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antiques, il est à peu près généralement admis que ces peuples appartenaient à la grande famille indo-germanique et qu'ils étaient, sinon les frères, au moins les collatéraux des Hellènes *.
Ils avaient de temps immémorial Thabitude de jouer de la flûte aux enterrements et aux fêtés orgiastiques de Cybèle. Comme ils trouvaient autour d'eux une matière qui s y prétait, à savoir le buis du mont Bérécynthe, ils perfectionnèrent peu à peu cet instrument, au point d'eu passer même généi'alement dans l'antiquité pour les inventeurs. Un fragment dithyrambique du temps d'Alexandre nous montre en effet « le Phrygien, roi des dûtes sacrées, faisant passer le premier dans un roseau le souffle ailé de la respiration ^ ». Aussi plaçait-on dans la Phrygie la légende de Harsyas et d'Apollon. Cette légende est l'écho, très reconnaissable encore, de la lutte entre la flûte et la cithare, quand les deux instruments se rencontrèrent. Ce fut dans 16 courant du xi« siècle, lorsque les Ioniens, chassés par les Doriens, revinrent en Asie Mineure. Les Ioniens n'aimaient que la cithare, et la manière dont se termine la lutte entre le satyre et le dieu, est un symbole parfaitement clair de la victoire que cet instrument remporta sur la flûte en cette première rencontre.
Mais deux à trois siècles après, la flûte reprenait l'avantage, grâce à des conditions sociales particulièrement favorables. En effet, tous ces peuples asiatiques, de même famille, de civilisation, de langue à peu près semblables, étaient arrivés à un degré de culture, de richesse, de luxe même, bien supérieur à ciîlui des Ioniens. Le grand nom d'Homère, l'éclat éblouissant de toute cette poésie épique, lyrique, qui tout d*un coup s'épanouit dans rionie et la couronne d'une auréole divine, aujourd'hui nous font illusion. Nous n'imaginons pas aisément cet état momentané d'infériorité pour une race si richement douée ; on se rappelle aussitôt le d^ain des Grecs pour ces peui)les dégénérés de l'Asie Mineure, Fépithète de Barbares qu'ils leur infligeaient, et, par un anachronisme involontaire, on en conclut que, même dans le passé le plus lointain, les conditions respectives de développement intellectuel étaient déjà ce qu'elles
> Sur la parenté des .Phrygiens et des Grecs, attestée par les ressemblances de langues, voir Bbrok, Griech. Lit, Gesch., I, p. 48. 3 Télestès, c\ié par Athéo., XIV, 617, b.
devinrent plus tard. C'est une erreur d'optique. Lorsque les Grecs d'Asie luttaient péniblement encore pour l'existence, l'opulence avec tous ses raffinements régnait chez les Phrygiens et les Lydiens. La cour de leurs princes était très brillante; c'est elle que plus tard copièrent les tyrans grecs de l'Ionie, puis ceux de la Grèce européenne. La pompe et les gardes dont ils s'entouraient, le nom môme qu'ils prirent, tout était emprunté à ces voisins de culture plus avancée*.
C'est dans ces riches pays que, au temps du second Midas qui aurait régné de 730 à 693, parut le flûtiste Olympos. L'époque de cet artiste à qui les Grecs faisaient remonter leur musique instrumentale 2, est des plus contestées. Parmi les critiques contemporains, les uns le mettent après Terpandre, ce qui lui ôterait du coup la gloire d'être le fondateur de la musique grecque 3 ; les autres, eu plus grand nombre, le mettent avant le chantre de Lesbos, et la date que nous venons d'indiquer paraît la plus probable, à savoir la fin du vin® siècle et le commencement du vu®. On comprend qu'il soit assez difficile de fixer avec précision Tépoque d'un personnage qui n'a peut-être pas même existé. La légende, en effet, avec ses contes merveilleux, a passablement embrouillé la chose. Suidas distingue deux musiciens du nom d'Olympos : le premier serait un Mysien, élève favori de Marsyas, ce qui nous reporte en plein dans la mythologie. Le second aurait vécu sous le Midas dont nous venons de parler . Tout cela ne constitue pas un état civil bien en règle, et l'on se trouve pour ce personnage en face du même problème que pour Homère, c'est-à-dire avec un nom propre, une influence réelle, attestée par la critique ancienne *, sans qu'on puisse dire si c'est un être distinct, historique, ou bien la personnification d'une école. Quoi qu'il en soit, il n'en reste pas moins acquis qu'à l'époque indiquée, il se fit en Asie dans la musique de la flûte un progrès décisif, auquel les Grecs ont unanimement rattaché leur musique nationale.
En quoi consistait donc l'originalité d'Olympos? Avant lui,
ïTûç«v,oç,qul se trouve pour la première fois dans Ârchiloque, est un mot lydien-phrygien, d'après Boeckb, Corp. inscript., H, p. 708. a Plut., De Mus., VUI; XVH, SO.
» WEstPHAi, Metrik, tome II, p. 288.
^ sur TbûléUs, par exemple. Plut. De Mut,, VU, 40.
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très probablement, la flûte n'était qu'un instrument informe, aux sons criards ou rauques, comme les cris poussés dans les orgies ou les enterrements ; avec cela, on faisait du bruit, mais non de la musique. Olympos aurait perfectionné Finstrument et créé la double flûte, ce qui donnait au musicien huit notes au lieu de quatre seulement. Les tons bas étaientsur la flûte droite, les hauts sur la flûte gauche. Avec ces huit notes, l'artiste pouvait faire une mélodie, exécuter un air: il avait une gamme complète.
Autour d'Olympos se forma une école de flûtistes distingués. Cette école eut une grande influence non seulement en Asie, mais dans la Grèce européenne où passèrent plusieurs de ses membres. Olympos dut s'y rendre lui-même; on ne peut guère s'expliquer que par un séjour personnel le respect avec lequel ses mélodies furent pendant si longtemps conservées dans les cérémonies religieuses. On était unanime à leur reconnaître une grande simplicité, bien supérieure à la richesse de ses successeurs * ; Platon à plusieurs reprises les nomme «divines «. On citait particulièrement un nome sur Apollon 2, un autre sur la défaite du serpent Python par ce dieu, d'autres encore sur Athéné, Ares, Cybèle. Il y avait aussi sous le nom d'Olympos un nome guerrier, qui faisait monter le combattant sur son char, suivant le sens même du titre 3, et des nomes funèbres. On lui attribuait d'autres compositions encore, mais celles-là étaient d'une authcnlicité souvent révoquée en doute. Toutes ce3 œuvres étaient désignées sous le nom général de nomes, sans doute à cause de leur forme strictement régulière. Mais, comme les sujets en étaient variés, qu'ils célébraient des divinités différentes, c'était déjà par là même une heureuse innovation. L'artiste rompait ainsi avec le procédé du récit continu, du récit épique ; il choisissait un épisode distinct et le traitait avec un commencement de liberté personnelle, qui mettait peu à peu les esprits sur la voie de la composition lyrique.
Ce ne fut pas le seul progrès que Olympos fit faire à la poésie
> Plut., de Mus., XIV, i%,
'Désigné sous le nom de Wiioç KoXu«/«aXoc Unome aux tête» nombreuses, sans qu on sache d'où vient cette épithete, que Pindare ne comprenait déjà plus.
grecque. Bien qu'il fût simplement compositeur et non poète et qu'il se contentât d'inventer des airs, sans y adapter de paroles, son activité fut néanmoins d'une importance capitale pour la poésie elle-même. C'est qu'en effet il introduisait de nouveaux rythmes. Jusque-là on ne connaissait que le rythme dactylique, celui de l'épopée : Olympos installa dans la musique Tiarnbe, le trochée, qui se trouvaient déjà, mais à l'état informe, dans le culte de Cybèle et de Dionysos. Il fit du dactyle un anapeste, pour l'adapter à la marche. Il alla plus loin encore : dans une seule et même composition, il mêla des rythmes divers, comme des ïambes avec des anapestes. On n'a pas de renseignements précis sur ses œuvres du genre élégiaque, mais il dut procéder de même et rompre la monotonie de l'hexamètre en le croisant avec le pentamètre.
Ces progrès se réalisaient dans la musique, il est vrai, et non pas dans la poésie ; mais de Tune à l'autre, surtout chez les Grecs, la distance fut toujours peu considérable. Non seulement la flûte, telle que Olympos l'avait perfectionnée, passa du temple dans le monde et devint la compagne inséparable des fêtes profanes, mais les Grecs avaient l'intelligence trop vive pour ne pas la mettre bientôt en contact avec la poésie. Sous ces rythmés divers dont Olympos enrichissait la musique, on ne tarda pas à placer des paroles, et c'est ainsi que le pentamètre, l'ïambe, passèrent, pour ainsi dire, de plain pied de la musique dans la poésie. A côté des vieux genres parurent donc des genres nouveaux, l'élégie de Callinos, l'ïambe d'Archiloque, avant-coureurs eux-mêmes des formes si riches, si variées de la lyrique grecque.
En même temps que ces progrès s'accomplissaient dans le domaine de la musique, il se produisait dans la société grecque une série de changements qui ne pouvaient non plus rester sans influence sur son développement intellectuel. Les Ioniens, lors des invasions doriennes dans le Péloponnèse, avaient été ramenés en Asie jwir des rejetons des grandes familles royales, qui s'étaient mis à leur tête. Pour faire face à tous les ennemis qui les entouraient, les nouveaux venus s'étaient ligués entre eux : la réunion des douze villes qu'ils avaient fondées forma le PanUmion, C'était en somme une institution démocratique, qui peu à peu restreignit le pouvoir royal elfinil ^x Veulerrer, Avec le régime