‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 94 sur 120 · DEUIL ET ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

DEUIL ET ESPÉRANCE

« Jéhovah! ne me rejette point dans ta colère, ne me châtie pas dans ton bouillant courroux! Aie pitié de moi, Jéhovah , car je suis faible; guéris-moi , Jéhovah , car mes os tressaillent ! Ma vie tout entière est ébranlée! Et toi, Jéhovah ?..,.. Jusqu'à quand?...

« Reviens à moi , ô Jéhovah , sauve ma vie , soutiens-moi , miséricordieux ! Dans la mort on ne pense plus à toi; dans le royaume des ombres, qui est-ce qui chante des hymnes en ton honneur?

« Je me suis épuisé en soupirs; pendant de longues nuits j'ai inondé mon lit de mes pleurs, ma couche s'est fondue en larmes ! Déjà le chagrin a obscurci mes yeux, ils ne jettent plus sur mes oppresseurs que des regards vieux et fatigués.

« Vous tous, ô méchants, retirez-vous loin de moi, car Dieu vient d'entendre la voix de mes larmes; Jéhovah écoute ma piirro plaintive, il la reçoit en grâce. lisseront humiliés et

' psaume 6.

consternés, ions conx qui sont mes ennemis; ils rougiront et reculeront à l'instant ! »

Ce psaume ne saurait s'appliquer à des prières de pénitence générale ; considéré comme un chant particulier à David, il est remarquablement beau par la marche du sentiment qui Ta inspiré. Le vieux roi chagrin et malade, qui voit dans ses souffrances un châtiment de Dieu , se transporte par ses gémissements jusqu'aux portes de la mort; mais dès que le mot ennemis revient sur ses lèvres, son courage et ses espérances renaissent. C'est ainsi que la plupart des psaumes ne sont que la représentation réelle et sans recherche artistique d'un sentiment tout individuel ; aussi peut-on y puiser des enseignements utiles sur la marche lyrique d'une ode ou d'une idylle de sentiment.

4°. Les psaumes d4, 19, 52, 59, 49, 9i, 103, 115, 159, et tous les psaumes didactiques d'Asaph, méritent notre estime par l'excellence de leur méthode d'enseignement. Quelques commentateurs ont cru trouver un double thème dans le psaume 19 ; quant à moi, je ne l'y vois pas. Le poêle passe du gouvernement de Dieu dans la nature, où tout le glorifie et obéit à ses lois , au règne de ce Dieu sur son peuple; et il dépeint ce règne comme élant d'autant plus agréable et plus doux , qu'il est plus limité et plus intime. La marche de ce psaume est donc fondée sur des contrastes. La première image s'élève jusqu'à la plus haute magnificence ; puis, elle s'interrompt tout-à-coup, et le discours, toujours plus doux et plus resserré, se renferme dans une étroile amitié de Dieu pour l'ame humaine , dans ses relations confidentielles avec cette ame. Dieu connaît les défauts les plus cachés de l'homme, son ami ; et il accepte les prières secrètes de cœur comme un entretien amical. La beauté de la disposition de ce psaume égale celle de son contenu ; et s'il a donné lieu a tant de fausses interprétations, c'est qu'on a pris les mots droit, 'parole, loi, témoignage, dans le sens que nous y attachons aujourd'hui , au lieu de leur donner la signification politique qu'ils avaient dans la constitution des Hébreux ; et c'est à cette constitution que s'appliquent les devoirs et les bienfaits dont parle ce psaume.

Au reste, il ne fuil pa;^ (Icniiinder ;i un chanl di<lacU(pn' l'é-

lan qui caractérise les chants de guerre et de victoire. L'enseignement aime un terrain uni sur lequel il s'avance directement vers son but. Quant aux psaumes alphabétiques , il ne faut pas y chercher un plan' comme dans les odes ; ce sont des guirlandes de fleurs composées de sentences, et rangées ainsi pour aider à la mémoire, afin qu'on puisse plus facilement les apprendre par cœur. Le long psaume 119 roule, dans son ensemble , sur un principe général , et n'est, par conséquent, qu'un recueil de variantes morales. La plupart des enfants savent ces sentences par cœur, et il serait impossible de faire un plus bel éloge d'un enseignement; son excellence est incontestable quand il instruit même les enfants.

Page 1