ALCMAN
Préjugé. — Activité de la race dorienne: colonies, commerce, industrie, progrès dans l'architecture^ la plastique. — Goût des Spartiates pour la poésie, la musique ; pomt de vue nouveau : application de Tart à reducation, à la (uscipline militaire ; surveillance de TEtat ; le chant en chœur. — Progrès décisif: la strophe. — Alcman : origine ; (Buvres variées. — La danse à Sparte, les Parthénies] trouvaille conitemporaine ; procédé du poète. — Caractère général : peinture de la vie familière ; allusions à ses goûts, à son talent ; sentiment pour la nature, culte pour les femmes. — Versification, langue. — Influence ; réputation.
Ce que nous venons de dire de l'influence politique que des musiciens, comme Terpandre, Thalétas, exercèrent à Sparte, ce que nous allons ajouter sur le rôle que le poète Alcman joua dans cette ville, en attendant que nous voyions Tyrtée la relever de son abattement, l'encourager, la ranimer par ses chants et finalement lui assurer sur ses tenaces adversaires une victoire décisive, tout cela suppose chez les Spartiates une ouverture pour les choses de l'esprit, une aptitude à recevoir les impressions esthétiques, que l'on est généralement assez peu porté à reconnaître à cette race. Le nom de Lacédémone, au premier abord, parait antipathique à toutes ces belles ou gracieuses idées. C'est un préjugé : on englobe dans une seule et même sentence toute une série d'époques qui sont loin de se ressembler ^. La postérité
> Sur et contre ce préjugé, voir Bbulé, Étudet twr U Pëloponite , ^t«mV^t« ptrtie.
est restée sous l'impression pénible, dure, de cette Sparte étroitement fermée que nous montre le \^ siècle ; on oublie qu'au vi®, au VII®, il en était tout autrement, et ici encore se vérifie la justesse de cette ^^uvoledeTiidie : Homines postremameminere. Avant de pousser plus loin, et pour bien comprendre ce qui nous reste à dire sur la naissance de la poésie chorique, sur la transplantation si heureuse de la poésie élégiaque à Sparte, il ne sera pas inutile, je crois, de revenir un peu en arrière et de jeter un coup dœil sur la race doricnneen général, et sur les Spartiates en particulier. Nous verrons comment cette race, qui finit par devenir le symbole et le synonyme du conservatisme le plus rébarbatif, fut tout d'abord remuée, travaillée par un prc^s continu à partir des premières Olympiades ; comme Sparte fut dans ses commencements sensible à la poésie, à la musique, aux beaux-arts, et comme tout ce mouvement, ce développement en tous les sens, cette intelligence du beau sous toutes les formes se prêtaient aisément aux innovations que le talent original des Terpandre, des Thalétas, des Alcinan, y réalisa dans le domaine de la musique et de la poésie.
Dès les premières Olympiades, en effet, on voit la race dorienne affirmer son caractère politique et sa nationalité. Les luttes ardentes entre les différentes classes qui la composent, même quand elles dégénèrent en tyrannie, sont encore un ferment de progrès. De tous côtés ses peuples prennent l'essor : c'est l'ère des colonisations. Les ruches trop pleines essaiment et envoient jusque dans les conti'ées les plus éloignées ces générations jeunes, ardentes, que la mère patrie ne peut plus contenir. Dans l'Orient, sur les rivages jusqu'alors inconnus de la Sicile, de l'Italie, on voit successivement s'élever Syracuse, Crotone, Tarente ; au sudj en Afrique, c'est Cyrène ; au nord, à Test, sur les rives du Pont-Euxin, c'est Byzance, Chalcédon. En même temps, les rives de la mer Egée deviennent Tune après l'autre la propriété de cette race entreprenante, dont les vaisseaux ne tardent pas à sillonner dans tous les sens les eaux du monde connu. Le commerce et Tindustrie se développent avec une rapidité fiévreuse. Égin frappe les premières monnaies de la Grèce européenne; Corinthe, dans ses marais du Léchœon, creuse le premier port artificiel, d'où bieulôl \a s'élancer la première tri-