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lionnHcs lui a enseigné. Ne fois point disparaître la race de Callianax * ; la ville ellenième est en fête des succès des- Ératides. Or en un nement le Tent change et souflle ailleurs ^.
Les opinions sont fort partagées sur le sens des mythes que le poète a exi)osés dans son ode et par suite sur le sens- de Fode elle-même. Les uns rapportent ces mythes à la personne même de Diagoras. Chacun d'eux présente une faute qui tourne à bien : une distraction deZeus empêche Apollon de participer au pailage do l'univers, il en sort lîle de Rhodes; quand Athéné vient au monde, les Rhodiens lui font un sacrifice, mais dans leur empressement ils avaient oublié le feu: n'importe, la déesse, au lieu de s'en fâcher comme les fées de nos contes, leur donne rhabileté dans les arts ; enfin Licymnios tue son grand-oncle, dans un accès de colère, il est vrai : il devient le fondateur d'un peuple illustre. D'après ces critiques, Diagoras aurait de même commis quelque faute par mégarde, soit dans les jçux où il avait remporté lo prix, soit parmi ses concitoyens, et le poète aurait (*b<)isi ces trois mythes pour faire entendre aux Rhodiens qu'ils n'avaient pas à s'en froisser, pas à en vouloir à la famille des Ératides, puisque de pareilles imprudences tournaient toujours A l'avantage de leur île 3. Suivant d'autres, le poète s'adresserait au contraire aux Ératides eux-mêmes, que menaçait la démocratie soutenue par Athènes. Les tn»s mythes qu'il raconte seraient pour leur prouver que la bienveillance des dieux a toujours été pour eux et qu'elle ne les abandonnera pas dans les difficultés présentes *.
Je croirais plus volontiers avec WeJcker », que la ressemblanee des trois mythes est purement fortuite; ce sont trois légendes indigènes que le poète aura trouvées à Rhodes et qui auront séduit son imagination. Mais je n'en croirais pas moins non plus avec BcBckh ^ que Pindare s'est inspiré dans s<mi ode des préoccupations politiques de la caste pour laquelle il la composait. Ce n'est pas sans dessein qu'il relève avec insistance les qualités de
• Ancêtre de Diagoras, (jui le premier avait eu le titre de roi.
2 Vers 87, à la fin.
^ L. ScHmixT, Pindar's Leben wid Dichtung, p. 318.
^ Mëzger, op. cit., p. 446.
•' Kleine Schrift . , II, p. 206 etsuiv.
^Comment, ad Pind,, \\. \i%. * -
droiture, de justice, dans Diagoras et ses «ancêtres, qu'il fait entendre ces réflexions sur les erreurs dont Fesprit de l'homme est assailli i, sur la nécessité d'être sage et prudent *, qu'il expose avec tant de complaisance les talents industriels des Rhodiens, leur prospérité'commerciale, et qu'enfin il termine par cet av.irtissement que la fortune ne met pas plus de temps à changer que le vent. C'étaient autant de conseils à l'adresse du peuple qui ne devait rien gagner à changer de régime politique et qui peut-être ne retrouverait pas sous la domination démocratique d'Athènes l'aisance, la fortune que lui avait donnée pendant tant de siècles le gouvernement aristocratique.
Mais quelle que soit l'intention que l'on prête à cette ode, on ne peut s'empêcher de reconnaître l'art avec lequel le poète en a conçu le plan. Comme il passe avec facilité d'une idée, d'une image à l'autre ! Comme il s'élève d'un vol aisé jusqu'aux temps les plus reculés! Conuneil redescend tout aussi naturellement! Comme tout enfin s'équilibre et se balance dans une 'savante symétrie ! L'ode a cinq triades : le début en prend une, les trois mythes en occupent trois ; la cinquième et dernière revient à la personne de Diagoras, si bien que la fin du poème correspond au commencement, coftime l'opisthodome du temple grec corre^[X)ndait au pronaos 3.
Dans cette VIP olympique, le poète au lieu de raconter ses mythes suivant l'ordre chronolc^ique et de redescendre ainsi le courant de l'histoire, le remonte au contraii-e et s'élève succes-^ sivement du plus récent au plus ancien. Ce procédé que connaissait déjà l'art et que nous voyons si heureusement appliqué dans VÙâyggée, Pindare s'en servit encore une fois d'une façon bien balMle dans sa IV« pythique. Cette ode passe généralement pour la plus belle de l'auteur, pour la maîtresse pièce de son œuvre,
' Vers 21.
2 \er8 44.
» Cette ode fol gravée en lettres d'or et placée dans le temple d'Athéné Liodia à Rhodes, c'est^-dire as^^z longtemps après qu'elle eut été composée, puisque la ville de Rhodes ne fut fondée qu'en 408. On commençait alois a vouloir 8*affn»cbir de tm domination athénienne, et 1 arisiocraiie reprenait le dessus. C'est probablement à ce retour de fortune que notre ode dut l hoiy^e^r qui lui fut fait. Car les membres restants de la famille de Diairo.as, qoi nrenl ainsi transcrire le f oème, songeaient plutôt 6 glorifier leur ancêtre qu à rendrfv hommage au poète, ainsi que le laisse entendre l'expression même du scouasie qui rapporte la chos?. Voir Bgeckh, SchU. ad Pind., ^. XVl.
et par son étendue, par la variété des sentiments, la grandeur des tableaux, elle mérite à coup sûr cet honneur. Nous avons vu plus haut comment il fallait en interpréter le mythe : nous voudrions maintenant en étudier la composition. L'art en est admirable : c'est là surtout qu'on peut voir tout ce qu'il y avait de réiïéchi,de calculé dans ce génie pourtant si foncièrement lyrique. Et d'abord, il faut se représenter la situation de lauteur, le travail riui dut se faire dans sa tète. Il avait à célébrer une victoire curule remportée aux jeux pythiques par Arcésilas, roi de Cyrône. La famille de ce prince était des plus glorieuses; son origine se rattachait à des mythes qui tenaient une large place dans les souvenirs de la Grèce *. Un vaste champ s'ouvrait donc à l'imagination du poète. Mais que prendre? Que laisser? Comment relier entre eux tant de tableaux divers? D'un autre côté, il y avait des dissensions dans la famille royale : l'autorité d'Arcr^silas n'était pas des plus faciles à supporter, des révoltes avaient éclaté, des citoyens puissants avaient été compromis, bref, un parent du prince avait dû s'expatrier. Damophile s'était retiré à Thèbes, et là, par sympathie d'origine, comme iEgide, car les colons (jui avaient fondé Cyrène appartenaient à cette race, Pindare 1 avait accueilli avec bienveillance, avec amitié même. Plus d'une fois, sans doute, l'exilé, dans les conversations familières qu'il avait eues avec le poète, avait exprimé ses regrets, ses désirs de rentrer dans sa patrie, de faire sa paix avec le maître de Cyrène. Tout cela, présent et passé, réalités actuelles et mythes antiques, flottait devant les yeux de Pindare, indécis de lignes et vague de couleurs. Comment rappeler toutes ces légendes? Comment agir sur l'àme d Arcésilas et, sans lui faire la leçon, pourtant l'incliner à la clémence? Cette histoire des Argonautes évidemment tentait le poète, mais elle était bien longue ; il fallait un biais, comme aussi une pensée générale, un mur de fond pour y accrocher les tableaux. Enfm Arcésilas pouvait se cabrer sous un mot maladroit ou simplement trop pressé; il fallait donc aussi de ce côté des ménagements, de l'art. Telle était la donnée du problème ; voyons comme le poète l'a résolu. Il commence ainsi :
Aujourd'hui, certes, il faut te rendre chez un homme ami, le roi de l'équestre Cyrène, afin, 6 muse, qu'avec Arcésilas en fête tu fasses entendre le bruit flatteur des hymnes qui sont dus aux enfants de Latone etàPytho».
Dès le premier vers, Pindare, sans avoir l'air d'y toucher, jette la base sur laquelle reposera tout son poème: c'est au nom de son amitié pour le roi de Cyrène qu'il s'adresse à sa muse, c'est le premier sentiment qu'il exprime, le premier qu'il tient à faire pénétrer dans ce cœur qu'il s'agit de conquérir. Il fout avant tout qu' Arcésilas ait confiance dans l'affection de celui qui va l'implorer. Mais ce nom de Pytho, de Delphes, que l'usage lui faisait une loi de rappeler, puisque c'était là que la victoire avait été remportée, ce nom réveille aussitôt chez le poète un souvenir bien glorieux pour le roi. Ce n'est pas la première fois que la famille d'Arcésilas se trouve en rapport avec le sanctuaire : jadis un des ancêtres du prince, Battos, est allé y consulter l'oracle :
C'est là, continue le poète, que, siégeant entre les deux aigles de Zeus, Apollon présent, la prêtresse rendit cet oracle à Battos, le futur colonisateur de la fertile Libye, que, laissant aussitôt l'île sainte (Théra), il fondât une ville aux beaux chars sur un mamelon blanchâtre et accomplît ainsi à la dix-septième génération la prédiction théréenne de Médée, que fit entendre de sa bouche immortelle cette impétueuse fille d'^Eétès, reine de la Colchide. C'est ainsi qu'elle parla aux divins nau- • tooiers du belliqueux Jason *.
Si le poète s'attaque tout d'abord à cette prédiction de Médée "S s'il la rapporte dans toute sa longue étendue (43 vers), c'est qu'elle est un fait capital dans les annales de la maison d'Arcésilas : elle met dans tout son jour le caractère prédestiné de cette famille. Ce n'est ni le hasard ni un caprice passager de la fortune qui l'a portée au trône, mais la volonté nette et bien arrêtée des dieux, qui se retrouve tout aussi fraîche, aussi active, après dix-sept générations qu'au jour même où elle s'exprimait
ï Vers i à 4.
2 Vers 4 à 12.
3 oq pourrait remarquer encore que si Pindare eût commencé son récit épique, suivant l'usage, par le commencement, il eût mis bien du temps pour arriver a ce qui intéressait directement Arcésilas, tandis qu'une fois la première curiosité satisfaite, lorsque l'auditeur savait où il allait, le poêle pouvait revenir sur ses pas et tout raconter.
l)Our la premiùro fois par la bouche de Médoe. Contre celle volonté rien ne prévaudra, semble dire le poète, en revenant à son client {mr cotte apostrophe :
bieaheureux lils de Pol^mneste (Battos), c'est à toi que Toracle de Tabeille delphique appliqua spontanément cette prédiction, elle qui, après t'avoir salué trois fois, te déclara le roi destiné à Cyrène, quand tu venais demander de quel prix tu pourrais payer aux dieux la rançon de ta langue embarrassée. Et certes, aujourd'hui encore, comme ud printemps empourpré dans sa fleur, verdoie parmi tes descendants le huitième rejeton, Ai'césilas, à qui Apollon et Pytho ont accordé sur tous les peuples d'alentour la gloire delà course équestre*.
Mais cotte victoire même, cette preuve manifeste de la bienvoillance ([ue les dieux conservent envers les descendants de Battos, il a fallu rallor conquérir au delà des mers ; cette circonstanco, puis le souvenir de Médée allument l'imagination du poMo : il sent d'ailleurs qu'autour de lui toutes les curiosités, toutes les oreilles sont tondues. Il repart donc à nouveau otropr(»nd toute l'histoire des Argonautes, mais les sommets seulement, les scènes vraiment grandioses, et c'est ainsi que nous, avons successivement rentrée de Jason à Jolcos, sa rencontri' avec Pi'lias, son retour à la maison paternelle, le banquet avec les amis, le pacte avec Tusurpalem*, le départ pour la Colchide, l'intervention d'Aphrodite, l'amour de Méd^, l'épreuve, le retour, l'arrêt à Lemnos où, à l'exemple de ses compagnonï:, Euphémos s'unit à une Lemnienne.
C'est alors, continue lé poète qui revient ainsi à son héros, c'^t alors que le jour ou la nuit marquée par le destin reçut le rayon de votre bonheur; car c'est de laque s'éleva pour l'avenir la race d'Ëuphémos, ô ArcésilasI Puis, se mêlant aux demeures des Lacédémoniens, ils peuplèrent avec le temps l'île de Callista (Théra) et de cette île, le fils de LatOFie vous donna la Libye à faire grandir avec la faveur de Dieu, et la ville divine de Cyrène au trône d'or à gouverner en suivant les voies droites de la prudence*.
Ainsi tout se rejoint facilement. Le poète ramène sans secousse Arcésilas à la pensée ([ui domine i'ode tout entière à savoir que sa race est prédestinée et qu'on ne peut rien contre les favoris du <!iel. Toutes ces belles scènes où il semblait s'oublier, n'ont fait
»Vers 59 à 67.
-Vers2ii4à 262.
que répéter cet enseignement au prince, chacune à sa façon ; partout Arcésilas a Vu la volonté divine remporter sur la ruse et la violence ; partout il a vu le mérite tmnquille et doux triompher. Quelle affabilité, quelle noblesse dansceJason prédestiné! Comme tous les dieux s'empressent à le servir î Aphrodite même descend de TOlympe exprès pour toucher en sa faveur le cœur de Médée. Tandis que Pélias, avec tous ses calculs, toutes ses •fourberies, n'aboutit qu'à la ruine, à la mort, la plus misérable ! Après avoir ain^ redescendu Tune après l'autre, comme autant de degrés, toutes ces migrations, toutes ces générations, le poète alors, rentrant à nouveau dans son sujet, s'enhardit et devient plus explicite. On trouve l'épisode des Argonautes trop long, sans prc^rtion avec le sujet Je crois qu'on a tort, car il n'est pas un détail de ce vaste épisode qui n'intéresse de la façon la plus vive l'auditoire auquel il s'adresse et surtout le prince qu'il s'agit de célébrer: cette histoire des Argonautes n'avait-elle pas pour les Cyrénéens tout l'attrait d'une légende nationale, domestique ? Mais il y avait autre chose encore. Pindare pouvait à la rigueur s'arrêtera la prédiction de Médée et passer dii*ectement aux conseils qui remplissent la dernière partie de l'ode ; seulement, en arrivant si vite à ces conseils, à la prière qui les suit, ne courait il pas le risque de n'y ayoir pas suffisamment préparé son royal client, et suilout de paraître n'avoir cowposé son ode que pour obtenir la grâce de Damophile? Au contraire, en pi*odiguant ainsi les épisodes, les tableaux poétiques, il semblait n'avoir cédé qu'au plaisir de mettre dans tout son joui' une légende si glorieuse pour la dynastie de Cyrène. 11 y avait enfin cette espérance, que toutes ces légendes ne resteraient pas sans effet sur l'àme d' Arcésilas, mais que grâce aux émotions dont elles la rêmueraient, il serait plus facile de l'arracher à ses instincts naturels de défiance et de cruauté. C'est alors, et seulement, quand il a bien baigné, bien assoupU cette âme dans les flots divins de sa poésie, que Pindare ose entrer dans le vif de son œuvre. Et comme il a soin encore de protéger sa marche par d'admits compliments !
Tu es, dit-il à Arcésilas, le médecin le plus oiiportun, et Paeaii honore ton art. 11 faut approcher une main douce de l'ulcère qu'on veut soigner. II est plus facile en effet, même à des geua f«Â\i\ft.%, ^yù\^\î\sst
iiiir ciU' ; mais la remettre sur sa base est une œu\Te difficile, si un (lieu ne se fait tout d'un cuup le pilote du chef. Or pour toi se tissent les mérites d'un tel service ; aie le courage de consacrer tous tes soins ;iii Ixmheur de (lyrène • .
Eniiii, se mettant lui-même en scène, mais sous le couvert d'IIomi're et comme prott^gé par Tautorité du chanteur divin, il «•x(K)se sans ambages sa prière :
I )'entre les paroles d'Honiôi-e, médite et mets en pratique celle-ci : un message honorable, dit-il, rehausse de la façon la plus brillante toute rliose. La muse, elle aussi, grandit quand elle se charge d^un message (Mpiitablc. Cyrène et l'illustre palais de Battos ont connu l'âme juste de Damophile. C'est en effet un jeune homme parmi les enfants et dans les (Oîîscils un vieillard à l'âme centenaire. Il désarme la langue méchante de ses traits brillants. 11 a appris à haïr l'insolent, il ne bataille point contre les bons et ne retarde jamais par des obstacles la conclusion d'au<rune chose. Car l'occasion chez les hommes n'a qu'un instant, il le sait bien. Il la suit en bon serviteur, non en esclave*.
Après cet éloge où h* poète a surtout fait ressortir dans son prot<''g('' les ([ualités ((ui pouvaient rassurer le tymn soupçonneux, il essaie de l'attendrir par la peinture des souffrances du malheureux exilé :
On dit, continue-til, (jue ce qu'il y a de plus terrible, c'est de connaître le beau et d'en avoir le pied éloigné par la fatalité. Et certes ce iiou\el Atlas se débat maintenant contre le ciel, loin de sa jfatrie, loin de ses biens. Or Zeus a délivré les Titans, sans cesser d'être immortel. Avec le temps, quand le vent tombe, on change les voiles. Oui, il souhaite, ayant épuisé les souffrances meurtrières (de l'exil), revoir enfin sa patrie et près de la source d'Apollon, ne songeant qu'aux symposies, livrer souvent son cœur aux joies du jeune âge, ou, parmi des citoyens habiles, portant une lyre a'rtistement ouvrée, prendre sa part du repos, lie faisant de mal à personne et respecté lui-même de ses concitoyens. Alors Damophile pourra le dire, Arcésilas, quelle source de chants divins il a trouvée depuis son récent accueil à Thèbes*.
Et c'est ainsi qu'après avoir fait passer lame du prince par toutes les émotions, le poète revient à son point de départ, à ce loyer de Thèbes où vit une amitié si profonde pour Arcésilas et
' vers 270 à 276.
2 Vers 277 à 287.
^ Vers 287 à la fin ,
d'où il envoyait si gracieusement sa muse à la fête que ce roi donnait à Cyrène.
On a déjà pu voir par les analyses que nous avons faites jusqu'ici, soit à propos du mythe, soit à propos du plan, combien peu se ressemblent entre elles les odes de Pindare. Il ne faudrait pas en eiïet se laisser tromper par ce titre commun de chant triomphal, d'épinicie, et s'imaginer que tous ces poèmes ne pouvaient avoir qu'une seule et môme source d'inspiration. La vérité est qu'il y règne pour le fond comme pour la forme une très grande variété. Chacun d'eux a son intention particulière, sa pensée intime, comme il a son rythme prosodique, comme il avait sa musique. Pindare ne s'est jamais répété : à chaque épinicie qu'il a composé, on peut dire qu'il faisait une création nouvelle '.
C'est que les circonstances qui provoquaient ces poèmes, malgré leur ressemblance apparente, se compliquaient, se variaient de mille détails, qui devaient nécessairement se refléter dans l'œuvre même. C'était une victoire aux jeux publics sans doute qui faisait prendre au poète sa lyre ; mais les vainqueurs présentaient soit dans leur personne, soit dans leur situation sociale, soit dans le genre même de leur victoire, des différences si grandes que le génie poétique le plus pauvre en fut bon gré mal gré sorti de sa monotonie. Pindare avait à célébrer tantôt un roi, tantôt un simple particulier; la famille, la cité du vainqueur pouvaient être anciennes et riches en mythes ; quelquefois au contraire elles n'offraient à l'auteur que la maigre matière de la victoire même qu'il s'agissait de célébrer. Puis, c'était lage du héros : il y avait les éphèbes qui triomphaient à la course, les hommes mûrs qui remportaient la palme du pugilat. La nature diverse des exercices était encore une cause de diversité pour l'épinicie : on ne pouvait louer de la même manière le cocher, le lutteur.
'Il n'y a qu'une seule exception, pour la III* et la JV« isthmique. Ces deux pièces sont composées sur le môme rytlime et c'est pour cela môme qu'elles ont été souvent considérées comme ne faisant qu'un seul poème. ELes en font
{►ourtanl bien deux, puisque, si le héros esi le même, il est question dans *uno, la IIP, d'une victoire équestre, et dans l'autre d'une victoire au pancrace. I' serait possible que le rythme de la première ayant plu beaucoup, le vainqueur eût demande que la seconde fût composée sur le mûvcvc ^\i.