DIALOGUE LYRIQUE SUR LA PROTECTION DE DIEU
« L Celui qui s'assied sous la protection du Très-Haut, celui qui demeure à l'ombre du Tout-Puissant, celui-là dit à Jéhovah : Je me confie à toi; mon refuge et mon Dieu, c'est toi !
« IL II te sauvera du piège de la mort , il te délivrera de la peste meurtrière. Il te couvrira de ses ailes ; confie-toi à ses ailes, et sa fidélité sera pour toi un double bouclier.
« Tu n'auras pas à frémir devant les horreurs de la nuit, devant la flèche qui vole au grand jour, devant la peste qui se traîne dans les ténèbres, devant l'épidémie qui noircit l'éclat de l'heure de midi.
« Et si mille tombent à tes côtés , et dix mille autres à ta droite , rien ne pourra t' atteindre ; lu verras de tes yeux ; tu contempleras la punition des méchants.
« I. J'ai dit à Jéhovah : « J'ai placé ma coniiance en toi. »
(c IL C'est ainsi que tu demeures en des lieux hauls et sûrs, là, aucun mal n'arrivera jusqu'à toi, là, aucun tourment n'approchera de ta tente.
« Il ordonne à ses serviteurs de veiller sur toi partout où tu marches; ils te porteront sur leurs ailes, afin qu'aucune pierre ne blesse tes pieds.
« Tu pourras, sans crainle, marcher sur les serpents etsur les
" Psaume gt.
lions; lu les écraseras sous toi , les lions et les dragons! Jéhovah dit : Je le sauverai parce qu'il se confie à moi, je Testime haut parce qu'il m'honore.
« Il m'invoque et je l'exauce; il est pressé de tous côtés, je suis là aussi, je le sauve, je le fais honorer, je le rassasie de vie, et je lui ferai voir tout ce que je puis donner de bonheur! » Il serait impossible d'enseigner la coniiance en Dieu avec plus de tendresse et d'abandon. Il n'y a point de chœur dans ce psaume, mais le changement de la personne qui parle produit un très-bel elfet, car il fait de cette leçon un dialogue sur la^ bonté du père , qui finit par prendre la parole lui-même pour donner à ses enHmls la promesse formelle de sa bonté et de sa protection.
Je le répète , pour sentir toute la beauté des psaumes, il faut se pénétrer de l'esprit de leur temps. Comme la plupart de ces psaumes sont des prières, on ne saurait les uliUser sans avoir en soi quelque chose de cette résignation fdiale, de cette admiration contemplative des Orientaux devant les œuvres de Dieu, qui tantôt les élève dans leurs prières jusqu'à l'extase, et tantôt les fait descendre jusqu'à la confiance la plus aveugle. Chez les Hébreux surtout, le chant vole de sentence en sentence, comme de montagne en montagne; il touche profondément, quoique avec rapidité ; il saisit et dépeint les objets au vol.
Une poésie où respirent l'innocence et la sensibilité pastorale ne peut être appréciée que par les âmes calmes et paisibles ; son effet est toujours nul et souvent même funeste sur les caractères railleurs et les esprits raffinés. Le ciel ne se reflète que dans une eau calme et pure ; c'est ainsi que les vagues du senliment n'ondoient que dans une ame tranquille et douce.
Il serait injuste de ne pas parler ici du poète qui , le premier, nous a fait connaître le véritable ton et le véritable esprit des psaumes, de Klopstock enfin; toutes ses odes, même les plus simples, sont empruntées à la harpe de David. La plupart des chants de sa Mcssiade , et surtout les passages où l'art disparaît entièrement devant le senliment, ont ouvert à la langue allemande une voie lyrique simple et vraie, qu'on cherchera toujours en vain chez nos brillant-^ voisins.
l'SALMES. idti
0 toi Klopslock ! Asapli des Allemands, puissent les chants te réjouir encore toi-même, comme ils nous charment toujours; puisse ton génie lyrique te survivre, et réveiller pour nous de sa tombe antique, quelque chantre royal riche en action comme David '.
SUPPLÉMENT