ÉLÉGIE DE DAVID SUR JONATHAN, SON AMI
« Chevreuil d'Israël , tu as été blessé sur les hauts lieux ! »
Choeur. — « Hélas ! les héros sont tombés! Comme ils sont tombés , les héros ! »
« N'allez pas le dire à Gath ! ne portez pas cette nouvelle dans les rues d'Askélon, afin qu'elles ne se réjouissent point, les filles des Philistins ; alin qu'elles ne tressaillent pas de joie, les filles des incirconcis.
« Montagnes de Guilboah , que la pluie et la rosée ne tombent plus sur vous ! qu'elles ne tombent plus jamais sur vous , montagnes qui recelez la malédiction ; car c'est sur vous qu'a été brisé le bouclier du héros, le bouclier du roi , comme si jamais riiuile royale ne l'avait sanctifié !
« Jamais l'arc de Jonathan ne s'est détourné devant le sang des victimes, devant la graisse des forts. Le glaive du roi aussi n'est point resté oisif; il revenait toujours teint du sang des morts !
« Unis pendant la vie par de doux liens d'amour, Saûl et Jonathan sont descendus ensemble dans fempire des ombres! Héros intrépides, ils surpassaient l'aigle par la rapidité, et le lion par la valeur.
« Pleurez sur Saûl , filles d'Israël , il ne vous parera plus de vêtements de pourpre, il ne vous couvrira plus de parures d'or ! »
Choeur. — « Hélas! comme ils sont tombés, les héros ; ils sont tombés au milieu du champ de bataille! Jonathan, aimable chevreuil, tu as été blessé sur tes hauts lieux! »
« Pour toi, mon frère Jonathan , mon cœur est plein d'angoisses ! Combien je te regrette ! tu faisais tout mon bonheur ! Je fai tant aimé! d'un amour plus grand et bien au-dessus de celui qu'on éprouve pour une femme ! »
Choeur. — « Hélas ! comme ils sont tombés, les héros; et leurs armes de guerre brisées gisent autour d'eux ! »
' Suniuel, livre ii, cliap. i, vers 19 et suiv.
Histoire de David comme auteur des psaumes. — Comment ce genre de podsien-t-il
éléaccrédiliî par lui? — Quels sont ses rapports avec la poésie plus ancienne? — Abus des psaumes par l'usage vulgaire qu'on en fait. — (.loup d'n-il sur les psaumes. — Kègles pour leur emploi. — Que faut-il penser de la classilication qui les partage en psaumes^ liants, moyens et bas ? — Classification d'après leur genre lyrique. — Psaumes qui ne contiennent qu'une pensée, qu'un tableau.— Psaumes qui renferment plusieurs antillièses. — Psaumes de scnliinent. — Psaumes didactiques. — Mérite d'un poète allemand qui a introduit dans sa langue le ton des psaumes.
Supplément ; Une apparition.
Sous David, la poésie hébraïque alleignit son plus liaul degré de splendeur; la sauvage fleur des champs, Iransplanli^e par lui sur la superbe Sion, y brilla de lout réclat d'une fleur royale. L'esprit de David avait toujours été musical et poétique; ses plus belles années s'étaient écoulées au milieu des champs et des prairies , où le jeune pasteur recueillit les fleurs lyriques dont, plus tard, il orna ses psaumes héroïques et même ses psaumes de la pénitence.
La musique, qui renfermait en elle toute la civilisation de cette époque , lui avait procuré des relations directes avec le roi. Cette circonstance ne pouvait manquer de le porter à cultiver avec plus de soin encore ses dispositions naturelles pour cet art qui , dès son début, cependant, parut devoir lui causer autant de calamités que de triomphes. Exaltées par ses chants, les l'cmmes le proclamèrent le rival de Satil; et plusieurs fois il échappa par miracle à la flèche que lui lançait ce roi en démence. Forcé de chercher son salut dans la fuite, il erra pendant plusieurs années dans les déserts de la Judée , où il vécut hors la loi comme l'oiseau des montagnes. Ce fut alors, surtout, que sa harpt! devint son amie cl sa consolatrice. Il lui conlia ce qu'il
ne pouvait confier à personne ; elle apaisa ses alarmes et lui fit oublier sa misère ; elle consola le jeune paire de la haine et de l'envie dont il était devenu l'objet, comme naguère elle avait apaisé le mauvais esprit qui s'était emparé de Saûl. Les sons qu'il en tira étaient, pour ainsi dire, l'écho de ses sensations , et les plus tendres , les plus mélancoliques, prirent le caractère de la prière. Ces prières donnèrent des ailes à son courage, de la force à ses espérances , jusqu'au moment où les arrêts de Dieu lui permirent enfin de vaincre tous les obstacles qui s'étaient opposés à son élévation.
Dans les mains royales de David, la harpe devint un instrument d'hommage et de reconnaissance publics. Il ne se borna pas à répéter, devant le peuple tout entier, les prières que lui avaient inspirées les angoisses du danger et la joie de s'en voir délivré ; il sanctifia la poésie et la musique , et en fit l'ame du service divin et des cérémonies du temple. Quatre mille lévites furent divisés par lui en classes et en chœurs dilférenls, qui se distinguaient par leurs costumes, et dont chacun avait son maître à chanter ( HÎ^^D )•
Asaph , Heman , Jedithun , étaient les plus savants de ces chœurs, ainsi que le prouvent les exemples qu'ils nous ont laissés de leur art; les enfants deCoré formaient une classe inférieure.
Quoique devenu roi , David augmenta par ses propres productions le trésor de cette poésie du temple. Les dangers et les victoires, et surtout la révolte d'Absalon , avaient réveillé en lui la voix poétique de sa première jeunesse , et sa harpe chanta les soucis et les ennuis du roi. Chaque inslilulion utile, et surtout la consécration de la montagne de Sion, fut expliquée et rendue , pour ainsi dire, palpable au peuple, à l'aide de chants publics composés par lui ou par les poètes qu'il dirigeait; aussi son règne vit-il encore tout entier dans les psaumes. On les chantait à toutes les fêtes, à. toutes les réjouissances publiques ; et le peuple , ébloui par la magnificence du roi et de sa résidence , les répétait avec enthousiasme. Ils ont été conservés sous le titre de f)sau7ncs royaiiçc; on y a ajouté tout ce qui
pouvait s'y ajouter, et l'on a imite tout ce qu'il y avait d'imitiible.
Les poètes du temps de David imitèrent le brillant exemple de leur roi , non-seulement en chantant , mais en cliantant comme lui. Il est donc bien naturel qu'il soit reslé un glorieux modèle , à l'époque où son nom était devenu sacré, comme celui du père de toute une race royale, d'une source d'espérance éternelle. Les prophètes eux-mêmes l'imitèrent , parce que le nom de David était cher au peuple, et que ces psaumes étaient un recueil de chants nationaux, du moins pour toutes les circonstances qui tenaient à la musique et à la poésie du service divin.
Telle est l'origine du recueil des psaumes que nous possédons, et qui portent le nom de David. Tous cependant ne sont pas de lui ni même do son époque; mais les temps antérieurs n'ont laissé qu'un seul chant, celui de Moïse, cl ce seul chant a servi de modèle à tous les autres. Ce titre (~1*'1"1^), sans autre désignation , est tellement vague et général , qu'il attribue , pour ainsi dire , tous les psaumes au même auteur ; il en est de même du recueil des proverbes et des tendres chants, qui portent le nom de Salomon , parce qu'ils sont écrits dans l'esprit qu'il a imprimé à son règne. En un mot, on peut dire que le plus glorieux roi d'Israël a su unir son héroïque couronne royale à celle de poète lyrique ; aussi le nom de David, chez les Hébreux, est-il inséparable de toute belle et noble poésie. Ce roi a , en effet, considérablement embelli et ennobli le chant lyrique de son peuple. C'est par les psaumes que commencent les développements instructifs sur les qualités de Dieu, sur la nature humaine, sur les vices et les vertus privées , sur le bonheur et le malheur des méchants, qui ne pouvaient trouver de place ni dans les majestueux livres de Moïse , ni dans les énergiques productions de la sauvage époque des Juges. La llùtc du berger et le son mélancolique de la harpe, ont adouci la belliqueuse Tuba; et, quelle que soil la rudesse des psaumes guerriers, il est impossible de ne pas y reconnaître une tendance prononcée vers des sentiments plus doux.
En chantant la magnilicence d'un roi , l'éclat d'un gouvernemenl civil, on posa naturellement un l'rein à la sainte lurcur de
la muse antique. L'histoire de tous les peuples nous prouve qu'une poésie brillante ne peut naître que sous le règne brillant d'un roi dont les actions d'éclat fournissent de grands sujets, tandis que, par sa sévérité, il fait régner l'ordre et la paix. David remplit cette double condition ; aussi créa-t-il la période classique de la poésie hébraïque, qui fut complétée par Salomon et par les prophètes.
Il serait impossible denier que ce perfectionnement fit disparaître la rude énergie, l'harmonie vivante et l'animation dansante de l'ancienne poésie ; car on chercherait en vain dans les psaumes des chants comme ceux de Moïse et de Débora , un langage imagé comme celui de Job, de Balaani, de Jotham. Tout y est visiblement monotone , car tout y est groupé autour de Sion, et dans la sphère des chants et de la pensée de David. Les hauts lieux des prophètes, où retentissait naguère l'indépendante et fière poésie de la nature, étaient devenus muets et déserts. Les voyants de David n'étaient pas poètes ; son Asaph, qui prophétisait au son des cordes, était payé pour cela; et ce ne fut qu'après plusieurs siècles qu'on vit renaître la poésie des prophètes. C'est ainsi que tout marche en ce monde, et que chaque institution humaine a ses phases diverses : la poésie des Hébreux perdit en force naturelle ce qu'elle gagna en dignité sacerdotale et politique , et en beauté lyrique.
Aucun livre des saintes Écritures, excepté le Cantique des cantiques , n'-a été aussi faussement interprété et aussi malheureusement détourné de son sens primitif, que le livre des psaumes. David avait fait dominer ses sentiments et ses pensées, dans le recueil destiné aux chants du temple. Les générations suivantes voulurent également en faire un livre de cantiques approprié à leur cœur, à leur esprit , à leurs préoccupations ; mais comme elles n'avaient plus rien de commun avec le cœur, l'esprit et les préoccupations de David , elles cherchèrent à étendre le sens des poésies de ce roi sur des objets et des sensations qui étaient encore inconnus à son époque. Ajoutons à ces considérations que chaque commentateur , chaque rimeur nouveau pouvait, au besoin, trouver dans les psaumes l'esprit de son époque, les besoins de son ame et de ses relations de
famille ; et l'on ne s'clonnera plus de ce qu'il les faisait lire et chanter à toute sa secte, qui les répétait comme si chaque individu était encore errant à travers la Judée et poursuivi par Saûl. On maudissait les Édomites et les Moabites, et, lorsqu'on était par trop embarrassé , on mettait les analhèmes dans la bouche de celui qui n'a jamais injurié personne, parce qu'il avait promis de se laisser injurier; qui n'a jamais prononcé de menaces, parce qu'il était résigné à souffrir.
Il suffit de lire les chants les plus beaux, les plus individuels, les plus caractéristiques de David, d'Asaph, de Coré, convertis depuis en cantiques rimes , pour se convaincre qu'ils n'ont pas même conservé une ombre de leur forme originale '.
Pour se faire une juste idée des psaumes, comme poèmes lyriques du temps de David, il est indispensable , avant de les lire, de se pénétrer des considérations suivantes :
1°. Il fiiul oublier les imitations et les commenlaires modernes, même ceux qui, à juste titre , passent pom" les meilleurs ; les auteurs de ces travaux lisaient le texte, avec l'inlenlion de l'appliquer à l'esprit de leur époque et de leur langue , et avec le désir d'y trouver des consolations et des enseignements pour eux et pour leurs contemporains. Mais, d'après la manière dont je les envisage , il ne s'agit que de l'esprit de l'époque où ces chants ont été composés , c'est-à-dire du cœur et de l'intelligence de David et de ses poètes,
2°. Ce point bien arrêté, on doit remonter aux événements et aux situations qui ont donné lieu à ces poésies. Dans plusieurs psaumes ils sont indiqués en tête ; chez d'autres, le sons les fait devinei'; il en est pourtant dont le sujet est entièrement dans le vague. Dans tous les cas , on ne doit point demander un psaume sur chaque circonstance de la vie de David , ni voir dans chaque trope de ses psaumes une allusion aux particularités de cette vie. La première faute a été' très-souvent commise sur David, comme sur tous les poètes lyriques; car on a voulu tout prouver, tout expliquer, et se procurer ainsi, sur chaque fait insignifiant, un point d'appui pour la pensée. La seconde, aussi
' Uerdor fait allusion ici aux cantiques des divers sectes protestantes, tirés des psaumes, mais appropriés à Icsprit du ces sectes. (Note du Traducteur.)
fréquente , est plus dangereuse encore , car elle a enfanté des monstruosités qui existaient dans la tète du commentateur, mais qui, certes, ne sont jamais entrées dans celle de David.
3°. Il est également nécessaire d'étudier la véritable langue de David, par la comparaison des divers psaumes entre eux et avec riiisloire de leur auteur, parce que le poète royal avait des expressions favorites, qui toutes s'expliquent par des situations personnelles : Le Seigneur est mon bouclier, il est à ma droite, il me fait de la place, il me conduit sur les hauts lieux, etc. Toutes ces locutions enlin ont été, pendant plusieurs siècles, le langage de l'Église, tout en subissant des variations plus ou moins opposées ou éloignées de l'esprit du texte. Un recueil d'explication des idiotismes poétiques des psaumes , serait donc un ouvrage fort utile ; nous devrions même avoir un semblable recueil sur chacun des principaux écrivains de l'Ancien-Testament.
4°. Quant aux sentiments qui régnent dans les psaumes, on ne doit les analyser ni avec l'esprit d'opposition d'un ennemi , ni avec le zèle aveugle d'un sectateur. Ces sentiments sont les traits caractéristiques des êtres isolés, et c'est sous ce point de vue qu'il faut les envisager, sans chercher à les imposer au monde entier comme des modèles de pieuses sensations. David avait ses passions et ses soucis comme fugitif et comme roi. Nous ne sommes ni l'un ni l'autre; il nous siérait donc fort mal de maudire des ennemis que nous n'avons pas, ou de nous glorifier de victoires que notre position rend impossibles: mais nous devons chercher à comprendre et à apprécier ces sentiments. Les livres saints sont, à cet effet, des guides certains, car ils dévoilent le caractère de David jusque dans ses défauts. L'homme qui pécha contre Urie pouvait s'oublier plus d'une fois en paroles. Il était prompt, belliqueux, souvent pressé de toutes parts, et parlait, parfois, moins en son nom qu'en celui de son peuple. En résumé, ce n'était qu'un homme. Ses chants sont les documents de son histoire , et son histoire est le document de ses chants. Celui qui veut voir chaque circonstance concernant ce roi revêtue d'un éclat surnaturel, linil par ne plus rien voir du tout.
b°. Sous le rapport artistique aussi, il serait dangereux de prendre pour point de comparaison des modèles appartenant à
d'autres peuples, à d'autres langues. La composition d'un poème quelconque ne peut être appréciée que par rapport aux sensations, aux manières de voir du peuple auquel il appartient, et par rapport aux exigences de la langue dans laquelle il a été écrit. La qualification de pindariques que Ton a donnée à certains psaumes, signifie, sans doute, qu'on y trouve des transitions hardies, de nobles sentences el des traits d'histoire. Mais quel est l'hymne entièrement dépourvu de ces particularités qui font l'unique point de ressemblance des compositions de David avec celles de Pindare ? Le langage lyrique de Pindare, ses périodes, son rhythme, sa manière de traiter les sujets, et la nature même de ces sujets, tous tirés de la mythologie et de l'histoire, ne soufîrent aucune comparaison avec les psaumes ; et si on se laissait éblouir par le mot chœur, on arriverait à une fausse conclusion ; car il n'y a aucun rapport entre le chœur grec et le chœur hébreu.
6". On commettrait une erreur plus grave encore , si on jugeait David d'après les règles de la poésie lyrique , si péniblement enfantées par lestemps modernes , et qui ne s'appliquent pas même à toutes les odes d'Horace, d'où l'on prétend les avoir tirées. Ces règles sont l'œuvre de quelques critiques aux vues étroites, qui , peu familiarisés avec les trésors lyriques des autres langues, se sont attachés à (juelques morceaux favoris d'Horace, sur lesquels ils ont construit leur échaliiudage. De pareils guides ne sauraient être d'aucune utilité pour une époque, pour des situations el pour une langue dont ils sont incapables d'apprécier la naïve simplicité. Au reste, là où la règle est juste et vraie, elle découle de la nature des sensations elde l'examen du sujet chante , auxquels se mêlent toujours les traits caractéristiques du chanteur, des situations et de la langue; voilà pourquoi les règles demandent une application vivante et partielle. Je le répèle, lorsque les règles sont vraies, il est plus agréable de les trouver et de les développer soi-même dans une composition originale, que de les mendier à des modèles étrangers ; ce (lui détruit toujours la simplicité primitive d'un chanl antique, qui est incompatible avec les raninenicnts el les subtilités de l'art lyrique moderne. En résumé, celui qui n'est pas capable de sentir par lui-uième les boaulés d'une [loésie nuisicalc , n'appren-
dra pas à Tapprécier en lasoumetlanl à la lurturc des règles.
7°. C'est ainsi qu'il faut lire et étudier la poésie hébraïque , pour y trouver sa nature et sa beauté originaires. Le maître doit éveiller l'attention de l'élève sur le sujet de chaque chant, sur l'intérêt qu'il présente , sur la manière dont il a été traité , sur les sensations qui règlent sa marche, sur les opinions qu'il développe, sur son début, son nœud et son dénouement. Plus on accoutumera l'élève à résoudre avec simplicité et concision ces points qu'il faut poser sans artihce scholaslique et sans chaleur enthousiaste , plus les beautés du chant pénétreront son cœur ; quant aux allures spéciales de tels ou tels passages, il les sentira naturellement ; et si une seule étincelle du sentiment lyrique dort en lui, Jéhovah l'inspirera.
L'examen le plus simple et le plus naïf est celui qui convient le mieux à la poésie hébraïque, car il n'y a presque jamais d'art dans sa composition; mais il y a toujours une foule de sentiments vrais qui s'échappent d'un cœur ému. Pourquoi ne possédons-nous pas une édition des psaumes, où David serait traité et jugé comme on traite et juge la plupart des poètes anciens, comcomme Horace , par exemple ? Une édition enfin où, au lieu de casuiliquer, on se bornerait à montrer les poètes comme poètes, et à faire valoir leurs beautés sans nous les crier aux oreilles , ni sans les défigurer en les surchargeant des haillons d'une langue etd'une versification étrangères? Malheureusement, nous ne sommes encore que des enfants pour tout ce qui concerne l'examen de la poésie hébraïque; car si nous ne nous étouffons pas nousmêmes par les différentes manières de lire le texte, nousl'écrasons à force de l'affubler de la parure à la mode des langues modernes.
Je vais maintenant passer les psaumes en revue, afin de faire remarquer les principaux genres de leur nature lyrique. Cette revue cependant ne sera pas complète, et je présume bien que personne ne s'y attendra; car "il serait impossible d'épuiser en quelques pages un océan de cent cinquante chants.
On divise ordinairement les psaumes en trois classes : la haute , la moyenne et la basse. Cette classilication serait très-
bonne si elle apprenait quelque chose. Il n'y a pas d'œuvre un peu importante qu'on ne puisse diviser ainsi, mais on sera toujours réduit à se demander à quelle division appartient tel ou tel morceau. Chacun le range à sa façon , et plusieurs de ces morceaux se refusent à une classification précise. L'échelle lyrique se compose de tant de degrés , et qui se touchent de si près, qu'ils se confondent presque; comment pourrait-on y trouver une place précise pour chacun des cent cinquante psaumes? Au resle, à quoi serviraient toutes ces classifications? Essayons donc, par d'autres moyens, de mettre un peu d'ordre dans ces matières.
1". Il y a quelques psaumes très-courts qui ne développent qu'une seule image sur le ton d'un seul sentiment, et qui se terminent par une gracieuse rondeur. Je les appellerais chants à périodes simples', «kT» , 'si ce mot ne rappelait pas des idées trop étrangères. Le psaume 135 est de ce genre ; semblable à une rose fleurie, il répand de suaves parfums.