctuellement les dispositions du vieux patriarche , qui lui donnait pour limites naturefies le Liban, le Jourdain, la mer et le désert. Sa bénédiction s'éleva comme un palmier, dont les branches se multiplient et grossissent, et qui finit par devenir le cèdre de Dieu sur la montagne. Si Isiaël était parti plus tôt pour cette terre promise, ou si du moins il s'y était installé en déployant toutes ses forces réunies, ce peuple serait devenu pour toujours la triomphante armée d'occupation qui entra dans le désert avec ses quatre bannières déployées , et dont les traditions postérieures ont composé les tableaux du char de nuages de la divinité ; il aurait été la plialange éternelle au milieu de laquelle s'élève la tente de Jéliovah.
Passons maintenant à la bénédiction de Moïse, qui offre un contraste si mélancolique avec le testament de Jacob. Ce n'est plus le langage d'un père dont le regard paisible embrasse l'ensemble du pays qu'il considère comme sa propriété , et qu'il se croit autorisé à distribuer à ses fils, tous pasteurs comme lui. Non, c'est un législateur épuisé de fatigues, qui parle au moment où la tombe s'entr'ouvre devant lui, et qui sent qu'il a prodigué sa vie à un peuple indigne de tant de dévouenu'nt. Trois
i JéiiMnio, cli:ip. 4. ^ers. i5 cl 16.
BÉNÉDICTIONS SIR tSRAKL. 41 1
tribus déjà avaient violé le testament do Jacob, et les autres ne donnaient pas de plus belles espérances. Dans cette pénible situation , Moïse enveloppa ses derniers conseils sous la forme d'une fervente prière, d'une douce bénédiction, qui cependant devait devenir un commandement tout aussi sacré que la dernière volonté de Jacob. Les paroles en sont précises et mûrement méditées , c'est le testament politique d'un sage législateur.
BÉNÉDICTIONS QUE MOÏSE , l'uOMME DE DIEU , PRONONÇA SIR LES ENFANTS o'iSRAEL AYANT SA MORT.
« Voyant devant lui la face de la mort , il dit :
« Jébovah est venu de Sinaï, il s'est levé pour eux en Séhir. Il brille sur le Mont-Paran , il est arrivé des montagnes de Cadès ' , le feu ondoyant l'entoure ^.
« Gomme il les aime, les tribus! Tout l'éclat de sa magnificence brille autour de lui ! et elles sont à ses pieds^ et reçoivent ses commandements !
« Moïse nous l'a donnée cette loi, l'héritage de l'assemblée de Jacob , car il était roi d'Israël ; et lorsqu'il nous l'a donnée , ils étaient tous réunis les chefs du peuple et les tribus d'Israël. »
C'est ainsi que le législateur s'efforçait de faire regarder la loi comme une constitution divine, un enseignement de Dieu librement accepté par le peuple. Moïse était roi , mais seulement
' Lisez tyip ri3niD> ainsi que le demande le parallélisme.
• Les mots TIT î^'N '<" '^^ fi"' *<"" dui's par la consiruction , et ici , on peut même les regarder comme opposés à l'esprit du texte. Dieu arrive eu qualité d'instituteur du peuple , les tribus sont assises à ses pieds pour apprendre; Moïse les enseigne, et sa loi est Vexpressiun de la bouche de Dieu. Celte image a plus de noblesse et de dignité que si Dieu apportait l.i loi de sa propre main. Dans les vers suivants, la magnificence brillante de la droile de Dieu est opposée à l'expression de sa bouche, ce qui sépare l'éclat de la grâce. Il.ibacuc explique l'image qu'offre ce mot f^") CNi par feic ondoyant, rayon qui s'élance. Plus tard on en a fait les tTiaTct-jai uy^ihaDV^ c'est-à-dire des rangées d'anges , ce qui donne à cette expression un sens trèsclair,
^ Quel beau contraste entre la terrible magnificence qui effraie, et la douce gr.àce qui enseigne. Moïse seul voulait et pouvait parler ainsi de la loi. Les CH J"^ ""O'" sième vers ne sont point des anges , mais les tribus réunies qu'on vient de nommer, et qui sont nommées de nouveau d,ms le cinquième vers. Assises aux pieds du père enseignant , elles se lai!^sent insiruire comme des disciples. Les anges qui enseignent les tribus n'existent que dans les comuienlaircs des rabbins postérieurs.
■iJS CUAPITRE M.
parmi les cliofs de la nation , c'esl-à-dire dans un Étal libre. C'est en cette qualité qu'il prononce ses dernières paroles, et leur donne toule l'autorité dont il a revêtu son Dieu, celle de la vénération et de l'amour.
« Vis, Ruben, vis! que la mort n'éteigne point ta race, que tes hommes deviennent forts par le nombre. »
Toujours une bénédiction vague pour la première des tribus , mais entin c'est une bénédiction. Siméon est passé sous silence , parce que Moïse , qui voulait se conformer au testament de Jacob, ne savait quel pays il devait lui désigner.
« Il dit à Juda :
« Écoute, ô Jéhovah ! écoute la voix de Juda ! Conduis-le au milieu de son peuple ' ; son bi'as combattra vaillamment, et quand l'ennemi le serrera de trop près, tu viendras à son secours. »
Cette bénédiction , quoique moins étendue, moins riche que celle de Jacob, n'a rien d'humiliant, puisqu'elle rappelle à Juda le glorieux devoir d'être toujours dans les combats à la tête des autres tribus.
« Il dit à Lévi :
« Tu as confié ta lumière et la justice à l'homme qui t'a été fidèlement dévoué, que tu as durement éprouvé au lieu de l'épreuve, que tu as querellé près de la source de la dispute.
« C'est lui qui a dit à son père, à sa mère : Je ne vous connais point; et il n'a point connu ses frères, et il n'a point connu ses fils * !
« C'est ainsi qu'ils garderont fidèlement ta parole et observeront ton alliance. Ils rediront tes jugements à Jacob et la loi à Israël; ils allumeront de l'encens pour l'olTrir des parfums ; ils
' Le peuple au milieu duqufl Dieu devait conduire Juda, est sans doute lo même que celui dont Jacob lui avait dé)à réservé la domination dans le premier livre de Moïse, cli ip. 49) vers lo; c'était là sa vérilalile propriété, son premier liéritaye; c'est au milieu de ce peuple que reposaient les ossements de ses pères; il devait lui donner son nom et en être toujours regardé et estimé, comme son chef et son conducteur.
' La construction que j'ai adojilée pour traduire ce vers , m'a paru propre à lui donner plus de clarté et de dignité. Le singulier TÛXH ■'*c rapporte à Anron , et le pluriel suivant aux lévites à qui Jloïse ordonnait par la de suivre le uohle exemple qu'Aaron leur avait donné par son impartialité dans les jugements, cl si lidé'lité envers Dieu et sa loi.
BÈiNÉlJlCnONS SL'n ISRAËL. 413
déposeront sur Ion autel des holocaustes pour que le feu les consume.
« Bénis leurs forces, ô Jéhovah! et reçois en grâce l'œuvre de leurs mains ! Abats tous ceux qui se lèveront contre eux, et que ceux qui les haïront ne se relèvent plus jamais! »
On reconnaît la voix du lévite qui bénit sa tribu du plus profond de son cœur. Il parle en frère d'Aaron et honore sa mémoire, non-seulement parce que Dieu avait daigné lui confier le pectoral de la suprême justice, mais parce qu'il s'était rendu digne de cet honneur par son .impartialité et par son caractère incorruptible. Il reproche presque à Dieu de l'avoir trop sévèrement réprimandé à l'occasion d'une faute peu grave. Il nomme un lieu de malheur, la place où cet homme intègre et fidèle a payé de sa vie une faute légère, et se justifie ainsi lui-même quoique indirectement, car cette faute était aussi la sienne, et elle le place en ce moment en face de la mort K
La manière dont il passe de l'éloge d'Aaron à l'énumération des devoirs imposés à sa tribu, est fort belle : il donne à cette tribu, comme type éternel, la mémoire de celui qui porta le premier le pectoral vénéré. Ces devoirs, cependant, ne sont exprimés qu'à titre d'espérance, et Moïse les place sous la protection de Dieu, qui doit nécessairement se déclarer en faveur d'une tribu que tant d'ennemis persécutent, et qui cependant était indispensable au m. intien de la constitution du pays. C'est dans celte bénédiction qu'on retrouve toute la pénétration, toute la linesse d'esprit du législateur dont j'ai déjà eu occasion de parler.
« Il dit à Benjamin :
« Le bien-aimé de Jéhovah habitera des lieux sûrs et tivinquilles. Chaque jour, le Très-Haut planera au-dessus de lui et le fera reposer entre ses uiles. »
Cette bénédiction est délicatement sentie, et très-différente de celle de Jacob. Le loup ravisseur est redevenu le tendre Benjamin que son vieux père ne voulait pas exposer aux dangers d'un voyage, et qu'il recommandait si expressément à la garde de ses
' Moïsr, llv. IV, eliap. 20, vers, i .i 8 ; liv. v, cli.ip. 32 , vers. 5i) e{ 5i
frères '. Moïse le recommande de même à la garde de Jéhovali, personnifié par l'image qu'il employait de préférence, celle d'un aigle *. L'aigle plane au-dessus de ses petits, les reçoit quand ils sont prêts à tomber, et les fait reposer sur son dos entre ses ailes. Telle est la protection que le législateur demande pour Benjamin, dans la bénédiction paternelle dont il le couvre '.
« Il dit à Joseph :
« Que Jéhovah bénisse ton pays par tout ce que les cieux làliaut, par tout ce que les mers là-bas, ont de plus précieux dans leur sein ; par tout ce que le soleil mûrit de plus précieux, par tout ce que la lune donne de plus précieux ; par tout ce qui germe de meilleur sur les monts de l'Orient; par tout ce que renferment de plus beau les montagnes du monde primitif; par tout ce que la plénitude de la terre peut donner de plus exquis ! Que la main de celui qui m'est apparu dans le buisson ardent accumnle tous ses bienfaits sur la tète de Joseph; qu'il y joigne sa faveur spéciale, et que tout cela vienne sur la tète du couronné d'entre ses frères.
« Sa parure de héros est comme celle du premior-né des taureaux, ses cornes sont comme celles du taureau sauvage; c'est par elles qu'il repousse les peuples jusqu'aux confins du pays. Voilà ce que feront les dix mille d'Éphraïm, les mille de Manassès. »
La bénédiction de Moïse est splendide et savante, c'est la paraphrase de celle de Jacob, conforme à ses vues à lui et à celles de son époque. Il explique les bénédictions qui doivent venir du ciel par la rosée et par les écoulements de la mer, qui, d'après la physique ancienne, étaient les causes de la fertilité du sol; il attribue à l'influence du soleil et de la lune les productions les plus précieuses de la terre, et il place à l'orient les montagnes
' Moïse, iiv. I, cliap. ^i,
' Moïse, Iiv. Il, cliap. 19, vers. 4; Iiv. v, cliap. Sa, vers, i i.
' Il est très-peu prouvé que, par les épaules de Dieu ou de nenjamin , on ait voulu désigner îles montagnes; et il n'est nullement question en ce passage des montagnes de Benjamin au milieu desquelles Dieu devait liaMler. I,ors même que les montagnes de Mori.i et de Sion eussent appartenu à licnjamin , .léliovali ne les a jamais liatjitées; un abime les séparait , et le leniple de Dieu était sur les hauteurs. Le duel Y'^'J doit donc nécessairement ^Ire lu 'V'7J<*i '''"si que l'ont fait les Septante.
BÉNÉDICTIONS SLR ISRAËL. 415
éternelles de Jacob, parce que les parfums, les épices, l'or, les pierres précieuses, etc., venaient alors de ce côté. En donnant à cette expression de Jacob, ""i^, la signification d'un taureau, il s'en sert pour revêtir Épliraïm de la racàle beauté du premierné d'un taureau. Les dix mille d'É[tln'aïm et les mille de Manassès, sont une allusion à la décision du patriarche qui fait d'Éphraïm le premier-né de Joseph. Certes, il était impossible de compléter plus poétiquement et plus savamment la bénédiction de Jacob.
Éphraïm ne répondit pas entièrement à cette bénédiction, car il ne se fixa point à l'extrémité du pays. Il est possible que ce fût à cause des paroles de Moïse à son égard et à celui de Benjamin, que les intentions du pieux patriarche restèrent sans exécution. Benjamin s'établit entre deux ailes, deux épaules puissantes, c'est-à-dire entre les deux vaillantes tribus d'Éphraïm et de Juda. La première avait commencé par se fixer au centre du pays, dans une contrée fertile, mais qui cependant ne répondait pas au tableau de prospérité qu'en avaient tracé les bénédictions.
« Il dit à Zabulon :
« Réjouis-toi, Zabulon, réjouis-loi de ton commerce ; et toi, Issachar, réjouis-toi de tes tentes! Les tribus se convoqueront dans vos montagnes ', où elles offriront des sacrifices légitimes; car là elles pourront savourer les confluents des mers et tous les trésors cachés dans les sables. »
J'ai tant de choses à dire sur ces paroles, que je renvoie mes lecteurs au supplément de ce chapitre. Quant à l'explication de la bénédiction suivante, je la renferme dans cette note ^.
' Je ne doisjustifier ici ma version que sous le rapport grammatical , car elle est littérale. C^DJ? signifie tribu, ainsi que le prouvent les troisième et vingt-unième vers. D'autres circonstances locales exprimées par le mot^^i ^' qui se rapportent au port près d'Acco , et au lieu où l'on découvrit l'art du verrier, annoncent que TPI est une montagne peu éloignée des tribus dont on vient de parler. Le texte ne dit pas un mot qui pourrait faire présumer que des peuples étrangers seront appelés près d'une montagne appartenant à la tribu de Juda, pour y savourer les trésors de la mer.
' La bénédiction sur Gad contient des éloges et du blâme. Les éloges concernent la valeur, car Gad était la première des trois tribus dont se composait sa troupe. Voilà pourquoi il est appelé ppnDi conducteur, chef, et qu'il est dit qu'il s'est emparé de son bel héritage comme un lion, Le blâme concerne l'empressement
41(] ruApmu: vi
« Il dil à Gad :
« Qu'il soil loué, le Dieu qui a donné de la place à Gad; il s'est établi comme un lion, et ravage les bras et la tète.
« Il a pris pour lui la première part de la conquête; car là, son béritage de prince était en sûreté. Cependant il marchera encore avec les autres à la tête do l'armée, pour terminer la guerre de Jéhovah, pour exécuter les jugements de Dieu sur Israël.
« Il dit à Dan :
« El D.in aussi, ce jeune lion, s'élaïue sur eux du haut du Basa 11. »
Où il élait sans doute campé alors. Il est clair que l'intention de Moïse était d'animer leur courage et de les exciter à terminer la conquête du pays.
« Il dit à Nepbtali :
« Rassasié de faveurs et comblé de la bénédiction de Jébovah, tu possèdes la mer et le midi du pays. »
C'esl-à-dire près du lac de Génézarcth, dans la partie la plus méridionale, conformément au testament de Jacob.
« Il dit à Aser :
« Aser sera béni entre les tribus, et il deviendra agréable à ses frères; il trempera son pied dans l'huile.
a Tes verroux sont de fer et d'airain, et ta force grandit avec ta vie. »
Ses richesses et sa force s'augmenteront à mesure qu'il apprendra à utiliser les produits de son pays, dont il Icra. jouir les autres tribus avec une cordialité i'ralernelle. Là encore, la bénédiction de Jacob a subi des changements que nécessitaient la politique et l'intérêt national. Ce n'est plus à des rois étrangers, connue le pensait le patriarche, mais seulement à ses frères, qu'Aser doit se rendre utile, en leur donnant de son huile et de son fer. Voilà comment Moïse cherchait toujours à unir les tri-
avec lequel il s'est enipan; de cet héritage , ce qui l'a mis à même de demeurer à couvert (TT2D ) '"' <'•'»« un orgueilleux repos , tandis que ses frères liaient encore rdduits à errer ^à et là, siins autre al)ri que des tentes. Moïse le loue néanmoins à cause de la promesse qu'il a faite de marcher toujours à la tête de l'ariiide jusqu'à la fin de la guerre de Jéliovali , c'esl-à-dire des jugements de .Idliovali sur la terre de Canaan. Gad a tenu cette promesse pendant la première campagne , où il a marché à la tPle lie l'arméi;. Josué , chip. 4. vers. i».
BÉNÉDICTIONS SLR ISRAËL. 417
bus, cl à Riirc contribuer chacune d'elles à la prospérité de toutes par la communication des divers produits de leur sol. En un mot, ses efforts tendaient sans cesse à éveiller et à fortifier chez son peuple l'amitié fraternelle, l'esprit national et l'amour du travail appliqué à ces deux sentiments.
« Il n'est personne, ô Israël, de comparable à ce Dieu qui, du haut du ciel comme sur un char de guerre, vient à ton secours ; qui, dans tout l'éclat de sa majesté, voyage sur les hautes nuées.
« Ce Dieu antique ' est Ion Dieu tutélaire, tu es sous son bras éternel ! C'est devant tes yeux qu'il a précipité l'ennemi dans l'abime, qu'il lui a dit : Disparais !
« Oui, Israël demeurera seul it en sûreté. L'œil de Jacob voit devant lui un pays plein de froment et de vin, car du ciel de ce pays coule une abondante rosée.
« Bienheureux Israël! où est-il le peuple qui puisse t'étre comparé? le peuple que protège son Jéhovah, Lui , le bouclier de ta défense! Lu?, le glaive de ton pouvoir! Laisse tes ennemis inventer des ruses contre toi, tu marcheras en vainqueur sur leurs hauteurs ! »
C'est par ces paroles d'or que Moïse fait ses adieux à son peuple ; il le contie à Dieu 1 1 lui fait chérir son pays, que ce Dieu regarde des hauteurs du Basan et du Guiléad. Là, Israël pourra demeurer seul et en sûreté, nourri, non comme l'Egypte par l'eau de son fleuve, mais par la rosée tombée immédiatement de la main de Jéhovah. Ischirun devait former un peuple dévaluants montagnards, qui, malgré les ruses de ses ennemis, ne cesserait de les combattre qu'après avoir marché en vainqueur sur leurs plus hautes montagnes.
Pourquoi les intentions de Moïse n'ont-elles pu se réaliser! La terre de Canaan, entourée de toutes parts par la mer, par le Jourdain, par de hautes montagnes, eût été, en effet, un refuge de paix céleste, que le travail et la concorde de ses habitants
' Le psaume 90, vers. 1, nous prouve que Tyt3 est Texpression la plus forte par laquelle Moïse désigne réternelle durée et i'inviolable fidélité de Oieu. Par les mots DTp 6' D'?!"! P'"" '^ '^''■"" '^^ i;tierre et les voyages victorieux de Dieu dans les nuages et sur la mer, il rappelle à son peuple les anti(|ncs miracles do son Dieu lutélairc.
41 s CHAPITRE VI.
pouvaient convertir en un vérilalilo pays de Dieu. Placée au milieu des trois parties du monde cl au pied des riches montagnes primitives de l'immense Asie, dont cette terre est, pour ainsi dire, le port, elle servait de passage à tout le commerce du monde antique. Cette situation seule aurait sufli pour rendre le peuple hébreu le plus heureux de la terre, s'il avait su profiter de ces avantages, et surtout s'il était resté fidèle à l'esprit do ses lois. Pays maintenant si nu et si pauvre ! toi dont nous connaissons chaque ruisseau, chaque montagne, chaque vallée, immortalisés par ta. poésie sacrée, et plus encore par tes malheurs et par tes folies; toi que l'antique histoire de l'espèce humaine à traversé, et que tes superstitions et tes guerres sanglantes ont rendu si célèbre, l'avenir te réserve-t-il une célébrité nouvelle et plus pure? ou les sentiers et les monts de tes prophètes, jadis si fertiles en couronnes poétiques, se sont-ils desséchés pour toujours?
SUPPLÉMENT
LE TIIABOR, MONTAGNE DU SANCFUAIRE.
Safje pensde Je Moïse.
• « Moïse dit à Zabulon :
« Réjouis-toi, Zabulon, réjouis-toi de ton commerce; et toi,
Issachar, réjouis-toi de tes tentes ! Les tribus se convoqueront
dans voire montagne, où elles olTriront di'S sacrifices légitimes;
car là, elles pourront savourer les confluents des mers et tous les
trésors cachés dans les sables. »
Pourquoi Moïse réunit-il ici deux tribus, et même deux tribus presque opposées? Il a soin de nous l'expliquer, et nous voyons que c'est à cause d'une montagne que les tribus doivent proclamer le sanctuaire des sacrifices légitimes. Il ajoute que, sur cette montagne, elles jouiront du connuent des mers, des raretés précieuses qu'elles apportent, et des trésors cachés dans le sable, c'est-à-dire le verre, qu'en ce lieu elles verront pour la première fois, et dont elles pourront faire une nouvelle branche de commerce. C'est ainsi qu'en les traitant comme des enfants, il