BÉNÉDICTIONS SUR ISRAËL. M
cherche à les attirer, par l'attrait de la curiosité, vers le point qui devait èlre pour elles un lieu de réunion nationale.
Mais quelle était cette montagne qu'il recommandait ainsi aux tribus d'Israël, sans la leur imposer toutefois, car elles formaient un peuple libre? C'était évidemment le Mont-Thabor.
Situé entre Zabulon et Aser, le Mont-Thabor servait de limites à ces deux tribus, et dominait, pour ainsi dire, le golfe d'Acco, port naturel de toute la partie de la côte qui fait face au Thabor. Non loin de cette montagne se trouve le lac Cendevia, où le verre naquit, pour ainsi dire, de lui-même; et le ruisseau Bt'lus, que cette invention a rendu si célèbre, reçoit une partie des eaux du Thabor. C'est donc à lui seul que s'applique la description de la montagne dont Israël doit faire son sanctuaire. Moïse ne dit, en aucune façon, qu'il faille appeler les peuples étrangers sur une montagne située, peut-être, dans le désert, et loin des deux tribus spécialement nommées. Ceux qui ont cru trouver ce sens dans le texte l'ont violé, ainsi que je l'ai déjà fait observer. Les paroles du prophète sont, au contraire, fort claires : elles engagent les tribus, et non les peuples, à faire de la montagne un sanctuaire, un lieu de réunion nationale où elles trouveront toutes sortes d'avantages nouveaux ; et les détails topographiques prouvent que cette montagne ne saurait être que celle du Thabor.
Celte pensée de Moïse était sage sous tous les rapports. Le Thabor, ainsi que le dit son nom, qui signitie nombril, est le centre du pays, ce qui le prédestinait à devenir le point de réunion des tribus, comme le temple de Dclpliesétaitcelui desdivers peuples de la Grèce. Lorsque Sion, qui est située dans la partie basse du pays, devint ce point de réunion, les tribus qui demeuraient sur les hauteurs se trouvaient forcées de bravertousles inconvénients d'un long voyage ; aussi ne s'y exposèrent-elles que fort rarement, et, à la première occasion favorable, dix tribus se détachèrent de ce sanctuaire national, et choisirent, à Dan et à Bethel, des points de réunion plus commodes.
Si le peuple d'Esraël avait étendu ses conquêtes aussi loin que l'avaient espéré Jacob et Moïse, c'est alors surtout que les esprits les plus bornés eussent été forcés de voir dans le Mont-
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Thabor le seul lieu convenable aux réunions de toutes les parties de la nation. La nature elle-même semble avoir créé cette montagne dans un semblable but. Elle s'élève au milieu d'une plaine fertile, ettous les voyageurs vantent son aspect aussi magnifique que singulier. Séparée de toutes les autres montagnes, elle domine seule ses beaux et riants alentours, et sa forme est si parfaitement ronde , qu'elle semble avoir été modelée par la main d'un artiste. La rapidité de ses pentes la rend difficile à gravir et en fait une forteresse naturelle; aussi les Hébreux Tont-ils fortifiée du temps des Romains et de leurs luttes contre ces vainqueurs du monde.
Assise sur un lit de rocbers, l'ile verdit à mesui e qu'elle s'élève, et une guirlande de vignes, d'oliviers, d'arbres à fruits et de bosquets, l'entoure jusqu'à son sommet; et, au milieu de ces masses de verdure, des oiseaux de toutes espèces, dont le chant réjouit les oreilles, ont établi leurs demeures. Sa cime élevée semble étendre son regard sur le pays tout entier ; aussi Jérémie dit-il, en parlant d'un héros : Il marche le front haut comme le Tlial)or entre les montagn^es ! Sa cime est une plateforme ronde qui a deux stades de longueur et une de largeur. Quelle place magnifique pour la tente sacrée d'un peuple de montagnards! quel théâtre majestueux pour y chanter les grandes et sublimes scènes de la nature : la mer, le lac et le Jourdain, la fertilité du sol, la vue des con! rées si pittorcsquement variées, et habitées par l;'s heureuses tribus qu'unit le lien d'une concorde fraternelle, l'intérêt et la gloire nationale! Le Kison cl le Kédimin, qui s'échappent de cette montagne, auraient mêlé à ces chants nationaux le bruissement de leurs eaux superbes, tandis que la petite et aride Sion n'a, pour accompagner ses hymnes, que le fiiible murmure de la fontaine des psaumes.
Tels étaient les avantages naturels de celle montagne ; les raisons politiiiues lui en donnaient de plus grands encore. Placée entre deux tribus qui, sans être les plus ambitieuses, étaient les plus laborieuses et les plus actives, elle n'appartenait ni à l'une ni à l'autre, mais elle leur procurait à loutes deux l'avantage d'être le point de réunion des assemblées nationales. Issachar pouvait fournil' le bétail nécessaire aux saerilices, et augmenter
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ainsi les revenus de son fertile territoire; Zabulon, fixé sur les bords de la mer, aurait pu se féliciter, avec les habitants des villes commerçantes du voisinage, d'une situation si favorable à son industrie. Jamais on n'aurait eu à redouter une rivalité funeste entre les deux tribus, car descendant l'une et l'autre d'une mère légitime, elles ne le cédaient à aucune en dignité, mais elles n'aspiraient pas ta la préséance, et ne cherchuieiU qu'à utiliser leur position par une activité paisible. C'est ainsi que les avait jugées Moïse, et qu'elles étaient en effet.
Pour mieux comprendre la bénédiction de Moïse sur ces deux tribus, il suflit de la rapprocher de celle de Jacob. Le vieux pasteur compara Issachar à une patiente bête de somme, et il le relégua dans un beau pays pour y distribuer de l'eau aux autres tribus et à leurs troupeaux. Moïse ne pouvait ni ne voulait faire entrer dans ses calculs d'économie politique les restes des peuples cananéens réduits à l'esclavage, et qui, par conséquent, auraient porté du bois et de l'eau au sanctuaire. Voilà ce qui le décida à transporter ce sanctuaire dans une contrée où se trouvaient d'un côté Issachar, la bête de somme, et de l'autre Zabulon, le courtier des denrées étrangères et précieuses, c'està-dire le nécessaire et l'utile, le superflu et l'agréable.
Quelle autre montagne de la Judée aurait pu offrir tant d'avantages, et répondre plus complètement aux intentions de Moïse, qui avait institué les fêtes nationales autant pour réjouir el édifier le peuple, que pour favoriser le commerce et encourager l'industrie? Un lieu de réunion si près du plus beau port de la côte, ne pouvait manquer d'attirer les étrangers, et stimuler ainsi l'amour du travail et l'échange des produits de ce travail. Enlin , ainsi que je l'ai déjà dit, ici était le port d'Acco, là le lac de Génézaietli, partout les contrées florissantes des diverses tribus, et au miliiu d'elles s'élevait le Mont-Thabor, la couronne du pays.
Belle couronne, lu ne fus pas acceptée ! sage idée du législateur, tu ne fus pas exécutée ! Dans son ignorance grossière, le peuple laissa l'arche d'alliance à la place où elle était venue s'asseoir d'abord, et il ne la visita que rarement. Chaque individu cherchait avidement à agrandir ses possessions, et s'in-
quittait fort peu de la prospérité générale; car déjà Moïse était mort, Josué très-vieux, Éléazar faible elsans influence. Bientùl l'arche tomba entre les mains des Philistins, et s'arrêta tantôt ici, tantôt plus loin, jusqu'au moment où David alla la chercher pour la conduire sur la montagne de son choix, sur sa Sion à lui.
Il n'en est pas moins incontestable qu'en établissant le Dieu national sur une montagne qu'il venait de conquérir et qu'il habitait lui-même, David consolidait son gouvernement. Au reste, le choix de cette montagne lui avait été imposé par les exigences de sa vie privée et de sa tribu, la seule dont le dévouement ne lui était pas douteux. Mais il est tout aussi certain, et la suite le prouve clairement, qu'en établissant le sanctuaire sur la montagne de Sion, il anéantit pour toujours h\ noble projet de Moïse, qui, par le choix d'une place indépendante pour les assemblées nationales, voulait établir une égalité fraternelle entre toutes les tribus. Mais ce fut surtout par l'élévation de Jérusalem au rang de résidence de Dieu et du roi, que David jeta au milieu de la nation la pomme de discorde qui causa, plus lard, une rupture complète entre les tribus.
Éphraïin et Juda, que la bénédiction de Jacob couroimait d'une seule et même couronne, se disputaient le premier rang; et lorsque, sous Davitl, Juda devint toute-puissante, Éphraïm se réunit aux autres tribus mécontentes qui se choisirent un roi et un sanctuaire à elles. Benjamin et Juda seules restèrent unies, à cause du temple qui était bâti sur leur montagne commune. S'il eût été élevé à la place que lui avait assignée Moïse, il aurait, sans aucun doute, exercé celte influence bienfaisante sur toutes les tribus.
En plaçant cà l'extrémité du pays le lieu de réunion d'une nation dont les diverses tribus ne tenaient les imes aux autres que par un lien volontaire, on avait rompu l'équilibre de cette nation. Si nous remontons à la cause de ce mal, nous la trouvons dans une source aussi noble que pure, dans la bénédiction de Jacob. La recormaissancc qu'il devait à Joseph, et l'estime que lui inspirait la valeur de Juda, l'avaient poussé à accorder à ces deux fils des avantages dont leurs descendants abusèrent. Moïse
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avait ordonné de faire d'abord la conquête du pays tout entier, et de le partager ensuite selon le nombre d'hommes dont se composait chaque tribu. Rien n'était plus juste, plus équitable que cet ordre ; car, si les tribus les plus nombreuses commençaient par prendi'e leur part, comment les tribus les plus faibles pouvaient-elles faire valoir leurs droits! qui aurait pu leur assurer une position et empêcher les plus forts d'abuser de la leur? Cet ordre cependant ne fut point exécuté, et déjà Moïse lui-même s'était vu forcé de reléguer plusieurs tribus au-delà du Jourdain , parti extrême qu'il ne prit que malgré lui , et dont il crut pouvoir détourner les suites fâcheuses en engageant, par des serments solennels , toutes les tribus puissantes à marcher les premières à la guerre, afin d'aider leurs frères à achever la conquête de la terre promise.
Cette conquête, cependant, ne s'acheva jamais entièrement. A peine Josué avait-il terminé heureusement une campagne, que les tribus d'Éphraïm et de Juda s'emp irèrent de tous les pays conquis, tandis que les tribus plus faibles, toujours réduites à errer au hasard, traitaient à l'amiable avec les Cananéens, afin de s'assurer un asyle. Le désordre était tel, qu'on fut forcé de recommencer trois fois le partage, afin que chaque tribu pût au moins avoir une part quelconque de la terre de Canaan.
Pour la plupart de ces tribus, surtout pour celles que Jacob avait négligées dans sa bénédiction , les lots furent si petits, qu'elles sévirent réduites à chercher ailleurs des demeures plus conformes à leurs besoins. Voilà ce qui autorisa Moïse à répéter sans cesse au peuple que Dieu ne punissait les fautes des pères que jusqu'à la troisième et la quatrième génération, mais qu'il étendait ses bénédictions jusqu'à la milhème.
En effet , était-ce la faute de Siméon et de Lévi , si leurs pères s'étaient rendus coupables d'une action indigne? Celle de Dan avait-elle péché parce qu'elle descendait d'une femme illégitime? Ces taches, qui remontaient aux aïeux les plus reculés, étaientelles un motif suffisant pour les frustrer dans le partage du pays?
En un mot , la distribution de 1 1 terre de Canaan s'était faite
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sans ordre et sans justice. Vers le nord, elle n'était pas entièrement conquise, et déjà les tribus les plus guerrières s'étaient établies au centre, dans les parties les moins sujettes à l'invasion , tandis que les tribus les plus faibles occupaient les points les plus dangereux et les plus ditficiles à défendre.
Du côté de l'Egypte, le pays n'avait rien à craindre, car les tribus les moins guerrières étaient capables de tenir tête aux hordes arabes; mais, du côté du nord, du côté de l'Assyrie, de Babylone et de la Syrie, du côté enfin oîi Jacob et Moïse avaient voulu placer Épbraïm , Manassès et Benjamin, le pays était entièrement découvert.
Celte occupation imprudente amena des invasions qui causèrent d'abord la perte d'Israël, puis celle de Juda. Au reste, la ruine du peuple tout entier était, pour ainsi dire, consommée, du moment où il se divisa au lieu de rester uni , du moins jusqu'à rachèvement total de la conquête.
Au milieu de ses divisions et de ses calamités, toutes vues d'ensemble, toutes mesures générales étaient d'une impossibilité matérielle; et personne ne songeait plus au sanctuaire que Moïse avait si sagement placé au nord ; aucun lien commun ne rattachait plus les tribus les unes aux autres : aussi devinrentelles, isolément, la proie des ennemis les moins redoutables et les moins fort.
Pendant ce temps, le Monl-Thabor resta ce qu'il avait toujours été, et, pour me servir d'une expression locale si souvent employéi'. par les psaumes , il continua à célébrer la gloire du Créateur par la seule magnificence dont la nature l'avait paré. Sous le •point de vue politique, et par rapport à sa forme et à sa situation géographique, il devint, toutefois, le premier théâtre d'une réunion nationale, convoquée pour perpétuer la mémoire d'une grande délivrance ' , et il fleurira éternellement dans l'hymne de Débora, comme le mont de la valeur et de la liberté.
' .luijes, ''liap. 4, vers 5.
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• Histoire de Balaam , considérée d'après l'esprit du temps. — l'enclianl des peuples antiques et peu civilisés , surtout en Orient, pour les bénédictions et l'art de lire dans l'avenir. — Lutte méritoire de Moïse contre ce penchant. — But du cliant du Puits. — Uêves , extases, visions des donneurs de bénédictions et des prédisants. — Vision de Balaam , son but et sa probabilité dans lame d'un Scliaman.
— Les béuédictions et les promesses de victoires considérées en elles-mêmes. — Quelle est leur origine? — Comment sont-elles venues en Israël? — De quelle manière se sont-elles conser\ées? — Livre des guerres de Jéliovab. — lixiraits de ce livre. — Explication poétique de l'autel de Woïse. — ^ui est-ce qui a tenu ses mains élevées vers le trône de Dieu? — Chant qui célèbre la victoire remportée sur les Ammonites. — Passages (loéliques du livre de Josué et du livre des Juges.
— Du soleil et de la lune arrêtés dans leur cours. — Du son des trompettes sous les murs de Jéricho. — Époque poétique du livre des Juges. — Différence entre ces époques et notre oidre de choses , plus légal et plus heureux. — Sur le ton de la narration des dires héroïques. — Tableau vivant des caractères et des aventures des héros. — Exemples tirés des récits de l'histoire de Samson.
Supplément : Chant de victoire de Débora. — Réunion de la musique et de la danse aux chants nationaux.
Nous venons d'examiner deux bénédiclions sur Israël , qui appartiennent à deux époques bien ditlérenles, et dont ciiacune a son coloris spécial. Je parlerai maintenant de la plus énergique de toutes , et qui pourrait leur servir de couronne triomphale , c'est-à-dire celle que Balaam prononça sur le peuple d'Israël , lorsqu'il l'aperçut campé devant lui. L'histoire de celle bénédiction a été sévèrement critiquée, et commentée de tant de manières, qu'il me parait indispensable de la présenter d'abord sous le jour le plus convenable à l'esprit du temps et du lieu.
Lorsque Lsraél marcha contre Moab , le roi de ce peuple, qui se sentait trop faible pour résistera un pareil ennemi, envoya chercher un célèbre prédisant, et lui ordonna de faire , par ses malédictions , ce que lui-même ne se sentait pas capable de faire par la force de ses armes '.
' .Moïse, liv. IV, cliap. 17, vers. i.
Celle cunduile ne peut rien avoir d'rxlraordinaire pour lous ceux qui connaissent Tespril des peuples antiques, el même des peuples modernes non civilisés. Tous faisaient un très-grand cas des anathèmes et des bénédictions de leurs magiciens ou sorciers. Lorsqu'ils avaient le malheur d'en olTenser un , ils se croyaient menacés des plus grandes calamités, et ils attribuaient même à certaines paroles, à certains signes , le pouvoir absolu de bénir on de maudire. L'histoire de toutes les nations, sans en excepter les savants Grecs elles Romains, fournit l'exemple d'une foule de semblables superstitions ; elles n'ont donc rien d'étonnant chez un peuple si ancien , à demi sauvage , et relégué dans les montagnes de l'Orient. Voilà pourquoi la vigueur avec laquelle Moïse s'oppoea à toutes les pratiques superstitieuses, et défendit d'ajouter foi aux conjurations, soit en bien, soit en mal , est un de ses plus grands mérites. Le chant du Puits, qui date de la même époque, n'avait sans doute d'autre but que celui de détruire d'avance les superstitions auxquelles il aurait pu donner lieu '.
« Viens ^ , puits ! viens vers nous î Chantez au-devant de lui ! Ce puits a été découvert pour nous par nos princes ; les plus nobles du peuple l'ont marqué de leur sceptre , ils l'ont marqué de leur bâton ! »
Moïse avait sans doute fait marquer ce lieu avec les bâtons des chefs de tribus , afin qu'aucune baguette de magicien ne put en approcher. Balaam lui-même dit, en parlant du peuple de Moïse :
« Les charmes sont impuissants contre Israël, les bénédictions ne font rien contre Jacob. »
L'histoire que nous allons rapporter est donc entièrement à la louange d'Israël, car c'est par l'exemple du plus célèbre distributeur d'anathèmes et de bénédictions , que Moïse prouve combien cet art , condamné par lui , est vain et subordonné à la volonté du vrai Dieu.
' Les Arabes croient encore aujourd'hui que, pour conjurer les poissons et les forcer à se jeter en foule dans les filets, il suffit de crier: Tall tal! c'est-à-dire viens , viens; et c'est prt'cisémenl par ces mois que commence le chant du Puits, rlusieurs autres peuples ont de semblables sons mayiques par lesquels ils espèrent (aire jaillir l'eau de la terre.
* Moïse, liv. IV, chap. 21, vers. 16.
Les envoyés de Balac avaient été chargés de riches présents qui décidèrent Balaam à obéir aux ordres du roi ; mais le Dieu lulélaire du peuple qu il devait aller maudire, lui apparut dans une vision nocturne, et lui défendit d'entreprendre ce voyage. Il n'y a donc rien là d'étrange ni de bizarre. A cette époque , les rêves passaient, chez tous les peuples, pour des inspirations prophétiques. Un homme qui , ainsi que Balaam , se dit à luimême :
« Prononce des oracles les yeux ouverts , et entends la parole divine ; qui voit apparaître de puissants esprits se prosterne et les regarde les yeux ouverts. »
Un pareil homme , dis-je , ne doit-il pas être , pendant son sommeil, accessible aux visions les plus extraordinaires , puisque , dans l'état de veille même, il se croit capable d'une aussi complète extase? Et pourquoi Dieu ne choisirait-il pas ce moyen facile pour lui parler , puisqu'il n'a pas dédaigné de suggérer, par la voie des rêves, des pensées et des ordres à Abimélecli, à Nabuchodonosor, et à plusieurs autres païens ?
Enfin Balaam, effrayé par l'avertissement du Dieu protecteur d'Israël, refuse d'entreprendre le voyage. De nouveaux messagers arrivent avec des présents plus riches , le cœur du prédisant cède à la tentation , cl Dieu permet le voyage, mais après avoir ordoimé positivement à Balaam de ne prononcer aucune autre parole que celles qu'il mettra lui-même dans sa bouche. Pour l'impressionner plus fortement encore, il lui envoie sur sa route une vision qui a donné lieu à tant de discussions et de commentaires. Cette vision se développe par degrés. D'abord l'ànesse se détourne du chemin et se presse contre la muraille, puis elle tombe sur ses genoux, et alors seulement la vision se manifeste à l'ame du prédisant. Il entend parler l'ànesse, il voit le messager de Jéhovah le glaive nu à la main : c'était sans doute une flamme brillante qui étincelait devant lui. Enfin , il entend la voix de l'ange; ce messager de Jéhovah lui barre le passage, lui reproche d'être plus insensible que sonànesse, qu'un faible avertissement avait arrêtée; il le menace môme de le tuer et d'épargner l'ànesse ; puis il lui ordonne de nouveau de ne dire que ce que le Dieu d'Israël mettra dans son cœur. Ainsi effrayé et averti,