‹ Histoire de la poésie lyrique grecque (volume 2)Chapitre 13 sur 18 · L*ART A SPARTE 9T · texte numérisé non relu

L*ART A SPARTE 9T

rèmè (Jue vit le monde ancien. C'est Corinthe encore qui invente la roue du potier, Fart de couler le bronze; toute pauvre qu'elle est en pierres de construction, c'est elle qui donne des règles fixes à Farchitecture des temples et qui, sans inventer précisément le style dorique, le perfectionne, en créant pour le toit cette forme qui, avec ses deux plans inclinés à droite et û gauche, recouvrait la maison du dieu, comme un aigle son nid avec ses ailes déployées. En même temps que l'architecture, la plastique faisait un pas décisif chez les races doriennes. Leurs temples s'ornaient d'images colossales, de peintures, de reliefs, ou s'enrichissaient d'un mobilier luxueux, de vases en airain immenses, de cratères gigantesques, de trépieds monumentaux, que rehaussaient des figures, des ornements variés. Bathyclès venait de Magnésie élever pour les Lacédémoniens à Amyclaî ce trône d'Apollon, qui était tout un monde de statues. Non contents d'appeler des artistes étrangers, les Lacédémoniens se mirent à manier eux-mêmes le ciseau et le firent avec succès. C'est parmi euxque les Cretois Dipœne etScyllis rencontrèrent leurs meilleurs élèves, et Gitiadas, un des noms distingués de l'ancienne plasti- ([ue, était un Lacédémoniefi *.

Par la place que tiennent dans l'histoij'e de lart un certain nombre de ses enfants, on voit que Sparte n'était nullement restée étrangère aux progrès qui se faisaient aloi"s parmi les races doriennes, et que, sans se précipiter dans le commerce, l'industrie, comme les cités maritimes, Corinthe par exemple, cette ville avait reçu volontiers tout ce qui dans ce mouvement pouvait concourir à son développement intellectuel. Aussi haut qu'on remonte dans son histoire, on la voit prêter une attention toute particulière à la poésie. La légende même s'unit à Thistoire pour nous confirmer ce trait de caractère. Si on voulait l'en croire, ce serait Sparte qui, la première de toutes les villes de la Grèce européenne, aurait eu le bonheur d'entendre les chants d'Homère, rapportés d'Asie par Lycurgue 2. C'est une fiction, sans doute, comme tant d'autres récits qui avaient cours chez les Spartiates : ils aimaient à rapporter à Lycurgue tout ce

1 sur les progrès et Tétat florissant de la statuaire à Sparle, voir Beulé, Histoire de l'art grec, avant Périclè', édit. llo, p. 4O8 à 4i 8.

2 Plut., Lycurç., 6»

m HISTOIRE DE LA POÉSIE LÏAIQUE GRECQUE

qui paraissait avoir eu sur la constitution ou les mœurs de la ville une influence décisive. De là vient cette autre légende qui met également Lycurgue en rapport avec Thalétas. Mais ce qui est bien certain, c'est que les poèmes homériques furent connuâ à Sparte de tiès bonne heure. Dès la iv« Olympiade (760), un poète laconien, Cinétlion, s'en inspirait pour composer à son tour des poèmes héroïques, comme une Télégoniey une Œdipodie, une Héracléide, Ce qui n'est pas moins certain non plus, c'est que les Spartiates furent les premiers à comprendre le parti que l'État pouvait tirer de la musique pour régler et discipliner les masses, et c'est à Lycurgue naturellement que Ton faisait encore honneur de cette idée : il aurait uni, dit Plutarque, aux exercices militaires la culture musicale, afin de tempérer par l'harmonie ce qu'il y avait de désordonné, de fougueux dans l'humeur des soldats*. En tout cas, l'usage de la flûte pour les exercices, les marches, les combats, était très ancien chez les Spartiates et, ce qui n'est jms moins caractéristique, c'est l'habitude qu'ils avaient de sacrifier aux muses avant d'engager la bataille. On ne pouvait dire plus clairement que d'elles seules venaient l'accord dans les esprits, le concert dans les mouvements, la discipline enfin qui donne la victoire •

C'était un point de vue tout nouveau dans le monde hellénique, et il convient de le signaler. L'art n'avait eujusque-là qu'un but religieux ou purement récréatif. Il concourait aux cérémonies du culte ; il était une partie nécessaire de la Uturgie, et le prêtre ne pouvait officier, si la poésie et la musique n'étaient là pour lui servir d'acolytes. Ces deux arts retrouvaient le même accueil dans la salle à manger des rois de l'époque homérique. Us charmaient de leurs concerts des convives pour qui les joies matérielles du festin n auraient pas sufii* Plus tard, quand ces royautés héroïques eurent disparu, la musique et la poésie se réfugièrent dans les banquets des riches particuliers» Ce ne fut plus un chanteur de profession) mais chacun des convives qui successivement se fit entendre. Au Ueu de rapsodies épiques, on eut alors le chant bourgeois de l'élégie, des réflexions morales, de gaies peintures de la vie, l'expression gracieuse ou passionnée

'Plut., /nstH,, iacon,, U el 16.

Page 1