THÉODICÉE SUR LE BONHEUR DES MÉCHANTS
« Dieu est cependant un Dieu bon pour les hommes intègres ^ , pour tous ceux qui s'attachent à lui avec un cœur pur.
« J'étais sur le point de glisser, déjà mon pied allait chanceler, car je ressentais une colère ardente contre les orgueilleux insensés^, et je regardais avec envie le bonheur des méchants.
<i La mort n'a point de pièges pour eux* , ils sont gras et bien portants; ils ignorent les soucis et les travaux de la vie; la verge du malheur ne les frappe pas comme elle frappe les autres mortels.
« Voilà pourquoi iis se gonflent fièrement sous les chaînes qui ornent leur cou. Ils parenl leurs méfaits de vêtements magnifiques''; leurs regards partent d'un visage gras; et ce que leur cœur imagine, ils le répandent au loin ®.
« Ils sont moqueurs, ils parlent mal de leurs amis', et ils
' Psaume 73.
» Dans plusieurs 'passades, le mol Israël change de signification, et l'on y développe le TÎ2/'^.
3 Q^hSTn) □^i'*î!/''l ^o"' souvent de ces sortes de significations accessoires, la signifàcalion principale.
4 La mort est représentée ici comme un chasseur qui posedespicgcs sous les pieds des mortels; les méchants seuls semblent avoir fait avec elle un pacte qui les met a l'ahri de ses ruses.
5 lis ne sont pas seulement riches et fiers, mais leur richesse est le produit de leurs méfaits.
6 Lors même qu'on lirait avec les Septante "iDj'l*. l'image resterait toujours la même: il faut que tout ce que leurs yeux voient, tout ce que leur coeur imagine, soil fait.
7 y^3. Vovcj le psaume 5o, verset î«,qui ejt également d' Asaph.
CARACTÈRE DES PSALMISTES. TJOS
parlent la poitrine haute. Ils parlent comme des dieux du ciel; et ce qu'ils disent, il faut que la terre le fasse*.
« Ils se désaltèrent dans une pierre dure - , car ils la pressent jusqu'à ce qu'il en sorte de l'eau en abondance, puis ils disent : « Quoi! Dieu remarquerait cela, le Très-Haut aurait connaissance de nous'? »
« C'est ainsi que pensent les pervers, et ils sont les heureux du temps ^, et leur bien augmente toujours.
« C'est donc en vain que je conserve la pureté de moncceur, que je veille à ce que mes mains restent sans tache? Chaque jour un nouveau coup de verge me frappe, chaque matin la fortune m'insulte*.
« Eh ! bien , me suis-je dit , voilà comment je parlerai sur ce qui se passe : « Oui , ceux-là sont tes bien-aimés ! » Paroles funestes ! j'ai cru comprendre, j'étais dans l'erreur.
« Jusqu'à ce que je fusse entré dans le conseil sacré de Dieu, où j'ai vu leur fin, j'étais dans l'erreur. Comme tu les as placés dans des heux glissants, et comme ils sont tombés dans les pièges que tu leur as tendus!
« Quelle surprise! quel effroi ils vont causer! Un instant, et ils ne sont plus ! ils ont été dispersés par l'épouvante ^ ! Semblable au rêve qui s'enfuit au réveil, tu as, ô Seigneur, en te réveillant®, fait fuir leur image.
« Oh! alors, je me suis senti piqué au cœur! Que j'ai souffert
' Le ciel et la terre sont opposés Tun à l'autre; les méchants élèvent leurs tètes jusqu'au ciel comme s'ils étaient des dieux, et leur parole marclie sur la terre , c'està-dire qu'elle y est promptement exécutée.
> D'après les versions ordinaires, on ne saurait laisser subsister les deux membres du parallélisme. La première proposition est fort claire; c'est donc la seconde qui cause l'obscurité de la phrase. Je divise autrement les lettres et j'écris : □'?!2^D j<*D't?^ ; alors je trouve non-seulement le sens et le parallélisme, mais encore le jeu de mots avec le mot suivant : X'^D "'D^ ; .c'est ce qui me fait croire que c'est ainsi qu'on doit lire. Par là, on obtient la grande image d'une oppression, heureuse pour celui qui l'exerce, et que la suite développe. Au reste, on a reconnu depuis longtemps que ce passage était défectueux dans le texte.
^ Les n^'*; ^1*? w sont des gens qui vivent heureux et tranquilles.
* La fortune le trompe de nouveau chaque matin ;'une calamité nouvelle le frappe tous les jours.
5 L'expression du texte rend cette image avec autant de vivacité que d'énergie.
* L'ensemble de l'image prouve que le mot T^y^, en se rôvcil! int , ne veut pas dire dans l;i ville.
dans mon intérieur do m'clre si follomonl mépris, ot d'avoir jugé devant toi comme jugerait une liclc brute ' !
« Je m'attache maintenant à toi , à toi qui , lorsque je chancelais, me saisissais par la droite pour me soutenir. Conduismoi toujours comme tu le voudras, je sais maintenant que tu finiras par me recevoir dans ta gloire ^.
« Que pourrais-je avoir dans lescieux, que pourrais-jeavoir sur la terre, si je ne t'avais pas? Mon corps et mon ame se consument en langueur! 0 toi ! le rocher de mon ame, tu es mon partage, mon Dieu, pour toute rélernité!
« Ils périront ceux qui s'éloignent de toi ; celui qui caresse l'étranger, celui-là, tu le détruiras! Et moi, si près de Jéhovah, que je me sens heureux ! C'est sur toi que je place ma confiance, je veux chanter tes hauts faits ! »
Que ce psaume est beau ! Le poète commence par une sentence, résultat des nombreuses observations qui font sa conclusion. Passant avec rapidité et d'une manière inaperçue à des situation pénibles, il dépeint comment il s'est trompé ; et lorsqu'il a fait arriver ce tableau à son apogée, il en détourne son chant. Introduit enfin dans le conseil du destin, il reconnaît que son premier jugement était celui d'une brute. Des vœux nouveaux, mais toujours en harmonie avec ses hésitations, le rattachent à Dieu et relèvent au plus haut degré des sentiments chaleureux. Une nouvelle sentence inattendue termine le tout. Certes, ce psaume didactique est aussi remarquable par son contenu que par son arrangement.
Il ne faut cependant pas étendre son importance au-delà de ses limites. Asaph voit d'abord le bonheur des méchants, puis il reconnaît que ce bonheur disparaît comme une ombre, tandis que celui des bons est inébranlable; son regard ne porte pas plus • loin. La peinture du chàlimenl des uns et du bonheur éternel des autres n'entrait pas dans son plan.
' La suite prouve assez cetjue "^^2^ veut dire ici. Le poète ^tait d'aliord comme une lîéte brute devant Dieu, car il ne comprenait rien de ses intentions, il jugeait crune manière insensée, et allait lout-à-fail s'cloi(;ner de Dieu ; mais sou opinion clianije loui.'i-coup, et il reste auprès de Dieu.
» On pourrait peut-être lire ijrammalicalement : Maigre mes peines et mon fardeau, je reile près de toi, La tiansposilion du mot "lT2i* "i"" Murail pas moins lieu.
CARACTÈnE DES PSALMISTES. 80B
Selon moi, celle mèriie matière a donné lieu à des psaumes qui semblent avoir été inspirés par une louable émulation. J'ai déjcà donné dans la première partie un chant qui fait de ce sujet une énigme dont la sagesse humaine doit chercher le mot. Ce chant est lyrique et beau comme tous ceux des enfants de Coré. Voici un psaume de David sur le même sujet.