‹ Histoire de la poesie des Hébreux;Chapitre 97 sur 120 · I. CARACTÈRE DE DAVID COMME POÈTE AUTEUR DES PSAUMES · texte numérisé non relu

I. CARACTÈRE DE DAVID COMME POÈTE AUTEUR DES PSAUMES

La vérité est, sans contredit , la base fondamentale du caractère de David; car sa poésie est le miroir lldèle de sa vie, de ses sensations et de son époque ; c'est un jardin riche en fleurs oracieuses et en fruits savoureux , mais où , parfois , la tempête exerce ses ravages. Si son langage n'était qu'un flird poétique, il faudrait se borner à en admirer les belles couleurs ; mais comme il est le reflet de son ame, il peut et doit nous servir tl'enseignement.

1. Les compositions de David portent le cachet d'un cœur tendre, d'une ame sensible. Il a épuisé toutes les joies et

toutes les douleurs , et il y a dans ses psaumes des angoisses pour lesquelles les langues modernes n'ont point d'expression. Les psaumes 22, 58 , 59 et plusieurs autres sont de ce genre. Que ses tourments lui viennent de ses ennemis ou de Dieu, son esprit se tord dans la poussière , sa harpe gémit , son cœur se fond en larmes.

2. Ces mêmes larmes cependant ne tardent pas à devenir une contiance courageuse, une résignation liliale. Le Dieu qui, de la condition de pâtre de brebis, l'avait élevé à celle de pasteur des peuples , s'était fait si visiblement son appui , et son secours dans toutes les calamités, dans tous les dangers, qu'il finit par placer en lui cette confiance individuelle qu'on ressent pour son plus fidèle, pour son meilleur ami ; et c'est cette confiance qu'il cliante dans ses psaumes. Ils sont , pour ainsi dire , la relation d'une amitié intime avec Dieu ; voilà pourquoi tous les cœurs nobles et confiants y retrouvent leurs propres sentiments , qu'ils ne sauraient exprimer qu'avec les paroles de l'antique héros des Hébreux.

L'homme qui croit à une providence individuelle donnera toujours une haute idée de son caractère; tous les hommes éprouvés ont eu cette croyance; car ils connaissaient Dieu, non-seulement par la lettre, mais par la voix de leur cœur et par les événements de leur- vie. Dans les psaumes, Dieu n'est jamais une abstraction scientifique, mais un être présent partout, qui pénètre le chantre, qui connait ses mérités et ses défauts; et voilà pourquoi ce chantre se rijouit ou se désole.

5. C'est par ce même motif que ses productions sont les plus intimes et les plus individuelles de son cœur. Ce qui nous paraît présomptueux et arrogant quand nous le chantons en commun, était chez David le sentiment profond et vrai 3e sa situalion individuelle. Pendant que ses ennemis le calomniaient et le persécutaient , il lavait ses mains dans la rosée de l'innocence; elles sont restées pures du sang de* ses persécuteurs, et il s'en glorifie devant Dieu dans la plupart de ses chants '.

Cet esprit de loyauté et de miséricorde se manifeste dans son gouvernement; le nier serait impossible. Joab était sévère et

l Psaumes 7, ^^C, elc.

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sauvago, mais David déployait autant de générosilû que le comportait l'esprit de son temps; et il est facile de voir qu'il aurait voulu toujours se montrer clément envers ses ennemis personnels. Combien n'a-t-il pas déploré la mort d'Absalon? que de ménagements n'a-t-il pas gardés avec Simhi ? El quand Abner, ce chef de ses adversaires, fut perfidement assassiné, il honora sa mémoire par cet hymne de deuil :

« ' Et David dit à Joab et au peuple qui était avec lui : « Déchirez vos vêtements, enveloppez-vous de sacs, cl pleurez sur Abner! »

« Et le roi lui-même marchait derrière le lit sur lequel on transportait le mort. Lorsqu'ils allaient le déposer en terre, il éleva la voix et se mit à pleurer sur la tombe d'Abner ; et tout le peuple pleura avec lui.

« Le roi gémit hautement sur Abner, et dit :

« Abner, tu n'es pas tombé comme un Itàche ! tes mains n'étaient point liées, tes pieds n'étaient point enchaînés ! Comme on tombe devant les méchants, c'est ainsi que tu es tombé !

« Et le peuple se mil à pleurer de nouveau, » etc.

Sous beaucoup de rapports, le gouvernement pacifique de Salomon était plus dur et plus despotique que le règne agile et guerrier de David.

•i. Les persécutions de ses ennemis l'affligeaient d'autant plus profondément, qu'il n'était qu'un homme, et qu'il se sentait innocent. Son cœur avait été navré au point qu'il en parlait là où il n'aurait pas àù. le faire, c'est-à-dire dans les prières et dans les léjouissances publiques; mais ne savons-nous pas tous que des malheurs non mérités assombrissent la vie tout entière, et finissent par aigrir les caractères les plus doux? Au reste, la plupart des chants de David ont été faits dans des moments d'angoisse où il demandait des consolations à sa harpe ; et c'est toujours au moment même où nous éprouvons une injustice, que nous nous en plaignons avec le plus d'amerlume.

J'avoue que, pour ma part, je voudrais pouvoir faire disparaître le ressentiment passionné qui règne dans les psaumes 8, 19, 23, 10 i et 159 ; mais ils n'en sont pas moins précieux comme

' Samuel, liv, ii, chap. 3, vers. 3S elsuiv.

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reflet lidèle des sensations du poète royal. S'il n'avait pas dévoilé devant Dieu les travers de son anie, il eût été Ibrcc de les déguiser ; j'ajouterai que ceci ne nous autorise nullement à clianter après lui, à contre-temps et sans motifs, ces sortes d'anathèmes comme autant d'exercices pieux. Souvenons-nous toujours, et en tout étatde cause, que nous sommes chrétiens, et que l'esprit de la religion cliréticnne nous défend de maudire, même nos plus cruels ennemis.

La force des circonstances fournil à David l'occasion de développer des traits de vengeance et de justice divine , tels que son cœur oppressé les désirait, et que, dans ces temps reculés, on n'envisageait pas sous le même point de vue que de nos jours. Pour le législateur Moïse, Jéhovali était un dieu national, dont la justice distributive ne s'occupait que de l'ensemble de la nation; mais David et ses contemporains, envisageant le gouvernement de ce dieu sous un point de vue moins élevé, retendirent, dans ses détails du moins, sur les individus isolés. Asapli le lit en sage, et David en héros expérimenté. La plupart de leurs expressions sont encore aujourd'hui les plus convenables pour désigner la surveillance morale de la divinité sur l'ensemble des choses de ce monde. Plusieurs psaumes semblent avoir été inspirés par le livre de Job; et, dans tous, des circonstances simples et insignitianles servent de point de départ pour arriver aux plus hautes conséquences.

5. On a souvent trouvé singulier que David ait promis des chants à Dieu, car il prouve par là qu'il les plaçait au-dessus des plus grands sacrifices , et les regardait comme l'oifrande la plus agréable qu'on pût porter à Jéhovah dans le sanctuaire. Ce sont là les taureaux des lèvres dont tous les prophètes ont vanté le mérite, et qui s'expliquent facilement par le caractère de David. Que pouvait-il olfrir à Jéhovah de meilleur et de ])lus individuel que des chants, ces lleurs de son ame, ce psallérion de sa gloire? Certes , il eût été plus facile à ce roi de tirer de nombreux taureaux de ses étables; mais il sentait que de pareils dons eussent été bien peu de chose à côté des aveux sincères de sa muse qui s'humiliait devant Dieu. Qui de nous pourrait s'appli(pier aujourd'hui ces passages des psaumes? Dieu n'ac-

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cepte plus de taureaux en holocaustes, et il ne dépend pas do nous de composer des chants comme ceux de David. Au reste, il ne nous demande pas ces sortes de poétiques expiations ; les psaumes qui les lui promettent sont donc pour nous une lettre morte.

6. David régnait sur un État théocratique où il tenait la place de Dieu , ce qui l'obligeait à se conformer aux anciennes constitutions; voilà pourquoi son langage, même quand il ne parle que de lui et dee institutions civiles, est toujours sacerdotal. S'il règne sur Sion, c'est en qualité de prince institué par Dieu; il est le prêtre de ce Dieu pour la distribution de la justice, son instrument dans la guerre; mais quand il s'agit de la soumission à la loi nationale, il est son humble serviteur comme le dernier des Israélites. Lorsque les poètes de l'époque attribuaient à Dieu les chants et les victoires de David, lorsque ce roi se réjouissait de l'appui de Jéhovah, lorsqu'il se montrait fier de la force qu'il lui prêtait, et renouvelait ainsi avec lui le serment de fidélité, les poètes et le roi parlaient le véritable langage national. En célébrant les merveilles, c'est-à-dire l'excellence des lois, de Moïse, en promettant à Dieu de s'y soumettre toujours, il ne se conduisait donc pas en dévot oisif qui ne sait que se prosterner avec sa harpe , ainsi qu'on a pris l'habitude de le représenter dans tous les tableaux. Dans les mêmes psaumes où il vante sa soumission à la loi de Dieu, il parle aussi de ses travaux à lui et des soins qu'il prend pour garantir son cœur de la présomptueuse pensée qu'il pourrait agir sans frein et sans maître, puisqu'il était soumis aux lois et aux usages de son pays. La nécessité de cette soumission était toujours présente à sa mémoire; quand il l'oubliait parfois, et que Dieu l'en punissait par une calamité publique, il s'écriait: «J'ai péché contre Jéhovah, le Dieu du pays; mais ces pauvres brebis, qu'ont-elles fait? »

Puisse cet aperçu rapide faire comprendre âmes lecteurs comment nous devons étudier les psaumes pour qu'ils nous deviennent aussi utiles qu'ils l'ont été à leur auteur. Youg a dit qu'on n'est jamais si près des anciens que lorsqu'on paraît s'en éloigner le plus. Appliquons cet axiome aux psaumes : nous ne pouvons nous approprier que la fleur de leur morale générale et de leur beauté naïve; notre co.'urpeut môme saisir quelques unes de leurs

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douces paroles, de leurs pieuses i'oimules ; mais une imitation aveugle serait une profanation. Saisissons toutes les vibrations de l'antique harpe de David, mais ne choisissons, à cet effet, que celles qui sont l'écho ou le prélude de la voix de notre ame.

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