Tome If. iL
qui remplace les roses juvéniles de son visage, à ce crâne dénudé, à ces dents jaunies, à ces yeux vitreux ^ Le poète anacréontique, lui, semble jouer avec ces images funèbres; il a fait sa philosophie à l'école d'Épicure et la pensée de la mort lui est un aiguillon plutôt qu'un épouvanUiil :
Étendu sur de tendres myrtes et sur un gazon de lotos, je veux boire et qu'Éros, nouant son chiton à son cou avec un brin de papyros, me serve à boire. Comme la roue d'un char, la vie court et roule. Un jour nous ne serons qu'une pincée de poussière, nos os disjoints et dissous. A quoi bon parfumer une pierre et verser à la terre des libations inutiles ? C'est moi plutôt, tandis que je vis encore, qu'il te faut parfumer ; couronne-moi la tôte de roses et appelle mon amie. Avant que je m'en aille là-bas dans les demeures souterraines, je veux chasser par la danse les soucis ^
Voilà des anachronismes d'idées, de sentiments. Il y en a d'autres encore plus palpables pour ainsi dire, parce qu'ils portent sur des faits et que l'histoire est là pour les démentir. Quand, par exemple, le poète de ces petites odes nous parle de la peinture, quand il nous vante l'école de Rhodes 3, nous décrit les procédés de l'encaustiffue et se fait ciseler une coupe par l'art des toreutes *, c'est comme s'il mettait la date au bas de sa pièce. Tous ces progrès dans l'art sont postérieurs à Anacréon. Il y a pareillement des anachronismes d'usages : le motif même de la jolie pièce de Li Colombe, cette lettre que le gentil messager porte à Bathylle, c'est une invention relativement moderne^. Anacréon n'a point connu la correspondance épistolaire ni les petites douceurs qu'elle procure aux amoureux que le sort a momentanément séparés; personne de son temps ne prévoyait le roman par lettres. Les rhéteurs et les juristes n'existaient pas davantage; Anacréon ne pouvait dire : « Pourquoi m'apprendre les lois et les habiletés des rhéteurs? Pourquoi tant de paroles qui ne servent à rien<î? »
Enfin il y a des expressions qui traliissent leur origine récente.
1 Voir plus haut, p. 7.
2 Anacreont., 30.
^ Id., 3, 4.
'là., ih.
Jamais les contemporains d'Anacréon n'ont parlé de la mvse lyrique (XuptxT) Mojca) ; on disait iisaos K On ne personnifiait pas encore la beauté, to KaXXo; 2; c'est une déesse qui ne commenta que beaucoup plus tard à figurer dans le Gotha de FOlympe. On n'appelait point encore le soleil Titan 3, et Aphrodite n'était que la déesse de Cypre et non de Paplios ^.
La versification, la langue et la grammaire apportent aussi leur contingent de preuves. Le véritable Anacréon a ses rythmes préférés sans doute, mais nous avons vu qu'il est peut-être celui des anciens lyriques qui présenta la plus grande variété de mètres. Or dans notre recueil on ne rencontre que deux espèces de vers, le dimètre ïambique calalectique ou hémiambe ^ et le dimètre ionique <^. Le premier n'a été employé d'une manière suivie que très rarement par Anacréon, car on ne le rencontre qu'une fois ou deux dans les fragments 7. C'est à la fin de l'époque classiciue, chez les Alexandrins, que l'on commence à s'en servir tout seul, sans le couper par d'autres formes. Quant au dimètre ionique, Anacréon l'emploie volontiers, surtout dans ses chansons à boire, et môme ce mètre a reçu le nom iVanacrcor) tique ^. Mais le poète l'emploie d'une façon strictement régulière, tandis qu'au contraire le dimètre ionique du recueil est plein de licences, sinon de fautes. La langue oITre les mêmes diirérences. Celle d 'Anacréon, avons-nous dit, au fond est l'ionien avec une teinte modérée d'éolisme et de dorisme. La proportion n't^st plus la même dans la langue des Anacréon tiques. Il y a bi(*n une couche légère d'ionisme, mais les formes dori(|ues apparaissent en [)lus ^'rand nombre ; ce qui est plus fréquent encore, ce sont les formes du dialecte attique, et même de la langue vulgaire. Il y a plusieurs piè(!es qui sont d'un bout à l'autre écrites en cette dernière. On en trouve également deux qui sont complètement écrites en dorien ^,
' Anacreotit., 2 b.
^Id.,i9. Ces personnifications ne commencèrent guère qu'au iv« siècle avoc les Praxitèle, les Scopas.
^ Jd., 44.
*Id.j 20.
* On le trouve dans les frag. 62-66. C'est Anacréon qui paraît avoir créé celte forn^é.
'Sur ces différences dans la langue, voir Starck, Quaest. Anacreont.,2i.
Ealin les fautes contre la syntaxe ne sont pas rares : remploi des motlcs laisse beaucoup à dire. Les hellénistes du xvi*' siècle avaient déjà relevé ces incorrections, et quelques-uns même en concluaient que le recueil tout entier n'était qu'une ialsilicalion moderne, une supercherie de l'éditeur. A cette époque on aimait à se faire entre érudits de ces plaisanteries savantes.
H. Estienne savait du grec sans doiite, il en savait même beaucoup. La préface qu'il a mise en tète du petit volume est un curieux témoignage de l'aisance avec laciuelle il écrivait en cette langue. 11 la maniait comme son idiome maternel, et de fait la Grèce était sa mère autant ([ue la France. Mais de là à composer ces petits poèmes dont quelques-uns sont tout à ftiit charmants, il y a loin. On peut être le premier helléniste du monde, élever ce monument gigantesque, cyclopéen, qui s'appelle Thésaurus linguae graecae, sans être pour autant capable de toucher si gentiment la lyre et de badiner en vers d'une grâce si coquette. Non, H. Estienne n'était [)as et ne pouvait pas être Fauteur de ces odes anacréon tiques. Si ses contemporains qui n'avaient pu voir le manuscrit et qui par suite en suspectaient l'existence, ont émis des doutes pareils, ces doutes aujourd'hui ne sont plus permis, puisque l'on connaît le codex, que Ton en sait la date et que l'écriture en est de cinq à six siècles antérieure à l'époque d'H. Estienne. Mais alors d'où viennent ces poésies? En quel siècle et par qui ont-elles été composées? Autant de questions que la critique moderne s'est posées et qu'elle n'a résolues ni complètement ni définitivement.
C'est une opinion de plus en plus abandonnée que quelquesunes de ces odes seraient l'œuvre d'Anacréon môme. Malgré des diiîérences sur lesquelles nous reviendrons plus bas, toutes ces compositions présentent entre elles une si grande ressemblance, elles ont pour ainsi dire un tel air de famille qu'il est impossible de reconnaître à quelques-unes le caractère de l'authenticité, si on n'étend la même faveur à toutes les autres. Or nous venons de voir qu'il n'y faut pas songer. On a parlé de l'école alexandrine, et tout d'abord l'opinion paraît des plus vraisemblables. On rencontre dans ce recueil bien des idées, des sentiments qu'exploita la poésie d'alors : cet amour vif, sinon profond, pour /a nature, qui se ré\èle en plusieurs piîieea, ejel éloge du printemps
et de la rose, cet hymne à la cigale, ces badinages avec l'hirondelle, tout cela se retrouve chez les Alexandrins, chez les faiseurs (IVpigramnies et de bucoliques. Et de nu^me p;)ur les Kros, los Amours ([ui voltigent de >ers eu vers, comme les cnlomhcs (\g branche en branche dans les bosquets do Paphos. La statuaire avait mis à la mode ce petit dieu ailé, espi«''gle, toujours pnH à l>ercer les c<eurs de ses traiLs aigus. Praxitèle, L>sip|)e et bien d'autres avaient fait des Éros de ce genre. La poésie sui>it la mode, surtout la poésie bucoliiiue : on GutV Amour voleur de miel de Théocrite, V Amour et l'Oiseleur, V Amour et le Berger de Hion, ï Amour fujitif, V Amour laboureur de Moschos. L*ép(»[M'»e mt'me accueillit ces jeux d'une iuiagination badine, et dans ses Argonautiques, Apollonios nous montre Éros et Ganymède jouant aux dés, comme de simples bambins d'Athènes ou d'Alexandrie ^
Mais si toutes ces conceptions sont alexandrines, on ne saurait en dire autant de la forme sous laciuelle elles se produisent. Non seulement on ne rencontre dans les auteurs de cette époque aucune trace de ce dimôtre ïambique. (jui est le mètre de la moitié de notre recueil, mais 1(^ caractère général de rcixpositiou (^st tout différent. Au lieu de cette simplicité, de cette manient facile, coulante, qui est le charme de ces petites pièces et, depuis le jour où elles ont paru, leur a gagné tant d'admirateurs, on ne rencontre dans les poésies qui se faisaient d cette époque (|u'un art entortillé, pénible, pédantesque, tout le contraire eniin de la manière anacréontique. C'est ([uelque chose de plus fort en même temps, de plus fouillé, de plus foncièrement poéticpie. 11 est très facile d'ailleurs de comparer. Le poète anacréontique a chanté la cigale, et Mélé^gre a chanté la sauterelle, ce ([ui est îI [)eu près la même chose. Voici la pièce du pn^mier :
Ucureuse cigale, à la cime des arbres, lu bois un pou de ros(''e et tu chantes comme une reine. Car tout cela est à toi, tout ce (jue lu vois dans les ciiamps, tout ce que nourrissent les forets. On sait (pir. tu ne nuis jamais au laboureur, et tu es honorée dos morlols, doux prophùle de Tété. Les Muscs t'aiment, t'aime aussi IMiébos, qui t'a donné une voix harmonieuse. La vieillesse ne t'use pas, sa^^; enlant «le la terre amie du chant ; exempte de maux, n'ayant ni sang ni cliair, tu es presque semblable aux dieux *.
' Argonaut., Hï, ii7 et suiv.
- Anacreorit., 32.
Rien de plus gracieux sans doute que cette petite ode. C'est net, léger, comme l'harmonieux insecte ; c'est clair et limpide comme le ciel sous lequel il s'ébat à chanter. Celui qui a fait ces vers était un homme aimable, qui avait bu, lui aussi, sa petite gorgée de rosée . Mais en somme rien ne trahit un artiste, un chercheur dépensées et d'elïets, comme la pièce de Méléagre, où tous les mots, dit Sainte-Beuve, sont choisis dans un sentiment imitatif et de manière à imiter le cricri fondamental combiné avec une certaine harmonie *. Ces nuances échappent dans la traduction, mais telle qu'elle est, cette traduction permet pourtant encore de sentir toute la dilïérence qui sépare un art comme celui des Alexandrins, d'une improvisation facile, comme celle du poète anacréon tique :
Sauterelle, ti'oinperie de mes ainoiii-s, consolation du sommeil qui me fuit, sauterelle, muse rurale à Taile sonore, imitation toute naturelle de la lyre, touelie-moi quelque eiiose (Fenclianteur en frappant de tes pieds chéris tes ailes babillardes : ainsi ciiasse de moi les fatigues d'un souci toujours en éveil, en ourdissant, ô sauterelle, un son qui distraie l'amour. Et pour cadeau matinal, je te donnerai de la ciboule toujoin-s fraîche et dans ta bouche bien fendue de petites gouttes de rosée ^.
Cette différence fondamentale entre les deux manières n'est point Feilet du hasard ; on la retrouve partout où la ressemblance des sujets permet de faire la comparaison. Je lis dans le recueil anacréon tique cette peinture du printemps:
Vois comme, le printemps paraissant, les Ciiarites font éclore de toutes parts les roses, vois comme les flots de la mer s'adoucissent et rient, vois comme plonge le canard, vois comme la grue vo^> âge. Le soleil brille avec force, les nuages et leurs ombres s'enfuient, et les travaux des hommes prennent leur essor, le fruit de l'olivier s'incline. La sève de Bromios, par les feuilles, par es branches, court abondante et gonfle le fruit ^.
Ici encore, mêmes qualités de grâce et de facilité que dans l'éloge de la cigale, mais aussi même absence de coloris, de pensée et d'art, (juand on rapproche ces vers de ceux du même Méléagre sur le même sujet :
• Portraits contemporains, V, p. hZh.
^Anihol. Pal., Vi/, 195.
•'^Anaci'eont., 44
Le venteux hiver s'en étant allé du ciel, la saison rougissante du printemps a souri avec ses fleurs. La terre bleuâtre s'est coui'onnée d'herbe verte, et les plantes poussant leur tige se sont enchevelées déjeune feuillage. Buvant la tendre rosée de l'Aurore qui fait germer, les prairies s'égaient, à mesure que s'ouvre la rose. Et s'égaie aussi le bouvier jouant de la flûte sur les montagnes, et le chorier se réjouit de ses blancs chevreaux. Déjà naviguent sur les larges vagues les nautoniers enflant leurs voiles s;inueuses au souffle clément de Zéphyre. Déjà les buveui-8 entonnent Évohé en l'honneur du père des raisins, la tête ceinte des corymbesen fleurs du lierre. Les belles œuvres industrieuses occupent les abeilles nées des flancs des taureaux et, assises sur la niche, elles fabriquent les blanches beautés des rayons aux mille trous. De toule part la race des oiseaux chante à voix sonore, les alcyons autour de la vague, les hirondelles au bord des toits, le cygne sur les rives du fleuve et sous le bois le rossignol. Mais si les chevelures des plantes s'épanouissent, si la teiTC fleurit, si le pasteur joue de la flûte, et si les troupeaux à belle toison sont ehannés,-si les nautoniers naviguent, si Bacchos est en danse, si la gent ailée exhale ses concerts, et si les abeilles sont en travail pour enfanter, comment donc ne faut-il pas que le poète chante un chant harmonieux au printemps ' ?
ËnfiQ ce qui achève de prouver que toutes ces pièces aiiacréontiques ne reinontent pas aussi haut que l'époque alexandrine, c'est qu'Aulu-Gelle est le premier auteur qui en parle. On ne rencontre aiïcune imitation ni dans Horace ni dans les autres lyriques, ce qui ne s'expliquerait guère, surtout avec la vogue qu'avaient à Rome les poètes alexandrins. Mais, d'un autre coté, puisqu'Aulu-Gelle a cité l'une de ces pièces, il faut absolument qiie tout ou partie du recueil ait été composé avant le second siècle de notre ère. Et c'est ici qu'il faudrait distinguer. Nous avons vu plus haut que les pièces se partagent entre deux espèces de vers, le dimètre iambique catalectique et le dimètre ionique ou vers anacréonti({ue. On ne trouve en effet sur les soixante piwes qui compijsent le recueil que deux morceaux qui ne rentrent pas dans cette classification.
Les pièces en dimètres iambiriues, au nombre de vingt-cinq, sont, comme forme, d'une facture plus précise et comme fond, comme idée, d'une poésie plus heureuse que les trente-cinq autres pièces en dimètres ioniques. Dans ces dernières on trouve une abondance qui touche au délayage, un déluge de mots sur im désert d'idées. Il y a quelques exceptions sans doute, et
> Authol. Pal, hX, $63. (Trad, S^i«te-Beu vbj
V Amour mouillé qui appartient à cette catégorie est un joli tableau *, mais en somme on sent dans cette partie du recueil un airaiblissement du talent poétique et cx)mme un refroidissement de la verve. Les mots suppléent à l'idée et le vers succède machinalement au vers, le poète n'ayant pas plus de raison de finir qu'il n'en avait eu de commencer. On trouverait quelques autres dilï'érences encore. Les odes de la première catégorie s'occupent avec prédilection de la personne d'Anacréon, tandis que dans celles de la seconde, il n'est plus du tout ({uestion du poète, ni môme de son favori Bathylle. Enfin les premières ne connaissent qu'un seul Éros ; dans les secondes au contraire les Amours nichent et pullulent.
Je suivrais donc volontiers l'opinion de Bergk 2. J'admettrais avec lui que les pièces en dimètres ïambiques sont les plus anciennes et que le recueil a dû en paraître au commencement de l'empire. 11 fallait en effet qu'un certain laps de temps se fût écoulé, pour que l'interpolation eût pu s'y glisser déjà à l'époque d'Aulu-Gelle. Et nous en avons la preuve par la citation même que ce compilateur a faite de l'ode III 3. Cette ode, nous l'avons dans un triple texte, celui d'Aulu-Gelle, celui de notre recueil, enfin celui que nous donne V Anthologie *. Dans cette dernière, l'ode a douz(* vers ; c'est évidemment sa forme primitive. Dans Aulu-Gelle, elle en a déjà seize, et dans notre recueil dix-huit. Une telle augmentation qui n'était pas précisément une acquisition, suppose une édition du recueil assez lointaine déjà, pour que la forme vraie des pièces ne fût plus nettement présente à la mémoire. Un siècle peut suffire, et cela met la pubUcation, comme nous le disions, dans les premiers temps de l'empire. Faut -il, comme le voudrait Bergk, aller plus loin encore et croire que c'est à Rome même que se fit cette publication ? La chose n'est pas impossible, mais les raisons qu'il en donne ne sont pas bien concluantes. Dans une pièce où le p()èl(% faisant 1 enuniération de ses amours, semble dire comme La Fontaine de ses auteurs :
* Anacreoni., 31.
2 Berok, Griech. Lit. Gesch., Il, p. 35S* ^ Aulo-Gblle, iVja'te ail., XIX, 9.
* Anthol. Pal., XI, 48.
J'en ai qui sont du nord, et qui sont du midi,
il est question de Corlnthe comme ville d'Achaïe* . Or TAchaie était une province de l'empire, et Bergk verrait dans cette allusion un indice d'origine romaine, comme aussi dans ces Bactrieiis, œs Indiens, nommés à la fin de la pièce, dans les Parthes qui sont rappelés ailleurs. C'étaient des noms qui résonnaient agréablement aux oreilles de Rome. On les retrouve fréquemment dans les poètes latins d'alors, Horace par exemple. Il ne serait pas étonnant que, soit flatterie calculée, soit influence inconsciente du milieu, ces noms fussent venus se placer sous la plume d'un poète composant à Rome. Mais, somme toute, ce sont des indices bien légers.
Quant à la seconde moitié du recueil, celle qui est formée de pièces en dimètres ioniques, la composition doit en être reportée à une époque beaucoup plus récente et dans un milieu complètement différent. On sait les eflbrts que firent au n«, au in^ siècle les sophistes grecs pour rendre à leur langue son ancien éclat. Mais ces efforts ne portaient que sur la prose et, tandis que des écrivains habiles, des parleurs ingénieux retrouvaient la période. Je nombre, le tour des vieux maîtres d'Athènes, la poésie négligée oubliait peu à peu les secrets de cette versification lyrique, si puissante par la richesse de ses mètres. L'épopée seule, par une exception assez singulière, se vit cultivée encore par quelques hommes de talent, comme Quintes de Calabre, Nonnos, Musée. Quant à cette poésie plus vive, plus personnelle, où la matière mythique ne pouvait guère venir en aide à la pauvreté du génie, sans disparaître complètement, elle se rejeta sur les rythmes les plus simples. A quoi bon ces formes variées, ces vastes récipients d'idées, de sentiments et d'images, quand on ne trouvait ni dans sa tête, ni dans son cœur de quoi les remplir? Le dimètre ionique, Vanacréontiquc, fut précisément le mètre préféré des poètes de cette époque, et telle fut la vogue de ce petit mètre facile, sans prétention, que des chrétiens de tiilent môme, comme Synésios, Grégoire de Nazianze, en firent l'instrument ordinaire de leur inspiration. Ils chantèrent en dimètre ionique
les mystèi*es les plus pathétiques et les plus profonds de leur
^ Anacreont.f 13.