‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 78 sur 120 · CBANT DE TRIOMPHE DE DÉBORA · texte numérisé non relu

CBANT DE TRIOMPHE DE DÉBORA

« En ce jour de victoire, Débora et Barac , fils d'Abinoliam , chantèrent ainsi :

« Israël s'est vengé*! Le peuple est allé volontairement au combat ; louez le Seigneur !

« Rois, écoutez ! princes, prêtez l'oreille; je chanterai Jého-

• Conformtfmeiil au syrien, à l"arabfi cl à plusieurs maïuiscrils, qui tous c'crivcnl

CIIA.MS m: VICTOIRE DES ISRAÉLITES, 441

vah ! Je veux chanter Jéhovah ! je veux faire sonner les instruments en l'honneur de Jéhovah, le Dieu d'Israël !

« Lorsque tu parlis de Séhir •, lorsque tu arrivas des monlagnes d'Édom, alors, ô Jéhovah! la terre frémit, Teau tomba du ciel, les nuées versèrent des torrents d'eau ! Devant la face de Jéhovah les montagnes se fondirent; il se fondit, le Sinaï , devant la face de Jéhovah, devant le Dieu d'Israël !

« Aux jours de Samgar , fils de Hanath , aux jours de Jahel, les grandes routes étaient désertes ; tous ceux qui avaient l'habitude de les suivre, marchaient sur des sentiers détournés. Elles étaient désertes, les assemblées d'Israël^ ! elles étaient désertes jusqu'au moment où je me suis levée, moi Débora ! jusqu'au moment où je me suis levée , moi la mère d'Israël !

a Ils ont choisi des dieux nouveaux', et aussitôt la guêtre est venue assiéger leurs portes, et pas un bouclier, pas une lance ne se voyaient parmi les quarante mille d'Israël*. Mon cœur vous remercie, ô vous, chefs d'Israël, et vous, volontaires d'entre le peuple ! glorihez tous Jéhovah avec moi ^. Vous qui êtes montés sur des ànesses étincelantes de blancheur, vous qui vous asseyez sur des tapis précieux , vous qui marchez à pied dans les rues ^ songez à composer un hymne !

« Un hymne pour être chanté par les pasteurs'' qui tirent des

' Le chant commence par la même image que Moïse emploie livre v, cliap. 33 , vers. 2, et qui est imilée par David , psaume 68, et par Uabacuc, cliap. 3. Au reste, la plupart des chants de victoire des Hébreux commencent ainsi, car tous les poètes de cette nation marchaient sur les traces de .Moïse, qui était leur Homère.

* Voyez sur le mot "lîTD, la note à l'occasion d'Uabacuc, dans le premier supplément du troisième chapitre.

^ Le livre des Juges est basé sur cette pensée : il atlriljue k ce motif toutes les calamités du pays. Les principaux récils sont donc aussi anciens et aussi conformes aux lois de Moïse que ce chant.

* Non parce qu'il n'y avait ni lances ni boucliers en Israël, mais parce que personne ne s'était levé pour conduire au combat les quarante mille d'Israël

* Les chefs et les subordonnés doivent tous s'associer au chant de lemerciemcnt, car tous ont pris part a li victoire. Il y a la une délicatesse d'expression et de pensée qu'on est étonné de trouver à une époque aussi reculée.

^ Les riches et les chefs assis sur leurs précieux tapis, et le peuple qui marche à pied dans les rues , tous ont des droits égaux aux fruits de la victoire , c'est-à-dire à la llbcrié, à la sécurité, à la prospérité publiques.

7 .le prends ^ comme aiigmentatiuum, ainsi qu'il est pris fort souvent dans les mots chantés. Eu expliquant ainsi ce vers obscur, il devient clair et s'accorde naturellËmeni avec l'ensemble. La bataille a été livrée près des ruisseaux et des torrents

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fontaines l'eau qu'ils dislribuenl à tous les troupeaux , afin que là aussi on célèbre la bonté de Jéhovah; que le peuple des campagnes d'Israël célèbre la bonté de Jéhovah », car c'est parla que le peuple de Jéhovah est entré dans les défdés.

« Anime-toi! anime-toi, Débora* ! Réveille l'esprit, et chante la victoire! Lève-toi, Barac, lilsd'Abinoham, va chcrclierdes captifs!

« Et une petite troupe est allée avec lui au-devant d(;s forts; le peuple de Jéhovah est allé avec moi au-devant des puissants !

« Les premiers sont venus d'Éphraïm sur Amalec; puis, lu es arrivé, toi , Benjamin , avec tes peuples. Des chefs de guerre sont venus de l'autre côté de Makir, et ceux qui portaient le bâton de la revue ^ sont descendus de Zabulon. Les princes d'Issachar étaient aussi avec Débora ; et, semblable à Barac en ardeur guerrière \ Issachar s'est élancé dans la vallée^.

« Sur les bords des ruisseaux de Ruben seulement, on tenait de longs et nombreux conseils ^ Que fais-tu là , Ruben, assis entre les clayonnages? Serait-ce pour écouter le bêlement de tes troupeaux ? Sur les bords des ruisseaux de Ruben, on tenait de longs et nombreux conseils !

du Mont-Tliabor ; c'est là que l'on devait cternellcment célébrer cette victoire. Elle a clé remporlée dans la saison des pluies; et les torrents et les ruisseaux étaient tellement yrossis , ([u'ils entraînèrent les Cananéens dans leur cours. Voilà pourquoi Déliera déliute par le tableau des nuaj'.es qui versent de l'eau, el qu'elle introduit les l'toiles qui annoncent la pluie, en qualité de combattants alliés d'Israël, l'uis elle décrit les défilés du Tbabor oii le peuple s'i'tait placé, et indique ainsi très-clairemenl le théâtre de la victoire.

' L'habitante de la campa{;ne prend toutes les mesures nécessaires pour que sa victoire et la délivrance d'Israël ne soient jamais oubliées par le peuple de la cainpayne. Le souvenir s'y est en effet perpétué.

' Ou bien : bouillonne, hoxiillonne, exalte-toi, alin que tu puisses tracer le tableau de toute la campagre! et ce tableau se déroule en effet dans son admirable ordre de bataille. .\près l'appel à Barac , la marche commence, et l'on voit arriver successivement toutes lestrilius (|ui ont suivi l'héroïne. Elle habilaitles montayiiesd'Ephraïm, et c'est là aussi que s'est formé le noyau de l'armée. Le mont qu'elle habitait spécialement s'appelait sans doute Amalec, car, à cette époque , chaque p.irlie d'une chaîne de montagne avait son nom particulier.

Toutes ces descriptions prouvent que les anciens des tribus avaient marché avec elle, et excité le reste à les suivre.

* C'était pour mieux honorer la valeur de cette tribu qu'elle la comparait à Barac. Le Mont-Thabor était situé entre i^abulon et Issachar.

' L'explication de celte expression se trouve dans le chap. 4 du livre des Juyes, où l'on voit que toutes les tribus se sont arrêtées sur la plate-forme du Thabor.

^ C'est ici que commencent les railleries sur les tribus restées en arrière.

« Galaad , au-delà du Jourdain, est resté tranquille , et Dan aussi; sans cela pourquoi habiterait-il des navires? Aser n'avait rien à redouter sur le rivage de la mer, aussi est-il resté dans ses baies. Mais le peuple de Zabulon a joué sa vie contre la mort ! Et lui aussi , le vaillant Nepbtali , sur le haut de ses monts*.

« C'est contre eux qu'ils sont venus, les rois^ et qu'ils ont combattu ! Oui , ils ont combattu à Tahanar, près des eaux de Méguiddo , les rois de Canaan ! mais ils n'ont pas eu ce qu'ils demandaient , ils n'ont pas eu d'argent !

« Du haut du ciel, les étoiles ont combattu contre eux ; les étoiles sont sorties de leurs arènes , elles ont combattu contre Sisera ! Le Kison les a entraînés ! ils ont été entraînés dans le cours torlueux des torrents du Kison ! Marche, mon ame ! marche et avance avec force ^ !

« Alors , ils ont trépigné , les pieds des chevaux ! ils ont trépigné quand ils fuyaient , quand ils fuyaient devant les héros ! Que maudit soit Meroz! dit le messager de Jéhovah*; prononcez l'anathème sur ses habitants! Ils ne sont pas venus au secours de Jéhovah , au secours de Jéhovah au milieu de son armée de héros !

« Bénie soit entre toutes les femmes Jahel, la femme deHéber le Kénien ; qu'elle soit bénie entre toutes celles qui habitent les tentes ! Il a demandé de l'eau, elle lui a donné du lait. Dans un vase magnifique elle lui a donné du beau lait caillé ; et sa

' Ce sont CCS deux tribus que Débora a d'abord offertes à Barac, et dont le courage et la fidélité lui étaient assurés; aussi leur donne-t-elle les éloges les plus glorieux. Elles formaient , avec la partie la plus septenirionale de la tribu de Juda, de vaillants peuples montagnards. Zibulou n'est ainsi opposé à Aser et à Dan, que parce qu'il habitait sur les bords de la mer, ce qui ne ra pas empêché d'arriver au combat.

' L'héro'ine leur donne ce titre par ironie et par mépris, et ne les élève ainsi que pour les anéantir. C'est dans ce même esprit qu'elle parle de la mère de Sisera, et de ses nobles dames.

^ Elle s'excite à décrire le reste de la bataille ; elle chante la fuite et la victoire, et traite avec ironie et mépris rennemi et les tribus restées en arrière.

* Dans tout le livre des Juges, la voix de Dieu s'appelle ïange de Jéhovah. Voyez chap. », vers. l à 4, cliap 6, vers, ii à 22 ; chap. i3, vers. 3 à 21. Ici celte expression est sans doute empruntée au premier passage, car lorsque cet ange de Jéhovah paraît, il demande la conquête du pays. Débora parle donc ici au nom de Dieu, c'est-à-dire comme une voix nationale.

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main gauche s'est avancée vers le clou , et sa main droite s'est approchée d'un lourd marteau.

« Et elle a frappé Sisera ! elle lui a transpercé la lètc ! elle lui a transpercé les tempes! Il s'est étendu, il s'est tordu sous ses pieds , il est tombé ! il est resté étendu ! Sous ses pieds , il s'est tordu, il est tombé ! Là où il s'était tordu, il est retombé ; il est resté pâle et sans vie * !

« Elle a regardé par la fenêtre, la mère de Sisera 2; elle a ci'ié à travers les grilles : « Pourquoi son char tarde-t-il à venir? Pourquoi les roues de ses attelages roulent-elles si lentement? »

« Les plus sages de ses dames lui ont répondu, et elle aussi s'est aussitôt adressé la parole à elle-même : « N'aurait-il pas trouvé de butin à faire et à partager? Une jeune lille, deux jeunes tilles pour chaque homme, et des vêtements de couleur pour Sisera^? Du butin en vêtements de couleur brodés à doubles broderies , du butin en parures de couleur, pour orner le cortège triomphal.»

« Périssent ainsi tous tes ennemis, ô Jéhovah ! Mais ceux qui t'aiment! oh! que ceux-là soient semblables au soleil, quand il parait dans toute sa magnificence * ! »

SUPPLÉMENT

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