Tome IL V
jusqu'aux déserts de Cyrène. C'est la même pensée qui donnait tant d'orgueil aux poètes romains. Horace, Propercc, Ovide no peuvent songer, sans que le cœur ne leur en batte, aux lecteure que leurs vers ont trouvés dans le vaste univers coriquis par les armes de Rome. Il leur semble qu'ils le conquièrent, eux aussi à leur tour, par le génie, par la muse, et l'on sent palpiter dans leur àme la fierté même des vieux triomphateurs. On peut sourire de cette naïveté; c'est elle pourtant qui soutient le poète, Tartiste, et quand ces promesses de gloire qu'une àme entliousiaste se fait à elle-même se réalisent à la lettre, comme il est arrivé pour Pindare, ce n'est plus de la vanité, c'est un pressentiment divin, c'est la voix même de la muse.
Pindare ne se contentait pas de cette gloire à laquelle il était si sensible en sa double qualité de Grec et de poète. A l'exemple de son confrère Simonide et de beaucoup d'autres sans doute, il se faisait payer et ne livrait les productions de sa muse qu'en échange de belles et bonnes pièces d'or. Quoi qu'en disent les scoliastes, qui dans maints endroits lui reprochent d'aimer l'argent, Pindare n'était point un avare, nous l'avons vu ; il savait se contenter de sa modeste fortune, de son petit patrimoine « entouré de cyprès au feuillage légère qui suffisait à le nourrir loin des chagrins et des luttes politiques 2 ». Mais enfin de nouvelles mœurs s'étaient introduites dans la Grèce; depuis quelques années l'on s'habituait à considérer le talent comme un domaine qu'on pouvait exploiter. C'étaient les concours, les aywve; [louaixo:, qui en étaient cause. On en avait institué partout, et les prix qu'on y proposait, purement honorifiques d'abord, avaient fini par atteindre une valeur considérable. Ainsi, à Athènes, le prix des citharèdes, aux Grandes Panathénées, était une couronne d'or du poids de 8d drachmes, ce qui en représentait un millier comme valeur en monnaie, sans compter une somme de 500 drachmes en, argent. Le prix des chœufi cycliques, qui étaient plus considérés, devait être plus élevé encore. Cela variait, bien entendu, suivant les localités et les fêtes. Pour les concours dramatiques, pour la fête d'Apollon aux
'Le cyprès était consacré à Cybèle, comme U choiic et le pin : voilà i)Oor<I''* sans doule le poêle en avait auVout Âg sa ytoçriéié.
U POÉSIE LYRlQDE COSMOPOLITE : PINt)AtlE âl9
mrgélies, c'était un trépied en bronze, que le vainqueur consaait au dieu ; mais il est très probable qu'à ce prix s'ajoutait une ime en argent comptant. C'est ainsi que peu à peu la vénalité îtait glissée dans l'art. Le poète et le musicien couraient les conurs, comme nos artistes modernes les concerts dans les grandes lies, et le talent devenait une profession, un gagne-pain. Tout en regrettant ce bon vieux temps où la muse n'était « ni pide ni mercenaire* », Pindare ne jugea point à propos d'en ire revivre le désintéressement : il suivit la mode et vendit ses rs. Il les vendait même très cher, s'il faut en croire une ancc- ►te contée- par le scoliaste. Les parents d'un jeune vainciucur itaient adressés à lui pour chanter la gloire de leur fils ; Je )ète y consentit, mais demanda 3,000 drachmes ; sur quoi les itres se récrièrent, disant que pour ce prix ils auraient une atue plus belle que son poème; puis ils se ravisèrent et douèrent la somme. C'est à cet incident que ferait allusion Pindare, •rsqu'au début de son ode il s'étend avec complaisance sur la ipérioritéde son art que rien n'arrête dans son vol, tandis que i statue reste Vixée à son piédestal 2. On a quelquefois prémdu que Pindare, au lieu de faire d'avance son prix, ce qui urait par trop senti la boutique, s'en remettait à la générosité u client, et l'on a contesté l'authenticité de cette anecdote. Elle 'est pourtant pas aussi ridiculd-qu'on veut bien le dire 3, et le rocédé n'aurait eu rien d'extraordinaire. Simonide ne faisait as autrement, il ne se mettait à l'œuvre qu'après des convenions précises, et nous avons vu plus haut, comment il se fit lever beaux deniers comptants les scrupules qu'il éprouvait à chanter es demi-baudets *. On ne voit pas ce qui aurait empêché Pinare de suivre cet exemple. Certaines expressions mêmes ne cuvent guère s'entendre autrement. Ainsi, dans une de ses lies, il s'est laissé aller â redire la vengeance qu'Oreste à tirée es meurtriers de son père : mais tout à coup il s'aperçoit qu'il égare, qu'il a quitté son sujet; s'adressant alors à sa muse, il li rappelle ingénument qu'il y a un programme et qu'il faut
I Uthm. II, au début.
f \émé V, au début.
■BOECKH, Pind. op., Coihment. (par Dissen), p. 392.
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âiO HISTOIRE M LA POÉSIE LYRIQUE GRECQUE
le suivre : « Muse, lui dit-il, c'est un devoir pour toi, puisque par convention tu t'es engagée à fournir ta voix moyennant argent, de t appliquer à d'autres sujets, soit au père du vainqueur aux jeux pythiques, soit au vainqueur lui-même, Thrasydée*. » Ailleurs il dira qu'il est venu « suivant les conventions, héraut prêt pour les Théandrides et les pénibles luttes soutenues par eux à Olympie, à Tlsthme et à Némée 2 ». Enfin le scoliaste nous dit formellement que Pindare composa la U^ pythique en l'honneur d'Uiéron, pour un prix convenu (IkI HitaOw), mais qu'il en accompagna l'envoi d'un hyporchème qu'il offrit par dessus le marché^, La clientèle de Pindare était nombreuse ; il travaillait pour toute la Grèce et les distances n'empêchaient pas les commandes : a Ni montagnes ni chemin difficile, disait-il lui-même, ne pouvaient arrêter celui qui porte aux hommes illustres les présents des filles de l'Hélicon *. » Le i)oète, j'allais dire le fabricimt, se trouvait donc quelquefois un peu pressé. C'est ainsi qu'il ne put livrer du vivant même du vainqueur le poème en l'honneur de la victoire curule qu'avait remportée à l'Isthme Xénocrate d'Agrigente, le frère du tyran Théron : il fallut adresser l'ode au lils de Xénocrate. Pindare sentait bien que le procédé n'était pas absolument correct et qu'on pouvait trouver que pour un hôte, un ami de la famille, il avait mis bien peu d'empressement. Aussi essaya-t-il de se justifier; la façx)n dont il le fait ne laisse pas d'être assez singulière :
Les mortels d'autrefois, ô Thrasybule, dit-il au début même, les mortels qui, la glorieuse lyre à la main, montaient sur le char des Muses au bandeau d'or, lançaient aussitôt leurs hymnes harmonieux à tout adolescent qui, beau, arrivait à l'aimable saison qui fait souvenir d'Aphrodite au beau trône. C'est qu'alors la muse n'était ni intéressée ni mercenaire, et les dons, les moelleux chants de la mielleuse Terpsichore "ne se vendaient point encore et ne sentaient pas l'argent. Mais aujourd'hui la musé nous ordonne d'observer cette parole de l'Argien', qui touche de bien près à la vérité réelle : l'argent, l'argent, voilà l'homme, disait-il, quand il eut perdu tout à la fois ses biens et ses amis. Mais toi, tu es un homme intelHgent *.
^Pylh. XI, 41.
^Ném. IV, 73.
sPî/i/i. II, ad vers. -127.
^ Isthm. II, 3i.
^ Aristodèm e, ordi nairemeal dontié comme Spartiate.
^ Islam. JI, au début.
Ces belles et pompeuses paroles, traduites en grec ordinaire ou, si l'on veut, en bon français, se réduisent à peu près à ceci : « Je suis en retard, je l'avoue; mais que voulez- vous? Jadis, quand un beau sujet se présentait, comme la victoire de votre père par exemple, le poète, qui avait des loisirs, pouvait aussitôt le célébrer. Aujourd'hui, c'est autre chose : sans vendre précisément la muse, nous l'exploitons, nous avons des engagements, des échéances. J'aurais bien voulu chanter Xénocrate aussitôt après sa victoire; mais il y avait des commandes plusanciennes qu'il a fallu servir, dût l'amitié en souffrir. Les affaires d'abord, le cœur ensuite. Thrasybulc qui a du bon sens (laai yàp wv coçdç), le comprendra. » Quelquefois le retard était si considérable qu'il prenait l'apparence d'un oubli et valait peut-être au poète quelque reproche ou tout au moins une lettre de rappel. Pindare n'hésitait point alors à confesser sa faute ; « Lisez-moi, disait-il, comme si tout d'un coup le souvenir de cette vieille dette était revenu à sa mémoire, lisez-moi le nom de ce vainqueur à Olympie, le fils d'Archestrate ! où donc est-il écrit dans mon esprit? Car j'ai oublié que je lui devais un doux chant. Muse et toi. Vérité, fille de Zeus, d'une main loyale écartez le reproche de mensonge et de faute envers un hôte. Le temps, venant de loin, a mis la honte sur ma dette et l'a rendue lourde. Mais cependant un intérêt comme on en paie entre navigateurs, peut dissiper le reproche, tout vif qu'il mérite d'être. Voici le moment pour le flot rapide d'entraîner le caillou roulé, le moment pour nous de remplir notre convention à la satisfaction d'un ami*. » Ce qui pouvait excuser Pindare à ses propres yeux, c'est qu'au lendemain même de la victoire, il l'avait chantée dans une pièce de vingt et un vers 2. U se croyait peut-être, grâce à ce petit acompte, en droit de faire attendre au vainqueur le grand poème où il lui avait solennellement promis de célébrer sa couronne d'olivier 3.
Quelquefois même il avouait tout uniment sa préférence pour un sujet et les raisons qui le portaient à délaisser en sa faveur la besogne même qu'il avait sur le métier. Il était en train de
* Œymp. X, au début.
' L'olyrapique XI.
composer pour los habitants de Céos un hymne en l'honneur d'Apollon, quand un de ses concitoyens, Hérodote, qui venait de remporter aux jeux isthmiques la victoire curule, lui demanda de célébrer son triomphe. La circonstance du reste était des plus glorieuses pour Thèl)es : cinq autres de ses enfants avaient été couronnés à ces mêmes jeux. Le patriotisme du ppèle prit feu, et toute autre besogne cessante, il se mit à célébrer Hérodote. Il le déclare naïvement dès les premiers vers, il n'a pu résister; il s'excuse en même temps, il prie le dieu et les habitants de Céos de patienter ; avec un peu de bonne volonté de part et d'autre on pourra s'entendre et le poète se tirera à son honneur de sa double tâche. Tout cela est dit avec majesté, enveloppé dans les épithètes les plus sonores, les plus poétiques; on ne se douterait guère qu'il s'agit tout simplement d'une commande en souffrance pour laquelle le fournisseur demande un peu de répit*. C'est ainsi que Pindare nous ouvre son atelier, feuilleté devant nous son livre journal, sans fausse honte, sans vergogne. Tous ses confrères en faisaient autant, et pour être payés, ni lui ni Simonide ne s'en trouvaient moins considérés.
C'est qu'en effet, dès son entrée dans la carrière, Pindare eut le sentiment net de sa valeur personnelle et sut prendre même vis-à-vis des plus grands, des plus puissants, la place qui revient de droit au génie. Nous avons déjà remarqué de quelle façon noble, à peine âgé d'une vingtaine d'années, il s'adressait à la famille dos Alouades 2. Il continua de garder cette fierté. Quel (jue soit le prix dont on les lui paie, il estime ses vers encore plus haut, et dans ces relations de poète à grand seigneur, ce n'est pas Pindare qui se croit l'obligé. On a pu accuser Simonide de n'être pas resté toujours fidèle à la vérité et d'avoir loué plus d'une fois dc^s personnages qui ne le méritaient pas 3, On nedit rien de semblable de Pindare. Il a célébré des tyrans, mais ces hommes n'étaient pas des monstres; à côté de grands vices, ils avaient des ([ualités tout aussi grandes; quelques-uns d'entre eux, sans parler même des victoires aux jeux publics que le poète avait à célébrer, s'étaient illustrés par de glorieux
^ Isthm. I, début.
^ Voir p. 163.
^ ïnjT.p. J06.
exploits. C'est de ce côté que Pindare a toujours soin de diriger ses éloges; c'est là, sur ces points lumineux, que s'arrête sa muse. Qu'il ait parfois un peu enflé la voix, chargé la couleur, la chose n'est pas impossible. Mais il ne faudrait point y voir les faiblesses intéressées d'un esprit courtisanesque : Pindare paraît avoir toujours parlé de bonne foi. Il semble mettre Théron sur le même rang qu'Héraclès et Zeus : mais nous avons vu quel sentiment de vive afifecMon l'unissait à ce prince, la haute opinion qu'il avait de ses talents, de ses vertus, de son infatigable bienfaisance!. Le cœur du poète était réellement pris : ce qui ne Tem péchait pourtant pas de joindre la leçon à l'éloge et de rappeler à ce tyran, juste mais faillible, que tous les crimes commis ici-bas, « dans cet empire de Zeus », sont châtiés inévitablement sous terre par une justice impitoyables. Quelque chère que lui fût la mémoire de ce prince, Pindare qui ne l'avait pas flatté pendant sa vie, ne flatta pas davantage son indigne fils Thrasydée, et quand ce tyran d'Himère à qui la mort de son père avait achevé de lâcher la bride, eut été renversé, il salua d'une voix enthousiaste la fille de Zeus libérateur, la Fortune qui sauve les peuples 3. C'est ainsi qu'envers et contre tous, Pindare gardait dans le blâme ou dans l'éloge une honnête indépendance.
En somme il conseillait, il avertissait pour le moins autant qu'il louait. Sans être un moraliste sévère, sans s'arroger le rôle d'un Mentor ou d'un Caton, on voit qu'il ne craignait pas de faire entendre la vérité à ses clients aristocratiques. Il y met de l'adresse sans doute. Bourdaloue pouvait frapper comme un sourd et prêcher sur l'adultère en face de Louis XIV et de M™® de Montespan ; Pindare n'avait pas de ces libertés : un poète n'est pas un prédicateur et le Parnasse n'est pas la chaire. Il fallait louvoyer entre l'écueil du mensonge et celui d'une franchise qui eût choqué, il fallait être un de ces pilotes habiles qui, suivant ses propres paroles, savent prévoir le vent trois jours d'avance*. Hiéron n'était pas précisément un prince facile;
'Voir p. 171.
' Ohjmp. n, 58.
^%m/>. xn, au début.
*AVw. vn, 17.
je doute pourtant que jamais on ait adressé à un souverain des c-onseils plus dignes et plus topiques que ceux-ci :
Cependant, car l'envie est supérieure à la pitié, ne néglige pas les belles choses. Dirige le peuple avec un gouvernail juste et forge ta langue sur une enclume sans mensonges. Le moindre écart prend de grandes proportions, venant de toi. Tu es le maître d'un grand nombre, tu as en bien comme en mal de nombreux témoins sûre. Restant fidèle au naturel qui brille en toi, si tu aimes entendre le bruit agréable (de réloge), ne te lasse pas dans tes libéralités; mais, comme un pilote, livre ta voile au vent. Ne te laisse pas séduire, ô cher, par des ruses aux- tours faciles. La voix de la renommée qui survitaux mortels indique seule aux historiens et aux poètes ce que fut la vie des hommes qui ne sont plus. La vertu bienveillante de Crésos ne meurt pas, tandis que cet impitoyable brûleur, avec son taureau d'airain, Phalaris, un odieux renom s'attache à lui partout, et les lyres, sous le toit domestique, ne l'admettent point en une douce société avec les chants des enfants. Etre heureux est le premier des biens; avoir un bon renom, le second. L'homme qui rencontre les deux et les possède, a reçu la couronne la plus haute *.
Comme dans ces quelques mots tout est touché d'une main ferme et délicate î La justice dans les actes, la retenue dans les paroles, la munificence, le discernement et surtout la bonté, cette vertu royale qui fait bénir le nom de Crésos, tandis que celui de Phalaris est exécré, Pindare n'a rien oublié, rien exagéré. Il parle à ce despote d'égal à égal, de prince à prince; mais sous cette liberté, l'on sent, et c'est ce qui la faisait passer, un vif souci de la gloire d'Hiéron, une affection vraie pour sa personne. Hiéron pouvait tout entendre de la bouche d'un poète qui trois ans auparavant, s'apitoyant «ur sa santé, disait :
Si le sage Chiron habitait encore son antre et que nos hymnes doux comme miel pussent mettre un philtre dans son cœur, je le persuaderais certes de procurer aujourd'hui encore aux hommes bons un médecin contre les maladies brûlantes, soit un fils d'Apollon, soit un fils de Zeus, et sur des vaisseaux fendant la mer Ionienne, j'irais à la source d'Arèthuse, chez mon hôte d'Etna, qui gouverne à Syracuse, roi doux aux citoyens, point jaloux des bons, père admirable pour les étrangers. Si je descendais, lui portant ces deux faveurs, la santé d'or et Ph^-mne, brillante parure pour ses couronnes des luttes pythiques, que Phérénicos vainqueur remporta jadis à Cirrha, je viendrais à lui, après une course sur les mers profondes, lumière plus étincelante que Fastre céleste*.
' Pyth, I, 85.
^ Pyth, m, 63.
Les relations de Pindare avec le roi de Cyrène furent tout aussi dignes qu'avec les tyrans de Sicile. Il y porta les mêmes qualités d'indépendance, de tact et d'honnêteté. Arcésilas était riche, intelligent, brave, mais colère et personnel. Une sédition avait éclaté dans son royaume : Pindare ne craignit pas de toucher à ce point délicat et de recommander la clémence : « Il faut, dit-il, approcher de la blessure une main douce. » Un des parents du roi, Damophile, avait été obligé de s'enfuir devant ses soupçons: Pindare plaida sa cause et sollicita ardemment, longuement, son rappel*. Arcésilas était extrêmement jaloux de sa gloire ; comme Louis XIV, il n'aimait guère qu'on parlât do ses lieutenants. Bossuet, en homme qui savait la cour, même dans son panégyrique du grand Condé, n'osait toucher au passage du Rhin, « le prodige du siècle et de la vie de Louis le Grand» ; notre poète, plus hardi, relèvera le mérite du cocher qui avait conquis à Arcésilas sa couronne curule :
Aime Carrhotos, lui dira-t-ii, aime-le plus que tout autre, lui qui, sans mettre en avant l'Excuse, la fille d'Épiiuéthée à l'esprit tai-dif, est revenu dans la demeure des Battides puissants par la justice. Accueilli près des ondes de Castalie, il jeta sur ta chevelure l'éclat que donne un char vainqueur, traversant deux fois l'enceinte sacrée avec des rênes intactes. Car il ne brisa aucun de ses solides harnais, mais son char est suspendu tout à fait tel que, travereant la colline de Grisa, il l'amena, œuvre de mains habiles, dans le vallon profond et boisé du dieu. Les lambris de cyprès de celui-ci le possèdent tout proche de la statue que les Cretois porteurs d'arc ont élevée dans leur trésor, au pied du Parnasse, statue faite d'un seul et unique tronc d'arbre. 11 convient donc d'aller d'un esprit empressé au devant de ton bienfaiteur. Et toi, fils d'Alexibios (Carrhotos), les Charités aux belles chevelures allument ta gloire, homme heureux, qui as encore, après un grand labeur, des chants supérieurs comme monument. C'est qu'aussi parmi quarante cochei's tombés tu as conduit ton char intact d'un cœur intrépide, et maintenant te voici revenu des brillants combats dans les plaines de la Lybie et dans la cité fraternelle *.
Enfin, à ce roi qui les oubliait peut-être dans l'orgueil de sa force, il insinue qu'il y a des dieux dont il faut se concilier la bienveillance. Il rappelle un des ancêtres d' Arcésilas, le fondateur même de la dynastie. Battes : c'était un homme pieux, il créa des bois sacrés et établit à travers la plaine, en ligne droite,
^Pyth. IV, 271; 281.
^Carrhotos était le frère de la reine, femme d'ArcéatteA, Pijlh.'S ,1^.
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pour les [)r()cessions propitiatoires d'Apollon, une route pavée où pût résonner le sabot des chevaux ; il repose maintenante part, i à Textrémité de l'Agora ; heureux il avait été pendant son séjour parmi les hommes, héros vénéré du peuple il fut ensuite *. Voilà le langage que Pindare savait faire entendre à ses puissants clients ; on ne sent pas que sa voix, sous laquelle il y avait de l'argent, suivant sa pittoresque expression 2, ait perdu quelque chose de sa fierté, de son autorité morale. Il est fâcheux qu'il soit resté trop peu de Simonide et de Bacchylide, pour que l'on puisse établir une comparaison entre le ton de ces différents poètes et voir jusqu'à quel point celui de Pindare lui était personnel. La muse de Simonide n'avait certainement rien de E servile, mais on peut douter qu'elle ait jamais tenu un langage aussi sérieux, aussi sévère même, et je croirais* volontiers que dans ces n^lations princières, Pindare, aux exemples de tact et de (Convenance qu'il recevait de son devancier, ajouta quelques traits d(î cette dignité dorienne qu'il trouvait dans sa propre nature et dans son milieu. b